La seconde bataille de Petersburg, également connue sous le nom dassaut sur Petersburg se déroula du 15 au , au début de la campagne de Richmond–Petersburg (ou siège de Petersburg). Lors de cette action, l'armée de l'Union, commandée par le lieutenant-général Ulysses S. Grant tente de capturer Petersburg (Virginie), avant que l'armée confédérée de Virginie du Nord du général Robert Lee puisse venir au secours de la ville.
Les quatre jours de combat voient les forces de l'Union attaquer à plusieurs reprises celles, très inférieures en nombre, du général Pierre Gustave Toutant de Beauregard. La force des positions défendues par Beauregard et les manœuvres mal coordonnées des généraux de l'Union (notamment celles du général William F. « Baldy » Smith qui gaspilla les chances de victoire le ) compensent la disproportion numérique entre les belligérants. Le , les renforts substantiels détachés entretemps de l'armée de Lee rendent tout assaut ultérieur impraticable. L'échec de l'Union à défaire les Confédérés marque le début du siège de Petersburg qui va durer près de 10 mois.
Contexte La première bataille de Petersburg avait eu lieu le , quand le major-général Benjamin Butler, détachant hommes de son armée (lArmy of the James) engagée à Bermuda Hundred, avait décidé d'attaquer la Dimmock line, une série d'ouvrages défensifs gardant les abords de Petersburg. Les Confédérés sous le commandement unique du général Pierre Gustave Toutant de Beauregard n'étaient alors que , pour la plupart des adolescents et des hommes âgés. Du côté de l'Union, la pusillanimité du major-général Quincy A. Gillmore et du brigadier-général August Kautz avait conduit à l'échec de l'assaut, gâchant l'opportunité qui se présentait de prendre Petersburg, alors faiblement défendue. Les hommes de Butler avaient alors rejoint leurs camarades engagés à Bermuda HundredDavis, ; Kennedy, ; Salmon, ..
En 1864, après la bataille de Cold Harbor (pendant la campagne d'Overland menée par Ulysses S. Grant), l'armée du Potomac esquiva celle de Lee et commença à traverser la James River. L'objectif originel de la campagne d'Overland était de défaire Lee et son Armée de Virginie du Nord dans une bataille décisive, mais Grant changea ses plans et choisit d'attaquer Petersburg, un nœud ferroviaire important qui contrôlait le ravitaillement de Richmond. Grant savait que Lee ne pourrait pas protéger Richmond si Petersburg tombait et qu'il serait alors forcé de l'affronter à découvert. Il connaissait aussi, au vu des assauts du , la faiblesse des défenses de Petersburg. La vitesse d'exécution était essentielle au succès de ce plan, qui devait aboutir avant que Lee ne réalise l'objectif réel de Grant et ne renforce Petersburg. En réalité, Lee ne prit complètement conscience des mouvements de Grant que le , imaginant jusqu'à cette date que son objectif réel était Richmond. Beauregard, cependant, l'avait averti avec force des dangers que courait Petersburg dès le Salmon, p. 395; Davis, pp. 34-36; Eicher, p. 687..
Inexplicablement, Grant porte son dévolu, pour conduire l'expédition de Petersburg, sur Butler et lArmy of the James, qui avaient pourtant déçu à Bermuda Hundred. Le , il commande à Butler de porter à l'effectif du XVIII Corps, commandé par le brigadier-général William F. "Baldy" Smith, comprenant la division de cavalerie de Kautz et de suivre la route utilisée lors de l'assaut manqué du . Le plan prévoit que le II Corps de l'armée du Potomac, commandé par le major-général Winfield Scott Hancock, suive Smith. Grant écrivit plus tard dans ses mémoires « Je pensais alors, et je pense toujours, que Petersburg pouvait être prise facilement à ce moment-là. »Davis, pp. 37-39.
