Cet article présente les faits saillants de l'histoire de la Sibérie, partie asiatique de l'Empire russe, de l'URSS (1922-1991) puis de la fédération de Russie, et immense région d'une surface de fort peu peuplée (39 millions d'habitants, soit environ 3 habitants au km²).
Préhistoire
Premières populations Les berges de beaucoup de lacs sibériens sont parsemées de nombreux artefacts datant du Néolithique. De nombreux tumuli, fours et autres objets archéologiques témoignent d'une occupation localement dense. Durant les grandes migrations qui eurent lieu en Asie d'est en ouest, de nombreux peuples parvinrent aux limites nord du grand plateau central de Sibérie, puis regagnèrent le sud de la région.
Selon Vassili Radlov, les premiers habitants de la Sibérie furent les « Ienisseïens » qui parlent des langues non-altaïques ; il subsiste quelques traces de ces langues dans la région des monts Saïan chez les Énètses, les Saïan-Ostiaks et les Kètes.
Au Paléolithique supérieur, des peuplements se sont dirigés à partir de la Sibérie vers l'Europe et vers l'Amérique du Nord, comme l'ont montré les études de paléogénétique (sites de Mal'ta et Buret').
Âge de Bronze A l'âge du Bronze, plusieurs cultures archéologique sont en place. Parmi elles, par exemple la Culture d'Odinov, cette dernière occupe le bassin de la rivière Ichim vers 3000/2500 av. J.-C.L'homme-oiseau de Sibérie, Scienceetavenir.fr, 13 juin 2019..
Des locuteurs de langues indo-européennes du Nord-Ouest, les Arshi et Kutchi dits "Tokhariens" ont parcouru la Sibérie avant de se fixer dans la région du Tarim et au Sin-Kiang (cf. J. Mallory, In search of the Indo-Europeans).
Antiquité
Période scythe Au sud de la Sibérie, dans la grande steppe eurasienne, on trouvait des peuples nomades et cavaliers de langues iraniennes, apparentés aux Scythes (et aux Tadjiks d'aujourd'hui) et qui fournissaient aux Ienisseïens des outils en métal et du feutre en échange de bois, d'ivoire de mammouth et de tourbe. Ces peuples cavaliers excellaient dans le travail du bronze, de l'argent et de l'or et leurs champs irrigués couvraient de grandes zones. Ils ne pratiquaient pas le mégalithisme mais ont laissé des tombes richement garnies sous tumulus et des alignements de grands totems en bois préservés par enfouissementChristoph Baumer, The History of Central Asia: The Age of the Steppe Warriors, ed. Victor Mair 2006, sur ..
Premiers peuples turco-mongols vignette|250px|droite|L'hémisphère oriental en -500. Aux Ienisseïens s'ajoutèrent des Ougro-Samoyèdes, qui venaient comme les peuples précédents des hauts plateaux et qui s'installèrent en Sibérie après avoir traversé les montagnes de l'Altaï et les monts Saïans simultanément avec la grande migration des Huns au On les crédite des nombreux restes de l'âge du bronze qui sont éparpillés dans le sud de la Sibérie. Le fer leur était inconnu mais les bijoux et les objets en argent ou or, souvent polis, démontrent un grand sens artistique.
Moyen Âge
Empires turciques Huit siècles plus tard des populations turcophones comme les Khakasses et les Ouïghours, migrent à leur tour vers le nord-ouest, soumettant et intégrant les Ougro-Samoyèdes. Ces nouveaux Sibériens ont laissé de nombreux objets et on peut distinguer deux périodes distinctes. Ils maîtrisaient la fabrication des objets en fer et apprirent des peuples soumis le travail du bronze qu'ils utilisèrent à des fins uniquement artistiques. Leurs poteries sont plus sophistiquées et dénotent un sens artistique plus avancé que celles de l'âge de bronze. Certains de ces objets sont exposés au musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg.
États mongols
Empire mongol
L'empire des Khakasses dura jusqu'à ce que, au , les Mongols commandés par Gengis Khan (1155/1162-1227) les soumettent. Un net déclin, perceptible dans les tombes qui ont été découvertes, réduisit la population au faible nombre constaté par les Russes à leur arrivée en Sibérie au .
