Jacques Pâris de Bollardière (appelé Jacques de Bollardière par convenance), né le à Châteaubriant dans la Loire-Inférieure et mort le à Guidel (village du Vieux-Talhouët) dans le Morbihan, est un militaire français, officier général de l’armée française, combattant de la Seconde Guerre mondiale, de la guerre d'Indochine et de la guerre d'Algérie. Militant pacifiste et catholique, il est également l'une des figures de la non-violence en France.

Biographie Famille

La famille Pâris de Bollardière est une famille d'ancienne bourgeoisie originaire du Dauphiné, qui a donné de nombreux officiers à la FrancePierre-Marie Dioudonnat, Le Simili-Nobiliaire-Français, éd. Sedopols, 2012, .. Elle est issue d'Antoine Pâris (1541-1602), notaire royal à Réaumont. Il est apparenté aux frères Pâris, financiers sous le règne du roi Louis XVJoseph Pâris Duverney et ses frères. Financiers dauphinois à la cour de Louis XV, Bernard Pâris de Bollardière, éditions Les Presses du Midi, 2006, , ..

Jacques Pâris de Bollardière est le fils de René Pâris de Bollardière, un officier d'infanterie de marine.

Carrière militaire

Il fait des études secondaires au collège Saint-Sauveur de Redon, avant de rejoindre le Prytanée national militaire de La Flèche. Il entre en 1927 à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr. Ayant fait son idole de Lyautey qu'il a pu rencontrer dans son enfance, il se montre indiscipliné et doit redoublerMaurice Faivre, « Jacques de Bollardière, compagnon de toutes les libérations », La Nouvelle Revue d'histoire, de janvier-février 2017, .. Il en sort trois ans après avec le grade de sergent-chef (c'est une sanction : les « cyrards » sortent normalement sous-lieutenants et accomplissent leur cursus en deux ans). Affecté au de Bastia, il est promu lieutenant en 1932. Affecté en 1935 dans la Légion étrangère, il est nommé au étranger d'infanterie à Saïda, en Algérie française, puis rejoint Marrakech l'année suivante au sein du étranger d'infanterie.

Seconde Guerre mondiale Affecté à la de Légion étrangère en au début de la Seconde Guerre mondiale, il devient capitaine et prend part à la campagne de Norvège. Débarqué à Brest le , il assiste à la débâcle et décide de rejoindre Londres. Embarqué sur un chalutier à Paimpol, il rallie les Forces françaises libres, ce qui lui vaut une condamnation à mort par le régime de Vichy.

Avec la de Légion étrangère il participe aux campagnes du Gabon, en , et d'Érythrée. Son rôle dans la prise de Massaoua lui vaut d'être décoré de la Croix de la Libération. Avec la légère française libre, il participe ensuite à la campagne de Syrie. Promu chef de bataillon en , il commande le étranger en Libye, notamment à la bataille d'El Alamein, où il est blessé au bras par une bombe. La décision de repli qu'il a prise durant cette opération d'El Himeimat est jugée négativement par ses supérieurs qui décident de ne pas lui rendre son commandement à la sortie de l'hôpital. Hospitalisé huit mois, il retrouve son unité le à Sousse, en Tunisie.

En , il rejoint le BCRA et devient parachutiste. Parachuté à Mourmelon le , il commande la mission « Citronelle », qui doit organiser le maquis des Manises dans les Ardennes. Mal armés, mal organisés, mal préparés, isolés dans les bois et sans secours y sont massacrés. Seuls cinquante hommes réussissent avec Bollardière à échapper à la nasse allemande. Du au , il parvient avec ses hommes à infliger des pertes sévères aux Allemands.

Rentré de mission le , il prend le commandement du / SAS de la brigade SASEn 1944, le SAS est composé de cinq régiments, deux britanniques (le et le ) et deux français (le et le ) et le belge.. Il saute sur la Hollande le , lors de l'opération Amherst. Les petits groupes sont largués sur l'arrière de l'ennemi avec pour but de saboter les communications et d'attaquer les PC. L'opération est un grand succès.

