Hussein ben Ali al-Hashimi (en arabe : , retranscrit en ), né vers 1853 à Constantinople et mort le à Amman, est un chérif de La Mecque jusqu'en 1924, roi du Hedjaz de 1916 à 1924 et, pour les sunnites, le dernier calife à partir de 1924.
C'est l'avant-dernier chérif de La Mecque provenant de la branche des Banu Qatadah de la dynastie Hachémite, qui contrôle les lieux saints de l'islam depuis Ja'far ibn Muhammad al-Hasani, au . Il est considéré comme le père du panarabisme à partir de 1920.
Il lance la grande révolte arabe pendant la Première Guerre mondiale contre l'Empire ottoman et le défait avec l'aide des puissances occidentales. Cependant, après la fin de la guerre, il est trahi par ces mêmes puissances, qui voient d'un mauvais œil l'émergence d'un état arabe trop puissant et un calife susceptible de provoquer l'instabilité de leurs colonies musulmanes. Des conflits au sujet de la Palestine émergent également et il refuse de signer le traité de Versailles en protestation contre la déclaration Balfour de 1917.
Dès lors, le Royaume-Uni et la France le trahissent, se partagent le territoire arabe en ne lui laissant que le Hedjaz puis soutiennent son opposant, Abdelaziz Ibn Saoud. Défait par ce dernier, il est exilé à Chypre où il demeure avant de rejoindre Amman pour mourir auprès de son fils, Abdallah Ier. Ses descendants ne reprennent pas le titre califal et la dignité de chérif de La Mecque est supprimée par Ibn Saoud dès sa conquête du Hedjaz.
Il est enterré en tant que calife de l'islam sunnite, dans la madrasa al-Arghuniyya, à l'intérieur du complexe de l'esplanade des mosquées (al-Ḥaram aš-Šarīf)..
Son action pendant le génocide arménien, où il prend position pour protéger les Arméniens, fait de lui l'un des premiers dirigeants à s'engager, dès 1917, pour protéger les victimes, selon l'Institut national arménien. Selon les témoignages de certains survivants, il aurait permis de sauver environ personnes en les exfiltrant hors du désert de Syrie.
Son califat rencontre à la fois l'opposition de l'Empire britannique, des sionistes et des wahhabites mais il reçoit le soutien d'une large partie de la population musulmane de l'époque.. et de Mehmed VICentral File: Decimal File 867.9111, Internal Affairs Of States, Public Press., Newspapers., Turkey, Clippings And Items., March 22, 1924 - March 12, 1925. March 22, 1924 - March 12, 1925. MS Turkey: Records of the U.S. Department of State, 1802-1949: Records of the Department of State Relating to Internal Affairs of Turkey, 1910-1929. National Archives (United States). Archives Unbound, link.gale.com/apps/doc/SC5111548903/GDCS.GRC?u=usparisbis&sid=bookmark-GDCS.GRC&xid=9f4f5b1d&pg=5. Accessed 17 May 2023..
Biographie
Ascendance Hussein ben Ali ben Muhammad ben Abd al-Mu'in ben Awn naît à Constantinople en 1853 ou 1854. Il est le fils aîné du Chérif Ali ben Muhammad, qui est le deuxième fils de Muhammad ben Abd al-Mu'in, l'ancien Chérif de La Mecque. En tant que membre de la dynastie hachémite, il est un descendant de Mahomet à la génération par l'intermédiaire de son petit-fils Hassan ben Ali. Sa mère Salha Bani-Shahar, l'épouse d'Ali, serait une Circassienne.
Il appartient au clan Dhawu Awn des Abadilah, une branche de la tribu des Banu Qatadah. Les Banu Qatadah gouvernent le chérifat de La Mecque depuis l'accession de leur ancêtre Qatadah ibn Idris en 1201, et sont la dernière des quatre branches de chérifs hachémites qui, ensemble, gouvernent La Mecque depuis le .
Luttes de pouvoir et naissance En 1827, Muhammad ben Abd al-Mu'in est nommé chérif, devenant le premier chérif de la branche des Dhawu Awn et mettant fin à la domination séculaire des Dhawu Zayd. Il règne jusqu'en 1851, date à laquelle il est remplacé par le Chérif Abd al-Muttalib ibn Ghalib des Dhawu Zayd. Après avoir été déposé, il envoie avec sa famille et ses fils pour résider dans la capitale ottomane de Constantinople.
