Le MIM-72A/M48 Chaparral était un système sol-air mobile autotracté de l'United States Army, basé sur le missile air-air AIM-9 Sidewinder (version navale pour Taïwan). Le lanceur, lui, est basé sur le véhicule de transport de troupes M113. Ce système était destiné à épauler le système de défense M163 Vulcan, le canon de ce dernier étant destiné à fournir une couverture antiaérienne à courte distance tandis que le permettait de couvrir une distance plus importante.

Développement

Mauler Démarrant en 1959, le commandement de l'aviation et des missiles de l'US Army (US Army Aviation and Missile Command ou MICOM), commença le développement d'un ambitieux programme de missile antiaérien, désigné par leur programme (FAAD) et connu sous le nom de MIM-46 Mauler.

Le était basé sur un châssis de M113 modifié, transportant une plateforme rotative en forme de « A » sur le dessus, équipée de 9 missiles et de deux radars, l'un de recherche (à longue portée) et l'autre de conduite de tir (d'une portée plus restreinte). Le fonctionnement de ce système devait presque être entièrement automatisé, les opérateurs n'ayant qu'à sélectionner une cible sur leur écran radar et appuyer sur le bouton de mise-à-feu des missiles. L'engagement complet aurait été géré par l'informatique de contrôle de tir.

Lors des tests, le montra qu'il était sujet à de nombreux problèmes. La plupart étaient mineurs, comme ceux du propulseur ou des ailettes du missile, mais d'autres, comme ceux concernant le guidage où le contrôle de mise à feu, apparurent bien plus difficiles à résoudre. La stratégie de l' des années 1950 (PENTANA) était basée sur la capacité d'intégrer une composante mobile à la défense antiaérienne, et les retards de plus en plus fréquents dans le développement du remettaient en question le programme dans son entier. Chose plus inquiétante encore, les Soviétiques étaient en train de mettre en service une nouvelle génération d'avions d'attaque. Pour toutes ces raisons, le programme du fut arrêté en 1963 et d'autres options furent étudiées.

IFAAD Il fut demandé au MICOM d'établir si oui ou non le missile AIM-9 Sidewinder de la pouvait être adapté pour remplir le rôle d'armement sol-air. Étant donné qu'il était déjà doté d'un autodirecteur à infrarouge, il n'était pas sujet à être perturbé par les échos parasites provenant du sol, comme cela est souvent le cas avec les autodirecteurs à radar, tel celui du . En contrepartie le missile nécessitait un peu de temps pour verrouiller sa cible, et les autodirecteurs du moment n'étaient capables que d'accrocher une cible par l'arrièreL'arrière de l'avion est la zone des gaz chauds du moteur. Les missiles dits « tous-aspects », eux, peuvent attaquer un avion dans toutes les positions, même de face.. Le rapport du MICOM fit preuve d'un optimisme prudent, affirmant que le pouvait être rapidement converti à sa nouvelle fonction, tout-en concédant qu'il conserverait malgré-tout des capacités d'engagement légèrement limitées.

Un nouveau concept, l'IFAAD ( : « défense aérienne de l'avant provisoire »), porta toute son attention au . Le principal problème venait du fait qu'à courte portée, le missile n'aurait pas assez de temps devant lui pour accrocher sa cible avant qu'elle ne disparaisse de son champ de vision. Il fallut donc concevoir un second véhicule pour remplir ce rôle, et un engin équipé d'un canon M61 Vulcan de calibre 20 mm fut mis à l'étude. Les deux devaient être manipulés manuellement pour la visée, éliminant ainsi le temps nécessaire (et perdu…) à un système automatique pour accrocher une cible et établir une solution de tir. Aucun des deux systèmes n'avait de place pour loger un quelconque radar, donc un système de radar séparé et équipé d'une liaison de données dut être développé pour accomplir cette mission.

Les études furent achevées en 1965 et le programme commença, les premiers missiles XMIM-72A étant délivrés à l' en 1967. Ford développa le véhicule M730, lui-même étant l'une des multiples versions dérivées du très populaire M113. Le premier bataillon de fut déployé en mai 1969.

