La bataille d’Oncativo ou bataille de Laguna Larga est un affrontement militaire, survenu le dans la partie pampéenne de la province de Córdoba, entre troupes fédéralistes, placées sous les ordres du caudillo de la province de La Rioja Juan Facundo Quiroga, et unitaires, sous le commandement du général José María Paz. La bataille, qui s’inscrivait dans le cadre de la longue guerre civile intermittente qui sévit en Argentine tout au long d’une grande partie du , se solda par une victoire des unitaires.

Antécédents

Après la signature du traité de paix terminant la guerre de Cisplatine, les officiers de l’armée nationale argentine, à qui l’accord apparaissait comme une trahison des victoires remportées sur le champ de bataille, se mirent à comploter avec des membres de la faction unitaire pour renverser le gouvernement fédéraliste de Manuel Dorrego. Il était également convenu entre les conjurés de déposer le gouverneur de la province de Córdoba, Juan Bautista BustosRosa, ..

Tandis que la première colonne de l’armée, à son retour de la guerre, sous le commandement de Juan Lavalle, se soulevait le à Buenos AiresBilbao, ., la deuxième colonne, dirigée par le général José María Paz, originaire de Córdoba, entama début 1829 sa marche sur cette province, où elle battit le les milices de Bustos à la bataille de San RoqueBiedma Straw, . L'invasion déclencha une contre-offensive de Juan Facundo Quiroga, caudillo fédéraliste de la province de La Rioja, qui, sur les instances de Bustos, fit mouvement vers Paz à la tête d’une armée de hommesSaldías, ..

Les 22 et , les deux armées s’affrontèrent dans la bataille de La Tablada, non loin de la ville de Córdoba. Les combats se terminèrent par la victoire du général Paz, et Quiroga se vit contraint de fuir précipitamment vers sa province d’origine, abandonnant derrière lui un grand nombre de morts et de prisonniersSaldías, .. Dans les jours suivants, redoutant une réaction de la part du gouverneur fédéraliste Estanislao López, Paz prit position aux confins de la province de Santa Fe ; López toutefois se borna à envoyer une délégation, qui amorça une série de pourparlers dans le but de mettre fin à l’état de guerreRosa, .. Les contacts s’achevèrent le par la conclusion d’un traité d’amitié entre Córdoba et Santa Fe, que Quiroga réprouva fortement. Élu formellement gouverneur le , Paz étouffa la rébellion dans le reste de la province, en subdivisant son armée en une série d’unités légères qu’il lança ensuite simultanément dans les différentes vallées de la SierraSaldías, ..

Quelque temps plus tard, la province se vit menacée d’une nouvelle invasion par le Tigre des plaines (Quiroga), lequel était en quête d’une revanche. En outre et surtout, la ville de Córdoba apparaissait à cette époque comme un point stratégique et comme une possible tête de pont en vue d’une avancée unitaire vers l’intérieur. Les pourparlers engagés en vue d’un accord avec les autres gouvernements de province n’avaient pas produit le résultat escompté.

Entretemps, dans la province de Mendoza, une révolution avait porté au pouvoir le général unitaire Rudecindo Alvarado ; cependant, la révolution fut par la suite écrasée par le fédéraliste José Félix Aldao, qui, après avoir vaincu la résistance lors de la bataille de Pilar, se laissa aller à une série de violentes représaillesPaz, volume 2, .. Quiroga, qui n’avait eu aucune part à ces actions, forma avec Aldao une armée de soldats et se prépara à envahir à nouveau CórdobaSaldías, . Après avoir pénétré sur le territoire provincial, il fit parvenir à Paz, le , une note contenant diverses accusations et récriminations, mais proposant en même temps un armistice ; il écrivit notamment : « Nous sommes convaincus de ne combattre qu’une seule fois, afin de ne pas combattre toute la vie. Il est indispensable que triomphent soit les uns, soit les autres, de sorte que le parti fortuné oblige le parti malheureux à enterrer ses armes à jamais »Héctor D. Arias, Carmen P. de Varese (1966). Historia de San Juan. San Juan : Editorial Spadoni, .; plus loin, poursuivant sur un ton plus menaçant : « Les provinces seront peut-être dépecées ; mais domptées, jamais. »Roberto D. Müller (2010). Noticias de "Burgess Farm": Vida de Rosas en el destierro. Buenos Aires: OLMO Ediciones, . .. Pour tenter encore d’éviter l’affrontement, l’on avait dépêché à Córdoba une commission de médiation confiée à Pedro Feliciano Cavia et Juan José Cernadas, laquelle commission arriva dans la capitale provinciale le de cette même année, n’ayant du reste que peu d’espoir d’obtenir des résultats positifs. Les jeux semblaient faits, et l'affrontement militaire procheSaldías, ..

