La pacification du Mandchoukouo est une campagne militaire menée par l'armée impériale japonaise du à l'été 1941 qui se solde par la destruction quasi totale des multiples armées de volontaires anti-japonaises (qui se réunissent en 1935 pour former l'armée unie anti-japonaise du Nord-Est) et dont les survivants se replient vers l'URSS.

Prise de contrôle japonaise La première apparition d'un important groupe de partisans anti-japonais se passe dans les provinces du Liaoning et du Jilin en raison des faibles résultats de l'armée du Fengtian (alliée des Japonais) durant les premiers mois de l'invasion japonaise de la Mandchourie et du succès rapide du Japon à supprimer et remplacer les autorités provinciales du Fengtian et du Jilin.

Le gouvernement provincial de la province du Liaoning fuit vers l'ouest à Jinzhou. Le gouverneur Zang Shiyi reste à Mukden, mais refuse de coopérer avec les Japonais pour établir un gouvernement collaborationniste et séparatiste et est jeté en prison. L'armée japonaise du Guandong proclame le la nomination du colonel Kenji Doihara au poste de maire de Mukden. Celui-ci dirige ainsi la ville avec l'aide d'un « comité d'urgence » composé principalement de Japonais.

Le , le général Xi Qia de l'armée du Jilin est invité par les Japonais à former un gouvernement provisoire pour la province de Jilin. Dans celle-ci, les Japonais réussissent à occuper la capitale sans effusion de sang. Xi Qia proclame le la séparation de la province d'avec la république de Chine et la place sous la protection de l'armée japonaise.

Le , un gouvernement provisoire est formé dans la province du Fengtian (nouveau nom de la province du Liaoning) avec Yuan Jinhai pour président du « comité pour le maintien de la paix et l'ordre ».

À Harbin, le général Chang Ching-hui réunit une conférence le pour discuter de l'organisation d'un « comité d'urgence du district spécial », formé pour achever la sécession de Harbin du reste de la Chine. Il n'est cependant pas capable d'installer l'ordre dans la région et Harbin reste tenue par des milices anti-japonaises dirigées par les généraux Ting Chao, Li Du, Feng Zhanhai et d'autres.

Pendant ce temps à Mukden, le « comité administratif du Nord-Est » (ou conseil de direction du gouvernement autonome) est créé le et placé sous la tutelle de Yu Chung-han, un politicien important du gouvernement de Zhang Xueliang, qui désire l'autonomie de la Mandchourie. Après la victoire japonaise à l'issue de la campagne de Jiangqiao sur le général Ma Zhanshan et l'occupation qui s'ensuivit de Tsitsihar le , un gouvernement autonome local est établi dans la province du Heilongjiang et le général Chang Ching-hui est nommé gouverneur de la province le .

Après la prise de Jinzhou à l'issue de l'opération Jinzhou, le mouvement d'indépendance progresse rapidement en Mandchourie du Nord, où le colonel Doihara est chef des services spéciaux à Harbin. Le général Chang Ching-hui, après avoir appris la défaite de Zhang Xueliang à Jinzhou, accepte la proposition du gouvernement autonome de Mukden et déclare l'indépendance de la province du Heilongjiang le . Après que le général Ma Zhanshan a été repoussé de Tsitsihar par les Japonais à l'issue de la campagne du Jiangqiao, il se replie vers le Nord-Est avec le reste de ses forces et établit sa capitale à Hailun, d'où il tente de continuer à gouverner la province du Heilongjiang. Le colonel Kenji Doihara lui propose de négocier pour lui permettre de rejoindre le nouvel État du Mandchoukouo que le Japon est en train de créer. Ma feint de négocier avec Doihara, tout en continuer à soutenir le général résistant Ting Chao.

Les premiers signes de résistance : les milices, les confréries et les bandits L'émergence de la résistance chinoise à l'occupation japonaise de la Mandchourie, qui prend la forme de milices populaires, de confréries de paysans et de groupes de bandits, est facilitée par le succès japonais à détruire rapidement le gouvernement régional de Zhang Xueliang. La majorité des troupes de l'armée japonaise du Guandong est concentrée, en , contre le général Ma Zhanshan dans la province du Heilongjiang au nord, puis en décembre et janvier, contre les restes de l'armée de Zhang Xueliang à Jinzhou dans le sud-ouest du Liaoning. Éloignées des garnisons japonaises placées dans les villes et le long des voies ferrées, les unités de résistance se rassemblent ouvertement et relativement facilement fin 1931-début 1932.

Les milices L'insécurité chronique de la Mandchourie, avec des bandes de bandits endémiques s'opposant aux seigneurs de guerre, amène des groupes de citoyens et de villages à former des milices privées pour protéger leurs biens et leurs terres avant même l'invasion japonaise. Après le début de l'occupation japonaise, ces milices deviennent des groupes de partisans, surnommés les « hommes en civil » en raison de leur manque d'uniformes, et se nommant eux-mêmes de divers noms comme la « milice d'autoprotection », la « milice anti-japonaise » ou les « volontaires chinois ». L'une des premières forces à se former, appelée la « milice des citoyens courageux », est établie en près du port de Jinzhou. Ces milices opèrent principalement dans le sud du Fengtian, où vit la moitié de la population de Mandchourie avec une grande majorité de Chinois Han. Le Fengtian se retrouve presque immédiatement sous contrôle japonais car ces villes se trouvent le long des lignes de chemins de fer de Mandchourie du Sud qui sont protégées par l'armée du Guandong.