C'est là que Hussein naît du fils de Muhammad, Ali, en 1853–1854. Muhammad est rappelé au pouvoir en 1856, et Hussein, alors âgé de deux ou trois ans, accompagne son père et son grand-père à La Mecque. Muhammad meurt rapidement, en 1858, et est remplacé par son fils aîné, le chérif Abdallah Pacha, l'oncle de Hussein. Quelques années plus tard, en 1861-1862, Ali est rappelé à Constantinople tandis que Hussein reste dans le Hedjaz sous la garde de son oncle Abdallah.
Jeunesse et éducation Hussein est élevé à la maison contrairement aux autres jeunes hachémites, qui sont habituellement envoyés à l'extérieur de la ville pour grandir parmi les nomades bédouins. Apparemment un jeune studieux, il maîtrise les principes de la langue arabe et est également éduqué dans la loi et la doctrine islamiques. Parmi ses professeurs, on compte le cheikh Muhammad Mahmud at-Turkizi ash-Shinqiti, avec qui il étudie les sept Mu'allaqat. Avec le cheikh Ahmad Zayni Dahlan, il étudie le Coran, achevant sa mémorisation avant l'âge de 20 ansKhayr ad-Dīn az-Ziriklī, « الملك حسين / al-Malik Ḥusayn », dans الأعلام / al-A‘lām, vol. 2, Bayrūt [Beirut], 2002, 15th éd. (1re éd. 1967), 249–250 p..
Pendant le règne d'Abdallah, Hussein se familiarise avec la politique et l'intrigue entourant la cour chérifienne. Il participe également à de nombreuses expéditions au Nejd et dans les régions orientales du Hedjaz pour rencontrer les tribus arabes, sur qui le Chérifat de La Mecque exerce alors une forme de contrôle lâche. Il apprend les coutumes des Bédouins, y compris les compétences nécessaires pour résister à l'environnement hostile du désert. Au cours de ses voyages, il acquiert aussi une connaissance approfondie de la flore et de la faune du désert et compose des poèmes en vers humayni, un type de poésie vernaculaire (malhun) des Bédouins. Il pratique également l'équitation et la chasse.
En 1871–1872, Hussein se rend à Constantinople pour rendre visite à son père, Ali, qui est tombé malade. Il retourne à La Mecque après la mort de son père plus tard cette année-là.
En 1875, il épouse la fille d'Abdallah, Abdiyah, sa cousine. En 1877, Abdallah meurt et Hussein ainsi que son cousin Ali ibn Abdallah reçoivent le rang de pacha.
Chérif de La Mecque
Hussein est nommé Chérif de La Mecque par décret du sultan Abdülhamid II le .
Théologie vignette|Mahmal de Hussein ben Ali (Hedjaz) - 1890. Théologiquement et juridiquement, Hussein ben Ali est difficile à qualifier. Il étudie majoritairement avec Ahmad Zayni Dahlan, avec qui il devient Hafiz.. Il a une éducation chaféite et hanafite. mais s'allie aussi aux malékites et s'oppose à la fois aux hanbalites et aux wahhabites, à une époque où l'appartenance à un madhhab est plus floue. On peut trouver ainsi chez lui des points de ces trois écoles de fiqh.. Par exemple, il préconise le retour du califat à un Quraych, une idée chaféite., alors qu'il choisit d'être élu à ce poste, ce qui est plutôt une vision hanafite et n'est pas nécessaire pour le chaféisme..