L'avantage des Confédérés résidait dans la force de la Dimmock Line, des positions d'artillerie extrêmement solides connectées par des tranchées et des talus courant tout autour de la ville sur plus de 16 km et appuyées, à l'ouest comme à l'est, sur l'Appomattox River. Beauregard, incapable de défendre l'intégralité de cette ligne, avait concentré hommes, commandés par le brigadier-général Henry A. Wise, dans le secteur nord-est, entre le redent n°1 sur l'Appomattox River et le redent n°23 qui protégeait la au sud-ouest. Même en les concentrant, ses fantassins étaient anormalement espacés, à 3 mètres les uns des autres. Le reste de ses forces faisait face à celles de Butler à Bermuda HundredTrudeau, pp. 38-39; Davis, p. 39..
Bataille 15 juin thumb|upright=1.5|left|Siège de Petersburg, assauts des 15–18 juin 1864. "Baldy" Smith et ses hommes traversent l'Appomattox peu après l'aube du . Ses forces sont composées des divisions d'infanterie des brigadiers-généraux William T. H. Brooks, John H. Martindale et Edward W. Hinks, appuyés par la division de cavalerie du brigadier-général August Kautz. Les barges de débarquement éparpillent les hommes au hasard sur la rive opposée, compliquant l'exécution du plan confié à Smith et gaspillant un temps précieux pour les regrouper. Les cavaliers de Kautz sont chargés de dégager la ligne pour l'infanterie, Brooks et Martindale doivent descendre vers City Point Railroad, et les troupes de couleur de Hinks avancer sur Jordan Point RoadDavis, pp. 39-40; Trudeau, pp. 37-39; Salmon, pp. 403-05..
Mais après le débarquement, les contretemps s'accumulent. La cavalerie rencontre une résistance inattendue à Baylor's farm, au nord-est de Petersburg. Les hommes de Hinks lancent deux attaques sur les Confédérés et capturent une pièce d'artillerie, mais le reste du mouvement est retardé jusqu'au début de l'après-midi. Smith effectue une reconnaissance et, malgré ses incertitudes concernant la solidité de la position ennemie, projette d'emporter la ligne de défense. Mais il est à nouveau retardé quand l'officier commandant son artillerie décide d'abreuver tous ses chevaux au même moment, immobilisant ainsi ses canons jusqu'à 19 hTrudeau, pp. 39-40; Salmon, p. 405; Davis, pp. 41-42..
Pendant que Smith perd du temps, Kautz atteint, vers midi, la ligne de chemin de fer face au redent n°20, sur le flanc droit de la ligne confédérée. Quelque 600 sudistes commandés par le brigadier-général James Dearing bombardent Kautz avec leur artillerie et les cavaliers de l'Union n'arrivent pas à s'approcher à moins de 450 mètres de la ligne. Comme le précédent, Kautz, épiant des signes d'un renfort de Smith sur sa droite et ne percevant aucun mouvement, décide d'abandonner et se retireDavis, p. 41..
Quand Smith lance finalement son assaut, ses tirailleurs balayent les terrassements confédérés sur un front de plus de 5 km, et capturent les batteries 3 et 5-11, forçant les Confédérés à se replier sur la ligne moins solide d'Harrison's Creek. En dépit de ce premier succès et de la perspective, face à lui, d'une ville pratiquement sans défense, Smith décide alors d'attendre l'aube pour poursuivre son attaque. Sur ces entrefaites, Winfield Hancock, habituellement pugnace et décidé, arrive au quartier-général de Smith et, incertain de l'état des lieux et des ordres qui lui ont été donnés, se laisse convaincre (bien que supérieur en grade) d'attendre. La prestation contestable de Smith ce jour-là sonnera la fin de sa carrière d'active. Butler l'accusera indirectement de manœuvres dilatoires et leur querelle remontera jusqu'à Grant. Alors que celui-ci envisageait de remplacer Butler par Smith à la tête de l'''Army of the James, il décidera finalement de garder Butler et de renvoyer Smith à New York pour y attendre des ordres qui n'arriveront jamaisTrudeau, pp. 44-45, 51; Davis, pp. 43-44; Salmon, p. 405..