Les confrérie de paysans Les « confréries de paysans » sont une forme de protection commune des petits propriétaires terriens et fermiers chinois. Des vagues d'immigrants fuyant les guerres de l'époque des seigneurs de guerre (1916-1928) qui ravagèrent le Nord et le centre de la Chine arrivaient en Mandchourie depuis 1926 au taux d'un million de personnes chaque année. La majorité d'entre eux étaient des paysans appartenant à deux importantes confréries, la société de la Lance rouge et la société des Grandes épées, qui aidaient les immigrants à s'établir et les protégeaient contre les bandits et les propriétaires trop rapaces.

La société de la Lance rouge est basée dans les terres intérieures du Fengtian et dans la région de Harbin. La société des Grandes épées prédomine dans le sud-Est du Jilin et certaines parties du Fengtian. En 1927, les Grandes épées mènent une révolte provoquée par la chute du papier-monnaie Feng-Piao. Durant cette rébellion, la société gagne le respect des paysans parce qu'elle ne se livre pas au pillage des pauvres gens et résiste aux officiers du seigneur de la guerre Zhang Zuolin.

Après l'invasion japonaise, la société des Grandes épées mène des opérations de déstabilisation dans le district du Chientao au Sud-Est du Fengtian, le long de la frontière avec la Corée, et se soulève massivement à la suite de la proclamation de la création du Mandchoukouo le . Les Grandes épées deviennent la composante principale de la résistance partisane dans la région, restant presque sans contacts avec les armées de volontaires anti-japonaises. Le bandit Lao Pie-fang commande lui-même plusieurs groupes des Grandes épées dans l'ouest du Fengtian. La société est alliée avec Wang Delin dans le sud-est du Jilin, et le général Feng Zhanhai rassemble et entraîne un corps de hommes.

Les groupes de la société de la Lance rouge sont plus dispersés. Leurs membres forment d'importants centres de résistance lorsque la guerre atteint la campagne. Les Lances rouges attaquent fréquemment les chemins de fer de Mandchourie du Sud des districts de Xinlitun et Tungfeng jusqu'à Mukden et les mines de charbon de Fushun. Ils sont menés par un jeune officier de l'armée du Fengtian, Tang Juwu. Les unités de la société de la Lance rouge affichent une extraordinaire résistance dans la région. presque deux ans après l'incident de Mukden, un groupe de Lances rouges prend d'assaut la préfecture de Tungfeng près de Mukden le , longtemps après la défaite des plus grandes armées de volontaires.

Néanmoins, les deux sociétés sont composées principalement de paysans sans éducation et mal entraînés, et ont un aspect traditionaliste quasi religieux. Les membres des confréries placent leur foi dans une magie ancestrale et croient à la récompense vertueuse du paradis. Les membres des Grandes épées prétendaient que leurs sorts les rendaient insensibles aux balles. Les bandes des Lances rouges étaient souvent menées par des moines bouddhistes qui combattaient dans la bataille avec des inscriptions magiques inscrites sur leurs armes et leurs vêtements similaires à celles des premiers groupes de la révolte des Boxers.

Les bandits

vignette|Armes des bandits mandchous. Le Nord-Est de la Chine est au début du une zone frontière sans grand contrôle du gouvernement chinois où le banditisme est endémique. Certains groupes de criminels endurcis se livrent à des pillages pour vivre, tandis que d'autres volent occasionnellement de quoi survivre lorsque les récoltes sont mauvaises et qu'elles ne leur permettent plus de se nourrir. Du fait de l'augmentation de la population de Mandchourie durant les années 1920, certains nouveaux venus deviennent squatteurs, puis vagabonds, puis hors-la-loi. Même dans la province urbanisée du Fengtian, des bandits appelés honghuzi (« Barbes rouges ») sont courants le long du chemin de fer Pékin-Mukden et dans les bois du sud-est de la province le long de la voie Mukden-Antung près de la Corée. De puissants groupes de bandits opèrent en plein jour dans les grandes villes comme Mukden ou Harbin. Le terme shanlin (« montagne et forêt ») est souvent utilisé pour désigner ces bandits parce qu'ils avaient une grande connaissance du terrain local. La plupart opèrent dans de petites zones et veillent à maintenir la bonne santé financière des paysans locaux. Les troupes du gouvernement chinois ont de grandes difficultés à les combattre, tout comme celles des forces du Japon et du Mandchoukouo plusieurs années plus tard.

Il existe également une tradition de bandits nationalistes, remontant à l'invasion russe de lorsque les forces tsaristes étaient entrées en Mandchourie, officiellement pour protéger le chemin de fer de l'Est chinois possédé par la Russie après la révolte des Boxers. Wang Delin s'opposa à la fois aux Russes et à la dynastie Qing et mena de nombreux bandits contre les Russes. Sa carrière de hors-la-loi continua jusqu'en 1917 quand il accepta de rejoindre les forces de la province de Jilin. Il était courant durant l'époque des seigneurs de guerre que les anciens bandits intègrent les armées régulières, dont ils formaient une source conséquente de nouveaux soldats. L'inverse était aussi vrai comme lorsque l'armée du Fengtian fuit l'avancée japonais, des milliers de soldats désertèrent dans la campagne et retrouvèrent leurs anciennes vies de bandits. Durant la guerre russo-japonaise de 1904-05, de nombreux groupes de bandits coopérèrent activement avec l'armée japonaise, en renseignant précisément sur les déploiements et les mouvements des troupes russes, et en aidant à la sécurisation du matériel.