Le lévamisole est un produit chimique, dérivé de l'imidazothiazole, essentiellement utilisé en médecine vétérinaire comme anthelminthique (pesticide antiparasitaire immunomodulateur ciblant les vers intestinaux et les strongles pulmonaires).

Le lévamisole fait partie de la liste des médicaments essentiels de l'Organisation mondiale de la santé (OMS)WHO Model List of Essential Medicines, list, avril 2013.

Utilisations En médecine vétérinaire Il est généralement vendu sous forme de chlorhydrate de lévamisole (soluble dans l'eau), par exemple sous le nom d'Ergamisol (R12564), ou de Bianminthic 5 % (largement utilisé pour vermifuger les bovins, ovins, porcins, volailles).

Lévamisole est aussi utilisé avec succès par les aquariophiles pour traiter les poissons tropicaux contre des vers Camallanus.

Le tétramizole est toxique chez les félins..

En médecine humaine Dans le respect d'un encadrement strict, il est utilisé chez l'homme contre : la polyarthrite rhumatoïdeJonathan Graf (2013), Rheumatic Manifestations of Cocaine Use ; Current Opinion in Rheumatology. ;25(1):50-55 ; le cancer du côlon, le mélanome ou des cancers touchant la tête et le cou, mais toujours en association avec d'autres chimiothérapies (ex : avec le fluorouracil) ; Il a montré une certaine activité (autant que le tétramisole) contre la leucémie dans certaines des études ayant porté sur des lignées cellulaires leucémiques. Une seule étude lui a trouvé un effet de stimulation immunitaire.

Il a toutefois été interdit pour les usages humains aux États-Unis (en 2000) et au Canada (en 2003), en raison d'effets secondaires graves (agranulocytose, appauvrissement sévère en globules blancs rendant les patients vulnérables à des infections), et parce que d'autres médicaments sont disponibles.

En France, il fait l'objet de fortes restrictions depuis 1998. Ce produit n'est plus délivré que dans les pharmacies hospitalières, en cas de maladies rares (comme le syndrome néphrotique idiopathique de l'enfantBritish Association for Paediatric Nephrology (1991) Levamisole for corticosteroid-dependent nephrotic syndrome in childhood. Lancet ;337(8757):1555-7Davin JC, Merkus MP. (2005), Levamisole in steroid-sensitive nephrotic syndrome of childhood: the lost paradise ? Pediatr Nephrol ;20(1):10-4.[www.has-sante.fr Haute Autorité de Santé], (2008) Protocole national de diagnostic et de soins pour une maladie rare, avril 2008, PDF, 26p et seulement dans le cadre d'une ATU (autorisation temporaire d'utilisation, accordée par l'AFSSAPS à titre nominatif)par exemple, 18 ATU ont été délivrées en 2009 pour l’hôpital des enfants de Nancy cf http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2009-12/rencontres_09_-_diaporama_tr17.pdf (voir ).

En , le Comité d’évaluation des risques en matière de pharmacovigilance (PRAC) de l'Agence européenne des médicaments (EMA) a recommandé le retrait des médicaments contenant du lévamisole du marché de l'Union européenne. Cette décision fait suite à une réévaluation des risques et des bénéfices concluant que les bénéfices thérapeutiques du lévamisole ne justifient plus ses risques, notamment dans le traitement des infections parasitaires par les vers nématodes chez les adultes et les enfants. La confirmation de la leucoencéphalopathie comme effet indésirable grave, l'impossibilité d'identifier des mesures de réduction des risques et la disponibilité d'alternatives thérapeutiques justifient cette décisionEMA recommends withdrawal of marketing authorisations for levamisole medicines 13 February 2026].

En agriculture Dans le monde, il reste massivement utilisé en agriculture (élevage), proposé par une centaine d'industriels sous plus de 160 noms commerciaux différents selon les pays et les usagescf sur le site drugs.com, données sur Levamisole et souvent vendu combiné à des pesticides (ex :benzimidazoleex : Bayer COMBIMAX LV Levamisole, consulté 2013-09-21, oxfendazole, albendazoleBayer, Bayer launches 13 new livestock products, consulté 2013-09-21, abamectine, pipérazine ,oxfendazole, oxyclozanide, niclosamide, fenbendazole, sélénate de Sodium, rafoxanide, etc.)

