Harakat Ahrar al-Cham al-Islamiyya (en , Ḥarakat Aḥrār aš-Šām al-Islāmiyah, « Mouvement islamique des hommes libres du Cham »), initialement Kataib Ahrar al-Cham, ou plus simplement Ahrar al-Cham, était un groupe rebelle salafiste apparu au cours de la guerre civile syrienne et actif depuis 2011. Membre du Front islamique syrien, puis du Front islamique, il opèrait principalement dans les gouvernorats d'Alep et d'Idlib mais aussi partout en Syrie.

Le , Ahar al-Cham fusionne avec le Harakat Nour al-Din al-Zenki pour former un nouveau mouvement : le Front de libération syrien. Il se fond ensuite dans le Front national de libération, puis dans l'Armée nationale syrienne.

Le , à l'occasion de la , la dissolution des Ahrar al-Cham est annoncée en même temps que celle de tous les autres groupes rebelles ayant pris part à l'offensive à l'origine de la chute du régime de Bachar al-Assad.

Drapeaux

Histoire Fondation Ahrar al-Cham est fondé pendant l'année 2011Ahmad Abazeid et Thomas Pierret, Les rebelles syriens d’Ahrar al-Sham : ressorts contextuels et organisationnels d’une déradicalisation en temps de guerre civile, Critique internationale 2018/1 (), pages 63 à 84.. Time rapporte que selon les déclarations d'un chef du mouvement nommé Abou Zeïd, les premières brigades du groupe auraient été formées quelque temps après la révolution égyptienne mais avant le , date des premières manifestations en Syrie. L'amnistie présidentielle du ayant conduit à la libération de milliers de prisonniers dont des membres des Frères musulmans et autres opposants islamistes, a permis la constitution du noyau central d'Ahrar al-Cham. Selon son chef fondateur, Hassan Aboud, Ahrar al-Cham mène ses premières actions de lutte armée à partir de mai et , dans les gouvernorats de Hama et Idlib, soit avant même la fondation de l'Armée syrienne libre. Le succès d'Ahrar al-Cham est tel qu'il passe de 25 unités en 2011 à plus de 83 en .

Affiliations et alliances upright=1.3|thumb|Des chefs d'Ahrar al-Cham à Idlib, le 30 mars 2015.

Fin , Ahrar al-Cham participe à la fondation du Front islamique syrien The Free Syrian Army, Understanding War, mars 2013, consulté le . Cette alliance est cependant dissoute en , et Ahrar al-Cham intègre peu après le Front islamique. Par la suite, trois des sept groupes du Front islamique fusionnent avec Ahrar al-Cham ; d'abord Liwa al-Haq et le Front islamique kurde en , puis Suqour al-Sham le .

Dans le gouvernorat d'Idlib, Ahrar al-Cham fait partie des groupes rebelles qui forment l'Armée de la conquête le . Ahrar al-Cham est, avec le Front al-Nosra, le groupe le plus puissant de cette chambre d'opérations.

Dans le gouvernorat d'Alep, Ahrar al-Cham intègre la chambre d'opérations Fatah Halab créée le . Puis le , il forme avec 13 autres groupes djihadistes une nouvelle chambre d'opérations baptisée Ansar al-Charia.

En , cinq factions islamistes rejoignent Ahrar al-Cham ; les Brigades et bataillons Tawhid al-Asimah, les Bataillons Abu Amarah, la Brigade Wa ‘Atasimu, la Brigade du Colonel martyr Ahmad al-Omar et le Mouvement Binaa UmmaInfoGraphic – Five Rebel factions joined Ahrar al-Sham Movement in October 2015 | Syria, Archicivilians, 21 octobre 2015..

En , le Front al-Nosra fait une offre de fusion avec Ahrar al-Cham. Abou Mohammed al-Joulani propose alors de changer le nom de son groupe mais il exclut de rompre avec al-Qaïda. Cependant Ahrar al-Cham ne tient pas à se lier avec al-Qaïda et rejette l'offre, des accrochages ont même lieu entre les deux groupes à Salqin et à Harem, dans le gouvernorat d'Idlib, avant la conclusion rapide d'une trêve. Le , le Front al-Nosra rompt finalement avec al-Qaïda et se rebaptise Front Fatah al-Cham. Le , des négociations s'ouvrent à nouveau entre Ahrar al-Cham et le Front Fatah al-Cham en vue d'une fusion. Cependant le projet bloque. La question divise Ahrar al-Cham, entre d'un côté les partisans du jeu politique, favorables à des négociations et qui souhaitent garder le soutien des pays du Golfe et de la Turquie, et de l'autre ceux, plus proches des thèses d'al-Qaïda, qui privilégient l'insurrection armée. En septembre, deux des figures les plus radicales d'Ahrar al-Cham, les Égyptiens Abou Al-Yaqadan Al-Masri et Abou Shouayb Al-Masri, et une unité militaire, la katiba Ashida, annoncent qu'ils quittent le groupe. Le Front Fatah al-Cham fait également l'objet de défections après l'ouverture de ces négociations.

