Pierre Piccinin da Prata est un enseignant et écrivain belge né le , à Gembloux (Belgique). Il a, à deux reprises, été emprisonné ou retenu comme otage en Syrie en 2012 et 2013.
Biographie Pierre Piccinin da Prata est né dans une famille d'origine vénitienne : son grand-père paternel a quitté l'Italie pour la Belgique quelques années après la prise de pouvoir de Benito Mussolini. Il étudie à l’Université libre de Bruxelles, . La presse le qualifie d'« historien et politologue de formation »... ou simplement d'« historien et politologue ».
Après ses études à Paris, Pierre Piccinin da Prata enseigne au Lycée belge de Lubumbashi lors de la fin du régime de Mobutu. Il devient enseignant de la Communauté française de Belgique, puis l’École européenne de Bruxelles I, où il a enseigné les cours d'histoire et de sciences politiques. Il a également exercé la fonction de maître de stages à l'Université libre de Bruxelles. En 2013, Pierre Piccinin da Prata est rédacteur en chef du Courrier du Maghreb et de l'OrientLe Courrier du Maghreb et de l'Orient, et professeur d'histoire à l’Athénée royal Jean Rostand de PhilippevilleP. Lemaire, Pierre Piccinin attendu avec impatience], L'Avenir 10/9/2013; Philippeville: Pierre Piccinin, l'ex-otage syrien, est de retour à l'école, La Gazette.be 16/10/2013..
Pierre Piccinin a porté son intérêt sur le printemps arabe, qu'il a voulu observer sur le terrain, du Maghreb au Moyen-Orient. Il s'est ainsi rendu en Tunisie, au Yémen, en Égypte, en Libye, et en Syrie..
Pierre Piccinin a écrit plusieurs ouvrages et articles de politique internationale. Il a également publié des textes d’opinion dans la presse européenne et a participé à la rédaction de plusieurs ouvrages collectifs. Toutefois, ses premiers travaux sont des articles scientifiques sur la Guerre de Spartacus Catalogue du CNRS (Archéologie, Préhistoire et Histoire) -].
Il est Commandeur (Commanderie de Wallonie et du Grand-Duché du Luxembourg) de l'Ordre militaire et hospitalier de Saint-Lazare de Jérusalem; Entreprises Belgique, ASSOCIATION BELGE DE L'ORDRE MILITAIRE ET HOSPITALIER DE SAINT LAZARE DE JERUSALEM] (2015).
Critiques et controverses En 2012, dans un article publié sur le site du Centre communautaire laïc juif, le professeur de l'Université Libre de Bruxelles Joël Kotek, affirme que Pierre Piccinin da Prata partage « assurément » la « croyance antisémite qui fait des Juifs les maîtres exclusifs des médias ». Kotek qualifie Piccinin d' « obsédé du complot juif », notamment parce que ce dernier parle de « pressions » et « intimidations » mises en œuvre par « les organisations juives », et qu'il défend des personnalités « persécutées » et accusées d'antisémitisme comme Alain Ménargues et Paul-Eric Blanrue.. Pierre Piccinin a obtenu un droit de réponse. Il y souligne entre autres un « intéressant paradoxe » : lui qui a pu travailler pour plus de dix journaux, dont Le Monde, croirait à une mainmise des juifs sur les médias. ? Pierre Piccinin da Prata a écrit en 2010 un article dans le quotidien L'Orient-Le Jour dans lequel il condamnait le racisme et l'antisémitisme, qu'il dissociait de l'antisionismePierre Piccinin da Prata, Antisémitisme et antisionisme: les confusions et tabous de l'Occident, L'orient-Le Jour 1/10/2010 (accès réservé aux abonnés). Pierre Piccinin da Prata a souvent critiqué l'État d'Israël, notamment lors de la guerre de Gaza et de l'arraisonnement du Mavi Marmara et dans un article où il qualifie le pays d'un « État-voyou en liberté ».
Pierre Piccinin da Prata reproche régulièrement aux médias de répercuter des informations sans les vérifier sur le terrain.. Piccinin dénonce ce qu'il qualifie de « vision du courant médiatique dominant ».
