La protohistoire du Loiret correspond dans le présent article aux âges des métaux (Âge du bronze et Âge du fer) et couvre donc la période allant de 2300 à , date à laquelle le territoire entre dans le domaine de l'histoire écrite avec la conquête romaine de la Gaule.
Vers la fin du , la métallurgie du bronze se diffuse en Gaule depuis l'Europe centrale. De nombreux tumulus apparaissent en Beauce, aux confins du Loiret et du Loir-et-Cher et le long des vallées des Mauves autour de Baccon. Vers , la culture des champs d'urnes pratique le rite funéraire de l'incinération. Des urnes ont été découvertes à Tigy, à Férolles, à Olivet, à Baule et plus récemment à Courcelles-le-Roi. Entre Meung-sur-Loire et Saint-Ay, plusieurs dépôts d'armes remarquables datées du Bronze final ont été découverts, traduisant des rituels de consécration pour les riches défunts.
La métallurgie du fer apparait au début du Elle permet de forger des outils et des armes plus durs et plus coupants. Pendant un certain temps les armes et objets d'apparat sont encore en bronze, du fait de la difficulté de travailler le fer. Tout en continuant à incinérer leurs morts, les hommes renouent avec l'usage des tumulus, particulièrement pour les personnes de haut rang.
La culture gauloise s'épanouit pendant la Tène, ou « second âge du fer », à partir de L'Orléanais est habité pour la plus grande partie par les Carnutes, la plus importante peuplade de la Gaule indépendante. Au nord-est, ils ont pour voisins les Sénons, dont le territoire correspond au Gâtinais ; à l'est, les Éduens sont maitres du Giennois. L'habitat est avant tout composé de fermes isolées. Des agglomérations non fortifiées, où dominent les activités artisanales, se développent au début du Les activités agricoles sont non seulement attestées par le biais des cultures, céréalières notamment, mais aussi par l'élevage de bétail. Parallèlement au retour à l'inhumation en fosse apparaissent de nouvelles tombes en enclos pour l'aristocratie, comme à Cortrat.
Âge du bronze (2300 à ) Bronze ancien et moyen (2300 - ) vignette|upright=1.5|alt=Carte en couleur indiquant par des points l'emplacement des sites|Carte des sites funéraires de l'âge du bronze découverts dans le Loiret (en mai 2009).
Les Indo-Européens arrivent en France depuis l'Europe centrale vers le milieu du (culture campaniforme). Peu après se diffuse en France la métallurgie du bronze, également depuis l'Europe centrale.
De nombreux tumulus du Bronze moyen apparaissent en Beauce, aux confins du Loiret et du Loir-et-Cher et le long des vallées des Mauves autour de Baccon. Ces buttes de l'Âge du bronze recouvrent parfois une ciste, sorte de coffre de pierre grossièrement construit en forme de cercueil pour déposer le corps. Mais, dans la plupart des cas, celui-ci est enseveli en pleine terre avec un mobilier souvent très réduit. Les buttes qui ont été prospectées n'ont livré qu'un maigre mobilier de bronze, souvent égaré depuis : un collier, quelques bracelets, quelques anneaux, deux poignards, la céramique n'étant représentée que par quelques tessons difficiles à identifier. Les tombes plates, qui existent également à cette époque, se montrent tout aussi pauvres en mobilier funéraire.
Âge du bronze récent (1200 - ) vignette|left|alt=Photo d'une urne dont le haut est brisé|Urne funéraire sans col, Bronze final (1200 à environ), Olivet
Vers , des peuples venus de l'est, souvent considérés comme des proto-Celtes, envahissent la Gaule en apportant avec eux la culture des champs d'urnes. Leur particularité est de pratiquer le rite funéraire de l'incinération. Après avoir brulé leurs morts, ils en placent les cendres dans des urnes d'une vingtaine de centimètres de diamètre, faites d'une pâte noirâtre et décorées de motifs géométriques. Ils rangent ensuite ces vases funéraires les uns à côté des autres jusqu'à constituer des nécropoles que l'on a appelées « champs d'urnes ».
