thumb|right|Sans date. thumb|right|En janvier 1919. thumb|right|Sans date. thumb|right|En janvier 1932.
Mollie Steimer (), de son vrai nom Marta Alperina (), née le à Dunaevtsky (Empire russe) et morte le à Cuernavaca (Mexique), est une militante anarchiste d'origine russe, puis américaine avant d'être apatride et enfin, mexicaine.
Lors de l', elle a 22 ans quand elle est condamnée à 15 ans de prison pour avoir distribué des tracts dénonçant l'intervention des États-Unis contre la révolution russe lors de la Première Guerre mondiale. En 1921, sa peine est commuée en bannissement vers la Russie où elle découvre la réalité du régime bolchevique. Elle est expulsée d'URSS en 1923 pour ses activités en faveur du mouvement libertaire.
Activiste pour la défense des droits des prisonniers politiques Eric L. Goldstein, Mollie Steimer, Jewish Wommen's Archive, texte intégral., elle est membre de l'Anarchist Black CrossMay Picqueray, Mollie Steimer, Le Réfractaire, n°59, octobre 1980..
Jeune syndicaliste
Mollie Steimer nait dans une famille juive d’un village du sud-ouest de la Russie. Elle émigre aux États-Unis en 1912, avec l’ensemble de sa famille.
Dès l’âge de 15 ans, elle travaille à New York dans une usine de confection et milite dans le mouvement syndical.
Elle découvre les livres de August Bebel, Kropotkine, Bakounine et Emma Goldman dont elle deviendra plus tard, l'amie. Elle adhère aux idées anarchistes largement répandues dans le milieu ouvrier de l'époque Paul Avrich, An Anarchist Life : Mollie Steimer (1897-1980), 1980, texte intégral..
Opposition à la guerre En 1917, elle participe à la création du groupe Frayhayt, qui rassemble une douzaine de militants anarchistes juifs qui vivent dans un grand appartement collectif à Harlem, appartement qui leur sert également de local de réunionAn Anarcha-feminist Profile - Mollie Steimer, Anarcha library, 2010, texte intégral en anglais..
Frayhayt publie le journal en yiddish Der Shturm (La Tempête) puis le journal Frayhayt (Liberté) dont la devise, inspirée de Henry David Thoreau, est « Yene regirung iz di beste » (« Le meilleur des gouvernements est celui qui ne gouverne pas »). Le journal est imprimé à la main.
Après l'entrée des États-Unis dans la Première Guerre mondiale, en , le journal est interdit pour son opposition à l'effort de guerre. Il est alors distribué clandestinement la nuit dans les boites à lettres.
Au printemps 1918, le gouvernement américain décide l'envoi de troupes en Russie pour combattre aux côtés des Armées blanches contre le nouveau pouvoir bolchevik. Le groupe diffuse alors un tract, en yiddish et en anglais, appelant à la grève générale contre l'intervention militaire : « La révolution russe appelle tous les travailleurs du monde à son aide, travailleurs américains debout, jetez à terre votre ennemi et le nôtre : : le capitalisme. Décrétez la grève générale, battez-vous pour votre émancipation et votre liberté. Ne craignez pas la prison, la corde ou les balles. Ne trahissez pas les ouvriers russes. Camarades, ouvriers, debout pour la lutte. »
Arrestation et condamnation Le , la police investit le local du groupe et arrête ses principaux membres : Jacob Schwartz (brutalement battu par des policiers, il meurt des suites de ses blessuresEmma Goldman, L'Épopée d'une anarchiste. New York 1886 - Moscou 1920, Éditions Complexe, 1984, page 197 le ), Jacob Abrams, Hyman Lachowsky, Samuel Lipman et Mollie Steimer.
Ils sont inculpés de violation de l'Espionage Act of 1917, une loi adoptée à l'initiative du président Woodrow Wilson irrité par l'opposition de gauche radicale à sa décision d'entrer en guerre. Cette loi criminalise la diffusion d'informations pouvant perturber le fonctionnement des forces armées américaines et favoriser l'ennemi, causer ou tenter de causer l'insubordination, la mutinerie ou la désertion, entraver volontairement le recrutement et l'enrôlement dans les forces armées des États-Unis.
C'est alors que commence ce que l'on appellera plus tard, « l' », connue comme une étape importante dans l'histoire de la répression des libertés civiles aux États-Unis.
Lors du procès retentissant qui s'ouvre le , Mollie Steimer profite de la tribune pour défendre ses positions politiques : « Par anarchisme, j’entends un nouvel ordre social dans lequel aucun groupe humain ne pourra être gouverné par un autre groupe humain. La liberté individuelle devra prévaloir dans tous les sens du mot. La propriété privée devra être abolie. Chaque personne devra avoir une chance égale de se développer, aussi bien mentalement que physiquement. Nous n’aurons pas à combattre pour notre survie quotidienne comme nous avons à le faire actuellement. Personne ne pourra vivre aux dépens du travail des autres. Chaque personne pourra produire autant qu’elle le peut et recevoir autant qu’elle en a besoin […] Alors qu’à l’heure actuelle, les peuples du monde sont partagés en différents groupes baptisés « nations », chaque nation s’opposant aux autres dans une compétition incessante, les travailleurs du monde se serreront les mains les uns les autres en s’aimant d’un amour fraternel. »
Le , pour une simple distribution de tracts, Mollie est condamnée à 15 ans de prison et ses compagnons à vingt ans. Cette peine disproportionnée provoque une énorme protestation et choque les milieux libéraux, des membres de l'Université Harvard déposent une pétition d'amnistie. Aux professeurs se joignent des juristes influents, des écrivains Des comités de défense, des ligues interviennent posant la question : « L'opinion est-elle un crime ? »
Pendant la procédure en appel, Mollie est remise en liberté sous caution. Elle reprend immédiatement ses activités, ce qui lui vaut d’être arrêtée une dizaine de fois pendant les mois qui suivent.
