L’ est la période de l’histoire du Japon durant laquelle l’empereur Shōwa (Hirohito) règne sur le pays. Elle débute le et s’achève le avec la mort de l'empereur.
Elle constitue également l’ qui succède à l’ère Taishō et précède l’ère Heisei. Il s’agit du plus long règne de l’histoire des empereurs japonais. Jusqu'à la défaite du Japon en 1945, l’État est officiellement désigné, sous le nom d', comme lors des ères Meiji et Taishō. Avec la constitution de 1947, il adopte son nom officiel actuel, .
La première partie du règne de Hirohito est marquée par un nationalisme militariste, porté par l’armée impériale et l’élite politique, visant à renforcer l’autorité de l’empereur et à assurer l’hégémonie régionale. Cette idéologie légitime une politique expansionniste, justifiée par la quête de ressources et la volonté d’établir une sphère de coprospérité en Asie orientale face aux puissances occidentales. Ces doctrines conduisent le Japon à une série d’agressions en Asie, culminant avec son entrée dans la Seconde Guerre mondiale en 1941. Après les bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki et la reddition du Japon en 1945, le pays est placé sous occupation américaine jusqu’en 1952. Le traité de San Francisco du marque le retour à la souveraineté du Japon.
Les décennies 1950-1980 voient le Japon s’affirmer comme une puissance économique mondiale, porté par une industrialisation rapide et une forte intervention étatique. Le miracle économique japonais, symbolisé par les Jeux olympiques de Tokyo en 1964 qui marquent le retour du pays sur la scène internationale et attestent de sa reconstruction rapide, s’accompagne d’une recomposition sociale marquée par une urbanisation accélérée, l’essor d’une classe moyenne salariée et la consolidation du modèle familial nucléaire. Parallèlement, la culture de masse se développe sous l’influence conjointe des traditions japonaises et de l’occidentalisation, notamment à travers le cinéma, la musique et la littérature. Malgré les chocs pétroliers des années 1970, le pays adapte son modèle productif, consolidant son statut de deuxième économie mondiale. Cette dynamique, soutenue par les keiretsu et une culture du travail fondée sur la discipline et le consensus, annonce l’explosion de la bulle spéculative des années 1980.
Étymologie vignette|Le , le prince héritier Hirohito (au centre) est reçu avec les honneurs militaires au palais de l’Élysée à Paris dans le cadre de sa tournée diplomatique en Europe. Son séjour en France inclut des visites de champs de bataille de la Première Guerre mondiale, lui offrant un regard direct sur les conséquences du conflit en Europe. Les deux caractères kanji de Shōwa (昭和) proviennent d’un passage du Classique des documents (Shūjīng) de Confucius : 百姓昭明,協和萬邦, que l’on peut traduire par : « Le peuple (de son domaine) devient brillant et intelligent ; il unifie et harmonise les myriades d’États. » Ce même texte inspire déjà le nom de l’ère Meiwa sous la période Edo, à la fin du siècle..
Lors du choix du nom de l’ère Shōwa, un processus rigoureux est suivi, impliquant des érudits et des conseillers impériaux chargés d’examiner plusieurs propositions issues des classiques chinois. Deux autres noms sont envisagés : et .. Finalement, Shōwa est retenu et officialisé par l’empereur Hirohito le , lors de son accession au trône.
Le terme Shōwa est généralement interprété comme signifiant « paix éclairée ». Certaines lectures suggèrent « Japon rayonnant ».. Ce choix reflète un idéal de stabilité et d’ordre, bien que son sens évolue au fil du règne de Hirohito, d’abord associé à l’expansionnisme impérial, puis à la reconstruction et à la modernisation du Japon après 1945.
Lors de son discours d’intronisation, l’empereur fait référence à la signification de cette ère :
En historiographie japonaise, le nom Shōwa est parfois employé pour désigner l’ensemble du siècle japonais, en raison des transformations majeures qui marquent cette période : montée du militarisme, expansion impériale, Seconde Guerre mondiale, occupation américaine, miracle économique et affirmation du Japon sur la scène internationale.. Bien que l’ère Shōwa s’étende officiellement de 1926 à 1989, son usage élargi témoigne de son poids symbolique et de sa centralité dans l’histoire contemporaine du Japon.
Années 1920 : Régence impériale et démocratie fragile Climat politique tendu vignette|Des ouvriers exercent leur droit de vote pour la première fois lors des élections législatives japonaises de 1928. Ces élections sont les premières organisées après l’adoption en 1925 de la loi sur les élections législatives, qui élargit le suffrage à l’ensemble des citoyens masculins âgés de plus de 25 ans.L’ère Taishō (1912-1926) marque une période d’expérimentation parlementaire au Japon, caractérisée par une montée en puissance des partis politiques et un élargissement du suffrage.. L’introduction du suffrage universel masculin en 1925 témoigne d’une volonté de démocratisation, bien que cette avancée soit rapidement contrebalancée par l’adoption de la Loi de Préservation de la paix, qui restreint sévèrement les libertés politiques et permet de contenir la montée des mouvements socialistes et communistes.. Par ailleurs, la vie politique reste dominée par des structures oligarchiques où les partis sont étroitement liés aux zaibatsu, ces conglomérats industriels exerçant une influence déterminante sur l’économie et l’administration de l’État. Les partis de l'Alliance nationale des citoyens (立憲政友会, Rikken Seiyūkai) et le Parti démocratique constitutionnel (立憲民政党, Rikken Minseitō), bien qu’opposés sur certains aspects programmatiques, maintiennent des liens étroits avec Mitsui et Mitsubishi respectivement, illustrant la perméabilité entre sphère politique et intérêts privés. Cette interpénétration limite les effets des réformes et préserve l’influence des élites bureaucratiques et militaires.. De plus, les divisions internes aux partis, exacerbées par des rivalités personnelles et des affrontements idéologiques, affaiblissent leur capacité à gouverner et favorisent l’émergence d’un climat politique instable, où l’armée devient progressivement un acteur politique de premier plan.