Pendant l'hiver 2011-12, Piccinin se rend en Syrie dans le cadre d'un accord avec le régime, qui lui procure une voiture avec chauffeur. Il raconte avoir été intégré à un programme également suivi par d'autres journalistes, et avoir faussé compagnie au groupe pour se rendre à Homs. Alors qu'il cherche à atteindre les quartiers bombardés de Homs, il raconte avoir été très vite accosté par des hommes en civil et emmené dans un appartement où se trouve une douzaine de personnes dont la comédienne dissidente Fadwa Suleimane. Ils lui expliquent être des civils armés pour défendre leur quartier. Piccinin se dit frappé par la gentillesse des résistants, et accepte leur proposition d'hébergement pour la nuit. Le lendemain il quitte Homs pour Hama, où il observe une contestation « entièrement pacifique », puis rentre en Belgique satisfait d'avoir pu rencontrer des opposants à Homs et Hama, tout en affirmant que le reste du pays est calme. Il critique également l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), affirmant notamment que celui-ci a donné un nombre de manifestant 50 fois trop grand.
Le Prix Goncourt Jonathan Littell raconte ce passage de Piccinin à Homs dans ses Carnets de Homs. Le , Littell se rend avec le photographe Mani en Syrie, à Homs, postérieurement au passage de Pierre Piccinin. Le , Littell trouve sur l'ordinateur d'un activiste les visas et autorisations de Piccinin, né à Gembloux. Piccinin « s'est échappé de son groupe un après-midi pour venir à Homs ». Le , Littell est chez un syrien, Abu Brahim, qui a réalisé des vidéos de Piccinin alors qu'il l'accueillait chez lui. Piccinin a « débarqué » à Homs en « grosse bagnole américaine », quelques heures après une grosse bataille entre les rebelles et l'armée syrienne, « juste là où Piccinin est passé ». Abu Brahim explique que Piccinin est passé devant tous les snipers sans s'apercevoir de rien. Littell écrit : « il y a un dieu pour les crétins de Gembloux ». Abu Brahim raconte que les militants syriens sont persuadés que Piccinin est envoyé par le régime : Toujours le , le photographe Mani appelle Piccinin, qui lui déclare « je ne parle pas arabe, mais on se débrouille très bien avec l'anglais ». Littell écrit que la « ligne » de Piccinin est la suivante : « L'OSDH ne raconte que des bobards, Le Monde aussi. Je suis venu là pour voir vraiment ce qui se passe parce que je ne crois pas le discours des médias et des militants. On prétendait qu'il y avait des bombardements et je cherchais le quartier. Mais je n'ai rien vu. J'ai écrit des articles objectifs sur la situation, c'est comme ça que j'ai obtenu mon deuxième visa. Bien sûr, j'étais encadré ». Le photographe Mani, excédé, lui lance : « Monsieur, je voudrais vous conseiller de changer de spécialité. Vous parlez anglais, spécialisez-vous dans le monde anglo-saxon ». D'après Littell, Piccinin n'écoute rien de ce que lui dit Mani. Et Piccinin répond « mais qui les a tué » lorsque Mani lui parle du massacre. Le , Littell, devant le corps d'un enfant de dix ans tué par une balle qui lui a traversé le cœur, dit au photographe qui l'accompagne : « balance une copie de ta photo au connard de Gembloux, d'accord ? ».