De nombreux vases des champs d'urnes ont été découverts depuis les années 1950. Dans le Val de Loire en particulier, des urnes ont été découvertes à Tigy (nécropole du Bois des Hauts), à Férolles en 1952., à Olivet en 1972. et à Baule.. D'autres ont été trouvées dans la vallée du Loing, à Villemandeur., et dans le bassin de l'Essonne à Aulnay-la-Rivière.
À Courcelles-le-Roi, dans le Gâtinais, deux nécropoles familiales remarquables, datées du début du Bronze final (autour de ), ont été découvertes en 2006 dans le cadre des fouilles d'archéologie préventive réalisées en lien avec la construction de l'autoroute A19. Chacune regroupe une quinzaine de sépultures, dont des tumulus, monuments à cercle de pierre jusqu’alors inconnus dans la région. Les sépultures s'organisent autour du plus grand tumulus qui mesure de diamètre. Les restes du défunt incinéré étaient placés dans une urne puis déposés dans une tombe soigneusement disposée dans un coffrage en bois ou protégée par des dalles calcaires. Des vases funéraires et des objets personnels accompagnaient le défunt (cliquer sur la couverture du document dans la page liée pour ouvrir un PDF du document)..
Les fouilles en archéologie préventive ont permis également de mettre au jour des enclos funéraires circulaires à Pannes.
Organisation de l'habitat Pour l'Âge du bronze et le premier âge du fer, les données concernant l'organisation de l'habitat dans le Loiret sont encore très fragmentaires. Ce n'est qu'à partir du second âge du fer, appelé période de La Tène, que de nombreuses découvertes ont été faites. Tout au plus peut-on supposer qu'il s'agit d'un habitat rural isolé, constitué de maisons bâties en pisé et en torchis, mais seuls quelques formes en creux de poteaux de soutènement et des pierres en calage peuvent en attester.. D'après des découvertes faites hors département, les maisons d'habitation sont entourées de dépendances, greniers de stockage pour différents types d'aliments, silos enterrés pour Ies céréales. Ces silos, dont l'allure générale évoque une poire, étaient très hermétiquement obturés. Le milieu anoxique entrainait dans un premier temps une fermentation des céréales et évitait par la suite leur pourrissement trop rapide.
Métallurgie et artisanat L’Âge du bronze est une période caractérisée par la maitrise de la métallurgie du bronze, nom générique des alliages de cuivre et d’étain. Apparue en Anatolie, cette nouvelle technique s'est ensuite progressivement diffusée notamment vers l'Ouest.. Elle fait faire un bond considérable à l'armement : épées, lances, boucliers, casques, poignards, etc. Les styles varient d'une région à une autre. De nombreuses armes ont ainsi été découvertes dans le Loiret.
Pratiques cultuelles À l'Âge du bronze, il n'existe pas de lieu consacré aux pratiques cultuelles, comme des sanctuaires ou des temples, qui n'apparaitront que plus tard. Seules la découverte et l'identification d'offrandes permettent aux archéologues de les reconnaitre. Les milieux humides (eaux dormantes ou cours d'eau) ont particulièrement bien conservé ces offrandes. Leur découverte s'effectue la plupart du temps fortuitement, à l'occasion de dragages et d'exploitation de sablières. Les chercheurs s'appuient sur des facteurs tels que la récurrence d'objets exceptionnels en contexte d'habitat et de nécropoles, leur état physique au moment de leur l'abandon et leur concentration, pour identifier le caractère cultuel de ces dépôts..
Entre Meung-sur-Loire et Saint-Ay, plusieurs dépôts d'armes remarquables datées du Bronze final ont été découverts à l'occasion de dragages en Loire.... Ces dépôts importants comprennent souvent des épées, des pointes et talons de lances en parfait état. De véritables panoplies guerrières semblent ainsi avoir été consacrées, peut-être pour faire suite à des victoires militaires ou au décès de personnages de haut rang, dont les équipements personnels ne devaient pas être réutilisés. La présence d'un lurs danois, une sorte d'énorme à longue trompe, dans un dépôt d'Orléans, peut en outre laisser supposer que parfois ces cérémonies inconnues étaient sonores.. Si la cause et le déroulement des consécrations, de même que les divinités éventuellement concernées, demeurent inconnus, les rituels n'en traduisent pas moins une valorisation de la fonction guerrière, la probable héroïsation de certains chefs militaires ou la divinisation d'un fleuve aussi important que la Loire. Ces pratiques perdurent tout au long de la Protohistoire, y compris durant la période gauloise, au cours de laquelle apparaissent les premiers sanctuaires publics bâtis.
