Pointe-Noire (, l’orthographe Ndjindji suit les normes d’orthographe française Marcel Poaty et Paulin Roch Beapami et l’Alliance biblique du Congo (ABC), Kutaangë i Kusonikë Civili : Lire et écrire le Civili, SIL-Congo (Société internationale de linguistique, antenne Congo), 2018, p. 37) est une ville, capitale économique de la république du Congo, située à l’extrême sud du pays, et chef-lieu du département autonome du même nom depuis 2002, mais était auparavant le chef-lieu de la région du Kouilou. Sise à l'ouest de l'Afrique, sur la façade atlantique, la ville constitue le débouché naturel d'un axe de communication prépondérant entre l’Afrique centrale et les eaux internationales ; à ce titre, elle représente pour le pays un poumon économique alimenté par l'activité du terminal pétrolier de Djeno et de son port en eau profonde.

Pointe-Noire est le principal centre commercial de la république du Congo et la deuxième ville du pays, avec une population de 1 398 812 habitants selon le recensement national officiel. Elle est devenue un département à part entière divisé en six arrondissements. Aussi appelée Ponton La Belle ou Njinji, elle est jumelée avec la ville française du Havre en Normandie.

Depuis le début des années 1980, Pointe-Noire n'a cessé de croître et d'attirer de nouveaux habitants, du fait surtout de l'activité pétrolière de Total (ancien Elf Congo), d'ENI (anciennement AGIP - Azienda generale italiana petroli) et d'autres groupes pétroliers mais aussi parce que la ville a été globalement épargnée par les affrontements consécutifs à la guerre civile du Congo-Brazzaville qui secoue le pays dans les années 1990.

Toponymie Le toponyme Pointe-Noire est dérivé du nom espagnol Punta Negra, et du portugais Ponta Negra qui apparaît pour la première fois sur une carte de 1484 en référence à une proéminence rocheuse sombre. Celle-ci servait de balise aux marins portugais qui longeaient les côtes de Basse Guinée ou Guinée inférieure en direction de l'embouchure du fleuve Congo.

Pointe-Noire est surnommée Ponton par ses habitants, Ndji-Ndji ou Njinji, en référence à l'ancien village de pêcheurs sur lequel on a bâti la ville..

Géographie

Climat Pointe-Noire bénéficie d'un climat tropical de savane, assez doux le jour (de 21,4° de température moyenne en juillet à 26,8° en mars) et d'une température encore plus douce le soir (environ 22° à 26°). L'année climatique est marquée par deux saisons sèches, l'une courte de janvier à mars et l'autre longue de juin à octobre, entrecoupées par deux saisons des pluies de deux mois chacune environ.

Topographie vignette|L'érosion côtière entraîne la disparition d'un cimetière marin ou de bateaux. La ville est située dans le prolongement d'une étroite plaine littorale en contrebas d'un plateau qui prolonge le Mayombe, massif montagneux de faible altitude, lequel sépare Pointe-Noire de la capitale Brazzaville située 510 kilomètres à l'est. Ce relief explique non seulement la difficulté de communication entre le littoral et la cuvette congolaise (d'où le nom du département), mais également la nécessité de la ligne de chemin de fer pour exporter depuis Pointe-Noire les ressources de l'hinterland.

À une échelle plus fine, le site de Pointe-Noire est entrecoupé de collines et de vallons marécageux. Les dunes littorales et les marnes sableuses rappellent les caractéristiques de côte à lido qui ont donné naissance à la dépression où s'est implantée Pointe-Noire.

Cette sédimentation continue, caractéristique des cordons littoraux, est aujourd'hui menacée par la construction du port en eau profonde qui a entrainé un net recul du trait de côte de l'ordre de deux à trois mètres par an. Ce phénomène menace désormais le cimetière de Laongo, le Père-Lachaise congolais, qui abrite notamment la sépulture de Jean Félix-Tchicaya, député du Gabon et du Congo à l'Assemblée Nationale française de 1945 à 1959.

