John Marston, né probablement à Coventry et baptisé à Wardington, Oxfordshire le , mort le à Londres, est un poète et un dramaturge anglais de la période élisabéthaine et jacobéenne. Bien que sa carrière d'écrivain n'ait duré qu'une décennie, son œuvre est restée à cause de son style énergique souvent obscur, de sa contribution au développement d'un style poétique jacobéen distinctif et de son vocabulaire inventif, mêlant néologismes et « parler fustien »Fustian : grandiloquent.. Ancien élève de Middle Temple et de Brasenose College (Oxford), il finit sa vie comme prêtre anglican.
Biographie Ascendants Il est le fils unique de John Marston senior, juriste, mort en 1599, et de Maria, née Guarsi, fille d'Andrew Guarsi, possible descendant de Balthasar Guarsi, médecin personnel de Catherine d'Aragon. Les parents de John se sont mariés le à Wardington, où sa grand-mère maternelle, Elizabeth Grey, réside depuis son second mariage avec John Butler.
Son père, John Marston senior, est un éminent juriste, membre de Middle Temple depuis 1570, « Reader » de cette société depuis 1572, puis « Master of the Bench ». Il commence à plaider à Londres, tout en conservant de fortes attaches avec les Midlands. Aussi le , il devient l'avocat conseil de Coventry, puis l'homme d'affaires de cette ville, le . Il est également l'homme de loi de Thomas Greene, le cousin de Shakespeare, et le conseil juridique de Stratford-upon-Avon. Sa concession d'armoiries, obtenue le , le décrit comme « précédemment d'Inner Temple, et appartenant maintenant à la ville et au comté de Coventry », sa famille possédant bien une maison neuve à Cross Cheaping, quartier de Coventry, et également des biens à Wardington et à Cropredy. Les archives d'Inner Temple de 1592 le désigne comme étant de Coventry, tandis que son fils, John Marston junior, se décrit à Brasenose College comme un « gentleman du Warwickshire ».
La position de John Marston senior comme « Reader » de Middle Temple démontre non seulement sa valeur de juriste mais aussi sa grande richesse, car l'acceptation de cette charge oblige à des dépenses considérables. Ainsi les frais de trois semaines de banquets et de cérémonies coûtent au « Reader » pas moins de .
Jeunesse
John Marston commence vraisemblablement ses études à Coventry, où ses parents résident, puis il entre à Brasenose College de l'université d'Oxford en , peut-être même en 1591, et il obtient son B.A. (Bachelor of Arts) le . Les années suivantes, il se trouve à Londres, vivant à Middle Temple, où il a été admis de manière exceptionnelle le , à seulement 16 ans, grâce au privilège de son père, « Reader » de cette société. Middle Temple est l'un des plus célèbres collèges de droit de Londres, ainsi que le lieu de prédilection des jeunes gens à la mode, des hommes d'esprit, des courtisans et des universitaires. Le père et le fils se portent garants pour l'admission de Thomas Greene à Inner Temple. John a comme professeur John Armitage, et il partage sans doute la chambre de son père.
Comme fils d'un juriste célèbre et prospère, une carrière juridique semble être sa voie toute tracée. En fait, il s'intéresse davantage à la poésie et au théâtre. En 1598, il publie un poème ovidien érotique et des satires rimées inspirées de Juvenal, Metamorphosis of Pigmalion's Image and Certaine Satyres (« La Métamorphose de l'image de Pygmalion »), puis la même année The Scourge of Villanie (« Le Fléau de la vilenie »).
Pourtant son père, dans son testament du , exprime l'espoir que son fils tire profit, comme lui-même l'a fait, de ses connaissances juridiques, mais, désabusé et résigné, il conclut son testament par : « je laisse mes livres de droit, etc. à mon fils sus-nommé dont j'avais espéré qu'il les utiliserait avec profit pour l'étude du droit, mais l'homme propose et Dieu dispose... ». Dans la Satire VII du Fléau de la vilenie, John Marston explique son désintérêt pour le droit, les juristes affectant, selon lui, de la gravité uniquement pour retarder le cours de la justice, et usant d'un jargon incompréhensible pour masquer leur hypocrisie. Dans What you will, en guise de justification, Marston fait dire à Randolfo à l'acte I scène 1 : « Le fils d'un théologien devient rarement un prêcheur, comme le fils d'un juriste un plaideur ».
