Alain-Edgard Berton, né le et mort en , est un ingénieur chimiste français, spécialiste des instruments d’analyse appliqués à la toxicologie industrielle. Pionnier de la chromatographie gazeuse, il est l’inventeur à la fin des années 1950 de l’« osmopile », appareil de mesure, qui grâce à l’utilisation de piles galvaniques ultrasensibles, permet d’analyser l’air par détection électrochimique et d'en déceler les composants dangereux pour l’homme« Piles galvaniques sensibles à des traces de substance gazeuses liquides ou solides », Bulletin de la chimie analytique, , , septembre 1959.Chimie & Industrie, , : Méthodes d'analyse gazométrique, Encyclopédie Universalis.. Il est médaillé du Bureau international de chimie analytique.
Biographie
Alain Berton, né à Coro Coro, en Bolivie, le , est le fils d’Adrien Berton, ingénieur des Mines, et de Justine Rodriguez..
Formation et débuts De retour en France en 1924 et après des études au lycée Hoche, à Versailles, il est diplômé ingénieur chimiste de l’Institut de chimie de l’université de Paris, au titre de la promotion 1933..
De 1935 à 1937, il étudie en tant que Ramsay Fellow (boursier Ramsay) Liste des boursiers français du Ramsay Memorial Fellowships Trust. à l'Institut de technologie de Londres, au laboratoire du Professeur William Lawrence Bragg, à la Royal Institution.
En 1938, il devient boursier au CNRSChimie analytique, Société de Productions documentaires, 1965, , partie 1.Gallica bnf Comptes rendus de l'Académie des Sciences., sous la tutelle de Georges Urbain. À la mort de ce dernier cette même année, il est rattaché au laboratoire de Paul Lebeau (Commission des études chimiques de guerre, Section protection contre les gaz de combat)Guerre des gaz. avec le titre de chargé de recherche.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, il travaille à sa thèse de doctorat, Spectres d’absorption par réflexion de substances en poudre, dans le visible et l’ultraviolet, qu'il soutient le . Il publie ensuite, en collaboration avec Maurice-Marie Janot et Robert Goutarel, des articles sur l'application de la spectroscopie aux alcaloïdes.
Après la guerre, il élargit ses recherches spectroscopiques des substances en poudre aux substances en phase gazeuse, et ce en relation directe avec l'étude de la pollution en milieu industriel. Dans le cadre de la création de l'organisme de santé au travail pour la protection de la force de travail dans une France qui se relevait, Berton s'intéresse à la détection efficace et au dosage spécifique de polluants atmosphériques dans les usines afin d'améliorer la qualité de l'air ambiant. Ainsi, il publie en 1951 avec Jean Bouillot Dosage au moyen des spectres d'absorption ultraviolets, de vapeurs du benzène, du toluène et des xylènes, dans les produits en renfermant et dans l'air des ateliersChimie analytique, Société de Productions Documentaires, 1951..
En 1952, deux nouvelles inventions vont influencer Berton : la chromatographie gazeuse, inventée en 1952 par A. T. James et A. J. P. MartinLa chromatographie en phase gazeuse, site web de l'Université de Lille : . DEVELOPMENT OF GAS-LIQUID CHROMATOGRAPHY, A Personal Memoir by A. T. James., et la cellule galvanique, capteur d'oxygène dont le brevet est déposé en 1952 et publié en 1954 par Paul Hersch pour The International Nickel Company U.S patents.. Pour ses recherches sur l'analyse des substances gazeuses, Berton va, en plus des techniques spectroscopiques utilisées jusque-là, exploiter des techniques chromatographiqes avec comme capteurs des cellules galvaniques . Adaptant les cellules Hersch à la chromatographie, il développe la technique d'adsorption du gaz à la surface d'un liquide semiconducteur de la cellule galvanique, différente de la technique d'absorption/dissolution dans le liquide lui-même, utilisée par Hersch Leslie S. Ettre, Albert Zlatkis, The practice of gas chromatography, Interscience Publishers, 1967, 591 pages.Conférence de Hersch, Travaux de A. Berton cités en référence..
