thumb|upright=1.2|Carreaux de céramique lustrée, datés de 862, qui furent fabriqués en Mésopotamie à l'époque abbasside. Décorés de feuillages et de hachures, ils font partie d'un ensemble de carreaux de céramique à reflets métalliques ornant la partie supérieure du mihrab de la grande mosquée de Kairouan, en Tunisie.
La céramique est l'un des médias artistiques les plus utilisés dans les arts de l'Islam à toutes les époques et dans toutes les régions. Connaissance et statut de la céramique en terre d'Islam La céramique islamique est, en général, assez bien connue, bien qu'il s'agisse d'un domaine complexe, qui change constamment. La céramique appartient aux « arts du feu », et se divise en deux grandes familles : les pièces de forme (vaisselle) et les carreaux de revêtement muraux. