vignette|redresse=1.5 |alt=Photo noir et blanc montrant le siège du Grand État-Major à Berlin. |Berlin vers 1900 : le sur la Spree au premier plan, le à droite, le palais du Reichstag et la à l'arrière-plan. Le Grand État-Major général ( en allemand) est l'institution militaire prussienne qui assure le commandement, sous les ordres du souverain, de l'armée prussienne puis de l'ensemble de l'armée allemande.

Fondé en 1803, siégeant à Berlin en temps de paix, le Grand État-Major (« grand » pour le différencier des autres états-majors sous ses ordres) bénéficie d'un grand prestige en Allemagne comme à l'étranger à la suite des victoires de la guerre de 1866 contre l'Autriche et de celle de 1870-1871 contre la France. Le Grand État-Major général est dissous en 1919 en application du traité de Versailles.

Période royale Le Grand État-Major prussien est créé une première fois par une instruction royale de , à la demande du général Massenbach, et mis sous les ordres du général von Geusau avec 21 officiers (y compris Scharnhorst et Massenbach).

Cette nouvelle institution est rétablie le en l'intégrant au ministère de la Guerre du royaume de Prusse (en tant que deuxième département), dans le cadre des réformes prussiennes de 1808 à 1812 et en réaction aux défaites d' (batailles d'Iéna et d'Auerstaedt). Les missions du Grand État-Major en temps de paix sont l'étude des armées ennemies potentielles, la préparation de plans d'opération et la conduite d'exercices d'état-major ; en temps de guerre, il doit fournir le personnel pour constituer la base des états-majors des grandes unités (divisions, corps d'armée et armées).

Deux formes d'exercices d'état-major vont être développées au sein de l'institution, il s'agit du (« jeu de guerre », sur cartes) et du (« voyage d'état-major », sur le terrain). La formation initiale des officiers d'état-major est assurée par l'Académie de guerre de Prusse () fondée en 1810, la publication des études militaires est assurée par la revue Militär-Wochenblatt, tandis que le commandement en chef de l'armée est toujours aux mains du roi de Prusse. Les dirigeants du Grand État-Major furent successivement : vignette|redresse=1.2 |La proclamation de l'Empire allemandAu château de Versailles, en . par Anton von Werner, 1885. À gauche sur l'estrade, le Frédéric, l'empereur Guillaume et le grand-duc Frédéric, avec en face d'eux sur la droite Bismarck et Moltke l'Aîné. Gerhard von Scharnhorst de 1808 à 1810 ; Karl Georg Albrecht Ernst von Hake de 1810 à ; Gustav von Rauch de à ; Gerhard von Scharnhorst de mars à ; August von Gneisenau de à ; Karl von Grolman, de 1814 à 1819 ; Rühle von Lilienstern en 1820 ; Karl von Müffling de 1821 à 1829 ; Wilhelm von Krauseneck de 1829 à 1848 ; Karl von Reyher de 1848 à 1857 ; Helmuth von Moltke (Moltke l'Ancien) de 1857 à 1888.

Période impériale L'Empire est fondé en 1871, l'unité allemande se faisant autour du royaume de Prusse dont le roi reçoit le titre d'empereur allemand. Les institutions militaires suivent le même principe, l'empereur est le « seigneur de guerre suprême » (), les différentes armées prussienne, bavaroise, saxonne, hessoise, wurtembourgeoise, badoise, etc. sont regroupées pour former l'Armée allemande ()Selon l'article 63 de la Constitution impériale. et leurs différents états-majors sont aux ordres du Grand État-Major général. Ce dernier est toujours à Berlin, s'installant sur la , en face du palais du Reichstag, dans un bâtiment surnommé la (maison rouge). Il est indépendant des ministères de la Guerre (il y en a quatre dans l'Empire, un pour chaque royaume : ministres de Prusse, de Bavière, de Wurtemberg et de Saxe), ne dépend pas du et le chef de l'état-major () a un droit d'accès direct à l'empereur (). Ses missions sont la formation des officiers d'état-major (reconnaissables à la bande rouge de leur pantalon) et l'étude des plans de déploiement (, renouvelés annuellement) ; il compte 239 officiers en 1888, 262 en 1914. La est rattachée au chef d'état-major à partir de 1872.

