Les archives du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ont été fondées en 1863 lors de la création du CICR. Elles sont conservées au siège de l'organisation internationale à Genève, en Suisse. Elles ont la double fonction de conserver aussi bien les archives courantes que les archives historiques. Les archives générales sont accessibles au public pour les années 1863 à 1975.

Les archives - ainsi que la bibliothèque intégrée - sont largement considérées comme le plus grand dépositaire de documents sur le droit international humanitaire (DIH). L'écrivain suisse Nicolas Bouvier a décrit ces archives comme des , parce qu’en tant que patrimoine culturel de l’humanité, elles préservent des informations sur le sort de millions de victimes des conflits armés.

Histoire

Fondation et premières années (1863-1914) alt=|vignette|4, Rue du Puits-Saint-Pierre

Le Comité international de secours aux blessés (futur CICR) est fondé en au « Casino antique » (3, rue de l'Évêché, en vieille ville de Genève) par cinq messieurs : l'homme d'affaires Henry Dunant, qui a exposé les idées de base dans son livre acclamé Un souvenir de Solférino ; l'avocat et philanthrope Gustave Moynier ; les médecins Louis Appia et Théodor Maunoir ; le général Guillaume Henri Dufour. Au même moment, les archives et la bibliothèque du CICR sont créées. Dunant, en tant que secrétaire, signe le procès-verbal de la première réunion du Comité international de secours aux blessés : la jeune association conserve ce document et ceux qui suivent afin de rendre compte des décisions prises et actions engagées.

vignette|Lausanne en 1871: Internés blessés de l'Armée de l'Est (armée de Bourbaki) avec volontaires au service de la section vaudoise de la Croix-Rouge suisse L'adresse factuelle de la Croix-Rouge nouvellement fondée - et donc de ses archives et bibliothèque naissantes - est la résidence privée de la famille Dunant, au troisième étage de la « Maison Diodati », 4, rue du Puits-Saint-Pierre, en vieille ville. La Croix-Rouge y gardera son siège pendant une décennie. vignette|3, Rue de l'Athénée Au cours de ces années, les archives recueillent des informations sur divers conflits, en particulier la seconde guerre du Schleswig de 1864 entre le royaume de Prusse et l'empire d'Autriche d'une part, et le royaume de Danemark de l'autre. Les fonds de l'agence de Bâle contenant des fichiers sur les prisonniers de guerre pendant la guerre franco-prussienne (1870-1871) - un total de linéaires - sont repris par les archives du CICR dans les années suivantes. Il en va de même pour les documents de l'Agence de Trieste sur les prisonniers de guerre pendant la crise des Balkans (1875–1878) dont le fonds mesure un mètre linéaire.

L'un des principaux objectifs était la collecte d'informations sur la mise en œuvre du DIH, en particulier en ce qui concerne la première convention de Genève de 1864. Cependant, la principale tâche des archives consistait à enregistrer la correspondance diplomatique se rapportant au mandat humanitaire de l'institution.

En 1874, le CICR emménage dans un bâtiment plus spacieux et plus représentatif, au 3, rue de l'Athénée. Les archives et la bibliothèque y sont transférées. Au cours des quatre décennies suivantes, les archives continuent à documenter l'évolution du mouvement de la Croix-Rouge. Néanmoins, l'Ancien Fonds concernant le demi-siècle depuis la création jusqu'à 1914 a une taille modeste de linéaires.

Première Guerre mondiale (1914-1918) vignette|Volontaires devant le musée Rath gauche|vignette|Suzanne Ferrière (à droite), la nièce de Frédéric Ferrière, avec une femme non identifiée en 1914. Elle a continué à jouer un rôle clé pendant la Seconde Guerre mondiale. Peu de temps après le début de la Première Guerre mondiale, le CICR, sous l'impulsion de son président Gustave Ador, va créer l'Agence internationale des prisonniers de guerre (AIPG), dont la tâche principale consistera à retrouver les prisonniers de guerre et à rétablir le contact entre ces derniers et leurs familles. À la fin de 1914, l'Agence compte déjà quelque 1200 bénévoles - dont beaucoup de jeunes femmes y compris d'étudiantes - travaillant depuis le musée Rath de Genève.

