La Préhistoire du Loiret est la période comprise entre les premières traces laissées par les Hommes sur le territoire du département du Loiret et les premiers documents écrits. Elle commence vers avant le présent et se termine à la fin du Néolithique, vers 2000
Les premières traces d'occupation humaine de l'actuel Loiret remontent au Paléolithique inférieur. De nombreux bifaces de type acheuléen ont été trouvés dans le val de Loire sur les plateaux de Briare et Gien et sur les sablières de Châteauneuf-sur-Loire et de Saint-Denis-de-l'Hôtel, mais aussi dans l'Est du département aux abords du Loing, par exemple sur Nargis ou sur Dordives. Le Paléolithique supérieur est bien représenté dans le Loiret. Les chasseurs-cueilleurs du Magdalénien se concentrent sur la vallée du Loing, avec par exemple les gisements de la Pierre-aux-Fées et des Pâtures Blanches à Cepoy, ou du Choiseau et de La Maison Blanche à Fontenay-sur-Loing.
Après les derniers chasseurs-cueilleurs du Mésolithique de la station des Hauts-de-Lutz de Beaugency, les hommes vont vers 5000 passer à l'agriculture, ouvrant ainsi le Néolithique. Les premiers agriculteurs n'occupent d'abord que les bords de rivière en terrasses, fertiles et faciles à cultiver, puis défrichent les forêts. Le site du Vieux Chemin d’Étampes, à Pithiviers, constitue aujourd'hui l'un des habitats néolithiques les plus anciens de la région Centre-Val de Loire. Dans ces villages des premières communautés agricoles de la France, on fabrique des outils et des armes en silex mais aussi en os. Plusieurs ateliers de production de haches ont été trouvés comme ceux de Corquilleroy et Fontenay-sur-Loing, à l'occasion des fouilles de l'autoroute A19.
Les pratiques et rites funéraires évoluent tout au long du Néolithique. Les sépultures sont d'abord individuelles, comme celle trouvée à La Chapelle-Saint-Mesmin, puis sous dalle comme à Malesherbes ou Orville, puis à incinérations comme la nécropole des Canas à Varennes-Changy et enfin collectives avec les dolmens. De nombreux autres mégalithes, des menhirs, sont localisés dans le Nord-Est du département. Leur fonction, a priori cultuelle, n'a pas encore été formellement déterminée.
Paléolithique ( à AP) L'histoire évolutive des primates conduit à l'apparition des hominidés (grands singes sans queue) au Miocène inférieur il y a 20 Ma en Afrique et 17 Ma en Europe, c'est-à-dire longtemps après l'assèchement du lac de Beauce ; la sous-famille des homininés (gorilles, chimpanzés et humains) s'établit il y a environ 15 Ma. Tandis que les homininés d'Europe s'éteignent à la fin du Miocène, on assiste en Afrique à l'apparition des bipèdes hominina il y a 7 Ma et du genre humain (homo) il y a 2,8 Ma, poursuivant l'histoire évolutive de la lignée humaine aux époques géologiques du Pliocène et du Pléistocène. Les premiers outils lithiques apparaissent il y a 3,3 Ma en Afrique et vers 1,6-1,2 Ma en Europe méditerranéenne caractérisant la première période de la préhistoire : le Paléolithique, subdivisé en trois ou quatre grandes périodes selon les auteurs : le Paléolithique inférieur, le Paléolithique moyen et le Paléolithique supérieur..
Paléolithique inférieur ( à AP) Les premières traces d'occupation humaine de l'actuel Loiret remontent au Paléolithique inférieur. En Europe de l'Ouest, le Paléolithique inférieur concerne une phase de plus de (d'environ à 350 000 avant le présent), caractérisée par l'établissement progressif des Hommes dans le nord à partir du Bassin méditerranéen. Les successions de périodes glaciaires et tempérées modifient alors profondément les paysages et rendent cette implantation de l'homme plus ou moins précaire suivant les régions..