Les osmopiles Cette « méthode Berton », un tournant dans la chromatographie gazeuse, est parfois appelée « chromatographie galvanique »Clément Duval, Raymonde Duval, Dictionnaire de la chimie et ses applications, 1978, . Définition de « chromatographie galvanique » : détection de produits polluants dans l'air à l'aide d'une osmopile de Berton et d'une colonne chromatographique. En 1996, le département de linguistique et terminologie du gouvernement canadien a intégré la dénomination « chromatographie galvanique » dans sa banque de données terminologiques et linguistiques Termium Plus. Voir Termiumplus.gc.ca ., car elle est basée sur la cellule galvanique ultrasensible détectrice de traces de gaz et de vapeurs que Berton avait mise au point dès 1956. Il se trouve que les détecteurs galvaniques de Berton sont utilisables dans un champ très vaste de l'analyse des « vapeurs » (analyse gazométrique)Encyclopédie Universelle : « Gas (analyses des) », paragraphe 3, Méthodes d'analyse gazométrique., mais peuvent également être appliqués aux liquides et aux solides mis en solution ou dispersés sous forme d'aérosols. L'instrumentation de la « méthode Berton » est d'une grande simplicité, adaptable et facilement miniaturisable, puisque le volume de l'eau semiconductrice dans le détecteur galvanique peut varier d'une goutte, pour les usages en laboratoire, à 100 ml, permettant une durée de fonctionnement de plusieurs mois, pour les usages industrielsCompte rendu d'une conférence d'Alain Berton devant le Groupe Chimie Analytique (pour ouvrir le texte, cliquer sur LOOK INSIDE) : .. Les mesures peuvent se faire au rythme d'environ une par minute, aussi la méthode est-elle applicable dans le contrôle des processus industriels.
Une fois le brevet déposé en 1958, Alain Berton présente ses travaux en préambule au congrès du Groupement de la Chimie Analytique en 1958Réunion du du Groupement de la chimie analytique et du G.A.M.S.. Il donne à ses détecteurs galvaniques le nom d'« osmopiles »Du grec ancien, osmê (odeur) et « pile ». Biotop terminologie médicale : « Il y a un risque de confusion entre cet élément et le même "osm(o)-" qui a formé "osmose", mais les étymologies grecques ne sont pas les mêmes ».Berton et Hersch Osmopile.. Le premier « nez artificiel » est néClément Duval, directeur de recherche au CNRS, « Du berthollimètre de Descroizilles à la sonde de Castaing », in : International Union of Pure and Applied Chemistry, 1971, , : .. L'invention attire l'attention de la presse quotidienne nationale : Alain Berton est « à la une » de quotidiens comme Le Parisien libéré du Robert Clarke, Un chimiste parisien vient de mettre au point le Nez Artificiel, Le Parisien Libéré, . et L'Aurore du « Le « Nez Artificiel » décèle même les gas... inodores ! », L’Aurore, .. Il est aussi le sujet d'un article de l’agence de presse américaine Associated Press, le . Même le journal Tintin, féru d’inventions nouvelles pour ses jeunes lecteurs, lui consacre une chronique. En 1962, la revue de vulgarisation scientifique Atomes ouvre ses pages à Alain Berton avec l'article Les osmopiles, les piles qui sententAlain Berton, Les osmopiles, les piles qui sentent, in : Atomes, la revue d’information et de culture scientifique générale, numéro 192, novembre 1962..
Les osmopiles de Berton seront commercialisées par la société JouanEmmanuel Guimard, « Jouan racheté par son concurrent américain Thermo Electron », Les Échos, ., un fabricant d’appareils de laboratoire fondé dans les années 1940 par un chercheur de l’Institut PasteurJouan s.a., Fondé il y a 70 ans par un chercheur de l'Institut Pasteur.. Modernisée au fil du temps, l'osmopile, de par sa simplicité d'utilisation et son adaptabilité, voit son champ d'application s'élargir considérablement et devient un instrument systématiquement utilisé dans l'étude de la pollution et de la toxicité Cf. le travail de mise au point de l'osmopile par le Laboratoire TIMC-IMAG, CNRS Université Joseph Fourier à Grenoble, Bilan général de l'unité 2005-2009, ..