Panarabisme et conflit avec les Ottomans vignette|Le drapeau de la révolte arabe est le drapeau de Hussein ben Ali. Le drapeau se compose de trois bandes horizontales (noire, blanche et verte) et d'un triangle rouge sur le côté du guindant. Chaque couleur a une signification symbolique : le noir représente la dynastie abbasside ou les rachiduns, le blanc représente la dynastie omeyyade et le vert représente l'islam (ou peut-être la dynastie fatimide, mais c'est incertain). Le triangle rouge représente la dynastie hachémite, à laquelle Hussein ben Ali appartient. Le drapeau devient un symbole de nationalisme et d'unité arabes et est encore utilisé aujourd'hui sous diverses formes dans les drapeaux de l'Égypte, de la Jordanie, de l'Irak, du Koweït, du Soudan, de la Syrie, des Émirats arabes unis, du Yémen, de la Palestine, du Somaliland, de la République arabe sahraouie démocratique et de la Libye. Bien qu'il n'y ait aucune preuve formelle suggérant que Hussein ben Ali soit enclin au nationalisme arabe avant 1916, la montée du nationalisme turc à la fin de l'Empire ottoman, culminant avec la Révolution des Jeunes-Turcs de 1908, déplaît fortement aux Hachémites et aux Bédouins. De plus, la centralisation croissante de l'Empire ottoman, l'interdiction progressive de l'arabe, les politiques de turquisation, l'installation de colons turcs dans des zones arabes inquiètent et effraient les Arabes de tout l'Empire.
En 1908, le chemin de fer du Hedjaz est achevé. Il permet aux Turcs de renforcer leur contrôle sur le Hedjaz et d'assurer une capacité de réaction rapide pour renforcer leurs garnisons à La Mecque et Médine. Il est construit sous la menace constante de raids arabes, comme ceux de la tribu Harb, qui témoignent de leur hostilité au projet. De plus, en , le gouvernement ottoman commence une politique d'extermination des minorités de l'Empire ottoman, par différents génocides. Cela effraie les Arabes, qui sont la minorité la plus importante de l'Empire, et est ouvertement critiqué par Hussein ben Ali.
Ces conflits avec les Turcs deviennent si violents qu'ils éclipsent les tensions existantes au sein de la société arabe et bédouine, et de nombreuses tribus rivales des Hachémites se rallient à leur autorité.
Un mouvement arabe indépendantiste et anticolonial se développe, principalement en Syrie ottomane, où des intellectuels et des journaux arabes appellent à restaurer le califat dans les mains d'un Quraych, et surtout à acquérir l'indépendance des arabes vis-à-vis de l'Empire ottoman. De plus, relations entre Hussein et le Comité d'Union et du Progrès se détériorent encore davantage après la découverte d'un complot d'Enver Pacha visant à assassiner Hussein.
Tous ces points entraînent une rupture violente entre les élites arabes et la classe politique ottomane et se retrouvent dans sa proclamation d'indépendance, plus tard, lorsqu'il présente sa lutte comme une lutte religieuse et anticoloniale.
Vingt jours après le début du génocide arménien dans l'Empire ottoman, le fils de Hussein ben Ali, Fayçal, rencontre les dirigeants de l'organisation révolutionnaire Al-Fatat à Damas. Ils lui assurent de leur soutien en cas de révolte et reconnaissent Hussein comme le représentant de la nation arabeXavier Baron : Les Palestiniens, Genèse d'une nation. ..
Lorsque Hussein reprend les revendications panarabes, en 1916, après sa proclamation d'indépendance ; il s'érige en première figure de taille derrière laquelle se rangent les panarabes, et est donc fréquemment considéré comme le père du panarabisme. vignette|332x332px|Proclamation d'indépendance de Hussein, en date du 27 juin 1916. Dans celle-ci, Hussein invoque uniquement des raisons religieuses, et non nationalistes, pour expliquer pourquoi il se révolte.
Première Guerre mondiale Au début de la Première Guerre mondiale, il écrit aux Jeunes-Turcs pour les dissuader d'intervenir dans le conflit. Après l'entrée en guerre de l'Empire ottoman, qui proclame le djihad contre la Triple-Entente (par la voix du cheikh-al islam, Hayri Bey), Hussein refuse de se joindre à cet appel au djihad ; les Ottomans lui demandent à plusieurs reprises de le faire, conscients de son importance religieuse.
Le dirigeant ottoman Djemal Pacha redoute un soulèvement des tribus arabes, dont la loyauté est vacillante, et qui veulent mettre fin à la domination turque sur leur territoire. Il convoque Hussein ben Ali à Damas pour le faire arrêter, emprisonner et peut-être exécuter. Hussein refuse de se rendre à Damas ; il propose toutefois de rester en contact avec les Ottomans et de discuter avec eux directement à La Mecque.