Malgré son peu d'enthousiasme pour les études juridiques, John Marston continue à résider à Middle Temple jusqu'en 1606, date à laquelle il est radié pour ne pas avoir respecté l'obligation d'y résider six à huit semaines l'année précédente.
L'interdit des évêques de 1599 Le , John Whitgift, archevêque de Cantorbéry, et Richard Bancroft, évêque de Londres, décident d'interdire un certain nombre de livres récemment édités. En plus de satires et d'épigrammes publiées sans l'accord du Conseil privé et des œuvres complètes de Thomas Nashe, neuf ouvrages sont mis à l'index, parmi lesquels figurent Metamorphosis of Pigmalion's Image and Certaine Satyres et The Scourge of Villanie de Marston. Les exemplaires sont collectés auprès des libraires, et trois jours plus tard, ces livres sont brûlés dans le Hall des libraires, sans que l'on connaisse aujourd'hui encore les raisons véritables de cet autodafé.
On a souvent supposé que la destruction de ses œuvres satiriques sur la place publique a poussé Marston à s'orienter vers le théâtre. En réalité le début de sa carrière de dramaturge reste imprécis.
Carrière de dramaturge
Début On considère généralement que sa carrière d'écrivain pour le théâtre commence avec la révision, publiée en 1610, d'une pièce ancienne, Histriomastix, probablement en vue d'un spectacle aux Inns of Court à Noël 1598. Mais cette hypothèse demeure fragile, car cette pièce n'a jamais été attribuée à Marston de son vivant. Toutefois, en , sa renommée littéraire est suffisante pour que Philip Henslowe l'emploie comme écrivain occasionnel, lui versant une fois pour une contribution non spécifiée. Il compose aussi des pièces, telles que (1600), (1600) et (1601), (1601), pour la compagnie théâtrale enfantine de Paul nouvellement formée. Ces pièces se déroulent dans des cadres italiens, associant des amours romantiques et des éléments de vengeance sénéquiens, tout en se moquant avec esprit des modes littéraires et sociales de l'époque, usant d'un vocabulaire inventif à l'excès.
À cette époque son père, mort en 1599, lui a laissé une fortune confortable. Son choix d'écrire pour le théâtre est donc une pure vocation, et non une nécessité pour subvenir à ses besoins, comme pour de nombreux dramaturges de son temps. Il est le premier jeune homme de bonne famille à adopter ce métier sans déchoir, et il montre la voie à plusieurs autres membres de la gentry, comme Beaumont, Fletcher et John Ford. Son indépendance financière lui permet de négliger la recherche d'un patron, activité qui préoccupe nombre de ses collègues, comme Jonson par exemple, et de dédier ses œuvres au « très honorablement connu Personne, généreux mécène de la Poésie » (dédicace d'Antonio and Mellida).
Guerre des théâtres La « » désigne, entre 1600 et 1602, une série de querelles entre Ben Jonson et plusieurs autres poètes et dramaturges, parmi lesquels John Marston. La dispute avec Marston débute à cause d'une maladresse de celui-ci. En révisant la pièce Histriomastix, Marston transforme le pédant Chrisoganus de cette comédie en un portrait de Jonson, qui se veut flatteur, mais qui peut être interprété comme une caricature. Cet hommage inhabile n'est pas du goût de Jonson, qui réplique non seulement littérairement, en caricaturant Marston en Crispinus dans Le Poétereau et en Clove dans Every Man out of his Humour, mais aussi physiquement. On sait qu'ils en sont venus aux mains en une occasion au moins, Jonson ayant confié à Drummond, qu'il s'était souvent querellé avec Marston, l'avait battu une fois et lui avait pris son pistolet. Connaissant la taille, la carrure et le passé militaire de Jonson, qui avait déjà tué un homme en duel en 1598, et si l'on en croit la description qu'il fait de Marston dans son Poetaster (un homme barbu, le poil roux et court sur pattes, « signe de bonne famille »Vos jambes montrent amplement, Monsieur, que vous êtes né gentilhomme ; car un homme né sur des jambes si courtes est toujours né gentilhomme. Poetaster, act. II sc. 1), il n'a eu aucun mal à rosser son adversaire.