Cette instabilité s’explique également par la situation de la monarchie japonaise. L’empereur Taishō, dont la santé fragile compromet l’exercice du pouvoir, se trouve progressivement écarté des décisions majeures, laissant une vacance institutionnelle que les oligarques de l’ère Meiji comblent en assumant la gestion des affaires de l’État. Cette situation conduit à l’instauration de la régence de Hirohito en 1921, qui se veut une solution de continuité dynastique tout en projetant une image renouvelée de la monarchie. Son rôle, largement façonné par l’entourage politique et militaire, s’accompagne d’une mise en scène destinée à asseoir sa légitimité en tant que futur empereur. Sa participation aux cérémonies officielles et aux manœuvres militaires renforce cette construction symbolique, cherchant à le présenter comme un souverain moderne et actif. Toutefois, la régence ne met pas fin aux tensions politiques, et les divisions au sein du gouvernement, tout comme celles qui traversent l’armée, entravent toute stabilisation du régime. À mesure que les partis politiques s’affaiblissent, l’armée se structure autour de factions concurrentes, illustrant une redéfinition progressive des rapports de force au sein de l’État..
Crises et restructurations économiques et sociales L’économie japonaise des années 1920 s’inscrit dans une dynamique contrastée, entre essor temporaire et crises structurelles. La Première Guerre mondiale avait favorisé l’industrialisation et l’expansion des exportations japonaises, permettant au pays de renforcer sa position sur les marchés asiatiques et d’absorber une partie de la demande laissée vacante par les puissances européennes engagées dans le conflit. Toutefois, cette croissance, en grande partie conjoncturelle, n’a pas conduit à une consolidation durable du modèle économique. Dès les premières années de l’après-guerre, la baisse de la demande extérieure et la volatilité des marchés financiers ont révélé des faiblesses profondes, notamment dans le secteur bancaire. La crise économique de 1927 a mis en lumière ces vulnérabilités en provoquant l’effondrement de plusieurs banques de taille intermédiaire, accélérant un processus de concentration du capital autour des grands conglomérats industriels, les zaibatsu. Ces derniers ont renforcé leur rôle dans les secteurs stratégiques, notamment l’industrie lourde et la finance, consolidant leur emprise sur l’économie japonaise. L’État, bien que conscient des déséquilibres engendrés par cette concentration du pouvoir économique, est resté largement passif, considérant les zaibatsu comme des acteurs essentiels à la modernisation du pays et à sa stabilité financière. Si ces groupes ont permis de maintenir un certain niveau de production et d’investissement, leur influence croissante a limité l’émergence d’une concurrence dynamique et a accentué les disparités économiques, notamment entre les grandes entreprises et les industries de moindre envergure. gauche|vignette|Soldats de l'armée impériale japonaise portant secours aux survivants du séisme du Kantō de 1923, la catastrophe naturelle la plus meurtrière de l'histoire du Japon, ayant causé la mort d'au moins 90 000 personnes. En parallèle, cette période est marquée par une intensification des tensions sociales, en partie liées aux mutations du monde du travail et à l’accroissement du nombre d’ouvriers dans les zones urbaines. La montée en puissance de l’industrie avait entraîné une transformation rapide des structures sociales, mais les conditions de travail et de vie des classes laborieuses sont restées précaires, générant un mécontentement croissant. Les revendications syndicales se sont multipliées, accompagnées d’une augmentation des grèves et des mobilisations collectives, ce qui a conduit le gouvernement à adopter une politique plus restrictive en matière de libertés publiques. L’adoption de la loi de Préservation de la paix en 1925 illustre cette volonté de contenir les mouvements socialistes et communistes, perçus comme une menace à l’ordre établi. Par ailleurs, le séisme de Kantō de 1923 a eu des répercussions profondes sur la société japonaise, non seulement en raison des destructions matérielles qu’il a entraînées, mais aussi par les tensions qu’il a exacerbées. La communauté coréennes au Japon est ciblée par de fausses rumeurs les accusant de tirer parti de la catastrophe pour piller et rançonner, d'empoisonner les puits et d'allumer des incendies.. La catastrophe a alimenté un climat d’incertitude, et dans ce contexte, l’État a renforcé ses dispositifs de contrôle, notamment à travers une surveillance accrue des populations urbaines. Ces évolutions traduisent une tendance plus générale à la consolidation de l’autorité de l’État, dans un contexte où les incertitudes économiques et sociales contribuaient à fragiliser les équilibres politiques.
L'économie japonaise jusqu'en 1945