La Fédération étudiante du Campus universitaire de Moncton (FÉCUM) (auparavant la Fédération des étudiants et étudiantes du Centre universitaire de Moncton (FÉÉCUM)) est une association étudiante représentant les droits et intérêts de la population étudiante de l’Université de Moncton, campus de Moncton (UMCM), au Nouveau-Brunswick.
Description
Incorporée en 1969 sous le nom de Fédération des étudiants de l’Université de Moncton (FÉUM) et portant ce nom jusqu’en 1987, la FÉÉCUM représente plus de membres. Entité distincte de l’Association générale des étudiants et étudiantes de l’Université de Moncton, campus d’Edmundston (AGÉÉUMCE), et l’Association des étudiantes et étudiants de l’Université de Moncton, campus de Shippagan (AÉUMCS), .
La FÉÉCUM se consacre depuis ses débuts à l’amélioration de la condition étudiante et de l’accessibilité aux études post-secondaires au Nouveau-Brunswick. .
Historique
Dès la fondation de l’Université de Moncton, qui reçoit sa Charte en 1963, est mise en place l’Association des étudiants de l’Université de Moncton (AÉUM). Mais rapidement l’insatisfaction de la population étudiante envers l’AÉUM pousse à la création d’une nouvelle association, plus militante et engagée. C’est ainsi que la FÉUM voit le jour, en 1969, dans la mouvance d’une période marquée par les revendications étudiantes partout à travers le monde. Depuis ses tout débuts, la FÉUM/FÉÉCUM se dévoue au combat pour une meilleure accessibilité aux études postsecondaires, avec tous les dossiers que cela peut englober.
Les débuts : les années 1960 En 1968, des révoltes estudiantines secouent l’Europe, le Japon et l’Amérique du Nord. Au Nouveau-Brunswick, sous le gouvernement libéral de Louis J. Robichaud et suivant l’impulsion de son programme «Chances égales pour tous», c’est l’époque où les inégalités entre les régions riches (urbaines, industrialisées) et pauvres (rurales, peu développées) de la province sont mises en lumière, et par ricochet, l’inégalité entre les communautés de langue anglaise et française. Les francophones, en effet, y sont le plus souvent résidents de régions pauvres, et ne bénéficient pas de droits linguistiques uniformes dans les régions plus peuplées de la province, dont à Moncton, où se trouve la seule université de langue française de la province.
C’est dans ce contexte que se crée ce qui deviendra en 1969 la FÉUM. À l’origine la Fédération ne compte qu’un seul poste, celui de secrétaire général, occupé par Paul-Eugène LeBlanc. En 1968 l’Université de Moncton, sous-financée par le gouvernement provincial, annonce une augmentation des droits de scolarité qui pousse les étudiants à voter à 84 % en faveur d’une grève, qui sera déclenchée le Hebdo 40, Université de Moncton: http://www2.umoncton.ca/cfdocs/etudacad/40e/index.cfm?ed=6. Suivra une marche sur Fredericton, la capitale provinciale, regroupant étudiants de l’Université de Moncton, du Collège de Bathurst et de la University of New BrunswickHebdo 40, Université de Moncton: http://www2.umoncton.ca/cfdocs/etudacad/40e/photos.cfm?ident=6009&ed=6. On y réclame un gel des droits de scolarité, un meilleur système d’aide financière et un financement adéquat pour l’Université de Moncton, qui accuse un important retard comparativement aux universités anglophones du fait de sa fondation récente.
Deux moments en particulier marqueront cette grève, qui a duré neuf jours, à Moncton : d’abord, l’occupation du pavillon des Sciences de l’Université de Moncton par les étudiants (à laquelle l’AÉUM s’est par ailleurs opposée) menés par un comité formé de Michel-Vital Blanchard et de l’équipe du journal étudiant, et ensuite la confrontation entre les étudiants et le maire francophobe de Moncton, Leonard Jones. Le soir du , 2000 étudiants marchent sur le centre-ville de Moncton pour obtenir la reconnaissance officielle du français dans l’administration de la ville, à 40 % francophone, ce que le maire Jones et ses conseillers refuseront catégoriquement. Plus tard le même soir des étudiants déposent une tête cochon (symbole de son entêtement) sur le perron de son domicile
Ces deux moments sont immortalisés dans le film de Michel Brault et Pierre Perrault, L'Acadie, l'AcadieONF, 1971 : http://www.onf.ca/film/acadie_acadie.