En 1919, elle rencontre Emma Goldman de passage à New York après avoir été emprisonnée deux ans au pénitencier de Jefferson au Missouri. C'est le début d’une amitié qui durera toute sa vie.
Bannissement vers la Russie bolchévique
Le , elle est à nouveau arrêtée au cours d'une descente de la police fédérale à la Maison du peuple russe où sont réunis les déportés qui, sur le Buford, vont rejoindre la Russie (dont Emma Goldman et Alexandre Berkman). Elle est mise en cellule pendant huit jours à la fameuse prison de Tombs, d'où elle est relâchée contre caution avant d'être incarcérée au pénitencier de Blackwell’s Island pour être, elle aussi, déportée. Bouclée vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sans air et sans exercice, sans communication avec les autres prisonniers politiques, Mollie fait la grève de la faim jusqu'à ce qu'elle obtienne satisfaction. Elle pèse moins de 35 kg à sa sortie.
Entretemps, la Cour d’appel confirme sa condamnation et celles de ses camarades. Elle est internée, en , au pénitencier de Jefferson où elle reste 18 mois, ses conditions de sa détention sont particulièrement sévères. C’est à cette époque qu'elle perd successivement son frère et son père.
La Cour Suprême confirme sa condamnation en s’appuyant sur le qui renforce la répression contre les opposants politiques.
L'avocat Harry Weinberger et le Comité de Défense et de secours aux prisonniers politiques mène campagne estimant que les inculpés n'ont pas bénéficié d'un procès équitable et afin que la peine de prison soit commuée en expulsion du territoire. Dans un premier temps, et contrairement à ses compagnons, Mollie refuse cette mesure de « clémence » : « Les autres prisonniers politiques sont aussi mes camarades. Je pense que c’est très égoïste et contraire à mes principes, en tant que communiste libertaire, de demander ma liberté et celle de trois de mes camarades et d’abandonner les milliers d’autres prisonniers politiques qui croupissent derrière les barreaux des prisons américaines ». Finalement, après d’âpres négociations, elle accepte et les quatre prisonniers sont libérés. Le comité de soutien finance leur voyage vers la Russie.
Le , Mollie Steimer, Lachowsky, Lipman, Jacob Abrams et sa femme Marie embarquent sur le paquebot Estonia à destination de Petrograd avec près de 250 autres militants radicaux bannis des États-Unis.
Opposition au pouvoir bolchévique thumb|upright|Répression de l'anarchisme en Russie soviétique, 1923
Arrivée à Petrograd en , elle y fait la connaissance de Sénia Fléchine qui va devenir son compagnon.
Le , elle arrive à Moscou. Dans une lettre à l'avocat Harry Weinberger, elle fait part de sa « très profonde » déception : Emma Goldman et Alexandre Berkman ont quitté la Russie déçus par la tournure qu'a pris la révolution, Pierre Kropotkine est mort en février, la révolte de Kronstadt a été écrasée en mars par l'Armée rouge, l'Armée insurrectionnelle ukrainienne de Nestor Makhno est dispersée, des centaines d'anarchistes sont en prison et les travailleurs et les paysans russes sont écrasés par la bureaucratie et la dictature bolcheviques.
Elle organise avec Sénia Fléchine, l'Anarchist Black Cross, un groupe de soutien aux prisonniers incarcérés par le pouvoir bolchevique.
Le , ils sont arrêtés par la Guépéou sous l’accusation « d’aide à des éléments criminels et d’avoir maintenu des rapports avec des anarchistes résidant à l’étranger », notamment avec Emma Goldman et Alexandre Berkman.
Condamnés à deux ans de travaux forcés en Sibérie, ils sont libérés à la suite d'une grève de la faim et à l'intervention, auprès de Trotski, de délégués anarcho-syndicalistes, dont May Picqueray et Lucien Chevalier, présents à Moscou pour une conférence de l'Internationale syndicale rouge.
Ils sont assignés à résidence à Petrograd. Soumis à un contrôle judiciaire permanent, ils s'y soustraient rapidement. Mollie retourne à Moscou et poursuit ses activités d’aide aux anarchistes emprisonnés.
Le , elle est arrêtée et inculpée de « propagande anarchiste » en violation de l'article 60-63 de la constitution soviétiqueMay Picqueray rapporte que la condamnation de Mollie Steimer et Sénia Fléchine avait été commuée en expulsion de Russie et "que leur départ ne devait pas tarder". En réalité, ils ne devaient quitter le territoire soviétique qu'en septembre 1923. Pendant plusieurs mois, ils ne furent plus inquiétés. Mais, le 9 juillet, ils étaient une nouvelle fois arrêtés pour diffusion des idées anarchistes en violation de l'article 60-63 de la constitution. Expulsés de Russie, le 27 septembre, ils gagnaient Berlin, véritable plaque tournante des victimes de la répression bolchevique, où ils retrouvèrent Emma Goldman et Alexandre Berkman. - Gavroche, n°85 à 96, Éditions Floréal, 1996, page 95..
Le , avec Sénia Fléchine, elle est expulsée vers l’Allemagne où elle survit dans une grande précarité, sans un sou, sans passeport. Pendant vingt-cinq ans, elle ne possédera que le passeport Nansen des apatrides, jusqu'à sa naturalisation mexicaine en 1948.
En Allemagne, Mollie publie différents textes sur son expérience russe. Elle écrit, notamment, qu'elle avait souffert de son expulsion de Russie, « pays de la grande révolution populaire usurpée par une élite bolchevique. J'aurais voulu aider les ouvriers dans leur combat contre la tyrannie et l'hypocrisie communiste ».