Guéorgui Stoïkov Rakovski (en , Guéorgui Stoïkov Rakovski), aussi connu sous le nom de Georgi Sava Rakovski (, Géorgui Sava Rakovski), né Sabi Stoïkov Popovitch () en 1821 à Kotel, alors dans l'Empire ottoman, et mort le à Bucarest, en Roumanie, est un révolutionnaire bulgare du , écrivain, journaliste, diplomate, linguiste, ainsi qu’une importante figure de la Renaissance bulgare et de la résistance contre l'empire ottoman.
Biographie Enfance, famille et éducation Il nait à Kotel, alors dans l’Empire ottoman, dans une riche famille d’artisans et commerçants chrétiens orthodoxes bulgaresVesselin Traikov, Georgi Rakovski A Short Biography (1977) Sofia Press.. Il grandit dans une ambiance inspirée par l’esprit des Lumières, les idéaux de la « Société des Amis », la compassion pour la souffrance du peuple et l’indignation face à l’oppression. Son père et deux de ses oncles du côté paternel, Datcho et Mateï, ont pris part à la résistance armée contre les kurdjalis, irréguliers Ottomans qui pillent les villages chrétiens au , profitant de l’impunité que leur confère la charia. Datcho, accompagné de volontaires armés de Kotel, repousse les chefs kurdjalis Karafeïz et Indje, sauvant ainsi sa ville du pillage et des violences. Cela leur vaut rapidement le respect de leurs pairs et de la population chrétienne, mais aussi l’hostilité des autorités ottomanes.
Sa mère est russe, sœur de Georgi MamarchevVeselin Nikolov Traĭkov, G. Mukherjee Georgi Stoikov Rakovski, a Great Son of Bulgaria and a Great Friend of India , capitaine émérite de l’armée russe décoré pour son héroïsme lors de la prise de Silistra pendant la guerre russo-turque de 1828-1829, et organisateur des insurrections bulgares de Sliven et de toute la région de Tarnovo. C’est en l’honneur de cet oncle que Sabi change de prénom et prend celui de Georgi qui, de plus, fait référence à St-Georges terrassant le dragon. À cette époque, les écoles étaient religieuses et pour les chrétiens, l’enseignement était assuré par les popes et les moines orthodoxesCrampton, R. J. (1997). A Concise History of Bulgaria. Cambridge University Press. . .. Georgi suit cet enseignement à Kotel et à Karlovo où il est l’élève de Rayno Popovich, un célèbre helléniste de son époque. En 1836, avec sa famille, il quitte Karlovo décimé par la peste pour rejoindre le lycée orthodoxe grec de Constantinople à partir de fin 1837. Il y étudie de nombreuses matières comme le français, la physique, la théologie, les mathématiques, le latin, le perse, l’arabe et bien d’autres. C’est une des meilleures écoles chrétiennes et beaucoup de riches Grecs et Bulgares y font leurs études à l’époque. Il parle et écrit le grec et s'y fait appeler Sava Stephanidis.
Il prend déjà part aux intenses débats opposant les nombreux étudiants grecs et bulgares au sein de son collège. Bercé par le souvenir de la Grande Bulgarie d'avant l'invasion ottomane, il joue un rôle important dans ces débats et façonne son image de patriote.
Un puissant citoyen de Kotel nommé Neophyte BozveliTraïkov, Веселин. Georgi Sava Rakovski. Sofia, maison d'édition de l'Académie des Sciences Bulgares, 1974. с. 44-68. (En Bulgare), qui milite pour l’autocéphalie de l’Église bulgare face au Patriarcat grec, va à ce moment prendre Rakovski dans sa sphère et beaucoup influencer ses futurs combatsVeselin Nikolov Traĭkov, G. Mukherjee Georgi Stoikov Rakovski, a Great Son of Bulgaria and a Great Friend of India ().
C’est ainsi qu’est fondée « la Compagnie macédonienne », qui prône l’indépendance de la Bulgarie ainsi que l’autocéphalie de son ÉgliseGeorgi Bokov (1981) Modern Bulgaria: History, Policy, Economy, Culture .
