Louis Pierre Gabriel Bernard Morel-Retz, dit Stop, est un artiste français aujourd'hui connu avant tout en tant que caricaturiste, dessinateur, illustrateur et graveur. Né le à Dijon, il est mort dans la même ville le .

Il passe une grande partie de sa vie à Paris, capitale où il exerce son métier et mène une carrière variée en fréquentant les cercles des élites culturelles et artistiques, notamment les milieux de la peinture, du théâtre, de la littérature et de l'opéra. C'est durant la fin du Second Empire qu'il devient célèbre sous le pseudonyme de « Stop » en publiant ses caricatures dans plusieurs journaux tels que Le Charivari et le Journal amusant. Il acquiert ainsi une certaine place parmi les humoristes de l'époque.

Également amateur de voyages, il réalise de nombreux croquis, dessins et aquarelles à l'étranger.

Biographie

Jeunesse à Dijon

Enfance et initiation à l'art vignette|gauche|redresse|Louis Morel-Retz par Louis Galliac. Louis Morel-Retz naît le à Dijon, dans une maison située place Saint-Michel. Son père, Sébastien Morel (1787-1848), est magistrat et vice-président du tribunal de Dijon. Sa mère, Gabrielle-Agathe Retz vient d’une famille hollandaise qui s’installe au à Montbard. Dans cette maison, l'art occupe une place importante. Les deux sœurs aînées de Louis, Metman et Mathilde Morel, directrice de la Maison de Providence (aussi appelée Maison Pérard), dessinent avec goût. Leur père aussi pratiquait beaucoup l’aquarelle. Louis, de son côté, s'intéresse également au dessin et à la peinture, se formant principalement de manière autodidacte, en parallèle avec ses autres activités. Il acquiert une certaine maîtrise de ces pratiques sans suivre un cursus académique classique. Son père, estimant qu'il se forme trop seul, lui impose des leçons d'art avec Jean-Marie Heynemans (1811-1890), fils d’un peintre en bâtiment et professeur d'art à Dijon. Heynemans est un enseignant reconnu, qui dirige un atelier situé rue Rameau, au deuxième étage de la maison Trumet de Fontarce. Cet atelier est fréquenté par plusieurs jeunes artistes, dont Eugène Guillaume. Malgré ces cours, Louis Morel-Retz montre une certaine impatience peu propices à ces méthodes d'apprentissage traditionnelles. Il préfère, comme pour son apprentissage de la musique, adopter une approche plus libre et instinctive, avec un caractère autodidacte.

Début d'une vie de magistrature à Dijon Louis Morel-Retz fait de bonnes études au Collège Royal de Dijon. Il poursuit par la suite des études de droit à l'école de droit de la ville. Il obtient sa licence en droit le et son doctorat en droit le . Son père souhaite naturellement qu'il s'oriente vers le barreau et la magistrature. Louis Morel suit cette voie de manière consciencieuse, bien que sans enthousiasme, sous l'influence de son père. Il prête serment comme avocat le . Cependant, il s'intéresse davantage à l'art qu'à la carrière juridique, comme son ami Charles Poisot, qui, après avoir suivi des études de droit, abandonne la voie juridique pour se consacrer entièrement à la musique. Durant ces années, Louis Morel-Retz mène une vie mondaine agréable à Dijon, fréquentant les cercles sociaux de la ville et se faisant de nombreux amis.

Sébastien Morel, le père de Louis, meurt en fonction le , dans la maison familiale place Saint-Michel, et est fait chevalier de la Légion d'honneur à titre posthume. À ce moment-là, la vocation de Louis pour la carrière d’avocat s’éloigne définitivement.

Dernières années à Dijon : l'exposition de la société des amis des arts En 1849, la Société des Amis des Arts organise à Dijon une exposition qui s’ouvre le au musée, dans la salle des Tombeaux, la petite pièce qui la précédait, ainsi que la galerie dite de Bellegarde. À l’instar de ce qui se fait au Musée du Louvre pour les salons annuels, et qui sera repris lors de l’exposition de 1858 à Dijon, les tableaux du musée sont partiellement masqués, suivant une pratique alors courante.