Un radar d'acquisition de cibles compact, l'AN/MPQ-49 Forward Area Alerting Radar (FAAR)., fut développé en 1966. Travaillant en bande D et ayant une portée d'environ , il permettait d'apporter son aide au système , même si en réalité il était transporté par un Gama Goat et ne convenait pas à une utilisation sur le front. Il contenait également le système d'identification ami ou ennemi (IFF) de type Mk.XII, et une section FAAR était constituée de trois hommes et un véhicule avec sa remorque.

Caractéristiques Le missile vignette|MIM-72 Chaparral de l'US Army faisant feu à une date et localisation inconnues.

Le missile MIM-72A était principalement basé sur l'architecture du . Sa principale différence résidait dans le fait que, pour réduire sa traînée aérodynamique., seulement deux des ailettes du MIM-72A étaient mobilesOn parle de « rollerons » : des gouvernes agissant pendant la rotation du missile sur lui-même. En fonction de l'instant où elles sont actionnés et de la rotation du missile, on agit aussi bien sur le tangage que le lacet., les deux autres étant désormais des plans fixes. On découvrit en effet que les surfaces mobiles généraient beaucoup de traînée à basse vitesse. Même si cela ne constituait généralement pas un problème réel pour le « aérien », ce dernier démarrant sa course à la même vitesse que son avion tireur, cela pouvait entraver les performances du , devant partir à une vitesse nulle. Il y eut beaucoup d'autres changements, si bien que les avions capables de tirer des ne pouvaient pas employer de , et vice-versa.

Comme le FIM-43 Redeye, le MIM-72A utilisait un capteur à infrarouge de première génération, ne permettant d'engager une cible que depuis ses arrières et pouvant être facilement leurré par les leurres thermiques et les brouilleurs de type « », tel le L166 équipant l'hélicoptère russe Mi-24 Hind. Une version B similaire, utilisée pour l'entraînement, était identique à la version A mais dotée d'une fusée différente.

Le propulseur à carburant solide Mk.50 du était essentiellement similaire au Mk.36 Mod 5 qui équipait l'AIM-9D.

Le véhicule

Le missile MIM-72 était tiré depuis un véhicule à chenilles M730, équipé d'un lance-missiles M54 capable de supporter 4 missiles prêts à l'emploi. L'ensemble véhicule et missiles porte la désignation de M48.

Initialement désigné XM548E1, le véhicule lanceur M730 était issu du véhicule utilitaire à chenilles M-548 et était construit par Ford en Californie. Il était équipé d'une cabine occupant toute sa largeur et dotée d'un pare-brise et d'un toit rabattables. Il pouvait être doté de jupes étanches et était totalement amphibie. Lors d'un lancement, la cabine était « boutonnée » à la structure et le socle de l'affût lanceur était soulevé. L'emplacement du tireur, entre les deux paires de rails lance-missiles, était doté de l'air conditionné.

Le véhicule contenait un casier supplémentaire, dans lequel huit missiles additionnels pouvaient être stockés. Lorsqu'ils devaient être fixés sur les rails lors du rechargement, ils devaient être débarrassés de leur emballage d'usine et chargés à la main. Les ailettes n'étaient fixées au missile qu'après leur montage sur les rails de lancement.

Le M-730 pouvait être aérotransporté, par des avions de type C-130 Hercules ou plus gros, mais ne pouvait pas être parachuté.

Évolutions La version « C » du missile, de 1974, était dotée d'un système de guidage amélioré, lui offrant une capacité « tous aspects », ainsi que d'une nouvelle fusée à radar Doppler et d'une charge militaire améliorée. Ces deux derniers éléments provenaient en fait du défunt programme concernant le . Les modèles de la version « C » furent déployés en unité de 1976 à 1981, atteignant leur statut opérationnel en 1978. Une version « D » expérimentale fut un temps envisagée mais jamais mise en service. Elle prévoyait d'employer la charge militaire de la version « C » avec l'autodirecteur de la version « A ».