Il faut comprendre que la querelle a rapidement dépassé la question des droits de scolarité pour s’élargir à l’inégalité entre les deux communautés linguistiques et au problème du sous-développement de l’Acadie.
La lutte se poursuit : les années 1970 En , le gouvernement conservateur de Richard Hatfield apporte une réforme au programme de prêts et bourses qui oblige les étudiants à emprunter un minimum de pour être admissible à une bourse de Jacques Tétreault, «Chronologie des faits concernant l'affaire des prêts et bourses étudiants à l'Université de Moncton, 1975-1976», La Jaunisse, 24 octobre 1975, .. Une bourse additionnelle de pouvait être octroyée aux étudiants démontrant un grand besoin financier. Rapidement dénoncée par l’Atlantic Federation of Students (AFS), la réforme s’attire également les foudres de l’AÉUM, qui organise le une journée de sensibilisation étudiante au pavillon des SciencesTétreault, op. cit.. L’effort résulte en une série de recommandations qui sont envoyées au ministre de la Jeunesse de l’époque, Jean-Pierre Ouellet.
En l’absence d’une réponse du ministre, la FÉUM tient une deuxième journée d’étude, le , où le ministre est convié à se présenter et à répondre aux questions de la population étudiante. Les réponses du ministre s’avèrent insatisfaisantes, et la FÉUM soumet par la suite un ultimatum au gouvernement Hatfield concernant un remaniement du système de prêts et bourses, que le premier ministre rejetteCarolynn McNally, Histoire de la Fédération des étudiants et étudiantes du Centre universitaire de Moncton, Institut d'études acadiennes, 2010, .. Le vote de grève proposé en réponse par la FÉUM est battu par une faible majorité et un autre vote décide de tenir une manifestation à l’édifice du Centenaire, à Fredericton, siège du gouvernement provincial« Historique », La Jaunisse, 16 février 1976, ..
La manifestation est prévue pour le . Le premier jour, peu d’étudiants se présentent en raison d’une tempête de neige et du faible nombre d’étudiants anglophones qui répondent à l’invitation de la FÉUM, mais le second jour, les étudiants de Moncton reviennent à la charge, cette fois avec plus de 500 membres de la FÉUM déterminés à occuper l’édifice« Historique », op. cit., .. Deux étudiants sont nommés comme négociateurs auprès du gouvernement provincial, Gilles Beaulieu et Camille McLaughlin. Au cours des onze jours que durera l’occupation, ces deux derniers rencontrent le ministre Ouellet et le premier ministre Hatfield, ainsi que le Conseil du Trésor à plusieurs reprises, qui leur répondent tous que le gouvernement manque de fonds pour améliorer la situation«Historique», op. cit., .. Les étudiants sont expulsés de l’édifice du Centenaire le , de façon parfois violentePaul-Émile Richard, « La police jette les étudiants dehors », L'Évangéline, 9 février 1976, ..
Un comité tripartite est ensuite formé, sous les pressions renouvelées des étudiants, qui produit en un rapport suggérant de fixer une limite à l’endettement des étudiants et de mettre en place un plan de réduction de l’endettement étudiantNormand Léger, « Le comité propose de limiter la dette des étudiants à », L'Évangéline, avril 1976, .. Insatisfaits des mesures proposées, 300 étudiants manifestent le , jour de l’inauguration officielle du Centre d’éducation physique et sportive (CEPS) de l’Université de Moncton, à laquelle le premier ministre Hatfield est présent« À propos du 22 octobre », La Jaunisse, 25 octobre 1976, .. Les étudiants, outre leurs revendications liées au programme de prêts et bourses, revendiquent un traitement plus équitable de la minorité acadienneIbid..
