François Coty, né Joseph Marie François Spoturno le à Ajaccio (Corse) et mort le à Louveciennes (Seine-et-Oise), est un parfumeur et industriel français, fondateur de l'entreprise de parfums Coty, aujourd'hui multinationale. Il est considéré comme le père fondateur de l'industrie moderne de la parfumerie.

À la veille de la Première Guerre mondiale, sa réussite financière fait de lui l'un des hommes les plus riches de France, ce qui lui permet d'agir en mécène, de collectionner demeures historiques et œuvres d'art et d'aspirer à une carrière politique.

Après-guerre, il devient propriétaire de plusieurs journaux de droite. Parmi ceux-ci figurent Le Figaro, Le Gaulois et L'Ami du peuple, ce dernier affichant des opinions nationalistes, xénophobes, antisémites et anticommunistes.

Redoutant l'extension du communisme, il subventionne divers mouvements de droite et d'extrême droite parmi lesquels l'Action française, dont il s’éloigne en 1928. En 1933, face à une classe politique qu’il estime incapable, il publie un projet de réforme de l'État et fonde son propre mouvement Solidarité française, qui se radicalise après sa mort.

Conséquence de son divorce, du coût de son empire de presse et des retentissements de la crise économique de 1929, sa fortune est grandement amoindrie à sa mort.

Biographie Jeunesse Né à Ajaccio. en 1874, dans une famille de notables corses originaire de Ligurie et implantée sur l’île depuis le , Joseph Spoturno est élevé par sa grand-mère Anne Marie Belon (ou Beloni), sa mère, Marie Spoturno, née Coti, étant morte alors qu'il était encore enfant et son père, Jean-Baptiste, ayant été porté disparu après insoumission militaire.

Âgé de onze ans, il quitte son île natale à l'automne 1885 avec sa grand-mère, seulement muni d'un certificat d'études primaires., il s'installe à Marseille, où il est probablement vendeur en . Après avoir effectué son service militaire (1896-1898), il arrive en 1898 à Paris, où il devient attaché parlementaire non rémunéré d'Emmanuel Arène, député républicain de la Corse, puis sénateur.. Il est alors introduit dans les milieux influents parisiens. Selon Ghislaine Sicard-Picchiottino, c'est à cette époque qu’il rencontre le docteur Jacqueminot, propriétaire d'une pharmacie avenue de La Motte-Picquet, dans laquelle travaille un jeune pharmacien, Raymond Goëry ; l'affaire est prospère et un employé supplémentaire est parfois nécessaire. Joseph y aide de temps en temps à préparer divers produits vendus en pharmacie ; . C'est ainsi qu'il prend conscience de son don inné pour . Le pharmacien, constatant son talent, lui conseille de perfectionner ses dispositions naturelles ; ce qu’il ne fera que quelques années plus tard.

Le , alors que Paris accueille l'Exposition universelle qui célèbre, entre autres, la mode et la parfumerie françaises ., il épouse à la mairie du de Paris Yvonne Alexandrine Le Baron (1880-1966) et s'installe définitivement dans la capitale.

vignette|gauche|Publicité, 1902. Il lance grâce à un prêt de sa grand-mère une première entreprise de parfumerie qui se révèle au bout d'un an être un échec. Il passe une partie de l'année 1903 à l'école de parfumerie créée par la maison Chiris à Grasse., où, auprès de Georges Chiris (1872-1953), fils de Léon Chiris., il s’initie aux matières premières naturelles et aux produits de synthèse, ainsi qu'aux opérations de distillation et d'extraction.