Le dessein des fédéralistes était de lancer une double offensive : pendant que Quiroga ferait mouvement avec ses soldats par le sud de la province de Córdoba, le général Benito Villafañe avancerait avec, selon les sources, un effectif de Revisionistas » Blog Archive » José Benito Villafañe ou Ricardo Levene (1962) . Historia de la nación argentina : desde los origenes hasta la organización definitiva en 1862. Academia Nacional de la Historia (Argentina), Editorial El Ateneo, Buenos Aires. hommes, principalement des montonerosRodolfo de Ferrari Rueda (1964). Historia de Córdoba. Tome I. Buenos Aires: Biffignandi Ediciones, . (composés d’environ combattants de Catamarca et de 200 de La Rioja)Juan Beverina (1973). El general José María Paz: sus campañas y su doctrina militar. Buenos Aires: Editorial Rioplatense., par le nord de cette même province, ce qui forcerait Paz à diviser ses forces. Cependant, le général unitaire se soucia uniquement d’affronter Quiroga, et non VillafañeLa guía 2000 - Las Batallas de La Tablada y Oncativo - La guía de Historia.

Déroulement de la bataille Mouvements des armées

vignette|190px|José María Paz, commandant en chef des forces unitaires. À partir du , le général Paz concentra et organisa ses troupes en quatre divisions, dont une, composée des Volontaires et Lanciers argentins et des milices de Río Segundo, sera confiée au colonel Gregorio Aráoz de Lamadrid ; la deuxième, composée des Lanciers de Salta, de l’escadron de Chasseurs et des milices de Santa Fe et de Río Seco, verra à sa tête le colonel Manuel Puch ; la troisième, commandée par le colonel José Videla Castillo, comprenait les et bataillons de Chasseurs, et était dotée d’une artillerie de 6 pièces ; et la dernière enfin, constituée des propres troupes de Paz, mais également des corps de Chasseurs de la Liberté, de l’escadron de Lanciers républicains et du Régiment de cavalerie, était sous les ordres du colonel Juan Esteban PederneraAdolfo P. Carranza, Alejandro Rosa, José Juan Biedma (1889). Revista Nacional. Tome X. Buenos Aires : J. Canter, ..

Selon ce que relate Domingo Arrieta, ancien colon de la région, l’armée commandée par Paz se mit en mouvement, au départ de son camp d’Anisacate, en longeant les berges du río Segundo, et en gardant à l’esprit que l’armée fédéraliste se déplaçait sur la rive droite du río Tercero.

Quiroga s’ingéniait, par diverses manœuvres, à dissimuler à Paz sa véritable position ou à l’induire en erreur, ainsi que le raconte Arrieta : «...ayant emprunté le chemin droit qui vient de San Luis, lorsqu’ils se trouvèrent à courte distance du point Salto, ils prirent à droite ; par une marche rapide, ils atteignirent la Capilla Rodríguez, auquel lieu ils franchirent la rivière ». Il est à relever toutefois que cette marche en ligne droite connut une brève déviation, afin de permettre l’incorporation des troupes du général Villafañe, dont on savait qu’il faisait route vers eux à partir de Totoral. Ensuite, ils obliquèrent vers le nord, se dirigeant vers le lac Cachicoya, dit aussi Laguna Larga.

