vignette|Grenadier de l’armée impériale lors de la guerre de Succession de Pologne devant les remparts de Philippsburg, 1734 (cercle du Bas-Rhin-Westphalie, régiment d'infanterie de Paderborn — d'après le manuscrit Gudenus, contemporain de ces événements.

L’armée du Saint-Empire (en allemand : Reichsheer ou Reichsarmatur ; en latin : exercitus imperii) était formée, jusqu'au recès d'empire de 1803, de contingents levés à travers tout le Saint-Empire romain germanique. Elle était le bras armé du Saint-Empire, et sa mobilisation était votée par la Diète impériale. Elle servait aussi bien au maintien de l'ordre entre principautés qu’à la défense militaire de l'empire.

Outre l’armée du Saint-Empire, l'empereur disposait de sa propre armée, l'armée impériale (Kaiserliche Armee), souvent appelée "les Impériaux" (die Kaiserliche) ou, au , les "Autrichiens", par référence aux empereurs de la maison d'AutricheCette expression les "Autrichiens" pour désigner l'Armée impériale ne fait pas allusion à un "empire ou État autrichien", inexistant à l'époque, mais à la maison impériale ou Maison d'Autriche., que l'empereur pouvait engager sans la ratification de la Diète impérialeD'après Papke, ..

Fondement constitutionnel et force nominale L'armée de 1422 Lors de la diète de Nuremberg (1422), une motion en faveur de la création d'une armée du Saint-Empire fut examinéeAnslag des teglichen kriegs zu Beheim, in: Histor. Komm., ff.. Au cours du siècle qui suivit, les contributions à l'armée de l'Empire varièrent entre contingents délégués ou paiement de mercenaires. Lors de la diète de Worms de 1521, par le décret de « conscription perpétuelle ultime » (allzeit neueste Matrikel), les parlementaires convinrent à la fois des effectifs : fantassins (précisément ) et cavaliers (très exactement ) et de la contribution de chaque principauté à la paye des troupes pour un mois (taxe dite du « Mois Romain », en allemand Römermonat) : . Une loi, le Reichsmatrikel (matricule d'Empire) fixait les effectifs à hauteur desquels chaque principauté devait contribuer.

Le premier contingent d'Empire de 1422 prescrivait encore l'effectif suivant pour les seuls États princiers :

Contribution des cercles électoraux de l'Empire (1500) Les cercles impériaux n'apparurent qu'au début du . Les six premiers virent le jour lors de la diète d'Augsbourg de 1500. On les désignait simplement par des numéros et ils remplaçaient les délégations de tous les groupes à la Diète, à l'exception des princes-électeurs. La création de quatre nouveaux cercles impériaux en 1512 permit d'y inclure les Territoires héréditaires des Habsbourg et des principautés électorales.

Désormais on appela Kreistruppen les contingents des cercles électoraux réellement incorporés à l'armée du Saint-Empire romain germanique. La « conscription perpétuelle ultime » votée lors de la Diète de WormsHofmann, et suiv. (1521) fixait un effectif minimum, le „Simplum“, à savoir chevaliers et fantassins, plus tard arrondis à chevaliers (resp. ). La solde : dix florins pour chaque chevalier (réévalués en 1542 à douze florins), et quatre florins pour chaque lansquenet, représentait un total de florins chaque mois. Cette somme, appelée « mois romain », devint l'unité de compte pour la contribution des cercles électoraux au Trésor impérial. En cas de guerre, cette contribution pouvait être doublée ou même triplée : Duplum, Triplum etc.