À ce stade, le mandat de l'Agence est basé sur la de la de Washington de 1912 et se limite donc à la protection des prisonniers militaires. Cependant, le médecin et membre du comité Frédéric Ferrière fonde une section se consacrant aux civils. Celle-ci s'associe rapidement au CICR et contribuera largement à l'image positive de l'organisation. gauche|vignette|Romain Rolland (centre) avec Frédéric Ferrière et une femme non identifiée à l'AIPG L'un des premiers membres de cette section civile est l'écrivain français Romain Rolland qui se porte bénévole à la sous-division consacrée aux civils disparus jusqu'en . Lorsqu'il reçoit le prix Nobel de littérature pour 1915, il fait don de la moitié du montant reçu à l'Agence. L'écrivain autrichien Stefan Zweig articule une description vivante de l'engagement de son ami :vignette|Étienne Clouzot, rédacteur des Nouvelles de l'Agence internationale des prisonniers de guerre, bulletin crée en 1916.Un petit bureau et un siège de bois brut, à côté du martèlement des machines à écrire, au milieu du va-et-vient des gens qui se pressent, appellent, se hâtent, interrogent - tel fut le poste de combat qu'occupa Romain Rolland pour lutter contre les misères de la guerre. C'est là qu'il tenta de réconcilier, par des spoins attentifs, ceux que les autres intellectuels excitaient par des paroles de haine, et d'adoucir, par un réconfort approprié et une consolation humaine, une partie au moins de ce tourment aux mille visages. Il n'a pas occupé ni recherché une place de dirigeant à la Croix-Rouge, mais comme tant d'inconnus y travaillé chaque jour à assurer la transmission des nouvelles. Son action s'exerça d'une façon obscure; c'est une raison de plus pour qu'on ne l'oublie pas.... Ecce homo! Ecce poeta!Étienne Clouzot (1881-1944) - archiviste paléographe, chroniqueur au Journal de Genève (qui a contribué indirectement à la création du CICR avec la publication d'un rapport anonyme d'Henry Dunant sur la bataille de Solférino) - devient directeur de l'une des sections de l'Entente et conçoit le système de classement de millions de fiches.

Entre-deux-guerres (1918-1939) vignette|La Promenade du Pin Fin 1918, le CICR - avec ses archives et sa bibliothèque - emménage dans son nouveau siège, à la Promenade du Pin. L'année suivante, Étienne Clouzot prend la tête du secrétariat du CICR et assume donc la gestion des archives et de la bibliothèque. vignette|Un délégué du CICR parmi un groupe d'hommes pendant la guerre gréco-turque L'AIPG cesse de fonctionner en 1924, mais les archives du CICR continuent à collecter des informations sur divers conflits armés qui, dans de nombreux cas, peuvent être considérés comme une continuation de la Première Guerre mondiale:

la guerre gréco-turque (1919-1922), et après une décennie relativement calme,

la guerre du Chaco (1932-1935), la seconde guerre italo-éthiopienne (1935-1936), la guerre d'Espagne (1936-1939) et la seconde guerre sino-japonaise (à partir de 1937).

Ce n'est qu'en 1930 que le CICR commence à créer et à stocker systématiquement les dossiers de son personnel, ce qui reflète la croissance rapide de ses activités et ses responsabilités autour du monde pendant cette période. alt=|vignette|La Villa Moynier En 1932/33, le CICR - et donc à nouveau avec ses archives et sa bibliothèque - déménage dans un nouveau siège, pour la première fois de son histoire, loin de la vieille ville de Genève: la Villa Moynier au milieu du grand parc Moynier sur la rive ouest du lac Léman, bâtie pour le banquier Barthélemy Paccard en 1848, était la propriété privée de son gendre Gustave Moynier (1826-1910), le premier président du CICR (et pendant lors de sa mort), et avait d'abord été le siège de la Société des Nations en 1926. Le CICR y est resté jusqu'en 1946/47.