Après être rentré de Syrie, Littel jette un coup d'oeil au blog de Piccinin et écrit :
Le journaliste Christophe Ayad, dans le quotidien Le Monde, publie un article critique dans lequel Pierre Piccinin da Prata est ironiquement comparé au reporter de bande dessinée belge Tintin et se voit qualifié d'« aventurier sans fantaisie, chercheur sans qualification »C. Ayad, Les mésaventures de "Tintin" au pays de Bachar, Le Monde 6/6/2012- ; Christophe Ayad, qui le qualifie également d'« idiot utile du régime de Bacchar al-Assad », lui reproche de relayer la propagande du régime syrien. Depuis 2011, Pierre Piccinin da Prata concluait de ses observations en Syrie que le régime de Bachar el-Assad était solide et allait parvenir à se maintenir en place; il affirmait en outre que la révolution syrienne n'était pas une révolution populaire identique au printemps tunisien et présentait une importante composante islamiste. Pierre Piccinin da Prata a obtenu un droit de réponseDroit de réponse de Pierre Piccinin da Prata, lemonde.fr. Baudouin Loos le décrit comme un « auteur inclassable et atypique »Baudouin Loos, La terrifiante Odyssée de Pierre Piccinin, Le Soir, 9 septembre 2013, tandis que Christophe Lamfalussy voit en lui un « intellectuel franc-tireur »Christophe Lamfalussy, Libération de Pierre Piccinin, La Libre Belgique, 9 septembre 2013
Pierre Piccinin est perçu comme « une personnalité très controversée » et le Ministre des Affaires étrangères belge Didier Reynders a démenti son appartenance à la Sûreté de l'État ou aux services des Renseignements militairesDéclaration de Didier Reynders, Pierre Piccinin, une personnalité très controversée, vidéo de la RTBF 9/9/2013.
Selon Frédéric Delocra, sur le travail de reportage de Pierre Piccinin da Prata: « Le témoignage est fort, l'analyse rationnelle reste ensuite à construire», tout en qualifiant son type de journalisme de « partial, engagé », mais « précieux et courageux » car il va « chercher une vérité [...] au front, sous les balles, sous les roquettes »; il a « séduit beaucoup de lecteurs hostiles à l'ingérence occidentale au Proche-Orient »..
Prises de positions sur le Printemps arabe
Pierre Piccinin da Prata se fait connaître au début du Printemps arabe en se rendant dans les différents pays touchés par les révolutions : présent sur tous les terrains du Printemps arabe, il critique la presse et la manière dont elle interprète les événements, à travers, écrit-il, « l’application de schémas et de grilles d’analyse complètement inadéquats, produisant de ces révoltes arabes une image déformée et une interprétation prospective (…) invalidée par les événements »Tunisie-Égypte, un laboratoire exemplaire ?, Les Cahiers de l’Orient 109 - . Il salue la « démocratisation » du Yémen et il annonce au contraire le risque d'explosion du pays, ou encore l'engouement des médias occidentaux favorables au renversement de Kadhafi en Libye, et d'après lui, il aurait prédit là aussi l'éclatement du pays. De même, dans une analyse prospective, Pierre Piccinin da Prata conclut, en déjà, que le président égyptien Mohamed Morsi sera renversé par un coup d'État militaire..
En 2011, il fut l’envoyé spécial du magazine Afrique Asie au Liban et en Syrie et le correspondant de l’hebdomadaire The New Times au Mali. Il a publié occasionnellement dans Le Monde, La Libre Belgique qui a toutefois mis fin à la collaboration de Pierre Piccinin en 2011, dans l'acrimonie: Rue89, L’Humanité, L’Espresso, L’Orient - Le Jour…. En 2012, il fut correspondant du quotidien belge Le Soir, qui a publié deux séries de chroniques quotidiennes rédigées depuis les quartiers rebelles de la ville d’Alep.
Syrie Controverses C’est à propos de la Syrie qu’il fait le plus parler de lui. Avant de soutenir les rebelles à partir du printemps 2012, Pierre Piccinin a été accusé de relayer la propagande du régime syrien.
Il se rend une première fois en Syrie en , et raconte y trouver une situation différente de celle décrite par les médias.
Il se rend dans la ville de Hama, à l’époque assiégée par l’armée du régime. Il dit avoir assisté aux manifestations d’opposition au gouvernement de Bachar el-Assad et avoir filmé les événements. D'après la thèse de Pierre Piccinin, le nombre des manifestants était très fortement exagéré par l'OSDH qui avait annoncé manifestants à Hama, mais selon son analyse, publiée dans le magazine Afrique-Asie.