Les expositions provinciales de l’époque n’ont pas le caractère international des salons modernes. Le catalogue de l’exposition de 1849 mentionne principalement des artistes locaux. C’est d’ailleurs la première et unique tentative d'exposition à Dijon. Parmi les exposants figurent notamment Jean-Marie Heynemans, Félix Ziem et Sophie Rude. Les œuvres exposées sont en grande majorité des peintures, et quelques sculptures.

À cette occasion, Louis Morel-Retz présente trois aquarelles sous les numéros 150, 151 et 405 : « Caricatures », « Amazones » et « Les Condamnées à l’exposition », cette dernière représentant de manière comique trois de ses amis. Parallèlement, il compose un album comique de cette exposition dijonnaise, qui annonce ses futurs « Salons comiques » au Journal amusant.

Ses débuts à Paris

Cours à l'Académie et ses débuts de caricaturiste alt=Mes camarades de l'atelier Gleyre|vignette|Mes camarades de l'atelier Gleyre, Louis Morel-Retz, 1857. Louis Morel-Retz arrive à Paris vers 1849 – 1850. Avant son départ de Dijon, il aurait manifesté son intention de rejoindre un cabinet d’avocat à son arrivée dans la capitale. Mais il entre plutôt à l’atelier de Gabriel-Charles Gleyre (1807– 1874) à l’École des Beaux-Arts. Charles Gleyre y est professeur depuis 1843, il a formé les peintres Claude Monet, Frédéric Bazille et Auguste Renoir par exemple. Louis Morel-Retz prend des cours de peinture et expose alors une première fois au Salon de Peinture et de Sculpture de Paris en 1857. Il participe aussi aux Salons de 1864 et 1865.. Il y propose des peintures à l’huile et des aquarelles, sans grand succès. Il peint des scènes de genre, des portraits et des peintures au sujet historique et religieux. La biographie rédigée par l’historien d’art Henri Chabeuf précise qu’il aurait exposé deux peintures sous ces titres : Halte de pèlerins à Rome et La guérison de l’aveugle de Jéricho., alors acheté par l’État. Mais sa carrière de peintre prend fin en 1865, son talent se manifeste alors dans la caricature.

En effet, dès son arrivée à Paris, il rejoint le journal L’Illustration. Louis Morel-Retz prend alors le nom de plume « Stop », qui était le nom de son chien.. Sa carrière de peintre est bien derrière lui. Rapidement reconnu pour son talent de caricaturiste, il fréquente de plus en plus la société mondaine parisienne. Par son travail d’illustrateur de pièces de théâtre, il fait la connaissance de nombreuses personnalités du monde du théâtre et de l’opéra.

Fréquentations mondaines alt=Photographie de Louis Morel Retz, qui pose de trois quarts en costume et regarde la caméra.|gauche|vignette|Photographie de Louis Morel Retz par Paul Emile Pesme, entre 1857 et 1865.|339x339px Ces personnes gravitent autour de Stop, comme en témoigne l’ouvrage Le Livre d’or de Stop. Cet album fait partie du fond Jean Henri Breuil (1888, Dijon – 1971, Dijon), maître chocolatier, bibliophile et amateur d’art, il collectionne divers livres et manuscrits sur l’histoire de Dijon ainsi que des œuvres d’art. Après son décès et celui de sa seconde femme, en 1973, son testament est exécuté et l’ensemble de sa collection est légué à la Ville de Dijon. La collection est divisée entre les musées et la bibliothèque..

Ce livre recense les signatures des amis de Stop. Il a lui-même fait circuler ce livre parmi eux. Cette centaine d’autographes témoigne des fréquentations du caricaturiste. Elle montre l’intégration de Stop à différents cercles parisiens, de sa réputation dans divers milieux ainsi que de l’étendue de son entourage. De la simple signature au dessin, en passant par des mots d’amitié et des extraits de partition, tous signent leur affection pour Stop. Un travail d’identification (toujours en cours) est mené par la bibliothèque, il permet de rattacher les autographes à des personnalités de la fin du XIXe siècle. Dans son cercle, nous pouvons alors compter des personnes plus ou moins connues. Divisées en quatre milieux (journalisme, théâtre, musique, peinture et sculpture), ses connaissances attestent de ses activités diverses et montrent l’évolution de Stop dans ces milieux en tant qu’artiste à la carrière variée.