Démographie La population de la municipalité de Pointe-Noire est d'environ 715 334 habitants selon le recensement de 2007, répartie sur six arrondissements que sont Lumumba, Mvoumvou, Tié Tié, Loandjili, Mongo Mpoukou et Ngoyo. Pointe-Noire a connu un très fort taux d'accroissement de sa population, d'environ 4,5 % en moyenne, depuis sa fondation jusqu'aux années 1990.

Aujourd'hui, la croissance reste forte alors même que la densité du département-commune est la plus élevée du pays avec (en 2007). L'agglomération, qui déborde désormais la municipalité, et en incluant les habitants non-déclarés, compterait aux alentours de . vignette|upright=1.5|Urbanisation de la zone côtière. La caractéristique essentielle de Pointe-Noire est son développement urbain extensif qui a pour conséquence la consommation incontrôlée de l'espace. Cette forte consommation de l'espace est aussi due au mode de construction qui privilégie l'extension horizontale pour la plus grande partie de la ville, en particulier en direction de l'Est. De ce fait, l'agglomération, en moins de cinquante ans, a grandi de façon exponentielle et elle est largement sortie de ses limites originelles pour couvrir aujourd'hui .

Du point-de-vue des origines nationales, la population congolaise représente environ 70 % de la population de la municipalité contre plus de 90 % dans l'ensemble du pays, le reste étant constitué de ressortissants de la république démocratique du Congo (15 %), d'Africains de l'ouest (5 %), de Libanais et d'expatriés européens dont une partie est le produit d'une immigration illégale que le pays essaie de combattre dans le cadre de l'opération d'envergure nationale Mbata ya bakolo, ce tout particulièrement à Pointe-Noire.

Sur le plan sociologique, la ville compte 48 % d'habitants de moins de 20 ans, 18 % de chômeurs en incluant le secteur informel (sens élargi) mais seulement 9 % au sens BIT (en 2012).

Au regard des pratiques linguistiques, la langue la plus parlée est le kituba ou le munukutuba qu'on appelle le kikongo facile, suivie du français, langue officielle du pays. Le kituba est la « langue du chemin de fer », langue véhiculaire des régions bordant le chemin de fer Congo-Océan, qui facilite les échanges commerciaux entre les populations desdites régions.

Organisation administrative 300px|thumb|right|Stade de Pointe-Noire à Mvoumvou. Avant la réforme administrative de 2003, Pointe Noire est le chef-lieu de la région du Kouilou, elle est depuis séparée de ce dernier et devient un département autonome administré par un préfetLoi 11-2003 du 6 février 2003, portant statut particulier des villes de Pointe Noire et Brazzaville. Depuis 2011, la ville de Pointe-Noire compte six arrondissements : Lumumba Mvoumvou Tié-Tié Loandjili Mongo-MPoukou Ngoyo

La ville de Pointe-Noire englobe aujourd'hui de nombreuses localités qui auparavant étaient des districts, c'est le cas de Ngoyo, Siafoumou ou Loango.

Liste des maires de Pointe-Noire Sous administration coloniale Jean Jacoulet (1939-1941) Capa Gary (1941-1945) Jouvenaux (1945) Charles Marmiesse (1945-1947) Henry Pouvergne (1947) Blanc (1947-1948) Dacosta (1948-1950) Pertihon (1950-1953) Henri Olive (1953-1955) Joffre (1955-1956)

Sous administration congolaise Robert Stéphane Tchitchelle (1956-1963) Marcel Babindamana (1963-1965) Gustave Ondziel (1965-1969) Fayette-Tchitembo (1969-1970) Prosper Matoumpa-Mpolo (1970-1971) Jacques Bouiti (1971-1973) Jean-Pierre Mafouana (1973-1979) Zéphirin Mafouana-Makosso (1979) Fulgence Milandou (1979-1984) Jean-Baptiste Missamou (1984-1990) Jean-Pierre Detchissambou (1990-1991) Marcel Tchionvo (1991-1992) Étienne Boukaka (1992-1993) Jean Théodore Pouaboud (1993-1994) Jean-Pierre Thystère-Tchicaya (1994-1997) François Luc Macosso (1997-2002) Jean Christian Akonzo (2002-2003) Roland Bouiti-Viaudo (2003-2017) Jean-François Kando (-2022) Évelyne Tchitchelle (depuis )

Histoire Principaux évènements de la fondation à nos jours vignette|droite|Cap de Pointe-Noire en 1924 : le village de pêcheurs, la roche fétiche et le wharf provisoire en arrière-plan.