Au bout de quelques années, les deux hommes finissent par se réconcilier, Marston dédiant en termes élogieux à Jonson sa pièce en 1604. L'année suivante, ils collaborent tous deux avec Chapman à la pièce . Cette pièce offense la cour à cause de remarques sarcastiques à l'égard des Écossais (acte III scène 3), qui se sont rendus en masse à Londres pour le couronnement de Jacques Ier, lui-même Écossais de naissance, et de plaisanteries ridiculisant la prétention et l'égoïsme de certains courtisans grâce au personnage de Gertrude. Dénoncés auprès du roi par Sir James Murray, frère de John Murray, gentilhomme écossais, Jonson et Chapman sont emprisonnés quelque temps, tandis que Marston échappe peut-être à cette peine, alors que c'est vraisemblablement lui l'auteur de ces allusions malheureuses. Les trois auteurs qui risquent d'avoir le nez et les oreilles coupés sont finalement libérés sans suite au bout de quelques semaines. On ne sait si cet épisode irrita une nouvelle fois Jonson contre Marston.
Fin de carrière théâtrale Vers 1603-1604, Marston arrête d'écrire pour la troupe enfantine de Paul, et se consacre à une autre compagnie enfantine privée, les Enfants de Blackfriars, connue ensuite sous le nom des Enfants des divertissements de la reine, s'y impliquant au point d'en devenir l'un des actionnaires. C'est pour cette compagnie, connue pour son ton railleur, testant en permanence la patience des autorités et les limites du privilège que lui accorde sa patronne, Anne de Danemark, que Marston produit ses deux pièces aux succès les plus durables, The Malcontent (1603) et The Dutch Courtesan (1604).
En 1606, Marston produit Parasitaster, or, The Fawn (Le Faux Parasite, ou le Faune), écrit principalement pour faire la satire du roi Jacques. Marston, ainsi que le texte le suggère, se tient prudemment à l'écart de Londres pendant ce temps-là. Mais en , Marston adresse au roi des vers en latin pour son entrée cérémonielle à Londres, ce qui semble indiquer qu'il est revenu en grâce.
Dans l'introduction de Sophonisba, or, The Wonder of Woman (1606), Marston critique de nouveau Jonson pour sa pédanterie dans Sejanus, His Fall, où il ne traduit pas en anglais les discours en latin. Finalement en 1607, Marston quitte le monde du théâtre, laissant inachevée sa dernière pièce, la tragédie The Insatiate Countess, qui sera complétée en 1611 par William Barksted et de façon imparfaite, puisque l'une des intrigues reste irrésolue. Le dernier ouvrage qui lui est attribué, The Entertainment at Ashby (1607) est un masque campagnard, écrit pour être joué à Ashby-de-la-Zouch chez le comte et la comtesse de Huntington, et intitulé The Entertainment of the Dowager-Countess of Darby.
En 1608, Marston connaît de nouveau la prison par ordre du Conseil privé du , sans qu'on en connaisse aujourd'hui la raison précise, les registres du Conseil n'en indiquant pas le motif. Cet emprisonnement coïncide avec la dissolution de la compagnie des Enfants de Blackfriars, dont Marston est actionnaire et avec la fermeture des théâtres par ordre du roi. Cette décision sanctionne la représentation au théâtre des Blackfriards de deux pièces, dont l'une serait peut-être The Parasitaster de Marston, qui comportent des attaques et des insultes contre le monarque.
Carrière ecclésiastique