Vincenzo Tiberio (Sepino, 1869 — Naples, 1915) était un scientifique, chercheur et médecin italien, qui fut officier dans le corps sanitaire de la marine militaire italienne. Cependant, avant de s’enrôler dans l’armée, il fit une brève carrière universitaire à Naples, durant laquelle il fut amené, par une étude expérimentale, dont le compte rendu parut sous forme d’article en 1895, à décrire les vertus antibactériennes de certaines souches de moisissures et à isoler en outre les principes actifs en cause, faisant de lui, dans l’opinion de plusieurs, le véritable découvreur de la pénicilline. Ses travaux, jugés peu concluants par ses pairs et tombés ensuite dans l’oubli, ne refirent surface qu’après la guerre, à l’occasion de la remise du prix Nobel à Alexander Fleming, à qui la découverte de la pénicilline est communément attribuée, mais que Tiberio aurait devancé de près de trente-cinq ansRoberto Bucci - Paola Galli, Vincenzo Tiberio: a misunderstood researcher, « Journal of Public Health », IX (2011), vol. 8, n. 4Ruggiero Corcella, La penicillina? Una scoperta italiana, « Il Corriere della Sera » - Salute, 9 febbraio 2011.Francesco Montanaro, Amicorum sanitatis liber: profili biografici dei più illustri medici, sanitari e benefattori del tempo passato di Afragola, Arzano, Caivano, Cardito, Casandrino, Casavatore, Casoria, Crispano, Frattamaggiore, Frattaminore, Grumo Nevano e Sant'Antimo, Istituto di Studi Atellani, Tip. Cirillo, Frattamaggiore (NA) 2005..
Biographie Jeunes années
Vincenzo Tiberio naquit et grandit dans une famille aisée, comme le fils cadet de Domenicantonio Tiberio, notaire, et Filomena Guacci, qui était issue d’une famille nantie de la bourgeoisie d’affaires..
Le père, devenu veuf alors que Vincenzo et son frère avaient 7 et 9 ans, convola en secondes noces avec Rosa Palladino, non sans le plein assentiment des deux fils.
Vincenzo, à l’issue de ses études primaires et moyennes dans le bourg natal, soutint pendant l’année scolaire 1883-1884 l’examen d’entrée au lycée "Mario Pagano" de Campobasso et y fut reçu brillamment avec la cote maximale en grec et en latin. Il se transporta alors vers Campobasso pour y fréquenter le lycée, achevant ses études secondaires en 1889. Il s’inscrivit ensuite à la faculté de médecine et de chirurgie de l'université de Naples.
Carrière universitaire
Pour fréquenter l’université, il prit pension chez son oncle Graniero, mari de la sœur de son père, à Arzano, dans la banlieue nord-ouest de Naples. Il y fit la connaissance de sa cousine Amalia Teresa, dont il s’éprit bientôt et qu’il épousera plus tard.
Avant même d’avoir terminé ses études de médecine, il commença à fréquenter l’Institut d’hygiène de Naples, où il eut le loisir de se familiariser avec les méthodes des laboratoires de bactériologie et de biochimie. En 1892, il obtint la nomination d’étudiant interne de l’Institut d’hygiène, et en , avec un an d’avance sur le plan d’études ordinaire, décrocha son diplôme en médecine.
Son titre obtenu, il s’inscrivit aussitôt au cours d’hygiène publique pour aspirants officiers sanitaires, y prenant part aussi comme enseignant, au titre d’assistant volontaire. Cette même année vit la publication, dans la revue médicale Annali dell’Istituto hygiène sperimentale dell’Università di Roma, de son premier article scientifique, intitulé Esame chimico microscopico e batterioscopico di due farine lattee italiane ('Examen chimique microscopique et bactérioscopique de deux farines de lait italiennes').