En plus des et des , le Grand État-Major assure l'organisation et la direction des manœuvres impériales () en présence et sous le commandement nominal de l'empereur. Chaque année, les services du Grand État-Major général préparent le plan de déploiement en cas de mobilisation ; celui de 1905 est connu sous le nom de plan Schlieffen. Une autre mission du Grand État-Major général était d'intégrer les officiers d'état-major des autres États allemands au sein de l'institution prussienne (par exemple Groener était wurtembourgeois, Hentsch était saxon, Quirnheim était bavarois) pour limiter l'animosité entre ces anciens adversaires. Les chefs successifs du Grand État-Major général () furent pendant la période impériale : thumb|upright=1.2|Hugo Vogel, Hindenburg und Ludendorff. Le couple Paul von Hindenburg () et Erich Ludendorff () a assuré une quasi dictature militaire de 1916 à 1918. Helmuth von Moltke (Moltke l'Ancien) jusqu'en 1888 ; Alfred von Waldersee de 1888 à 1891 ; Alfred von Schlieffen de 1891 à 1905 ; Helmuth von Moltke (Moltke le Jeune) de 1906 à 1914 ; Erich von Falkenhayn de 1914 à 1916 ; Paul von Hindenburg de 1916 à 1919 ; Wilhelm Groener cinq jours en ; Hans von Seeckt neuf jours en .

Organisation en mai 1914 En , le chef du Grand État-Major général () Helmuth von Moltke est secondé par le quartier-maître général () Hermann von Stein.

Il a sous ses ordres cinq officiers généraux (avec le grade de ou et ayant la fonction d'haut quartier-maître () : en 1914 il s'agit de Konstantin Schmidt von Knobelsdorf, Herman Karl von Bertrab, Georg von Waldersee, Erich von Redern et Hermann von Kuhl. Chaque commande un groupe de deux à quatre sections (). Chaque section (), dirigée par un chef de section (avec le grade d’, tel que Wilhelm Groener ou Gerhard Tappen), est spécialisée dans un domaine : I : , chargée du plan de déploiement et des opérations (), section ferroviaire, chargée du plan de transport lors de la mobilisation () ; II : , chargée des forces armées de la Russie, des États scandinaves, de l'Extrême-Orient, de la Perse et de la Turquie (), , chargée des forces armées de la France, du Royaume-Uni, du Maroc, de l'Égypte et de l'Afghanistan (), , chargée des forces armées de l'Italie, de la Belgique, de la Suisse, des Pays-Bas, de l'Espagne, du Portugal, de l'Amérique et des colonies allemandes (), , chargée des forces armées de l'Autriche-Hongrie et des États balkaniques () ; III : , chargée de l'entrainement ( et ), , chargée de l'enseignement à l'Académie de guerre de Prusse () ; IV : , chargée des fortifications occidentales, surtout françaises (), , chargée des fortifications orientales, surtout russes ; V : première section historique (K1, : étude des guerres contemporaines, depuis la guerre de 1870-1871), seconde section historique (K2 : étude des guerres anciennes, notamment les guerres de Frédéric le Grand et de Napoléon), section géographique (services trigonométrique, topographique, cartographique, photogrammétrique et coloniale) ; sections dépendant directement du chef d'état-major : section centrale, chargée de la gestion des ressources humaines, , chargée de la préparation, de l'exécution et de l'évaluation des manœuvres impériales (), section III.b., chargée des services secrets (), archives, librairie.