Revenu à Paris, il vend aux barbiers de la capitale des essences qu'il fait venir de Grasse. Puis il installe un premier laboratoire artisanal dans son petit appartement du boulevard Raspail. Pour la présentation de ses créations, son épouse Yvonne agrémente les flacons de rubans et de satin, ayant été modiste, comme sa mère Virginie, aux Grands Magasins du Louvre.. En 1904, il utilise deux des produits de synthèse qu'il a étudiés à Grasse, le rhodinal et l'ionone, pour créer son premier succès de parfumerie, La Rose Jacqueminot. Selon une anecdote dont la véracité n'est pas établie, l'odeur d'un flacon brisé dans un grand magasin, peut-être par Coty lui-même, par accident ou délibérément, attire la clientèle et lui vaut une commande de 12 flacons, via Retronews.. C'est à cette époque qu'Emmanuel Arène lui conseille d'utiliser le nom de sa mère, Coti, adapté en Coty, pour la commercialisation de ses parfums. Le nom de François Coty allait devenir mondialement célèbre.

Industriel de la parfumerie vignette|Vue aérienne de l'usine Coty à Suresnes, circa 1930. Élisabeth de Feydeau souligne qu'il transforme les processus habituels de création du parfum, organise son industrialisation à une plus grande échelle et en étend la clientèle à la bourgeoisie. C'est surtout la détermination de Coty à élargir le marché du parfum qui le distingue. Il considérait toujours le parfum comme un luxe, mais il voulait le vendre à une clientèle plus large, et même aux milieux plus modestes, tout en recherchant une et en créant .. Il est à ce titre considéré comme le .

François Coty associe les essences naturelles à des produits de synthèse.., que les progrès de la chimie organique permettent depuis le de produire à bon marché/., en se fournissant auprès de sociétés comme Firmenich ou De Laire.

En 1904, il crée sa société, puis à partir de 1909, sur les bords de la Seine, à Suresnes, sur une partie des terrains du château de la Source, il crée son usine, la « Cité des parfums ». Elle sera suivie de nombreuses autres installations industrielles : dans l'île de Puteaux pour les conditionnements métalliques, à Neuilly-sur-Seine pour les boîtes de cuir et de carton, à Pantin et aux Lilas pour les flacons. À l'instigation de sa belle-mère, Virginie Le Baron (née Dubois), il met en place une intégration verticale de la production. Coty gère le personnel de ses usines de manière paternaliste, mettant en œuvre ce que notent Patrice de Sarran, Jean-Marie Maroille de la Société historique de Suresnes et que Ghislaine Sicard-Picchiottino estime être .

vignette|gauche|Flacon Lalique Ambre Antique pour Coty (circa 1910). Tout en n'étant pas le premier parfumeur à s’intéresser à la qualité esthétique du flaconnage, , rappelle Rosine L’Heureux.., François Coty comprend l’importance pour les ventes, du conditionnement, de l'emballage, de la présentation.. On lui attribue l'affirmation qu'un . Il fait appel à l'artiste verrier René Lalique, qui crée pour lui le flacon de L’Effleurt, puis celui d’Ambre Antique, mais aussi à Baccarat et au décorateur Léon Bakst. ou au peintre Jean Helleu pour les emballages ou affiches publicitaires. Les étiquettes en papier gaufré doré à chaud sont imprimées par la maison Draeger. Il résume ainsi sa philosophie commerciale : Cette attention au conditionnement, plus coûteux que le contenu du flacon, deviendra, selon l’historien des entreprises , une caractéristique fondamentale de l'industrie de la parfumerie.

Il remporte de grands succès commerciaux avec La Rose Jacqueminot (1904), un soliflore associant un absolu de rose de mai à deux composants de synthèse., suivi de L'Origan (1905), le premier parfum contenant de l'ionone, vendu dans un flacon conçu par Baccarat avec une étiquette dessinée par Lalique... Viennent ensuite Ambre Antique (1905) ; Annick Le Guérer souligne que ces parfums sont . ils sont suivis par Le Muguet (1910), Lilas blanc (1910), Iris (1913), (soliflore), et surtout Chypre, lancé en 1917.., qu’Edmond Roudnitska décrit comme un ., qui donne naissance à une nouvelle famille olfactive, et dont le succès durera des décennies. Son souhait est que . Parallèlement, Coty s'emploie à modifier les habitudes de consommation du parfum, qui était appliqué au sur les vêtements ou sur un mouchoir, et dont il recommande l'usage directement sur la peau, une pratique jusqu'alors réservée aux femmes considérées de rang inférieur. Ces innovations sont désapprouvées par les grands parfumeurs parisiens, le Syndicat national de la Parfumerie française lui refusant l’admission en son sein. Selon Bertrand de Saint-Vincent, ce refus s'explique par le statut autodidacte de Coty, en effet, en tant qu'étranger à l'industrie du parfum et au monde parisien, il a dû faire face à l'hostilité et au scepticisme.

