Le Crépuscule des dieux est un roman d'Élémir Bourges (1852-1925), publié en chez Giraud.

Résumé

Le 25 juin 1866, Charles d’Este, duc de Blankenbourg, donne une grande fête dans sa résidence de Wendessen. Alors qu’est joué le premier acte de la Walkyrie, sous la direction de Wagner, il apprend que son royaume est envahi par la Prusse et qu’il doit s’enfuir. Il trouve refuge à Paris, avec ses cinq enfants, ses domestiques et sa maîtresse la cantatrice Giula Belcredi. Retranché dans un hôtel particulier conçu selon son goût du faste et de l’artifice, le prince déchu tente de recréer autour de lui un semblant de cour. Mégalomane, capricieux et obsédé par l’apparat, il mène une vie de luxe décadent, tandis que sa famille sombre dans la folie. Claribel, la plus jeune de ses filles, meurt d’une maladie nerveuse. Hans-Ulric et sa sœur Christiane, manipulés par Belcredi, cèdent à une passion incestueuse qui pousse Hans au suicide. Franz se perd dans le jeu et les scandales. Otto, le fils préféré du duc, devient l’amant de Belcredi et participe avec elle à un complot pour assassiner son père afin de s’emparer de sa fortune. Le projet échoue grâce à l’intervention d’Arcangeli, confident du prince. Charles d’Este tire alors sur son fils, qui sombre dans la folie et finit interné, tandis que Belcredi se suicide. Le roman s’achève à Bayreuth, lors d’une représentation du Crépuscule des dieux de Wagner. Cependant que retentit la marche funèbre de Siegfried, Charles d’Este contemple l’effondrement définitif du vieux monde aristocratique auquel il appartient. Il meurt peu après la dernière représentation, léguant sa fortune à la ville de Genève.

Le personnage de Charles d’Este s’inspire largement de Charles II de Brunswick, prince déchu qui se réfugia à Paris sous le Second Empire.

Style L’originalité du roman réside en grande partie dans son style. Désireux de rompre avec le naturalisme et l’écriture artiste des Goncourt, Bourges prend pour modèles les grands prosateurs classiques du XVIIe et XVIIIe siècle, en particulier Bossuet et Saint-Simon. Son écriture se caractérise par une syntaxe dense, heurtée et parfois archaïsante, faite de longues périodes, d’incidentes, d’inversions et d’accumulations. Cette prose très travaillée donne au roman une tonalité baroque et solennelle qui le distingue fortement de la production romanesque de l’époque. Elle suscita cependant de nombreuses critiques lors de la parution du roman en 1884 et contribua à écarter le grand public jusqu’à aujourd’hui.

Réception À sa parution, Le Crépuscule des dieux est largement ignoré par le grand public mais attire l'attention des milieux littéraires. La critique, qu'elle soit favorable ou réservée, souligne généralement l'originalité de l'œuvre et la puissance de son style qui rompt avec les codes du naturalisme. Le roman rencontre notamment un vif succès auprès des jeunes écrivains décadents et symbolistes, parmi lesquels Henri de Régnier, Jean Lorrain, Albert Samain, Stuart Merrill et Octave Mirbeau. Dans La France, Octave Mirbeau salue une « étude, sombre et vengeresse, de la fin d’une race royale, qui s’écroule dans le sang, dans la boue, dans la sanie » : « on ne pardonne pas au débutant isolé, qu’aucune camaraderie de boulevard ne porte, de se relever par un chef-d’œuvre, et Le Crépuscule des dieux était presque cela. » Jean Lorrain consacre cinq sonnets de son recueil Modernités aux personnages du roman. Lecteur fidèle du Crépuscule des dieux, Félicien Rops écrit le 20 mars 1887 à Henri Liesse : « Je relis depuis deux jours le Crépuscule des Dieux, une merveille de passion, de langue, & d’un moderne !! l’auteur meurt de faim, & ne vit que par la famille de sa femme qui l’aide. Cela m’a été raconté par un de ses amis intimes. Et il a eu un succès ! – Et un beau succès « littéraire»».

Au XXe siècle, plusieurs écrivains exprimeront leur admiration pour Le Crépuscule des dieux, parmi lesquels André Gide, Guillaume Apollinaire et Jean Cocteau.

Appréciations

Rééditions Le Crépuscule des dieux, avec 26 eaux-fortes originales en couleurs de Richard Ranft, 119 exemplaires numérotés. Paris, Le Livre Contemporain, 1905. Le Crépuscule des dieux, 37 lithographies de Berthold Mahn, 1.151 exemplaires numérotés. Paris, Henri Jonquières et Cie, 1927. Le Crépuscule des dieux, préface de Hubert Juin, chronologie de Yvan de Riaz, illustrations originales de Gilbert Koull. Genève, Éditions Stock/Edito-Service S.A, 1973. Le Crépuscule des dieux, suivi de lettres inédites à Anna Braunerowa, préface de Christian Berg, notes de Hélène Tuzet et Christian Berg. Saint-Cyr-sur-Loire, Christian Pirot, 1987.

Études André Lebois, La Genèse du Crépuscule des dieux, Paris, L’Amitié par le livre, Le Cercle du livre, 1954. Ulrich Prill, « Sind das nicht Zeichen der décadence? » zur Textkonstitution des Fin de siècle am Beispiel Elémir Bourges : Le Crépuscule des dieux, Bonn, Romanistischer Verlag, 1988. Mateusz Wieslaw Malinowski, « Comment le roman peut-il être “ wagnérien ? Le cas d’Élémir Bourges », Sudia Romanica Posnaniensia, Poznan, AdamnMickiewicz University Press, vol. XXVII, 2001, p. 25-39. Cécile Leblanc, « Elémir Bourges : la fin d’un monde », Wagnérisme et création en France, Honoré Champion, 2005, p. 207-239. Philippe Martin-Lau, « Le Crépuscule des dieux d'Élémir Bourges: de la liquidité d'un texte à la liquidation d'un livre », Dix-neuf, , - 43.

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Notes et références

Catégorie:Roman français paru en 1884