Beauregard devait écrire plus tard que Petersburg « était à ce moment clairement à la merci du commandant de l'Union, qui la captura presque ». Profitant du répit qui lui est accordé, et sans instructions en provenance de Richmond, il décide, seul, de dégarnir les défenses de la Howlett Line qui contient l'armée de Butler à Bermuda Hundred, libérant les divisions des majors-généraux Robert Hoke et Bushrod Johnson disponibles pour renforcer la nouvelle ligne de défense de Petersburg. Cette décision risquée ouvre la possibilité à Butler de déplacer son armée entre Petersburg et Richmond (condamnant ainsi la capitale confédérée), mais, une fois de plus, il ne saisit pas l'occasion qui se présente à luiFuller, p. 226; Davis, p. 43..
16 juin Au matin du , Beauregard a concentré quelque hommes sur sa nouvelle ligne défensive, ce qui est peu comparé aux fédéraux qui lui font maintenant face. Grant est arrivé, accompagné du IX Corps du major-général Ambrose Burnside. Il a clarifié les ordres de Hancock et ordonné une reconnaissance des points faibles de la défense ennemie. Hancock, momentanément responsable de l'armée du Potomac jusqu'à l'arrivée du major-général George G. Meade, dispose alors le XVIII Corps de Smith à droite, son propre au centre, et le de Burnside sur la gaucheDavis, pp. 44-45; Trudeau, pp. 47-48..
Hancock lance son assaut vers 17h30, en faisant avancer lentement ses trois corps. Les hommes Beauregard défendent vaillamment, levant de nouveaux terrassements en arrière de leurs lignes chaque fois qu'elles sont rompues. À l'arrivée de Meade, une seconde vague est lancée et le brigadier-général Francis C. Barlow conduit sa division contre les redents 13, 14 et 15. L'artillerie confédérée cause des dommages importants à l'Union, et tue le colonel , qui commande la célèbre brigade irlandaise. À peine les hommes de Barlow ont-ils atteint leur objectif qu'une contre-attaque les oblige à se replier, abandonnant à l'ennemi de nombreux prisonniers, tandis que les survivants s'enterrent à proximité des lignes ennemiesDavis, p. 45..
17 juin La journée du voit des attaques sporadiques de l'Union, débutant sur le flanc gauche où deux brigades du IX Corps de Burnside, commandées par le brigadier-général , parviennent à approcher discrètement la ligne des Confédérés et à les prendre par surprise au lever du soleil. Cette initiative leur permet de prendre plus d'un kilomètre et demi de fortifications et de capturer 600 prisonniers, mais leur effort est anéanti lorsqu'il se lancent à l'assaut de la seconde ligne de retranchement. Empêtrés dans des chablis disposés dans un ravin, ils sont pris en enfilade par les tirs confédérésDavis, pp. 45-46; Salmon, p. 405; Trudeau, pp. 48-49..
À deux heures de l'après-midi le IXe corps lance une autre attaque, conduite par le brigadier-général John F. Hartranft, dont les hommes avancent perpendiculairement à la ligne ennemie et se trouvent, eux aussi, fauchés par un tir en enfilade. Dans la soirée, l'assaut de la division du brigadier-général échoue à son tour (Ledlie étant ivre, un comportement qui se répétera à la bataille du Cratère)Davis, p. 46..
Nous trouvons l'ennemi, comme à l'accoutumée, dans une position très forte, défendue par des terrassements, et il apparait clairement que nous devrons en passer par le siège de Petersburg pour arriver au siège de Richmond [...] Allons, cela fait partie de la croisière, comme disent les marinsGeorge G. Meade, lettre à son épouse, 17 juin, citée par Trudeau, p. 50..