La constitution militaire de 1681 (Reichsdefensionalordnung) Une nouvelle loi organique, la Reichsheeresverfassung (1681), fit obligation à tous les cercles électoraux de mobiliser des contingents, mais tous ne s'y soumirent pas. Ce Reichsdefensionalordnung stipulait, en cas de conflits importants, affectant tout le Saint-EMpire, le regroupement sous une bannière unique de contingents fournis par les cercles électoraux. L'effectif de base (le Simplum, fixé à dont et ) resta inchangé jusqu'à la dissolution du Saint Empire Romain en 1806. Les terres d'Empire devaient maintenir en armes un simplum en permanence. En cas de besoin, l’Empire pouvait décréter la mobilisation d'un effectif double (duplum) voire triple (triplum). En pratique, il n'était pas rare que les princes s'acquittassent de leur devoir en n'envoyant que des troupes insuffisamment équipées et insuffisamment instruites, en conservant pour leurs besoins propres leurs meilleures unités, ou en les offrant contre subsides comme mercenaires à des princes étrangers. La cohésion de l’armée impériale souffrait particulièrement de l'origine hétérogène des contingents des États, qui ne s'étaient jamais entraînées ensemble, et qui même possédaient leurs propres règles de manœuvre, ce qui compliquait singulièrement leur incorporation au sein d'une grande armée. Peu préparées aux combats en terrain découvert, on les employait surtout à la pacification ou à l'occupation des terres conquises, comme ce fut le cas pour l'infanterie de Franconie lors du massacre de SendlingSur l'évolution de la constitution militaire du Saint Empire, cf. ; sur les conséquences de ce règlement, cf. .

+ Contribution à l'armée en 1681Cf. Militärgeschichtliches Forschungsamt, Militärgeschichte – Zeitschrift für historische Bildung, n° de mars 2006, table . Cercle électoral Cavalerie Infanterie Cercle d'Autriche Cercle de Bourgogne Cercle électoral du Rhin 600 Cercle de Franconie 980 Cercle de Bavière 800 Cercle de Souabe Cercle du Haut-Rhin 491 Cercle du Bas-Rhin-Westphalie Cercle de Haute-Saxe Cercle de Basse-Saxe Total

Les contributions relatives des différentes principauté d’un cercle électoral étaient, au terme du décret de Worms de 1521, du seul ressort du cercle électoral.

Le commandement L’État-major Le commandement suprême de l'armée incombait à l'empereur en personne : il pouvait déléguer comme adjoint un lieutenant général (plus tard uniquement un maréchal), qui ne pouvait de facto être nommé que par l'empereur et la Diète Impériale, car toutes les nominations unilatérales furent des échecs.. Par suite de l'obligation de parité confessionnelle, imposée lors de la Diète d’Augsbourg (1555), c'était tantôt un catholique, tantôt un protestant. La direction des opérations était confiée à un conseil de la guerre, dont la composition était décidée par la Diète. Depuis le , la capitulatio perpetua était en vigueur, qui stipulait que ce conseil de la guerre comprenait six conseillers catholiques, six conseillers protestants, et parfois un directeur. Les autres grades de l'armée du Saint Empire furent celui de général de camp ( pour l'infanterie, ou pour la cavalerie), et de lieutenant général (). Là encore, ces officiers allaient généralement par deux pour des raisons confessionnelles. Les grades inférieurs n'avaient, eux, rien de systématique, car les régiments étaient mobilisés par des principautés aux systèmes hiérarchiques différentsSur l'organisation du haut-commandement, cf. par exemple Johann Jacob Moser : Teutsches Staatsrecht, 50 Teile, 1737–1754, vol. 50, ..

Les colonels de circonscription (Kreisobristen) La fonction de capitaine général, ou de colonel de circonscription, chefs militaires nommés pour une durée déterminée, n'eut cours que dans certains cercles électoraux. Outre les colonels de régiments, certains cercles allèrent même jusqu'à nommer des généraux, qui avec leur état-major étaient stipendiés par les chambres souveraines des principautés membres pour commander les troupes. La nomination et la solde des autres officiers incombait tantôt au cercle électoral, tantôt aux principautés où chaque régiment était levé.

Campagnes effectives de l'armée du Saint-Empire Les conflits d’intérêt entre l’Empereur, les chambres souveraines et les cercles électoraux Les intérêts politiques divergents de l’empereur, des princes électeurs et des Cercles électoraux rendaient exceptionnels à la Diète tout accord sur l'opportunité d'engager l'armée du Saint-Empire dans une guerre ou une campagne répressive. Même après un vote favorable de la Diète impériale, les princes et les chambres souveraines tardaient à mobiliser leurs contingents.