Le río Tercero une fois traversé, Quiroga, connaissant mal la région, dut recourir aux services de pisteurs locaux, et confia à Ramón Ignacio Carranza le soin de trouver un parcours idoine. Aussi ladite personne, accompagnée d’un groupe de recrues du caudillo, fut-elle envoyée en avant pour tracer le chemin propre à mener Quiroga à la plaine d’Oncativo. Ce parcours ne fut autre que celui qui avait été mis en place antérieurement, en 1815, par l’administrateur des postes de Córdoba, don Joseph de Paz, père du général José María Paz, pour abréger la marche des messagers qui, partis du Haut-Pérou, arrivaient à Córdoba pour ensuite se diriger vers la province de Mendoza.

D’après Arrieta, le mouvement des unitaires fit en sorte que l’armée fédéraliste poursuivit la marche qu’elle avait entreprise, descendant jusqu’à Capilla de Cosme, franchissant la rivière à proximité de Paso de Tecera dans le crépuscule du , et y passant la nuit. L’on en sut la nouvelle par le biais d’une personne envoyée par Paz pour négocier avec l’armée fédéraliste, les conditions proposées par celui-là ayant au demeurant été repoussées.

Combats

À l’aube du , l’on reprit la marche et après « quelques heures de trajet à travers une broussaille épaisse et encombrante, nous débouchâmes vers dix heures du matin dans une très vaste plaine, où nous aperçûmes les ennemis, qui avaient déjà pris position autour d’un monticule de petite dimension, qui se dressait seul au milieu de cette ample et belle plaine »Adolfo P. Carranza, Alejandro Rosa, José Juan Biedma (1889). Revista Nacional. Tomo X. Buenos Aires: J. Canter, .

Selon le récit donné par un autre personnage participant à l’opération militaire, le général Gregorio Aráoz de Lamadrid, Quiroga « avait le flanc droit appuyé contre les chariots qu’il avait amenés de Mendoza, et qui étaient plutôt nombreux, et son flanc gauche contre le lac Cachicoya ; et ses effectifs dépassaient les trois mille hommes des trois armes. Les nôtres s’élevaient à deux mille hommes et quelque »Gregorio Aráoz de la Madrid (1947). Memorias del general Gregorio Aráoz de la Madrid. Tome I. Buenos Aires: Tall. Gráf Buschi, ..

Il est à souligner que, selon Paz, cette butte se trouvait entourée d’une centaine de chariots, disposés de manière appropriée pour la défendre et pour accueillir toute l’infanterie, laquelle était renforcée de huit pièces d’artillerie.

Enfin, par une habile manœuvre, Paz partit à la rencontre de Quiroga alors que celui-ci ne s’y attendait pas. Paz affirma dans ses Mémoires que, connaissant le dispositif de l’armée fédéraliste, « mon plan était d’attaquer par la gauche. Pour cela, je courus sur mon flanc droit, ce que voyant, l’ennemi voulut prolonger sa gauche afin de ne pas la laisser déborder, et pour cela se mit à faire passer toute la cavalerie qu’il avait laissée sur la droite ; de cette façon, ce qui avait été son centre fortifié devint son flanc droit, que tenaient à présent en échec, mais sans l’attaquer, mon centre et ma gauche, si ce n’est le feu de mon artillerie »José María Paz (1924). Memorias póstumas del general José María Paz. Tome I. Buenos Aires: Impr. "La Discusión", Ireneo Rebollo, éditeur, ..

L’affrontement débuta après un tir de l’artillerie de Quiroga, déclenchant une lutte acharnée, où Quiroga s’efforçait d’empêcher que les forces de Paz ne s’esquivassent le long des bosquets entourant le lac.

Paz envoya les divisions de La Madrid et d’Echeverría, de face et de flanc, mais celles-ci durent reculer. C'est alors que la réserve fut alors engagée, laquelle rétablit le combat et finit par l’emporter, culbutant le côté gauche fédéraliste, qui prit la fuite.

Traque de Quiroga vignette|Facundo Quiroga, commandant des forces fédéralistes. Après plusieurs tentatives de rallier ses troupes, Quiroga dut se résoudre à prendre la fuite. Selon ce qu’en relate La Madrid, lui et Pringles pénétrèrent dans la ligne fédéraliste, attaquant leurs adversaires au couteau et à la lance, jusqu’à ce que Paz les rejoignît et leur ordonnât de cesser leurs actions de poursuite, laquelle s’était prolongée sur quelque cinq lieues.