Début 1979, l’annonce de changements à la loi C-14 limitant l’accès des étudiants à l’assurance-emploi, de pair avec une hausse des droits de scolarité et des frais de logement, pousse les étudiants à organiser une marche pour sensibiliser la population à la situation étudianteGhislain Michaud, « Au-delà de 1500 concernés », Le Front, 5 février 1979, .. Le , 450 d’entre eux descendent dans les rues de Moncton, s’arrêtant dans les bureaux de Radio-Canada, du journal l’Évangéline, de l’Assomption, et des bureaux de l’assurance-emploi pour rallier la société entière à la cause étudiante. Quelques étudiants tentent de remplacer un drapeau flottant devant l’hôtel de ville par le drapeau acadienKaren Boyd, « Une chose à la fois (??) », Le Front, 5 février 1979, ..
Lorsque la marche se termine à l’Université de Moncton, le vice-recteur Médard Collette confirme aux étudiants le maintien de l’augmentation : une réunion le soir même voit quelque 500 étudiants demander un vote général pour une occupation de deux jours du CEPS. Les 1563 étudiants qui se prononcent sur la question rejettent la mesure de justesse, à 53,4 % des voixGhislain Michaud, op. cit.. Malgré tout, le , un groupe de 350 étudiants décide de tenir des journées d’étude au CEPS, suivies de la formation d’un comité exigeant que l’éducation postsecondaire soit reconnue comme un droit« Droit à l'éducation », 1979, Archives de l'Université de Moncton - Campus de Moncton (AUMCM), B13-0798. La masse étudiante, par contre, considère un changement de méthode suivant l’échec de l’Occupation de 1976 et du vote de 1979.
L’adoucissement des mœurs : les années 1980 Au début des années 1980, aux prises avec une condition étudiante (et surtout de l’accessibilité au postsecondaire) qui se détériore en contexte de récession, la FÉUM tâche d’organiser ses dossiers pour dépasser la spontanéité qui a jusqu’alors caractérisé le mouvement étudiant à l’Université de Moncton, et qui en explique, selon les leaders étudiants de l’époque, la faiblesse.
Les frictions entre la FÉUM et le recteur de l’époque, Gilbert Finn, sont fréquentes au cours de son mandat à la tête de l’institution qui s’étend de 1981 à 1985. Quand Finn annonce une hausse de 20 % des droits de scolarité pour 1981-1982, la FÉUM dénonce publiquement la mesure sans précédent, et lance une campagne de sensibilisationMichel Doucet, « Devant la hausse de plus de 20 % : La FÉUM exige le gel des frais de scolarité », L'Évangéline, 16 avril 1981, .. Une marche symbolique a lieu sur le campus tôt en : 400 étudiants y participent et terminent leur périple dans le bureau du recteur Finn, absentCyrille Godin, « Une marche plus que symbolique », Le Front, 15 mars 1982, ..
Le , une délégation de Moncton répond à l’invitation des étudiants de l’Université du Nouveau-Brunswick (UNB) et participe à une manifestation à l’ouverture de l’Assemblée législative. Le millier d’étudiants présent essuie la rebuffade du gouvernement Hatfield et réagit en déclarant « À tous les intéressés [...] », Journal du Comité d'occupation de l'édifice Taillon, 8 avril 1982, AUMCM, B13-0024. Le besoin d’une action concertée des étudiants de la province et du pays dans le but d’améliorer la situation est constaté.
Au campus de Moncton, la FÉUM organise une manifestation à la réunion du Conseil des gouverneurs de l’institution, où elle compte déposer un mémoire sur le gel des droits de scolarité. Cependant, la réunion ayant changé de lieu sans préavis, lorsque le groupe de 60 étudiants parvient enfin à rencontrer le recteur, ce dernier les informe que la hausse prévue dépassera probablement les 15 %« À tous les intéressés [...] », op. cit., ..