Laboratoire de toxicologie industrielle En 1959, Alain Berton devient maître de recherche au CNRS et le restera jusqu'en 1969Persée. fr M. Guilot, A. Berton, Détection olfactive et détection physique des vapeurs odorantes, Recherches, 1962, .. Parallèlement, de 1959 à 1978, il est chef du laboratoire de toxicologie à la Direction nationale de la Caisse régionale de sécurité sociale de ParisAlviset, Suicide ou renouveau d'une civilisation ?, Vander, 1974, 176 p., : .La Caisse régionale de sécurité sociale de Paris est devenue en 1971 la Caisse régionale d’assurance maladie de Paris. Il cherche d'autres domaines d'application et s'informe par exemple déjà des additifs entrant dans la composition des cigarettes ucsf.edu - University of California, San Francisco, industry documents. alors que la S.E.I.T.A est encore organisme d'étatHistorique manufactures de tabac..
La versatilité de la méthode Berton est également démontrée par sa coopération intermittente avec Constantin Chararas Courte biographie de Chararas., spécialiste grec des forêts, devenu professeur au CNRS à Paris : dans la période 1961-1974, ils sont co-auteurs de cinq articles sur les exhalations d'arbres malades et d'insectes y vivant.
Par ailleurs, son invention est adoptée et développée aux États-Unis.. L'osmopile entre également dans les laboratoires d'étude comme ceux de la faculté des sciences de NiceÉtude de l'évolution des masses catalytiques au nickel par les techniques de la thermobalance et de l'osmopile Bardet Roland, Organisme de soutenance, Université de Nice-Sophia Antipolis. Faculté des sciences.. À travers son invention, ses recherches et son laboratoire qui ont suscité l'intérêt de scientifiques étrangersGoogle books Colloques internationaux du CNRS.Google books Annals of the New York Academy of Sciences.Google books The Australian Journal of Science., Alain Berton s’est affirmé comme l’un des pionniers de l'écologieGallica Annales de la Société entomologique de France.Gallica Comptes rendus de séances de l’Académie des Sciences, 1982.Catalogue BNF Extrait de Chimie Analytique, , mars 1957, Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (France)..
Il meurt à Ville-d'Avray en 1979. Il s’était marié le . Son épouse lui a donné trois enfants, dont Yves Berton, chanteur et journaliste.
Distinction Alain Berton a reçu la médaille du Bureau international de chimie analytique (BICA), organisme créé dans le cadre du désarmement pour participer à la lutte et la protection internationale contre les armes chimiquesDésarmement, UN.org., dirigé par Paul Nicolardot : ..
Publications Thèses présentées à la Faculté des sciences de l'Université de Paris pour obtenir le titre d'ingénieur-docteur, par Alain Berton, : Spectres d'absorption par réflexion de substances en poudre, dans le visible et l'ultraviolet, Paris, Jouve & cie, 1944, 116 p.. « Spectres d'absorption par réflexion dans l'ultraviolet, de produits fraîchement précipités et de solutions colloïdales », in: Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences, 1943/06, . Maurice-Marie Janot et Alain Berton, « Étude comparée des spectres d'absorption, dans l'ultraviolet, de solutions de gelsémine, de strychnine, de sempervirine et de cinchonamine », in : Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences, 1943/06, . Robert Goutarel et Alain Berton, « Spectres d'absorption dans l'ultraviolet de solutions de yohimbine, de corynanthine, de corynanthéine et de certains de leurs dérivés », Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences, 1943/12, . Les spectres d'absorption ultraviolets de vapeurs en chimie analytique, Annales de Chimie, 1944, s. « Les spectres d'absorption ultraviolets de coumarone, d'indène et d'indol à l'état de vapeur. », in : Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences, 1948/07, .