Le khanat de Sibir vignette|200px|Le khanat de Sibir aux s Au début du , des réfugiés tatars originaires de la steppe pontique, d'où ils ont dû refluer à la suite du renforcement du grand-duché de Lituanie et des principautés russes, soumettent les tribus qui habitaient à l'est de l'Oural. Des agriculteurs, des tanneurs, des marchands et des mollahs ouzbeks ou ouïghours viennent alors du Turkestan et des petites principautés turco-tatares se créent le long de l'Irtych et de l'Ob. Elles sont réunies par le Khan Yadegar et entrent en conflit avec les cosaques Russes alors en train de coloniser l'Oural, ce qui entraîne une confrontation avec la Moscovie. Les envoyés de Khan viennent à Moscou en 1556 et consentent à payer un tribut annuel de fourrures de zibeline sans oublier la kératine (cornes-ongles-griffes-sabots d'animaux) : voir khanat de Sibir (1428-1600).
Premiers pas des Russes Dès le , les habitants de Novgorod commencèrent à pénétrer en Sibérie. Au (1364) les Novgorodiens explorèrent la mer de Kara et le fleuve Ob. Après la chute de la république de Novgorod, Moscou hérita des échanges qui existaient entre la Russie du nord et la Sibérie. Le , les troupes moscovites du prince Feodor Kourbski-Cherny et d’Ivan Saltyk-Travin firent route vers la Sibérie occidentale. Les troupes se déplaçant le long des rivières Tavda, Toura, Irtych jusqu'à l'Ob. Moscovites et Novgorodiens après avoir skié jusqu'à l'Ob, soumirent les tribus locales. En 1570, l'entrepreneur Stroganoff engagea à Perm de nombreux cosaques pour protéger les établissements de l'Oural des attaques des Tatars sibériens. Stroganoff suggéra à leur chef Ermak de conquérir le khanat de Sibérie, promettant de l'aider en lui fournissant armes et nourriture.
Temps modernes
Débuts de la conquête de la Sibérie vignette|gauche|355px|La Conquête de la Sibérie par Ermak, peinture de Vassili Sourikov Ermak Timofeïévitch pénétra en Sibérie avec une troupe de hommes en suivant le cours des rivières Taguil et Toura. L'année suivante, il atteignait la rivière Tobol et 500 hommes s'emparèrent de Isker la résidence de Khan Koutchoum, située à proximité de la ville moderne de Tobolsk. Koutchoum s'enfuit dans les steppes en abandonnant son territoire à Ermark, qui selon la tradition, demanda sa grâce au tsar Ivan IV en lui offrant la possession de la Sibérie.
En 1584, à la suite d'une offensive de Koutchoum, les cosaques durent abandonner la Sibérie et Ermak se noya dans l'Irtych lors de la perte d'Isker. Les cosaques, pour éviter les zones plus densément peuplées du sud de la Sibérie, progressèrent par la suite vers l'est de la Sibérie en passant par les latitudes nordiques. Moscou commença à édifier des forts en installant des fermiers pour approvisionner les garnisons en nourriture. En moins de 80 ans, les Russes atteignaient l’Amour et la côte de l’océan Pacifique. Cette conquête rapide est due au fait que les populations tatares comme turques n'étaient pas en mesure d'opposer une résistance sérieuse.
L’expansion effreinée de l’Empire russe vignette|250px|Carte de la route de Sibérie (vers 1800) vignette|250px|Une carte ancienne d'Irkoutsk, du lac Baïkal et de ses environs vignette|250px|La tour du fort de Yakoutsk construit au
La principale ressource qui attirait les cosaques en Sibérie était les fourrures de zibeline, renard et hermine. Les explorateurs rapportaient un grand nombre de fourrures de leurs expéditions. Les populations autochtones qui se soumettaient à l'autorité des Russes, étaient protégées par les cosaques des peuples nomades vivant plus au sud en échange d'un impôt, le iassak, payable sous forme de fourrures. Des chemins dits yassatchnaïa furent tracés pour ramener les produits du yassak à Moscou.