Le , le conseil religieux d'Ahrar al-Cham annonce apporter son soutien à l'intervention militaire turque au nord de la Syrie au nom de la . Cela provoque quelques tensions avec son allié du Front Fatah al-Cham, hostile à cette intervention.

Le , hostiles à la politique pro-turque du groupe et favorables à un rapprochement avec le Front Fatah al-Cham, seize factions locales d'Ahrar al-Cham, menées par Abou Jaber et soutenues par Abou Saleh Tahhan et Abou Mohammed al-Sadeq, font scission pour fonder un nouveau groupe : Jaych al-Ahrar.

En , dans le gouvernorat d'Idlib et l'ouest du gouvernorat d'Alep, de violents combats éclatent entre d'un côté le Front Fatah al-Cham et de l'autre Ahrar al-Cham, Suqour al-Cham et des groupes de l'Armée syrienne libre. Le , plusieurs groupes rebelles annoncent leur fusion au sein d'Ahrar al-Cham, espérant ainsi par ce ralliement obtenir l'aide et la protection de ce groupe contre le Front Fatah al-ChamCharles Lister, Today, the following have joined Ahrar al-Sham:- Tajamu Fastaqim - Thuwar al-Sham - x5 Jaish al-Islam & Jaish al-Mujahideen brigades, twitter, 25 janvier 2017.Romain Caillet, Pour mieux lutter contre #JFS, tous les groupes "rebelles modérés" de la région d'#Idlib rejoignent Ahrar ash-Sham, twitter, 25 janvier 2017.Romain Caillet, Face à #JFS, les Faucons du Levant, Jaysh al-Islam(Idlib), Jaysh al-Mujahidin, Fastaqim & le Front du Levant(Idlib) intègrent Ahrar ash-Sham, twitter, 25 janvier 2017.5 Factions join Ahrar al_Sham Islamic movement in the battle against Fateh al_Sham front, OSDH, 26 janvier 2017.. Trois jours plus tard, le Front Fatah al-Cham fusionne à son tour avec d'autres groupes pour former un nouveau mouvement : Hayat Tahrir al-Cham (HTC)Romain Caillet, Jihadistes proches d’al-Qaïda et rebelles radicaux s’unissent pour former l’Organisation de Libération du Sham, Jihadologie, 29 janvier 2017.. De nombreux membres d'Ahrar al-Cham choisissent alors de faire défection pour rejoindre cette organisation.

Le , le Liwa Fajr al-Oumma rallie à son tour Ahrar al-Cham.

Fin 2017, la branche locale du groupe située dans le gouvernorat d'Alep intègre l'Armée nationale syrienneانفوغراف | فصائل الجيش الحر المشاركة في عملية غصن الزيتون, NORS Studies, 30 juillet 2018..

Après la nomination de Amer al-Sheikh à la tête du mouvement en 2021, les Ahrar al-Cham se rapprochent de Hayat Tahrir al-Cham. Les Ahrar al-Cham participent à l'offensive rebelle ayant abouti à la chute de Bachar al-Assad au sein de la même chambre d'opérations que HTC.

Fusion Le , Ahrar al-Cham fusionne avec le Harakat Nour al-Din al-Zenki pour former un nouveau mouvement : le Front de libération syrienSyrie : deux importants groupes rebelles fusionnent, OLJ avec agences, 18 février 2018..

Dissolution En -, les Ahrar al-Cham prennent part, au sein du commandement des opérations militaires, à l'offensive qui renverse le régime de Bachar al-Assad. Le , lors de la , le porte-parole du commandement des opérations militaires, Hassan Abdel Ghani, annonce que ayant pris part à l'offensive , y compris Ahrar al-Cham, dont le chef, Amer al-Sheikh, prononce un discours pour l'occasion. En 2014, un commandant adjoint des Ahrar al-Cham, Abou Yazan al-Chami, avait émis le souhait de voir son organisation disparaître , ne la considérant que comme .