Une version navale du missile fut également développée, étant basée sur la version C du missile. Ce nouveau missile, le RIM-72C , ne fut jamais adopté par la marine américaine, qui lui préféra sans doute le RIM-116 Rolling Airframe Missile, mais fut exporté vers Taïwan.

Le système est actionné manuellement, les opérateurs traquant leur cible visuellement, donnant au lanceur l'orientation grossière de ses rampes vers la cible et attendant que l'autodirecteur du missile se verrouille dessus. Ce principe d'emploi, très similaire à celui des lance-missiles portatifs de type ou autres, ne convient cependant pas pour éliminer un hélicoptère jouant à « saute-mouton »Cette technique, appelée « VOLTAC » (VOL TACtique) dans l'aviation légère Armée de Terre (ALAT) française, consiste à coller au terrain et se dissimuler le plus possible de la vue de l'ennemi en utilisant tous les éléments disponibles pour se cacher (arbres, bâtiments, collines, etc.). Avançant par sursauts d'une cache vers une autre, l'hélicoptère semble voler par petits bonds successifs, d'où l'expression fréquemment employée de « saute-mouton ». derrière les arbres ou le relief.

En 1977, les compagnies Ford et Texas Instruments démarrèrent un nouveau projet permettant de donner au des capacités « tout temps », par l'ajout d'une caméra FLIR aux systèmes déjà présents sur le véhicule. Lors des tests de ce système, effectués en 1978, le missile employait également un nouveau propulseur sans fumée, qui améliorait de manière considérable la vision après le tir et facilitait ainsi le tir des missiles suivants. Les tests furent un succès, et les mises à jour avec le FLIR furent entreprises en septembre 1984. Les missiles déjà existants furent équipés du nouveau propulseur et devinrent des MIM-72E, alors que les nouveaux modèles produits, bien qu'identiques, furent désignés MIM-72F.

La dernière modification appliquée au missile, opérée en 1980, remplaça son autodirecteur par celui, bien plus performant, du FIM-92 Stinger. Ce capteur est considérablement plus efficace pour voir des cibles en dehors de son axe de vol, tout en étant capable de rejeter la plupart des formes de brouillage connues. Ford se vit attribuer le contrat pour la livraison de cette nouvelle version MIM-72G, commençant en 1982, et tous les missiles déjà existants furent convertis à ce standard vers la fin des années 1980. Les nouveaux modèles « G » suivirent entre 1990 et 1991. À cette même période, le système avait déjà commencé à être retiré du service dans l'armée régulière et fut cédé à la Garde Nationale.

Seulement deux versions du MIM-72 furent développées pour l'exportation : le MIM-72H, dérivée du MIM-72F, et le MIM-72J, un modèle « G » avec un système de guidage et de contrôle légèrement rétrogradé.

Un cas particulier : le M-85 Le , le Congrès américain commanda une version tractée du pour les unités de combat, le M-85.

Ce MIM-72 sur remorque était en fait essentiellement un M-42 dont seules les parties non liées au véhicule M-730 avaient été conservées et installées sur une remorque à roues. Cependant, en raison du coût de maintenance du véhicule tracteur qui l'accompagnait, les économies de budget furent bien plus maigres que ce que le Congrès avait espéré. Finalement, la production de cette version fut rapidement abandonnée, au bout de 13 exemplaires seulement, et seule une unité utilisa ce modèle de , le de la de Fort Lewis, à Washington.

Carrière opérationnelle

États-Unis (continent américain) : employa 2 batteries de défense aérienne chenillées, et l'unique batterie sur remorque M-85 connue à-ce jour ; Batteries et , Fort Lewis, Washington : de la fin des années 1970 jusqu'au milieu des années 1990 ; et , Garde Nationale du Nouveau-Mexique ; Batteries et , Fort Hood, Texas ; Batteries et , Fort Hood, Texas.

États-Unis (unités en Allemagne de l'Ouest)