Pierre Claude PajolOn rencontre également Claude-Pierre Pajol., né « Pajot » ( - Besançon † - Paris), comte Pajol et de l'Empire, est un général d'Empire et homme politique français. Il est l'une des grandes figures de la cavalerie légère de Napoléon .
Biographie 14 juillet 1789
D'une famille de la bourgeoisie qui occupait une position importante dans la magistrature, et fils d'un avocat au barreau du parlement de Besançon, Pierre Claude Pajol étudie le droit à l'université de cette ville lorsque différents duels avec des officiers de la garnison l'obligent à s'éloigner. Il quitte Besançon pour faire son droit à Paris. Arrivé à la capitale le , il suit le torrent des idées nouvelles, et s'occupe beaucoup moins de ses études que des événements qui se préparaient alors.
Le renvoi de Necker jette la consternation dans Paris. Le le peuple parisien commence à sonner le tocsin, à prendre une cocarde tricolore, à courir aux armes : le jeune Pajol se mêle à ce mouvement. Nommé commandant d'une des sections de la compagnie formée dans le quartier Saint-Victor qu'il habite, il se rend avec elle sur la place Louis XV, où elle se joint à beaucoup d'autres corps du même genre, dont l'organisation a été improvisée, et aussi aux Gardes-françaises qui viennent de retourner leur veste en tirant sur la cavalerie du prince de Lambesc et en la chassant de la place.
Le lendemain on continue de sonner le tocsin et de s'armer. Pajol fait partie des volontaires qui se forment au Palais-Royal : comme il est d'une haute stature et montre beaucoup d'activité, on le nomme sergent d'une de ces compagnies qui se réunissent à celles de la Basoche et des Tailleurs et à une masse considérable de peuple et d'ouvriers. Toutes ces colonnes d'insurgés se rendent, avec Pajol, à l'hôtel des Invalides pour y voler des armes. On fouille les caves et l'on y trouve , avec lesquels le peuple parisien et la garde nationale s'arment. On vole aussi les canons qui sont sur l'esplanade des Invalides, et, les plaçant en tête, on marche le long des quais jusqu'à l'Hôtel de ville de Paris.
vignette|gauche|300px|La Prise de la Bastille.
Dès l'aube, le , peuple parisien et garde nationale sont sous les armes, criant : « À la Bastille ! » pour y voler de la poudre. On les y conduit bientôt. Vers midi la garnison de cette forteresse ne cédant point aux revendications, le peuple parisien aidé de quelques gardes-français court au pont, en fait sauter les chaînes, enfonce les portes à l'aide du canon pris aux Invalides, se rend maître du fort et massacre le marquis de Launay, gouverneur de la prison-forteresse, et d'une partie de la garnison. Pajol combat durant toute cette journée à côté et sous les ordres de Hulin.
Après les journées des 5 et 6 octobre 1789, il est devenu impossible pour Pajol de continuer son droit. Il retourne donc dans sa famille en cette fin d'.
Officier de l'armée révolutionnaire
Pajol s'enrôle le , dans le de volontaires du Doubs, et il y devient sergent-major le de la même année. Le comte de Narbonne, ministre de la Guerre en , ayant eu l'occasion lorsqu'il commandait en chef les gardes nationales de la Franche-Comté, d'apprécier les heureuses dispositions du jeune Pajol pour la carrière des armes, lui envoie le brevet de sous-lieutenant au d'infanterie, ci-devant régiment de Saintonge, le .
Lieutenant le de la même année, il combat le suivant à Valmy. Passé dans le corps de grenadiers, surnommé l'armée infernale, il pénètre dans Spire et reçoit à cette affaire une blessure à la main gauche le , qui ne l'empêche pas de marcher sur Worms. Il sert alors à l'armée de Mayence. Custine, qui la commande, le charge d'éclairer l'aile gauche de l'armée : il part du camp d'Ebersheim dans la nuit du , avec 100 hommes, enlève chemin faisant Neustadt, Turckeim et Alsey, et arrive devant la place avant la cavalerie.