C'est pourquoi les Cercles électoraux finirent par se regrouper en différents États impériaux (Reichsstände). Ainsi, alors que le Cercle d'Autriche, qui regroupait les Territoires héréditaires des Habsbourg, formait pratiquement à lui seul un État souverain, à l'autre extrême le cercle de Souabe comptait 81 chambres souveraines. Cela se traduisait par des retards bien visibles dans la mobilisation de l'armée du Saint-Empire.

Les États impériaux avaient obtenu lors de la paix de Westphalie (1648) le droit de lever leurs propres armées (lat. jus armorum). Les princes électeurs eux-mêmes mettaient leur propre armée au service de leurs ambitions : aussi renâclaient-ils à abandonner leur armée et leur autorité aux Cercles électoraux. Lorsqu'ils devaient finalement se résoudre à contribuer à l'effort de guerre, leurs contingents étaient placés directement sous l'autorité de l’empereur (donc de l'armée impériale) dans le cadre d'une convention princière. Les États impériaux de taille plus modeste, ou bien ne contribuaient pas du tout, ou bien incorporaient leurs contingents directement dans l’armée impériale, ou encore payaient un dédommagement faute de pouvoir envoyer des troupes.

Seuls les quatre cercles « exposés », c'est-à-dire en clair frontaliers de la France : celui du Bas-Rhin-Westphalie, du Haut-Rhin et surtout les Cercle de Franconie et de Souabe organisèrent leurs armées en corps permanents (en latin miles perpetuus), et placées sous le commandement unique du Cercle de Souabe.

Au début de la Guerre de Succession d'Espagne, la proposition d'une armée impériale permanente fut examinée à la Diète de Ratisbonne de 1702, mais finalement repoussée. L'armée du Saint Empire ne fut donc mobilisée qu'au coup par coup.

Les guerres du Saint-Empire Zu keinem Reichskrieg stellten alle Reichsstände oder seit 1681 alle Reichskreise gleichrangig Soldaten (D’après Papke, p. 254).. Leur participation et l'effectif des troupes dépêchées sur décision favorable de la Diète impériale dépendaient énormément des relations politiques au sein même du Cercle, et de ses relations avec le reste du Saint Empire. Les princes signataires étaient responsables de la bonne mobilisation vis-à-vis de la Diète Impériale en cas de guerre. Ils étaient également chargés d'organiser le commandement des troupesD'après Storm, et suiv..

Guerre austro-turque de 1663-64 Lors de la Guerre austro-turque (1663-1664), la Diète impériale accorda en son « appui éternel » (eyligen Hülf) à la première Armée du Saint Empire, encore composée de volontaires. Ainsi le Cercle de Souabe leva-t-il deux régiments de ligne et quatre compagnies de cavalerie pour cette armée.

Grande guerre turque (1683–1699) L'effectif global de l'armée impériale se monta en 1686 jusqu'à Cité d'après Rink & Potempa, .. Plusieurs cercles impériaux contribuèrent à cet effort de guerre tout à fait exceptionnel : ainsi le Cercle de Souabe dépêcha-t-il de lui-même, sous certaines conditions, deux régiments catholiques et deux régiments protestantsLa qualification « catholique » ou « protestant » renvoie à la confession de la principauté ayant levé chaque régiment, non à celle des soldats enrôlés., l'un à cheval et l'autre d'infanterie comme contribution à l'armée impériale pour les six campagnes (1683–1686) de HongrieD'après Storm, ..

Guerre de Hollande En 1674, la Diète impériale décréta la mobilisation contre la France dans la guerre de Hollande. Le cercle de Souabe mobilisa par exemple au cours de l'été 1675 deux régiments catholiques et deux régiments protestants, placés sous le commandement de l'armée impériale, mais qui demeurèrent stationnés dans la région. Ils furent dissous en 1677.

Guerre de la Ligue d'Augsbourg