Classification Il est classé parmi les antihelminthiques cholinergiques, car ciblant les récepteurs nicotiniques de l'acétylcholine situés sur les cellules somatiques musculaires des helminthes ; il les bloque, ce qui cause une paralysie musculaire chez ces vers.

Toxicité et santé publique Cette molécule pose un problème émergent de santé publique, et même un double problème :

Phénomènes de résistance Dans les années 1980 (et peut-être plus tôt), des phénomènes préoccupantsSangster NC.(1999), Anthelmintic resistance: past, present and future ; Int J Parasitol ; Jan; 29(1):115-24; discussion 137-8 de résistance à divers antihelminthiquesSangster N. (1996), Pharmacology of anthelmintic resistance, Parasitology ;113 Suppl:S201-16. sont apparus chez des souches mutantesLewis JA, Wu CH, Levine JH, Berg H. Levamisole-resistant mutants of the nematode Caenorhabditis elegans appear to lack pharmacological acetylcholine receptors. Neuroscience. 1980;5(6):967–989. de diverses espèces d'helminthes parasites des animaux d'élevage (par exemple chez : Caenorhabditis elegans chez lequel un groupe de gènes responsables d'une extrême résistance à ce pesticide a été identifiéLewis JA, Wu CH, Levine JH, Berg H (1980), Levamisole-resistant mutants of the nematode Caenorhabditis elegans appear to lack pharmacological acetylcholine receptors, Neuroscience. 1980;5(6):967-89.). Ces résistances apparaissent dans les élevages où les vermifuges sont très utilisés. Il faut alors utiliser d'autres médicaments et comprendre pour les contourner si cela est possible, l'origine de ces résistances. Des études récentes ont montré que les helminthes disposent de plusieurs récepteurs nicotiniques et que ces derniers sont le produit de plusieurs gènes ; Ils sont en outre modulés par plusieurs autres protéines. Des mutations peuvent toucher un ou plusieurs gènes et altérer les gènes codant les récepteurs ou les protéines modulatrices. Le contexte de l'élevage industriel peut induire une sélection naturelle des souches les plus résistantes et, à terme, diminuer la sensibilité des helminthes à ce biocide (ainsi qu'à d'autres pesticides cholinergiques).

Détournement comme produit dopant Lors d'opérations de dépistage de produits dopants faites à la fin des années 2010 chez les chevaux de course au Royaume-Uni, des analyses d'urine ont montré que le lévamisole produisait chez les équidés deux métabolites, la pémoline et l'aminorex qui sont des produits dopants interditsJ. Guiterrez et al. (2010) "Pemoline and tetramasole 'positives' in English racehorses following levamisole administration." Irish Veterinary Journal 63:8 498-500.E.N. Ho et al. (2009) "Aminorex and rexamino as metabolites of levamisole in the horse." Anal Chem Acta. 638(1); 58-68.J. Scarth et al. (2010) "The use of in vitro drug metabolism studies to complement, reduce and refine in vivo administrations in medication and doping control." Proceedings of the International Conference of Racing Analyists and Veterinarians. .

Détournement de la molécule par le trafic de stupéfiants Depuis 2003 surtout, le lévamisole est retrouvéCasale JF, Corbeil EM, Hays PA (2008) Identification of levamisole impurities found in illicit cocaine exhibits. Microgram J 2008;6:82-89 en quantité importante dans la cocaïne. Ce problème a d'abord été identifié aux États-Unis puis ailleurs dans le monde ; en 2009, la Drug Enforcement Administration ( DEA ) a estimé que 69 % de la cocaïne saisie aux États-Unis contenaient déjà du lévamisole en entrant sur le territoire, alors que moins de 5 % de la cocaïne saisie avant (en 2007) en contenait.

Au Québec, l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a constaté que sur "un échantillon de dix individus décédés en et positifs pour la benzoylecgonine sanguine (métabolite de la cocaïne), huit démontraient une présence concomitante de lévamisole sanguin". . Une autre étude, basée sur un échantillon de , a permis aux chercheurs de détecter "dans sur 100 la présence concomitante de lévamisole, principalement lorsque la cocaïne est encore présente et qu’elle n’est pas complètement métabolisée en benzoylecgonine et en d’autres métabolites".

En France, selon le Système d’Identification National des Substances et Toxiques SINTES, en 2008, 29 % des échantillons de cocaïne en contenaient.