Pajol assiste donc au premier siège de Mayence. La place ayant capitulé le 21 du même mois, il continue de s'avancer en éclaireur jusqu'à Francfort, entre dans cette ville et concourt le au succès que le général Houchard obtient sur les Prussiens près de Limbourg. Il se distingue d'une manière non moins brillante le , à la bataille d'Hochheim, ainsi que le , pendant une sortie de la garnison de Mayence (second siège de Mayence). Quoiqu'il a le bras gauche fracturé dès le commencement de l'action, il continue son service.
Forcé de rentrer dans Mayence que les Prussiens investissent, il reçoit l'ordre le de faire une sortie de nuit à la tête de deux compagnies et de s'emparer d'une des redoutes de Biebrich, défendue par 150 Hessois et trois pièces de canon. Grièvement blessé dans cette vigoureuse affaire par un biscaïen qui lui fracture le bras gauche, il n'en ramène pas moins dans la place les 150 Hessois prisonniers et les trois pièces de canon. Instruits de cette belle conduite, les membres de la Société des amis de la liberté et de l'égalité de Besançon lui adressent l'extrait suivant du registre de leurs délibérations :
En 1793, au cours du siège de Mayence, il est de nouveau blessé. Prisonnier, il est libéré lors de la capitulation de la forteresse et revient se soigner à Besançon. Après sa guérison, Kléber, alors commandant en chef l'armée de Sambre-et-Meuse, admet le lieutenant Pajol à son état-major en qualité d'aide de camp le an II (). Il se lie alors d'amitié avec Ney qui est adjudant général dans le même état-major. Il justifie cette marque d'estime par la valeur qu'il déploie le 28 prairial (), au combat de Trazegnies (également appelé bataille de Marchiennes, dite « du brouillard ») ; le 8 messidor, à Fleurus, où il a un cheval tué sous lui ; le 13 messidor, à l'enlèvement des redoutes des postes du mont Palissel et du bois de Haré ; le 27 messidor, à la prise de vive force du poste de la Montagne de Fer, près de Louvain, puis à la bataille d'Esneux, au passage de la Roer et au siège de Maastricht. Kléber, pour le récompenser de ses bons services, l'envoie présenter à la Convention nationale les trophées de cette rapide campagne. La Convention accueille par de vives acclamations le discours et l'orateur, qui, admis aux honneurs de la séance, reçoit du président l'accolade fraternelle. Nommé capitaine au d'infanterie légère le 28 pluviôse an III (1795), il rejoint Kléber.
Ce général, qui médite alors le passage du Rhin, l'envoie rassembler en Hollande des bateaux nécessaires à cette opération, laquelle a lieu les 19 fructidor et 20 fructidor (4-), à Ordingen et à Heck-el-Kamp. Pendant l'action, le capitaine Pajol et le général Lefebvre, commandant les grenadiers réunis pour cette entreprise, traversent le fleuve et repoussent les troupes qui garnissent la rive opposée, tandis que le reste de l'armée effectue son débarquement. Il a encore l'occasion de se signaler au passage de la Vupper, à celui de la Sieg et à la bataille d'Ukerath le . Le complémentaire, il reçoit une balle au bas-ventre et perd un cheval au passage de la Lahn.
Passé à l'armée du Rhin sous Moreau, Pajol, qui a été fait chef de bataillon le 20 pluviôse an IV (), participe à la bataille d'Altenkirchen le 16 messidor, où il charge avec le général Richepanse une colonne ennemie à laquelle il fait éprouver une perte de et de 12 pièces de canon. Durant cette campagne il ne cesse de donner des preuves d'intrépidité, principalement au combat de Friedberg, devant Francfort, où son cheval est tué sous lui par un boulet ; le 17 fructidor, à la prise de Bamberg ; le 21 fructidor, à celle de Forchheim ; le 30 fructidor, à Salzbach et aux autres combats du Naab et de Schweinfurt. Il assiste à l'occupation de Francfort, puis de Wurtzbourg.
vignette|Pajol en uniforme de hussard.