Carrière d'un officier d'état-major En 1914, le corps des officiers d'état-major, regroupant ceux du Grand État-Major général et ceux détachés dans les différentes grandes unités, compte 625 officiers. Leur origine sociale est un peu différente de celle des autres officiers : ceux issus de la bourgeoisie sont en augmentation (37 % en 1905, puis 58 % en 1914), sans compter les anoblis. Le niveau intellectuel y est plus élevé : les officiers ayant suivi une scolarité classique (secondaire complet, voir supérieure, parfois jusqu'au doctorat) y sont majoritaires, ceux issus des écoles des cadets minoritaires.

La formation initiale est assurée par l'Académie de guerre de Prusse. Un militaire allemand souhaitant faire carrière au sein du corps d'état-major doit d'abord avoir effectué trois années en tant qu'officier subalterne (le plus souvent comme lieutenant), puis il doit postuler à l'entrée d'une des deux de l'Empire : celle de Berlin s'il appartient aux armées prussienne, saxonne ou wurtembourgeoise, ou celle de Munich s'il est de l'armée bavaroise. Il y a un concours d'entrée (pour celle de Berlin, il y a environ quatre cents candidats par an pour une centaine d'admis)Les effectifs se présentant au concours d'entrée de la varient selon les années, montant jusqu'à mille candidats., mais on peut aussi être admis sur recommandation d'une autorité de haut rang. La formation de l'académie est destinée non seulement à faire de ces jeunes des officiers d'état-major, mais aussi à améliorer leur niveau intellectuel par des enseignements scientifiques, linguistiques et historique ; elle dure trois ans, avec examens chaque année, se terminant par un voyage d'état-major (une reconstitution sur le terrain) de trois semaines (servant de stage pratique). La sélection est de l'ordre d'un tiers à un quart de brevetés à la fin sur le total, certains reçus enchainant ensuite avec une période d'un à trois ans au Grand État-Major général. Les plus aptes, une vingtaine par an, intègrent finalement le corps d'état-major.

La carrière d'un officier d'état-major se poursuit, en alternant les affectations au sein du Grand État-Major général avec les commandements d'unités (compagnie, bataillon ou escadron, régiment puis brigade) et celles au sein des états-majors des grandes unités (divisions puis corps d'armée). Les promotions des officiers d'état-major aux grades supérieurs sont plus rapides que celles de leurs collègues. En contrepartie, les officiers d'état-major étaient tenus de respecter une certaine discipline : ils recevaient par exemple une liste de rues berlinoises où ils avaient interdiction de fumer en journée, ainsi qu'une liste de bars qu'ils ne devaient pas fréquenter (car fréquentés par des socialistes).

Organisation en août 1914 Lors de la mobilisation allemande de 1914, le Grand État-Major général devient l'« État-Major général de l'armée en campagne » (), qui est le noyau du « commandement suprême de l'armée » ( : OHL), ce dernier ayant à sa tête l'empereur comme seigneur de guerre suprême (). Sous son commandement théorique (il ne donne presque aucun ordre, ne se mêlant pas de la conduite des opérations), se trouve le chef de l'État-Major général des armées en campagne () Helmuth von Moltke et le quartier-maître général Hermann von Stein.

Les sections du Grand État-Major sont réduites le au nombre de quatre : la section centrale ( : gestion des courriers), confiée au colonel von Fabeck ; la section des opérations ( : préparation et organisation des unités, ainsi que l'élaboration et la diffusion des ordres), dirigée par le lieutenant-colonel Gerhard Tappen ; la section des renseignements ( : informations sur les armées étrangères), commandée par le lieutenant-colonel Richard Hentsch, avec sous ses ordres la section III.b. (, ND : service secret d'espionnage et de contre-espionnage) du lieutenant-colonel Walter Nicolai ; la section politique () du lieutenant-colonel Wilhelm von Dommes. S'y rajoutent différents services spécialisés : l'intendance-générale () du major-général Roderich von Schoeler ; le commandement de l'artillerie à pied () du général ; le service des chemins de fer de campagne () du lieutenant-colonel Wilhelm Groener ; le service de la télégraphie () du major-général William Balck ; le service des munitions () du lieutenant-général Ludwig Sieger ; le service de santé de l'armée en campagne () du médecin-général . ; le service de la poste en campagne () du .