Geneviève Gallois, en religion mère Geneviève O.S.B., née Victorine Marcelle Gallois à Montbéliard le et morte à Vauhallan le Acte de naissance à Montbéliard, n° 172, vue 369/665, avec mention marginale du décès à Vauhallan en 1962., est une moniale bénédictine et artiste peintre française.

Caricaturiste reconnue, elle renonce, à la suite d'une crise morale, à sa carrière à l'âge de vingt-neuf ans, durant la Grande guerre, en entrant au couvent de la rue Monsieur. C'est là qu'au début des années trente le collectionneur Paul Alexandre la découvre. Il l'entraîne alors à travers la gravure puis la conception de vitraux, qu'elle finira par réaliser elle-même, et à ouvrir, quitte à scandaliser, les églises à l'art moderne figuratif. Ses écrits posthumes témoignent avec causticité de la vie mystique au temps de la modernité.

Biographie Entre père athée et mère pieuse (1888-1909) Victorine Marcelle Gallois naît dans une famille de notables. Son père, Jean-Baptiste Raoul Édouard Gallois, franc maçon anticlérical et sous-préfet de Montbéliard, est un fils de notaire. Sa mère, Jeanne Delavelle, est la fille du maire radical socialiste de Besançon Victor Delavelle, lui-même notaire, beau-frère du député républicain Jules Gros. Le peintre lithographe Jean Gigoux est un ami de Victor Delavelle. Leur mariage a été célébré à Besançon le , Jean-Baptiste Gallois étant âgé de trente-trois ans. En 1890, naît leur second et dernier enfant, Georges, qui sera diplômé d'HEC, déposera plusieurs brevets mais mourra sans descendanceCatherine Marès, « Paul Alexandre et Geneviève Gallois, le mécène et la religieuse. Une amitié artistique et spirituelle. », 18 mai 2012, in Mémoires, série, "Année 2012", , Académie de Nîmes, Nîmes, 2013..

La famille déménage au gré des affectations du père, Nîmes en 1895, Orange en 1898, Le Blanc en 1902. Marcelle apprend à dessiner en croquant sa famille, des natures mortes et des intérieurs. En Provence, la jeune femme découvre une lumière nouvelle et commence à peindre les paysages« Un talent spirituel. Mère Geneviève Gallois 1888-1962. », Les Amis de Geneviève Gallois, Granville, 20 juillet - 15 août 2020 (notice de l'exposition).. Elle s'inspire de Manet, Cézanne, MonetDenys Klein, « Mère Geneviève Gallois, illustratrice de Péguy. », in Françoise Gerbod, L'Amitié Charles Péguy, année, , , Paris, décembre 2008..

Douée, elle est inscrite de à 1909 à l'école des beaux-arts de MontpellierArchives de Montpellier : 2R Beaux-Arts, registre d'inscription des élèves entre 1905 et 1914, ville où son père est depuis le receveur de plusieurs cantons autour de Castelnau-le-Lez. Elle se heurte à l'académisme qu'enseigne Alexandre Courtines, un élève de Cabanel. Elle use de techniques contraires aux règles, tel le dessin au leverG. Gallois, Réalité unique et éternelle, , Éditions du Cloître, Jouques, 1980. et elle est traitée par le professeur de , parce qu'elle dessine en gommant sa feuille noircie au fusain, mais elle reçoit un prix en 1907 pour son tableau de La Serre du Jardin des Plantes.

Son père, qu'elle adoreCatherine Marès, « Paul Alexandre et Geneviève Gallois, le mécène et la religieuse. Une amitié artistique et spirituelle. », 18 mai 2012, in Mémoires, série, "Année 2012", , Académie de Nîmes, Nîmes, 2013. et qui croit en son destin d'artiste et l'encourage, l’installe en 1909 à Paris sous la protection de son vieil ami, le peintre Adolphe Léon Willette. Le caricaturiste découvre plus tard avec admiration les « excellents et terribles dessins » de la jeune artiste et une « redoutable faculté de son précurseur, Henri de Toulouse-Lautrec, de révéler combien le démon rend grotesques ceux qu’il tient en sa possession ».