vignette|Poudrier et poudre Coty. Il diversifie également sa gamme avec, outre des parfums, des crèmes, des savons, des sels de bain, des rouges à lèvres. et même de la papeterie, devenant un précurseur d'une ligne de produits parfumés de la même marque. La poudre « L'Origan », dans sa célèbre boîte orange et blanc, se vend à d'exemplaires par an en France. avec métalliques par jour rien qu’aux États-Unis.

Ce succès suscite des contrefaçons via Gallica. via Gallica., via Gallica..

vignette|Publicité pour une contrefaçon, 1920. Selon l'usage de la profession à l'époque, François Coty vend ses produits dans ses propres magasins, ouverts en 1905 rue La Boétie et au 23 place Vendôme à Paris. Il innove également en distribuant, de manière atypique dans l'industrie française de l'époque, des produits à d'autres détaillants, cherchant à construire un marché national, et plus tard international, vendant y compris aux grands magasins, employant à cette fin 7 vendeurs professionnels en 1907, comme les Britanniques et les Américains le faisaient déjà.

vignette|gauche|Catherinettes devant la boutique du 23, place Vendôme en 1922. Le succès est , François Coty a désormais des dépositaires en province, participe aux expositions internationales ; Bruxelles en 1910, Kiev en 1913, il prend position à l’exportation et fait des affaires à l’étranger. À la veille de la Première Guerre mondiale, les parfums Coty sont dans le monde, avec des succursales à Moscou, New York , Londres et Buenos Aires., et François Coty est déjà très riche. En 1913, son agent exclusif aux États-Unis, depuis 1910, Benjamin Levy, l’assiste dans la création de la Coty Inc. dans le Delaware. En 1917, dans la tourmente de la révolution russe, ses magasins, usines, stocks, comptes et dépôts au Crédit Lyonnais de Moscou (soit près de de francs de l’époque) sont confisqués par les bolcheviques.

Durant la Première Guerre mondiale, il soutient l'association Les Jouets de France, créée en 1917 par son ami François Carnot (fils du Président Sadi Carnot). Dans les usines de l'Île de Puteaux, qu'il finance, des menuisiers forment des mutilés de guerre pour créer et assembler des jouets en bois pour les enfants. Selon Elizabeth Coty et Roulhac Toledano, il accueille également les blessés de guerre dans sa résidence de Longchamp (située non loin de son usine suresnoise) et au château d'Artigny.

En 1918, pour relancer les ventes, François Coty a l'idée de conditionner ses parfums en petits flacons, adaptés au marché des cadeaux de soldats revenus du front.

En 1923 la Coty (England) Ltd est créée avec une usine à Brentford, et François Coty est un industriel puissant qui en 1924 transforme son entreprise française en SA dont le chiffre d’affaires va croitre et dégager des .

En , le couturier Paul Poiret avait créé sa société de parfums, les Parfums de Rosine., devenant ainsi le premier couturier-parfumeur, à associer une ligne de parfums à ses créations de couture, bien avant Chanel. Ses parfums étaient produits par la société des parfums Rallet à Cannes La Bocca.. En , François Coty, qu'il ne connaissait précédemment pas, lui fait, dans le cadre d'un entretien ., une offre d'achat qu'il décline.. En 1926, François Coty rachète la société de parfums Rallet..

vignette|gauche| Titre d'actions Coty. Inc, émission de 1932.