Jacques de Bollardière est l'un des Français les plus décorés de la Seconde Guerre mondiale : grand officier de la Légion d'honneur, compagnon de la Libération, deux fois décoré du Distinguished Service Order (DSO)

Guerre d'Indochine Jacques de Bollardière est promu lieutenant-colonel à la fin de la Seconde Guerre mondiale et prend le commandement des deux régiments (squadrons) SAS français ( et ), fondus ce qui deviendra le ( parachutistes d'infanterie de marine, équivalent français des SAS britanniques) en février 1946. Débarqué à Saïgon avec le corps expéditionnaire français en Extrême-Orient un mois après dans le cadre de la guerre d'Indochine, il rentre en France en 1948 puis commande les troupes aéroportées en Indochine française de 1950 à 1953.

Il se prend alors de sympathie pour le peuple vietnamien et commence à ressentir de la répugnance envers cette guerre coloniale.

Guerre d'Algérie Affecté au Centre des hautes études militaires en puis à l'École de guerre, où il enseigne la tactique des troupes aéroportées, Jacques de Bollardière prend la tête de deux brigades en Algérie française en juillet 1956. En décembre de la même année, il est promu général de brigade : il est alors le plus jeune général de l'armée française. Il exprime très tôt ses appréhensions vis-à-vis de la guerre en Algérie. Il a alors sous son commandement le lieutenant de réserve Jean-Jacques Servan-Schreiber qu’il autorise à circuler partout en Algérie et à entretenir des contacts avec des journalistes. Il met avant tout l'accent sur l'action sociale au détriment de la lutte contre les troupes rebelles.

En raison de la dégradation de la situation dans le secteur dont il a la charge (186 assassinats et 56 fermes abandonnées en 1956), le général Massu diligente une enquête qui montre à la fois l'inefficacité de la répression dans ce secteur et la mauvaise tenue des troupes. Jacques de Bollardière demande à être relevé de son commandement en raison du manque de moyens et de la structure de la hiérarchie qui le place sous les ordres de Massu.

Engagement contre la torture durant la guerre d'Algérie À son retour en France, Jacques Pâris de Bollardière s'exprime publiquement au sujet de la torture à l'occasion de la sortie du livre de Jean-Jacques Servan-Schreiber Lieutenant en Algérie. Sa prise de position publique (dans L'Express) lui vaut une sanction de soixante jours d’arrêt de forteresse, le , à La CourneuveJean-Jacques Servan-Schreiber, directeur de L'Express, et lieutenant servant sous les ordres de Bollardière en Algérie, publie dans son journal des articles parlant de son expérience algérienne durant sa période de réserve. Il est inculpé d'atteinte au moral de l'armée, les articles dénonçant l'attitude du gouvernement français, sans aborder le thème de la torture. Citant dans ses articles son ancien chef, sous un pseudonyme, celui-ci confirme dans un courrier au journal, que ce que rapporte Servan-Schreider est vrai. La lettre paraît dans L'Express le , sans que les supérieurs de Bollardière aient donné leur accord. Le Mon cher Servan-Schreiber, Vous me demandez si j'estime que les articles publiés dans L'Express, sous votre signature, sont de nature à porter atteinte au moral de l'Armée et à la déshonorer aux yeux de l'opinion publique. Vous avez servi pendant six mois sous mes ordres en Algérie avec un souci évident de nous aider à dégager, par une vue sincère et objective des réalités, des règles d'action à la fois efficaces et dignes de notre Pays et de son Armée. Je pense qu'il était hautement souhaitable qu'après avoir vécu notre action et partagé nos efforts, vous fassiez votre métier de journaliste en soulignant à l'opinion publique les aspects dramatiques de la guerre révolutionnaire à laquelle nous faisons face, et l'effroyable danger qu'il y aurait pour nous à perdre de vue, sous le prétexte fallacieux de l'efficacité immédiate, les valeurs morales qui seules ont fait jusqu'à maintenant la grandeur de notre civilisation et de notre Armée. Je vous envoie l'assurance de mon estime […] Sa lettre fait grand bruit et lui vaut, le , une sanction de soixante jours d'arrêt de forteresse à La Courneuve..