En fut ouvert un concours en vue de l’obtention du titre d’officier sanitaire de la commune de Campobasso ; si Tiberio échoua à ce concours, il ne s’ensuivit pas pour autant un coup d’arrêt porté à sa carrière, attendu qu’il avait déjà été nommé assistant titulaire, avec nomination annuelle renouvelable, à l’Institut de pathologie médicale démonstrative, dirigé par le professeur Gaetano Rummo. Dans cet institut, la tâche était double : à côté du travail d’enseignement, l’assistant était tenu de garder ouvert trois jours par semaine un cabinet public de consultation, de diagnostic et de traitement ; s’y ajoutaient en outre les activités liées à la rédaction du journal scientifique La Riforma Medica, fondé par le même Rummo ; ce dernier avait désiré que la publication se transformât d’une revue hebdomadaire en un journal quotidien contenant à la fois des articles originaux signés, et des recensions de la plupart des écrits médicaux publiés dans le monde. Ainsi Tiberio écrivit-il, au cours de l’année entière environ que dura sa période d’assistanat, la recension de plus de 180 articles, dont bon nombre traduits du français ; parmi ces recensions figurait aussi celle relative à ses propres recherches sur les moisissures, exposées dans un article publié en par la déjà citée revue Annali d’Igiene sperimentale, sous le titre Sugli estratti di alcune muffe ('À propos d’extraits de certaines moisissures'). Dans ledit article, Tiberio avait identifié pour la première fois les propriétés bactéricides de certaines espèces de moisissures, écrivant notamment :
L’auteur a observé l’action d’extraits aqueux du Mucor mucedo, du Penicillium glaucum et de l’Aspergillus flavescens sur quelques schizomycètes pathogènes et sur quelques saprophytes, les constatant doués, en particulier celui tiré de l’Aspergillus, d’un notable pouvoir bactéricide. Les extraits aqueux sont apparus dotés aussi d’un médiocre pouvoir leucocytique, spécialement l’extrait d’Aspergillus. Dans l’infection expérimentale avec le bacille de la fièvre typhoïde et du vibrion du choléra, seul ce dernier a donné à observer une certaine action immunisante et curative. L’auteur attribue cette action en partie au pouvoir microbicide des principes contenus dans les moisissures, et en partie à l’effet de la leucocytose suscitée par ceux-ci..
Avant d’avoir achevé sa première année comme assistant, Tiberio fut reçu au concours d’officier-médecin de la marine royale italienne, et sans barguigner renonça à la carrière universitaire au profit de celle militaire.
Mariage avec sa cousine
En 1905, Tiberio épousa sa cousine Amalia Teresa Graniero. Malgré la consanguinité, le mariage fut accepté par la famille. Tiberio cependant était initialement réticent à se déclarer à sa cousine, s’inquiétant en effet fort du risque d’infirmité congénitale de leur éventuelle descendance, risque lié non seulement à la consanguinité, mais aussi à la présence d’un grave handicap physique et mental chez les deux sœurs de sa future femme. Ce souci surmonté, un autre élément fit obstacle à leur union : à cette époque, un officier en service actif ne pouvait contracter mariage sans l’aval de ses supérieurs, lesquels réclamaient non seulement des références concernant la famille de la fiancée, mais exigeaient aussi que la dot de celle-ci ne fût pas inférieure à une certaine somme fixée, dite dot militaire. Le mariage fut célébré, après autorisation royale, le dans la chapelle de la maison des beaux-parents à Arzano, et fut béni par la naissance de trois filles.
Carrière militaire thumb|150px|Elefterios Venizelos
Tiberio entra en service dans la marine le avec le grade de médecin de deuxième classe, et fut versé dans le troisième département maritime. En février de la même année, il s’embarqua sur le vaisseau de guerre Sicilia, lequel fut dépêché, de conserve avec une escadre navale internationale, à Crète, où des heurts avaient éclaté entre les communautés grecque et turque. À cette escadre navale participaient l’Allemagne, l’Autriche, la France, la Grande-Bretagne, la Russie et l’Italie ; le commandement avait été confié à l’Italien Canevaro. Une fois débarqué sur l’île, Tiberio devait s’occuper de la désinfestation des cantonnements de marins et de l’assainissement du réseau d’eau courante, dans laquelle se produisaient des infiltrations susceptibles de rendre l’eau impropre à la consommation ; en effet eut-il à traiter de nombreux cas de typhus, de fièvre typhoïde et de dysenterie. Il se signala par sa façon de procéder et par l’efficacité de sa méthode, à telle enseigne qu’il reçut une lettre d’éloges de la part de l’homme politique grec Elefthérios Venizélos et bénéficia de l’estime de chacun des deux camps en conflit.