Dans le val de Loire, des bifaces de type acheuléen ont été trouvés en abondance sur les plateaux de Briare et Gien et sur les sablières de Châteauneuf-sur-Loire et de Saint-Denis-de-l'Hôtel. Deux bifaces trouvés à Châteauneuf-sur-Loire et à Chécy mesurent respectivement et de longueur . Plus sporadiquement, d'autres spécimens ont été trouvés dans les communes de Nevoy, Ouzouer-sur-Loire, Bray-en-Val, Saint-Aignan-des-Gués, Saint-Martin-d'Abbat, Germigny-des-Prés, Mardié, Chécy, Orléans.
Dans l'est du département, de nombreux bifaces ont également été trouvés aux abords du Loing, par exemple sur Nargis ou sur Dordives (Les Bois d'Haies) .
Paléolithique moyen ( à AP) Cette période qui couvre environ (d'environ 350 000 à 45 000 avant le présent) est caractérisée par la présence de l'Homme de Néandertal en Europe. Cette espèce humaine, parfaitement adaptée aux conditions climatiques rigoureuses de cette période, se caractérise par sa culture matérielle appelée Moustérien..
Un riche gisement datant du Moustérien a été découvert en 1922 par Aurèle Chevillon sur la commune de Triguères, au nord-est du lieu-dit la Garenne, dans un terrain constitué d'une mince couche de terre arable recouvrant un sous-sol d'argile mêlé de silex. Les outils trouvés vont du Moustérien de tradition acheuléenne (de à avant notre ère - couteaux quadrangulaires à dos naturel ou abattu, pointes triangulaires de type abri Audi) au Moustérien final (pointes triangulaires avec retouches marginales alternées sur faces opposées, pointes à pédoncules et burins).
Dans l'Est du département, plusieurs stations moustériennes jalonnent le Loing, par exemple à Cepoy, station signalée par l'abbé Nouel en 1938 ou à Dordives, découverte de J.-P. Robin. En rive sud de la Loire, divers objets moustériens ont également été trouvés à Pierrefitte-ès-Bois, Poilly-lez-Gien et Olivet.
Paléolithique supérieur ( à AP) thumb|upright=1.5|alt=Carte de localisation des gisements attribués au Paléolithique supérieur dans le département du Loiret|Carte de localisation des gisements attribués au Paléolithique supérieur dans le département du Loiret (2005). Il existe une concentration sur un axe nord-sud vallée du Loing - Est de la Loire.
Le Paléolithique supérieur voit le dernier maximum glaciaire du Pléistocène supérieur. Il débute sur tous les continents aux alentours de 45 000 et perdure jusque vers 11 700 AP. Il est caractérisé par l'expansion de l'Homme moderne à travers le mondeJ.-J. Hublin, « La conquête des vieux continents », in: Y. Coppens, P. Pick, Aux origines de l'humanité - de l'apparition de la vie à l'homme moderne, Fayard, 2001, .. Il se subdivise en plusieurs cultures marquées par des changements techniques et des innovations. Dans le Sud-Ouest de l'Europe, on trouve successivement, du plus ancien au plus récent, le Châtelperronien, l'Aurignacien, le Gravettien, le Solutréen et le Magdalénien..
Les développements récents des recherches en archéologie préventive dans le centre et le sud du Bassin parisien, particulièrement dans le Tardiglaciaire, ont permis de dresser un nouveau bilan en 2005. Celui-ci montre que la partie nord-est de la région, le paléolac miocène, qui a conduit à la mise en place du plateau de Beauce, ne livre toujours pas d'occupation importante, en dehors de la vallée de la Loire .
Paléolithique supérieur ancien thumb|alt=Pointe de la Font Robert, trouvée à Mézières-lez-Cléry|Pointe de la Font Robert, caractéristique du niveau gravettien, trouvée à Mézières-lez-Cléry.