Premiers pas de révolutionnaire En , Rakovski quitte Constantinople pour se rendre à Brăila (Valachie) prendre part, avec son ami greco-valaque Stavros Giorgiu Balacostea, à la révolution qui se prépare, bien conscient que celle-ci sera violemment réprimée par les autorités ottomanes. Du consulat grec de Brăila, il obtient un passeport grec au nom de Georgios Makedonios et devient professeur de grec et de français (une couverture pour ses agissements anti-ottomans). Leurs plans sont contrecarrés et 15 personnes sont arrêtées. Rakovski n’en fait pas partie, il se cache dans un premier temps mais rongé par le remords de voir des innocents arrêtés par sa faute, il se rend aux autorités turques.
En 1842, il est condamné à mortIvan Vazov - "Sous le Joug" (Pod Igoto) (1894) mais, grâce à son faux passeport, est extradé vers les autorités grecques qui doivent accomplir la sentence. Aidé par l’ambassadeur grec à Constantinople, le phanariote Aléxandros Mavrokordátos, il échappe à la condamnation et est finalement envoyé en exil à Marseille, en France, pour un an et demiVeselin Nikolov Traĭkov, G. Mukherjee (1987) "Georgi Rakovski, a Great Son of Bulgaria and a Great Friend of India" Northern Book Centre.. En 1845, il rentre à Kotel et retrouve son père. L’ambiance est tendue à cause des abus répétés de chorbadjis locaux (chrétiens bulgares partisans du pouvoir ottoman, qui usurpent les taxes et oppressent les paysans et commerçants bulgares, d'où ce surnom de « profiteurs de la chorba »). Rakovski, qui essaye d’alerter les autorités ottomanes pour qu’elles envoient des enquêteurs et rétablissent l’ordre, est devancé par les chorbadjis qui le calomnient, prétextant un nouveau complot. Les Ottomans, qui ont encore en tête les dernières rébellions de la région, décident immédiatement d’arrêter Rakovski et son père et de les envoyer à Constantinople à dos de cheval en plein hiver.
Dans son manuscrit, Rakovski raconte que son père et lui sont jetés au cachot pour six mois, attendant leur procès sans voir la lueur du jour. Au procès, ils sont condamnés à sept ans de prison ferme. Grâce à leurs soutiens, ils sont libérés en 1847 après trois ans et demi d’emprisonnement. Ce séjour en prison lui a permis de s’aguerrir au métier d’avocat. Il décide de rester à Constantinople exercer cette profession qui a l’époque ne nécessite pas de qualifications particulières dans L’Empire Ottoman. Il se fait des amis puissants et fait des affaires même s'il n’est pas réellement avisé.
Son père rentré à Kotel meurt. Désormais riche, Rakovski n’en oublie pas pour autant la cause de son peuple et continue de se battre pour la création d’une Église Indépendante Bulgare. Il écrit des livresMargaret H. Beissinger, Jane Tylus, Susanne Lindgren Wofford (1999). Epic Traditions in the Contemporary World: The Poetics of Community. University of California Press. . . et choisit la voie du combat et de la souffrance pour le bien de ses compatriotes. Il écrit :
Engagement pour la libération de la Bulgarie vignette|droite|La première édition du journal de Rakovski, Dounavski Lébèd. vignette|droite|Le voyageur de la forêt, 1857, de Rakovski, édition conservée au Musée national d'histoire de la Bulgarie. vignette|droite|Les Haidouks bulgares, 1867, de Rakovski À l'époque où la « question d'Orient » devient tendue et une future guerre entre les Russes et l’Empire Ottoman se prépare, Rakovski décide de préparer son peuple à une future révolution. Le ressenti est très fort en Bulgarie ou les inégalités du système féodal et les abus sont fréquents. Le terrain est fertile à la révolte. Il crée la « Première Légion Bulgare » qui prévoit une insurrection nationale lorsque la Russie déclarera la guerre à l’Empire ottoman.
La Guerre de Crimée éclate et, jouant de son réseau puissant à Constantinople et de ses capacités linguistiques, il se place à un poste militaire stratégique Ottoman Biographie de Georgie Sava Rakovski sur Academic.ru d’où il prépare secrètement la libération de la Bulgarie grâce à un réseau clandestin tissé à travers toutes les villes du pays, prévoyant au moment opportun de retourner ses armes contre l’armée ottomane. L’attente est conditionnée par l’avancée Russe.