Un certain nombre de peuples s'opposèrent ouvertement à la Russie. D'autres se soumettaient et demandaient même à être placés sous la protection russe, même si parfois ils refusaient d'acquitter par la suite le yassak ou d'accepter l'autorité russe. Plus les Russes avançaient vers l'est, moins ils rencontraient de peuples développés capables de leur opposer une résistance sérieuse. Les groupes qui se défendirent le plus vigoureusement furent les Koriaks et les Tchouktches (dans la Tchoukotka)
Entre 1607 et 1610, les Tongouses combattirent vigoureusement pour conserver leur indépendance, mais ils furent soumis vers 1623. En 1628, les Russes atteignaient le fleuve la Léna, puis fondaient le fort de Iakoutsk en 1637 ; deux ans plus tard ils atteignaient les rivages de la mer d'Oskhotsk et l'embouchure de la rivière Oulya. Les Bouriates opposèrent une certaine résistance, mais les cosaques érigèrent entre 1631 et 1641 plusieurs forts sur leur territoire ainsi qu'en 1648 le fort sur le cours supérieur de la rivière Ouda derrière le lac Baïkal. En 1643, les bateaux de Vassili Poïarkov descendaient l'Amour et revenaient à Iakoutsk par la mer d'Okhotsk et la rivière Aldan ; en 1650, Ierofeï Khabarov créait le fort d'Albazino sur la rive de l'Amour.
La résistance de l'empire mandchou obligea les cosaques à quitter Albazin et par le traité de Nertchinsk (1689) la Russie abandonna son avancée sur le bassin de la rivière et se concentra sur la colonisation des vastes zones de la Sibérie et le commerce avec la Chine par la route de Sibérie. En 1852, une expédition militaire russe sous le commandement de Nikolaï Mouraviov explora l'Amour et à compter de 1857, des paysans et des cosaques furent installés tout au long du cours du fleuve. Cette occupation de fait fut reconnue par la Chine en 1860 par le traité d'Aigun.
L'année où Khabarov explorait l'Amour (1648), le cosaque Simon Dejnev, parti depuis la rivière Kolyma, fit le tour de l'extrémité nord-est de l'Asie dont le détroit fut redécouvert et décrit 80 ans plus tard par Béring. James Cook en 1778, et La Pérouse après lui, achevèrent de reconnaître la côte du Pacifique Nord.
Bien que l’océan Arctique ait été atteint dès la première moitié du , l'exploration de ses côtes ne commença qu'au ; elle fut l'œuvre d'une série d'expéditions menées par Dmitri Ovtsyne, Fiodor Minine, Vassili Prontchichtchev, Lasinius, Dmitri et Khariton Laptev dont les travaux constituent une page brillante des annales de la découverte géographique.
Les scientifiques en Sibérie
L'exploration scientifique de la Sibérie démarre entre 1733 et 1742 avec les expéditions de Messerschmidt, Gmelin, et Louis de l'Isle de la Croyère qui sont suivies par celles de Müller, Fischer, et Georgi. Pallas, assisté de plusieurs étudiants, pose les premières pierres d'un inventaire complet de la topographie, faune, flore et des habitants de la région. Les expéditions de Christopher Hansteen et Georg Adolf Erman constituent l'étape la plus importante de l'exploration du territoire. Humboldt, Ehrenberg, et Gustav Rose font également de courts séjours en Sibérie, ce qui donne une nouvelle impulsion à l'accumulation de connaissances scientifiques sur la région, tandis que Ritter élabore dans ses Asies (1832–1859) les fondations d'une connaissance rationnelle de la Sibérie. L'exploration du nord-est de la Sibérie par Alexander von Middendorff (1843–1845) contemporaine du voyage de Castrén consacré à l'étude des langages ouro-altaïques attire l'attention sur l'extrême nord et éveille l'intérêt pour le fleuve Amour dont le bassin constitue la cible des expéditions de Akhte et Schwarz (1852).
La branche sibérienne de la Société russe de géographie est créée à la même époque à Irkoutsk et organise par la suite de manière régulière des expéditions d'exploration en Sibérie. À la même époque l'ouverture de l'Amour et de la république de Sakhaline attire Maack, Schmidt, Glehn, Radde, et Schrenck qui publient des ouvrages sur la flore, la faune et les habitants de Sibérie.
Premiers établissements