Rentré en Italie en 1898, il fut affecté à l’hôpital de la marine de Venise, d’abord dans la section vénérienne, puis dans le service de chirurgie, et enfin au laboratoire d’analyses. Alors qu’il remplissait cette charge, il publia Due casi di anchilostomiasi intestinale ('Deux cas d’anchylostomiase intestinale'), Sul modo di fissare le anse di platino ('Sur la manière de fixer les anses de platine'), Il vitto dei militari della Regia Marina destinati al servizio a terra sulle navi ('l’Alimentation des militaires de la marine royale destinés au service à terre sur les navires').
En , sur sa demande, il prit du service sur la canonnière Volturno envoyée en mission à Zanzibar. Arrivés sur place, les Italiens se trouvèrent confrontés à une épidémie de variole et durent s’immobiliser à l’ancre pendant neuf mois ; là, le médecin eut à résoudre plusieurs types de problèmes, depuis la purification de l'eau jusqu’au régime alimentaire des marins et aux soins à apporter aux nombreux malades de la malaria et du béri-béri. La mission se termina en lorsque le navire regagna l’Italie. De ce voyage nous est resté une publication du docteur Tiberio : Alcuni casi di beri-beri osservati sulla regia nave Volturno a Zanzibar ('Quelques cas de béri-béri observés sur le vaisseau royal Volturno à Zanzibar'). Dans ses carnets se fait jour tout son orgueil d’appartenir à la marine, d’endosser la devise de celle-ci et de servir sous le drapeau italien, Tiberio ayant en effet été éduqué, comme tous les Italiens de sa génération, dans l’esprit du Risorgimento et dans l’amour de la patrie.
De retour en Italie, il fut promu officier-médecin de première classe et fut amené à prendre du service à l’hôpital départemental de la Maddalena, en Sardaigne, où il resta jusqu’en . Son article Note sul vitto degli ospedali della Regia Marina ('Notes sur l’alimentation des hôpitaux de la marine royale') remonte à cette période.
Il s’embarqua ensuite sur le navire-hôpital Re d’Italia, où il rédigea un article sur la ventilation et le chauffage des navires par le moyen de radiateurs (Ventilazione e riscaldamento delle navi con termosifone). En 1904, il fut nommé capitaine médecin de la marine royale et muté au deuxième département maritime. 250px|vignette|Messine dévastée par le tremblement de terre de 1908.
À la suite du terrible tremblement de terre de Messine du , le gouvernement décida d'aménager et de dépêcher à Messine un navire-hôpital, placé sous le commandement du lieutenant-colonel médecin Tacchetti, assisté du capitaine Tiberio. L’on embarqua sur le navire plus de réfugiés et blessés, pour les emmener de Messine à Gênes. Son engagement dans cette mission valut à Tiberio la mention d’honneur « pour s’être distingué par son efficacité, son courage et sa philanthropie ».
En , il prend la direction du service de bactériologie de l’hôpital militaire maritime à la Maddalena ; il ne remplit cette fonction que durant huit mois, car en , au terme de la guerre de Libye, il fut envoyé à la base navale de Tobrouk, où il se vit confier la direction de l’infirmerie en même temps que du cabinet scientifique annexé. C’est de cette époque que datent ses études sur le typhus et les entérites ainsi que sur les maladies tropicales, qui seront à la base de sa publication Patologia libica e vaccinazione antitifica. Du reste, les résultats par lui obtenus furent loin d’être insignifiants : ses actions contre le typhus et ses efforts de vaccination eurent pour effet qu’il n’y eut sur la base de Tobrouk, dans toute l’année 1913, que deux cas de fièvre typhoïde B de faible gravité. Tiberio en reçut un éloge public de la part de la Direction de la Santé militaire et en fut récompensé par un avancement au grade de major.