Idéologie vignette|Défilé de combattants d'Ahrar al-Sham Ahrar al-Cham est un groupe salafiste, ses objectifs sont limités à la Syrie et le groupe n'appelle pas au djihad globalSarah Diffalah, Trêve en Syrie : "C'est comme si on invitait les Syriens à s'entretuer", L'Obs, 24 février 2016.. Pour le chercheur Romain Caillet, le groupe est salafiste mais non-djihadisteRomain Caillet, Après avoir intégré Ahrar ash-Sham, groupe salafiste non jihadiste, Khattab al-Firansi aurait intégré l'#EI via Abu Abdallah, un Tunisien., twitter, 11 mars 2016.. Stéphane Lacroix, chercheur au Centre de recherches internationales (CERI), qualifie l'idéologie d'Ahrar al-Cham de « salafo-nationalisme » et indique aussi que le groupe est non-djihadiste L'Arabie saoudite et la guerre en Syrie - Stéphane Lacroix, Bycome, 17 avril 2017.. Ahrar al-Cham demeure cependant la composante la plus dure du Front islamique. Selon l'universitaire Thomas Pierret ; Thomas Pierret, « Crise et déradicalisation : les rebelles syriens d’Ahrar al-Sham », Confluences Méditerranée 2015/3 (), .. Des responsables du groupe ont également revendiqué une proximité idéologique avec les talibans, présentés comme un modèle à suivreHassan Hassan, , The National, 29 mai 2016.. Selon le chercheur Ziad Majed, Ahrar al-Cham est très hétérogène, en plus des salafistes le groupe compte également des frères musulmans.

En , de manière inhabituelle, Ahrar al-Cham réagit à un message du chef d'al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, appelant ses partisans à ne pas privilégier le contrôle et l'administration des territoires, mais à se concentrer sur la guérilla : .

L'idéologie du groupe a évolué progressivement en se déradicalisant, selon Thomas Pierret et Ahmad Abazeid.

Organisation Commandement Les Ahrar al-Cham sont considérés comme la seule faction islamique du conflit syrien à changer fréquemment de chef.

Le fondateur et premier chef d'Ahrar al-Cham est Hassan Aboud, dit « Abou Abdullah al-Hamawi ». Ce dernier est tué le , dans un attentat commis par le régime syrien, qui cause la mort de 47 des dirigeants du groupe lors d'une réunion dans une cave. Le lendemain, Ahrar al-Cham annonce que Hachem al-Cheikh, dit Abou Jaber, succède à Hassan Aboud à la tête du mouvement et qu'Abou Saleh Tahane devient le commandant militaire. Abou Jaber démissionne cependant un an plus tard et le , Mohannad al-Masri, dit Abou Yahia al-Hamawi, est élu chef d'Ahrar al-Cham après un vote du Conseil de la Choura du groupe. Le , Ali al-Omar, dit , est annoncé comme nouveau commandant en chef des Ahrar al-Cham après de longues discussions au sein du Conseil de la Choura. Le , le Conseil de la Choura annonce l'acceptation de la démission de Ali al-Omar et la nomination de , dit , à sa succession. Le , le Conseil de la Choura prend la décision de limoger Hassan Soufan à la suite des nombreux revers militaires essuyés sous sa direction. Jaber Ali Basha, ancien adjoint de Ali al-Omar, le remplace. Le , Amer al-Sheikh, dit , est nommé commandant en chef des Ahrar al-Cham dans le cadre d'un compromis entre les deux branches antagonistes du mouvement (celle dirigée par Jaber Ali Basha et celle dirigée par Hassan Soufan). Le , soit un peu plus d'une semaine après la victoire des rebelles et la chute du régime Assad, Hassan Soufan est nommé gouverneur de Lattaquié et Amer al-Sheikh gouverneur du Rif Dimachq.

Parmi les autres personnalités du groupe figurent : Abou Khaled al-Souri, nommé médiateur entre le Front al-Nosra et l'État islamique en Irak et au Levant par Ayman al-Zawahiri, tué à Alep dans un attentat-suicide le ; le commandant Majid Hussein al-Sadek, ancien officier de l'armée syrienne et chef d'état-major d'Ahrar al-Cham, tué le dans un attentat-suicide dans le gouvernorat d'IdlibEn Syrie, la trêve pourrait ne pas résister à l’intensification des frappes du régime, Le Monde avec AFP, 24 avril 2016. ; Abou Saleh Tahhan, responsable militaire dans le nord ; et Abou Mohammed al-Sadeq, un chef religieux.

Effectifs vignette|upright=1.3|Des hommes d'Ahrar al-Cham dans un village du gouvernorat de Hama, le 11 mars 2013.