Le Livre d’or de Stop

Journalisme Dans Le Livre d’or de Stop figurent les signatures de journalistes et de caricaturistes. Ils travaillent avec certains d’entre eux dans les mêmes journaux (Le Charivari, Journal pour Rire, Journal amusant, L’Illustration…). Il côtoie aussi leurs directeurs montrant son implication dans ce milieu. Nom de la personnalitéNationalitéDescriptif de la carrièreDate de l'autographe.Retranscription de la signatureLouis Adrien Huart (1813 - 1865)FrançaisJournaliste, écrivain, directeur du Théâtre national de l'Odéon (1849 - 1855) et fondateur du Théâtre des Folies-Nouvelles en 1855. Directeur du journal Le Charivari (1860-1865).Pas de données"Je n'ose pas. On verrait que je ne sais pas l'hortaugraff."Louis Leroy (1812 - 1885)FrançaisJournaliste, critique d'art, rédacteur au Charivari, au Journal amusant et au Gaulois. Auteur dramatique, peintre de genre et graveur.Pas de donnéesDialogue avec Stop : "Stop : Tu ne m'as encore rien mis sur mon album

Moi : Non, pas encore

Stop: Eh bien ! Tu vas t'exécuter illico !

Moi: Comme ça, tout de suite ?

Stop: Comme ça, tout de suite.

Moi: Ca y est."Henri Maigrot, dit Henriot ou Pif (1857 - 1933)FrançaisCaricaturiste, littérateur, dessinateur à L'Illustration, au Journal amusant, au Bon Vivant. Directeur du journal Le Charivari (1899 - 1909).1885Dessin d'Henriot qui représente les quatre saisons. Dédicace : "Voici, mon cher maître, avec tous mes regrets de ne pas avoir été votre élève."Emile-Marcelin-Isidore Planat, dit Marcelin (1829 - 1887)FrançaisCaricaturiste, illustrateur à L'illustration, au Journal pour rire, au Journal amusant et au journal Le Rire. Fondateur de "La Vie parisienne" en 1862.Pas de données"Il était une fois un roi et une reine...Heureux les peuples si ce n'avait été qu'une fois. Mon cher Stop, n'ajoutez pas cette note au premier conte que vous illustrerez."Robert Mitchell (1839 - 1916)FrançaisJournaliste, rédacteur politique au Constitutionnel, au Pays, au Gaulois. Homme politique, élu député bonapartiste de la Gironde en 1876.Pas de donnéesSigne son nomPierre Véron (1831 - 1900)FrançaisJournaliste, chroniqueur et rédacteur au Charivari, au Journal amusant, au Monde illustré, à L'Illustration… Écrivain, dramaturge et directeur du Charivari (1865 - 1899)Pas de données"Dispensez moi, mon cher Stop. Si vous étiez une femme, je vous aurais écris quelque chose de galant"

Illustrations alt=Une scène centrale présente deux personnages dans une rue, une femme et un homme en pleine discussion. Cette scène est entourée de quatre médaillons qui représentent les quatre saisons personnifiées par des figures féminines. Le dessin est complété par un décor de campagne qui change en fonction des médaillons de saisons à proximité (de haut en bas et de droite à gauche : Hiver, Printemps, Ete, Automne).|vignette|Dessin réalisé par Henri Maigrot, dit Henriot en gage d'autographe dans Le Livre d'or de Stop en 1885, sur le thème des quatre saisons.|centré

Peinture et sculpture De nombreux autographes sont ceux de peintres et de sculpteurs. Certains fréquentent aussi les bancs de l’École des Beaux-Arts de Paris et participent aux Salons dans les années 1850 et 1860 : Moreau-Vauthier, Alphonse de Neuville, Étienne Berne-Bellecour, Léon Bonnat, Jules Chéret, Jean-Georges Vibert, Jules Didier, Amand Laroche. Suivant le Livre d’or, Stop apparaît proche d’un cercle de peintres militaires composé d’Edouard Detaille, d’Alphonse de Neuville et d’Étienne Berne-Bellecour. Nom de la personnalitéNationalitéDescriptif de la carrièreDate de l'autographeRetranscription de la signatureLouise Abbema (1853 - 1927)FrançaisePeintre, illustratrice et sculptriceDeux signatures : une en 18751875 : Dessin de deux bourgeoises sur une plage