Le Paléolithique supérieur ancien peut être découpé en deux périodes : l'Aurignacien ( – ans) et le Gravettien ( – ans) qui se caractérise par l’apparition d’une retouche abrupte particulière, permettant de créer un dos sur les lames, une surface plane plus facile à encoller sur une sagaie avec de la glu ou du masticM. O'Farrell, « Les pointes de La Gravette de Corbiac (Dordogne) et considérations sur la chasse au Paléolithique supérieur ancien », in: P. Bodu et C. Constantin, Approches fonctionnelles en Préhistoire, Congrès Préhistorique de France, Nanterre 24-26 novembre 2000, 2004, ..
Le Paléolithique supérieur ancien reste rare. Un seul site lui est attribué dans le Loiret : à Mézières-lez-Cléry où trois concentrations très denses et étendues ont été prospectées par S. Jesset en 1994 et 1996. L'identification des industries gravettiennes se base d'abord sur la découverte d'une petite pointe de la Font-Robert, puis sur une étude technologique réalisée à partir d'une des concentrations. Les autres concentrations semblent présenter des ressemblances, notamment dans l'emploi abondant d'un matériau spécifique, l'opalite, pourtant non repéré à l'affleurement à proximité à l'heure actuelle. Si en l'état l'attribution du site au Gravettien semble la meilleure hypothèse, ceci serait à confirmer par la fouille de niveaux en place .
Solutréen Le Solutréen, ( – ans), seulement identifié à l'ouest du Rhône, en FranceP.E.L. Smith, Le Solutréen en France, Bordeaux, Delmas, 1966, 451 p. n'est pas présent dans le Loiret.
Badegoulien Le Badegoulien, connu seulement en France et en Suisse, correspond à l'ancienne dénomination « Magdalénien ancien » et se développe sur la période allant de - 19 000 à - 17 000). Il se différencie nettement du Magadalénien stricto sensu du point de vue technique (débitage d'éclats) et typologique (abondance des grattoirs et des outils archaïques, rareté des burins et des lamelles à dos)C. Fourloubey, « Badegoulien et premiers temps du Magdalénien - un essai de clarification à l'aide d'un exemple, la vallée de l'Isle en Périgord », Paléo, , 1998, ..
Pour la première fois au cours du Paléolithique supérieur, un gisement se localise au nord de la Loire. Deux stations représentent en effet ce niveau dans le Loiret, toutes deux situées dans la commune de La Chapelle-Saint-Mesmin : Monteloup découverte par André Nouel en 1935 et dont l'étude a été publiée en 1937 , poursuivie en 1970 par Allain, et le Coteau prospectée par Allain en 1970 puis Richard en 1972. Ont ainsi été découverts, des burins, des grattoirs, des perçoirs, des racloirs, des raclettes et des microlithes, soit près de ou pièces et près de ou lamelles.
Magdalénien thumb|alt=Plaquette en calcaire gravée, représentant une tête de cheval, trouvée à Cepoy|Plaquette en calcaire gravée, représentant une tête de cheval, trouvée à Cepoy (L : ) ; vers -13 000 ans.
Le Magdalénien est la dernière culture du Paléolithique supérieur. Il court de 17 000 à 14 000 APM. Langlais, Dynamiques culturelles des sociétés magdaléniennes dans leurs cadres environnementaux. Enquête sur ans d’évolution de leurs industries lithiques entre Rhône et Èbre, Université de Toulouse II - Le Mirail et Universitat de Barcelona, Thèse de Doctorat, 2007, 552 p... Le Magdalénien du Bassin parisien a encore l’image d’une société principalement fondée sur la chasse en masse du renne. Les mammouths, les rennes, les chevaux et les bisons sont en effet des composantes fondamentales des communautés animales de la « steppe à mammouth » au Paléolithique supérieur en Eurasie. Pourtant, depuis le début des années 1990, plusieurs gisements situés en dehors du Loiret, à Marolles-sur-Seine en particulier, tendent à relativiser cette vision en mettant en avant une probable subsistance axée sur la chasse des chevaux .