La ville voisine de Loango, capitale du royaume du même nom, a été la première porte d'entrée des colons au Moyen-Congo, colonie créée à la suite des explorations de Pierre Savorgnan de Brazza mais la ville a rapidement été supplantée par Pointe-Noire, une fondation européenne de 1883 entreprise par le colonel Cordier. En effet, la période qui va des années 1880 aux années 1920 est marquée par la très progressive occupation militaire du Congo et sa pacification : Robert Cordier, le commandant du Sagittaire, dépêché par Pierre Savorgnan de Brazza pour empêcher la progression des Belges, signe un traité de paix avec les dignitaires vilis établis à Tchimbamba qui lui permet de s'établir sur le site du futur port de Pointe Noire. La ville reste encore éclipsée par Loango qui est, jusqu'en 1920, le chef-lieu du Kouilou bien qu'elle devienne dès 1910 le chef-lieu du Moyen-Congo après que Brazzaville est devenue le siège du gouvernement général de l'ensemble de l'AEF.

C'est la décision de construire un port en eau profonde qui a poussé les administrateurs coloniaux à abandonner Loango au profit de Pointe Noire. Pour mobiliser tous ces travailleurs dans ce Moyen-Congo qui n'est alors peuplé que de habitants en 1920, le gouverneur général de l'Afrique-Équatoriale française, Victor Augagneur, crée alors la circonscription du Chemin de fer Congo-Océan (CFCO) le avec chef-lieu Loudima tandis que Pointe-Noire devient pour la première fois un district à part entière et éclipse Loango. En 1922, Victor Augagneur réaménage encore la division administrative du Moyen-Congo et le Kouilou redevient une région mais cette fois-ci avec Pointe Noire comme chef-lieu ; cela sonne le glas de Loango qui tombe progressivement dans l'oubli.

Le premier lotissement de la ville se fait en dans la zone du port mais le périmètre urbain n'est délimité que par l'arrêté du gouverneur Marchand, en date du .

En 1923, elle est choisie pour être le terminus du Chemin de fer Congo-Océan (CFCO) John Frank Clark, Samuel Decalo, Historical Dictionary of Republic of the Congo, Scarecrow Press, USA, 2012, p. 365.

Le , le Gouverneur général de l'AEF, Joseph-François Reste, élève Pointe-Noire au rang de commune mixte tout comme Port-Gentil. Pointe-Noire devient commune de plein exercice par la loi du . Mais, auparavant, par le décret N° 50-276 du Président du Conseil des Ministres de la France Georges Bidault, en date du , Pointe-Noire devient le chef-lieu du territoire du Moyen-Congo.

À partir de 1949, et jusqu'au vote de l'Assemblée Territoriale du , Pointe-Noire devient capitale du Moyen-Congo, en abritant le siège du gouverneur, du chef du territoire et de l'assemblée territoriale et des services administratifs.

En , à la suite de la loi-cadre de Gaston Defferre de 1956, le territoire du Moyen-Congo devient la république autonome du Congo, premier pas vers l'Indépendance qui est proclamée le . À la suite de cette décision se tiennent les premières élections législatives qui voient, le , à la suite d'événements que l'on peut qualifier de rocambolesques et de dramatiques en même temps, l'abbé Fulbert Youlou être élu premier ministre de la république du Congo, en battant Jean Félix-Tchicaya, le premier et unique député congolais à l'assemblée française dès 1946.