Au pic de ses activités sa société secrète est démasquée. Rakovski est d’abord envoyé à Choumen où le commandant en chef ottoman, furieux, est tenté de le faire exécuter sur le champ mais décide finalement de l’envoyer à Constantinople. Lors du transfert, Rakovski est libéréArticle sur Rakovski sur All4Sofia.com (Eng) par son ami Mustafa Bey et reprend immédiatement les armes.
Après avoir rejoint les Balkans puis l’armée Russe qui a finalement passé le Danube, il retourne se cacher pour attendre les beaux jours (plus propices à des opérations militaires dans la région). Il se remet à l’écriture et entreprend son œuvre la plus connue Gorski Putnik. À cette période, les Chorbajis réquisitionnent tous ses biens familiaux et vendent aux enchères les biens de son père. Il quitte la région de peur de se faire arrêter à nouveau et trouve refuge chez son cousin Nikola Balkanski, à Stanoya. Il continue l’écriture et signe de nouveau poème comme Radan et Boyana. Il prend alors la décision de participer à la libération de la Bulgarie avec l’épée mais aussi et surtout avec la plume, et l’aide de la presse Emanuela Costantini, Armando Pitassio (2008) Ricerca di identità, ricerca di modernità: il Sud-Est europeo tra il XVIII e el XX secolo. .
Été 1856 il gagne la SerbieTrotsky, Leon; Brian Pearce, George Weissman, Duncan Williams (1980). The War Correspondence of Leon Trotsky. The Balkan Wars, 1912-13. Resistance Books. . ., alors que la Russie a été défaite par l’Empire ottoman et ses alliés occidentaux. Avec l’aide de ses amis journalistes et éditorialistes serbes il publie ses ouvrages Predvestnik na Gorski Putnik et son poème Gorski Putnik. C’est le premier ouvrage littéraire Bulgare traitant de la libération nationale.
À Novi Sad Marcel Cornis-Pope, John Neubauer (2007) History of the Literary Cultures of East-Central Europe: Junctures..., Volume 3 , aidé par son ami le docteur Danilo Medakovitch, il entreprend la création d’un journal dont il prend la direction éditoriale en 1857. Rapidement Bulgarska Dnevnitsa (Le Quotidien Bulgare)Article de Petar Kostadinov du 08/05/2006 dans "The Sofia Echo" dénonce l’oppression du clergé grec ainsi que de l’Empire Ottoman. Évidemment cela attire l’attention de la « Sublime Porte ». Rakovski est une nouvelle fois arrêté et la publication interdite. Rakovski est envoyé en Valachie. Il est miné moralement et financièrement et doit beaucoup d’argent à son ami Medakovitch qui a soutenu le lancement du journal. Lors de son passage à Novi-Sad, il étend son réseau et se fait de puissants alliés serbes.
vignette|droite|Rakovski et Matanović en 1861 vignette|droite|Rakovski dans les années 1860
De retour en Bulgarie, il prend part au développement de l’éducation nationale. Il pense fermement qu’"un homme sans éducation est un homme mort". Il obtient la création d’un lycée bulgare à Bolhrad. Inquiet de la réaction de la Sublime Porte qui y voit une volonté de fédérer le peuple bulgare en vue d’une révolution, il fuit vers la Russie, « La terre de Russie, mère de tous les slaves et protectrice du Peuple Bulgare » comme il la décrit lui-même. Il s’installe à Odessa vers 1860 et il reprend ses activités universitaires, son écriture, et la publication d’un journal Bulgare. Même en Russie, c’est un projet difficile à mener. Ses souhaits sont d’attirer l’attention des occidentaux sur la réalité de l’oppression Ottomane en Europe de l’Est et publier son journal en France ou en Belgique, en français et en bulgare. Il ne trouve pas le financement nécessaire ; s'il est considéré comme le plus brillant des Bulgares, les élites le dédaignent, voyant d’un mauvais œil cet agitateur public prêt à tout pour dénoncer les abus auxquels eux aussi prennent part. Le Tsar russe de l’époque, pro-Phanariotes l’oblige à émigrer à nouveau.