Confronté aux atrocités nazies commises au maquis des Manises où il a été responsable de la mission Citronelle, c'est là qu'il aurait acquis la conviction que la torture est le propre des régimes totalitaires.

Jacques de Bollardière est le seul officier supérieur alors en fonctionLe général Pierre Billotte, alors en retraite, a également exprimé le refus de toute forme de torture dans une lettre adressée à la revue Preuves et reprise par Le Monde : voir . à avoir condamné ouvertement l'usage de la torture pendant la guerre d'Algérie : il dénonce à ses chefs pratiqués par une partie de l'armée française dans la recherche du renseignement lors de la guerre d'AlgérieJean-Dominique Merchet, Bollardière, le général qui a dit non, Libération, 14 juin 2001, consulté le 5 octobre 2013..

Il écrit quelques années plus tard : Il soutient Jean-Jacques Servan-Schreiber dans sa dénonciation de la torture.

Bénéficiant du soutien de Gaston Defferre, il est ensuite nommé adjoint du général commandant supérieur des forces armées de la zone de défense AEF-Cameroun puis à Coblence, en Allemagne, des postes honorifiques qui l'éloignent du commandement. Il démissionne au moment du putsch des généraux (), n'ayant pu obtenir de poste en Algérie, comme il le souhaitait.

Il déclare à cette occasion :

Il décide alors de rompre ses liens avec l'armée et de s'engager en faveur de l'antimilitarisme et de la nonviolenceMatthieu Garrigou-Lagrange, Le dilemme du général, série Changer de camp, épisode 4/6, France Culture, 2 mars 2025, écouter en ligne..

Dans la nuit du 22 au , des attentats visent notamment le domicile de ses parents, celui de Laurent Schwartz (militant contre la torture, membre du comité Maurice-Audin et signataire du Manifeste des 121) et la librairie de l'hebdomadaire anticolonialiste Témoignage chrétien..

Pacifisme et non-violence thumb|Jacques de Bollardière (à droite) sur le causse du Larzac, protestant contre l'extension du camp militaire, dans les années 1970. À sa droite, les philosophes non-violents Jean-Marie Muller et Lanza del Vasto. Pendant deux ans, Jacques Pâris de Bollardière travaille comme attaché de direction dans l'entreprise de construction navale La Perrière à Lorient.

Sa rencontre avec Jean-Marie Muller en 1970 accentue son inclination gauchiste et pacifiste.. Il devient un membre actif du Mouvement pour une alternative non-violente (MAN) avec sa femme Simone. Il participe au mouvement de défense du Larzac menacé par l'extension d'un camp militaire.

Le , il est arrêté au large de Moruroa alors qu’il manifeste de façon non-violente contre les essais nucléaires atmosphériques (et plus généralement contre la dissuasion nucléaire). La marine française arraisonne son voilier, le Fri, alors qu'il est en dehors des eaux territoriales (restant à l'intérieur du périmètre de sécurité délimité en vue d'un essai). Le « commando Bollardière » est composé de Jean Toulat, de Georges Richard-Molard, de Jean-Marie Muller et de Brice Lalonde. Mis à la retraite d'office par sanction disciplinaire., le général écrit au Président Georges Pompidou : « Vivement désireux de témoigner clairement devant l'opinion publique de mon pays de mon profond désaccord, j'ai décidé de vous demander de me faire rayer de l'ordre de la Légion d'honneur où j'ai été élevé à la dignité de grand officier... »

Au cours d’une longue interview accordée à la Lettre des objecteurs., il affirme : « Je suis un objecteur de conscience. »

Il participe à différentes luttes sociales des années 1970.

Il est également président de l'association Logement et promotion sociale de 1968 à 1978, membre d'associations régionalistes bretonnes et théoricien de la défense civile non-violente. Ses convictions sont indissociables de sa foi chrétienne.