Premier âge du fer (-750 à -450) Métallurgie du fer vignette|alt=Photo d'une agrafe en métal|Fibule à navicelle, fabriquée en bronze, Premier âge du fer, Sceaux-du-Gâtinais.
Au début du , les civilisations de la Méditerranée se mettent en place : le monde égéen est maintenant dominé par les Grecs, auxquels les Doriens auraient apporté le fer ; les Phéniciens ont pris pied en Afrique ; l'Italie septentrionale et centrale voit s'épanouir la culture de Villanova, qui prépare celle des Étrusques. Au nord et au nord-ouest des Alpes, le monde barbare, qui a vu s'étendre puis décliner la culture des champs d'urnes, apprend maintenant à se servir du fer. Les débuts de la sidérurgie sont laborieux, car le nouveau métal est difficile à travailler : il fond à plus de contre environ pour le cuivre. D'ailleurs, faute de pouvoir fondre le fer dans leurs fourneaux primitifs, les Anciens se contentaient de le séparer des impuretés par martelage (technique qui restera en usage jusqu'au ). Si difficile qu'il soit, le nouveau métal est beaucoup plus résistant que le bronze et, pour les armes, il fait merveille. C'est pourquoi, pendant longtemps, on va le réserver à la fabrication de ces grandes épées, longues de près de , faites pour frapper de taille, tout en continuant à utiliser les outils et armes de bronze que l'on possède. Quant aux objets de parure, colliers, torques, bracelets, fibules et vases, ils seront toujours coulés en bronze, ce qui a permis une bonne conservation de ces objets jusqu'à nos jours, contrairement au fer.
Cette nouvelle culture du fer est arrivée à son niveau le plus élevé en Haute-Autriche, dans la région de Hallstatt. C'est d'ailleurs par la découverte de longues épées de fer dites « hallstattiennes » que l'on peut suivre la lente avancée de cette culture par la Lorraine, la Franche-Comté, la Bourgogne, jusqu'au bassin de la Loire moyenne (département du Cher). Or les ferriers abondaient dans ce bassin de la Loire moyenne, ce qui conduisit ces hommes du fer à s'installer alors en Nivernais, en Gâtinais, en Berry, dans le sud de la Sologne, délaissant la Beauce qui avait connu une grande prospérité au Néolithique et à l'Âge du bronze.
Habitat Les recherches d'archéologie préventive en région Centre-Val de Loire ont permis de confirmer entre 2002 et 2005 l'existence de tous les types d’implantation connus dans les régions alentour : petites unités agricoles, aires d’ensilage isolées ou bien distinctes d’habitat, agglomérations plus importantes, mais généralement de taille réduite, avec subdivision de l’espace au moyen de fossés et palissades comme à Pannes ou Vienne-en-Val dans le Loiret..
Rites funéraires : seconde génération de tumulus Après la période dite « des Champs d'urnes », les hommes du premier âge du fer, tout en continuant à incinérer leurs morts, renouent avec l'usage des tumulus. Alors que les tumulus encore visibles en Beauce semblent avoir été plutôt érigés à l'âge du bronze, les tumulus hallstattiens sont particulièrement nombreux en Sologne, où on les compte par centaines, et en forêt d'Orléans où cinquante ont été repérés entre Ouzouer-sur-Loire et Neuville-aux-Bois.. Les principaux tumulus dont la fouille a donné des débris d'os ou des objets sont situés à Saint-Cyr-en-Val, Ardon, aux Bordes, à Bray-en-Val et à Montereau.