De la satire à la dévotion (1910-1914) À la fin de l'année, des locataires de la pension de famille où elle loge emmènent Marcelle Gallois entendre la messe de Noël à la chapelle Saint-Louis du Temple, 20 rue Monsieur. C'est un spectacle couru. Le lieu rassemble les artistes fin de siècleF. Gugelot, La Conversion des intellectuels au catholicisme en France, 1885-1935., , CNRS, Paris, 1998.. Elle n'y retournera pas avant quatre ans et demi. Elle n'a jamais été inscrite à l'École des Beaux-Arts de ParisArchives Nationales, AJ52/248, registre d'inscription des élèves dans les ateliers de peinture, sculpture, architecture, ateliers extérieurs. 1874-1945. mais elle devait travailler dans un des nombreux ateliers du quartier Montparnasse. On a retrouvé sa carte d'élève à la section des sciences religieuses de l’École pratique des hautes études pour l'année 1910-1911.

Elle parcourt les rues de Paris pour croquer sur le vif des bamboches. Léon Willette lui fait publier dans Le Courrier FrançaisAdeline Gouarné, « Mère Geneviève Gallois, la fuite inutile.», in Bulletin théologique, Institut normand de sciences religieuses, Rouen, 16 février 2017.. Grâce à l'influent polémiste antidreyfusard, elle expose au Salon de la Société nationale des beaux-arts et au Salon des humoristes, de 1912 jusqu'à 1914-1915. Elle caricature les corps de guingois mais cherche au-delà à dénoncer les situations qui écrasent les âmes. Comparés à ceux de Daumier, ses dessins satiriques jettent un regard noir de dégoût sur le monde mais connaissent pendant six années un succès certain. Elle expose en Suisse et à Bruxelles en 1912.

Le Vendredi Saint 1914, elle est bouleversée par l'office des Ténèbres célébré en la même chapelle Saint Louis du TempleG. Gallois, Réalité unique et éternelle, , Éditions du Cloître, Jouques, 1980.et la beauté du chant grégorien, que la chapelle, guidée par le Liber gradualis, s'emploie à réhabiliter. Elle suit les conférences de l'aumônier, dom Bessequi devient son directeur spirituel. Un jour qu'elle s'est approchée de l'autel tout en s'interrogeant sur l'invraisemblable de la transsubstantiation, elle "entend" le tabernacle répondre

Des tourments du monde à ceux du couvent (1915-1930) Avec la guerre, ce qui était grotesque et dérisoire est devenu tragique. La jeune femme est consciente de l'indécence du dessin satirique au temps de l'héroïsme et que se moquer de la religion, c'est ne pas y être indifférenteM. Gallois, Lettre à Emma Vollant, cité in Catherine Marès, « Paul Alexandre et Geneviève Gallois, le mécène et la religieuse. Une amitié artistique et spirituelle. », , in Mémoires, série, "Année 2012", , Académie de Nîmes, Nîmes, 2013.. D'ironique, son trait devient commisératif. Tout en conservant de la prévention contre les prêtres, elle aspire à un retour à la morale catholique et à l' « Ordre moral » que symbolise la basilique du Sacré-Cœur encore en construction.

C'est surtout, face à l'absurde, un moment d'effondrement personnel. Catherinette, elle n'est intime qu'avec une amie, Emma Vollant. Elle détruit sa peinture et envisage le suicide. Le , elle entre au couvent des Bénédictines de la rue Monsieur. C'est pour elle un renoncement définitif au dessin, chose que son père ne lui pardonnera pas même au seuil de la mortCatherine Marès, « Paul Alexandre et Geneviève Gallois, le mécène et la religieuse. Une amitié artistique et spirituelle. », 18 mai 2012, in Mémoires, série, "Année 2012", , Académie de Nîmes, Nîmes, 2013.. Il lui faut mettre pour tuer tout ce qui la déchire intérieurement.

L'année suivante, la désormais « Sœur Geneviève » commence son noviciat. Au terme de celui-ci, en 1921, elle n'est pas admise à prononcer ses vœux mais accepte à défaut, à contrecœur, l'oblature régulière. Elle est un des rares cas dont le couvent estimera devoir pendant deux décennies décourager la vocation ou du moins continuer d'éprouver l'orgueil et la soumission.

Sœur Geneviève travaille dans l'atelier de cette paramentique qui l'avait tant émue à Pâques 1914. Elle est chargée d'élaborer le dessin des broderies sous la supervision de Sœur Emmanuelle. Pas plus que les professeurs honnis des beaux-arts, celle-ci n'entend pas changer quoi que ce soit à la tradition. La mésentente est profonde. Toutefois, elle réalise pour elle-même quelques gouachesDominique Dendraël et Madeleine Blondel, Geneviève Gallois, peintre et moniale., Musée du Hiéron, Paray-le-Monial, 8 juillet 2018 - 6 janvier 2019 (notice de l'exposition)..