Au cours de ces deux décennies, au regard des archives, une conscience grandit au sein du CICR pour une culture humanitaire du souvenir au sens d'une mémoire de l'humanité.

Seconde Guerre mondiale (1939-1945) vignette|Les archives de l'Agence centrale des prisonniers de guerre à Plainpalais en 1946|alt=|gauche vignette|Service des précieuses machines IBM Watson, utilisées entre autres pour le tri des fiches, 24'000 fiches à l'heure. Les tabulatrices pouvaient transcrire 4800 noms en même temps.|alt= L'Agence centrale des prisonniers de guerre ouvre ses portes deux semaines seulement après le début de la Seconde Guerre mondiale, désormais sur la base des conventions de Genève modifiées en 1929.

alt=|vignette|Le télégramme envoyé d'Hiroshima par Fritz Bilfinger à Marcel Junod à Tokyo Étienne Clouzot, qui a élaboré les règles des archives AIPG pendant la Première Guerre mondiale, aide à construire la structure de l'agence en 1939 et poursuit son engagement au sein de cette dernière pendant les cinq dernières années de sa vie. Suzanne Ferrière, ayant déjà aidé son oncle Frédéric pendant la Première Guerre mondiale, joue un rôle clé dans le domaine civil et met en place un nouveau système de messagerie pour les membres de famille.

Déjà en , IBM fournissait gratuitement à l'Agence du personnel et des machines Watson qui, grâce à un système de cartes perforées, permettaient de trier et de classer les informations à grande vitesse. Confronté à une énorme augmentation d'informations personnelles et institutionnelles - traitées par quelque -, le CICR introduit en 1942 son premier système de classement. En raison des nouvelles dimensions de la souffrance dès 1939, le nombre de transactions de fichiers augmente à environ de fiches et environ de messages transmis.

L'un des derniers - et des plus importants - documents de la période de la Seconde Guerre mondiale est publié le , quelques jours seulement avant la fin de la guerre, par Fritz Billfinger, un délégué du CICR qui accède aux ruines apocalyptiques d'Hiroshima à peine trois semaines après le largage de la bombe atomique "Little Boy" sur la ville japonaise par les forces aériennes de l'armée américaine (USAAF). Son télégramme, conservé dans les archives, enregistre un avertissement effrayant des horreurs de l'âge atomique:Ville anéantie, quatre-vingts pour cent de tous les hôpitaux détruits ou gravement endommagés; inspecté deux hôpitaux d'urgence, des conditions au-delà de la description point final

Décolonisation et « guerre froide » (1945-1990) alt=|vignette|Jean Pictet en 1937 Un an après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le CICR a déménagé son siège et ses archives de Villa Moynier à l'ancien hôtel Carlton. Le canton de Genève a mis le bâtiment néo-classique sur une colline au-dessus du palais des Nations à la disposition de l'organisation dans le cadre d'un bail à long terme. vignette|Une lettre de 24 juillet 1958 signée par Ernesto « Che » Guevara au nom de Fidel Castro, chef de guérilla, demandant au CICR de reconnaître le mouvement révolutionnaire à Cuba En même temps, les archives sont transformées en une section distincte au sein du CICR. Cette responsabilité incombe à Jean Pictet, spécialiste du DIH en tant qu'avocat et également père intellectuel de la convention de Genève de 1949 sur la protection des civils en temps de guerre. En 1950, Pictet introduit un nouveau système de classement complet en tant que directeur du principal service administratif. La numérotation est désormais basée sur des références à la fois thématiques et géographiques. Jusqu'en 1972, tous les fichiers de l'ensemble de l'organisation sont organisés selon le « Plan Pictet ». Dans le service des archives lui-même, ce dernier reste encore en usage jusqu'en 1997.