Le commandant Pajol entre le 5 thermidor an V dans le de hussards. Passé avec son corps à l'armée du Danube, il mérite au passage du Rhin effectué le 10 ventôse an VII, les éloges du général en chef Jourdan. Pendant la retraite de l'armée, il a un cheval tué sous lui à la bataille d'Ostrach le . Le 5 germinal, à Liebtingen (), il met en déroute l'infanterie ennemie avec deux escadrons et contraint deux bataillons à déposer les armes. Le soir de cette même journée, s'étant précipité au milieu de la cavalerie autrichienne, son cheval tombe blessé mortellement, et lui-même, atteint d'un coup de sabre, aurait succombé si, s'élançant sur un cheval démonté, il ne s'était frayé un passage à travers les rangs ennemis. Chargé ensuite de protéger le mouvement rétrograde de l'armée, il prend position au débouché de Furtwangen et de Triberg, sans avoir été entamé. La nuit suivante l'armée continue sa retraite ; le chef d'escadron Pajol n'en est pas prévenu et ce n'est que le matin, entouré d'ennemis qui le somment de se rendre, qu'il se rend compte de la précarité de sa position. Il parvient néanmoins à se dégager par une charge audacieuse au milieu des rangs autrichiens et ramène par la Forêt-Noire ses troupes jusqu'à Offenbourg, où il rejoint l'armée sans avoir éprouvé de pertes considérables.
Pajol fait la campagne de 1797 sous Hoche, comme officier d'état-major. Quelque temps après, Kléber ayant pris le commandement de l'aile gauche de l'armée d'Angleterre, qui forme celle d'Égypte, écrit à Pajol et au colonel Mortier de venir le rejoindre à Toulon pour s'y embarquer et servir de nouveau près de lui. Ces deux officiers partent ensemble de Coblentz mais, arrivés à Lyon, ils apprennent que l'expédition est déjà partie pour l'Égypte. Ne pouvant espérer la rejoindre, ils retournent chacun à leur poste.
Hussard de Napoléon
À la Seconde Coalition (1799), envoyé avec son régiment à l'armée d'Helvétie, le commandant Pajol est nommé le 6 prairial (), par le général en chef Masséna, chef de brigade sur le champ de bataille où il vient de se distinguer : ayant eu son cheval tué dans une charge en avant de Winterthour, il tombe au pouvoir des Autrichiens. Le capitaine Gérard rallie son escadron, charge l'ennemi et délivre son commandant, qui, dépouillé de ses vêtements, monte un cheval de prise, ranime l'ardeur de ses cavaliers et tombe sur les Autrichiens qu'il disperse. C'est lors de cette charge que Pajol criera "Saxe-Conflans, bannière au vent" qui deviendra la devise du de Hussard. Il se distingue à la deuxième bataille de Zurich et dans la poursuite des troupes russes de Souvorov.
Le 29 messidor, il est nommé commandant du de cavalerie. Le 3 thermidor, appelé à celui du de hussards, il est employé à l'armée d'Italie sous Schérer. Son régiment est presque entièrement détruit dans la retraite qui suit la perte de la bataille de Novi, à l'issue de laquelle il revient en France pour réorganiser son corps.
Peu après, le gouvernement l'envoie à l'armée du Rhin sous les ordres de Lecourbe, dont il forme l'extrême avant-garde. Il prend part aux batailles de Mœskirch, Biberach, Stockach et Höchstädt. Le 9 thermidor an VIII, à Neubourg, il surprend un régiment de cuirassiers autrichiens, fait 300 prisonniers et détruit le reste. Moreau, en récompense de sa conduite à la bataille de Hohenlinden, lui décerne un sabre d'honneur et lui confie la défense des gorges du Tyrol. C'est le chef de brigade Pajol qui entre le premier dans Füssen, après avoir culbuté l'infanterie ennemie et l'avoir jetée dans le Lech.
La paix de Lunéville lui permet de rentrer en France. La Légion d'honneur ayant été fondée, il devient membre de cet ordre le 19 frimaire an XII, et officier le 25 prairial de la même année. Il reçoit ordre d'aller s'embarquer avec son régiment au Helder pour faire partie de l'expédition d'Angleterre. Après avoir passé six semaines à bord des bâtiments, il est finalement appelé à la Grande Armée en l'an XIV. Il est en 1805 au de Marmont dans la division de cavalerie de Lacoste avant de passer sous les ordres du maréchal Davout. Il fait la campagne de 1805 en Autriche, se signale à Ulm, à Leoben, aux ponts de Vienne et à Austerlitz.
vignette|gauche|La charge des hussards prussiens à la bataille d'Heilsberg.