Non rencontre avec Paul Alexandre (1931-1938) Le , le docteur Paul Alexandre, dermatologue qui s'est installé à Montmartre comme généraliste et est devenu en 1908 le premier collectionneur d'Amedeo Modigliani, découvre dans une vente de charité organisée par l'abbaye Saint Louis du Temple, rue Monsieur, un dessin préparatoire pour un ornement représentant Jeanne d'Arc. Sûr d’être en présence d’un talent exceptionnel, il entre en contact avec les sœurs du couvent. Commence alors une succession de commandes, deux illustrationsDenys Klein, « Mère Geneviève Gallois, illustratrice de Péguy. », in Françoise Gerbod, L'Amitié Charles Péguy, année, , -489, Paris, décembre 2008. pour Charles PéguyDenys Klein, « Mère Geneviève Gallois, illustratrice de Péguy. », in Françoise Gerbod, L'Amitié Charles Péguy, année, , , Paris, décembre 2008., six dessinsDenys Klein, « Mère Geneviève Gallois, illustratrice de Péguy. », in Françoise Gerbod, L'Amitié Charles Péguy, année, , -495, Paris, décembre 2008. qui forment l'ébauche d'une bande dessinée tirée du Mystère de la charité de Jeanne d'Arc et à partir de 1933 une série de gouaches sur la vie monastique et sur la messe, sans que jamais le collectionneur ne soit autorisé à rencontrer sa protégée. Quand il insiste, il lui est répondu que cette Sœur Geneviève est une personne sauvage si bien qu'en généraliste de son temps, il finit par imaginer une dégénérescence congénitaleCatherine Marès, « Paul Alexandre et Geneviève Gallois, le mécène et la religieuse. Une amitié artistique et spirituelle. », 18 mai 2012, in Mémoires, série, "Année 2012", , Académie de Nîmes, Nîmes, 2013..

Les gouaches lui sont remises à travers la grille en échange de billets. Ils servent à payer le rempailleur et, indirectement, procurent à Sœur Geneviève une certaine reconnaissance au sein du monastère Ses consœurs jettent un autre regard sur elle. Elle reçoit la permission de consacrer du temps de son labeur en dehors de l’atelier d’ornement tout en continuant à travailler à certaines commandes. Elle est enfin autorisée à prononcer une profession, mais celle-ci n'est que temporaire, et pour la période minimale, trois années.

Dans la perspective d'employer ses talents à plus que la broderie, elle reçoit, en 1935, des conseils du vitrailliste Henri Charlier, le « Maître du Mesnil-Saint-Loup ». Quant à Paul Alexandre, il est sensible au non conformisme de son style. Sœur Geneviève pourrait jouer un rôle dans le renouveau de l’art religieux. . Encouragée, elle produit quantité de dessins et devient pour le monastère une source de revenu, modeste mais d'autant plus grande.

En 1938, après plusieurs années de combats juridiques, les religieuses sont expulsées de la rue Monsieur et s’installent provisoirement à Meudon. Elles ont acheté un domaine à Limon sur la commune de Vauhallan dans l'intention d'y construire une abbaye. Ce n'est qu'alors, à l'âge cinquante et un ans, que le , après vingt deux ans de clôture, Sœur Geneviève est admise à faire sa profession solennelle. Ni sa mère, malade, ni son père, irrémédiable anticalotin, ne sont présents. Ce sont Emma Vollant et Paul Alexandre qui, sans rompre la clôture, prennent leurs placesCatherine Marès, « Paul Alexandre et Geneviève Gallois, le mécène et la religieuse. Une amitié artistique et spirituelle. », 18 mai 2012, in Mémoires, série, "Année 2012", , Académie de Nîmes, Nîmes, 2013.. Celui-ci, averti de l'impossibilité pour la bénédictine d’œuvrer à son art sans enfreindre la règle de son ordreRègle de saint Benoît, XLVIII, Rusand, Paris, 1824., trouve l'astuce de lui offrir en cette occasion une presse à taille-douce, machine pour ouvrier typographe susceptible de donner à ses dessins une allure de travail manuel .

De la gravure à la révélation (1939-1949)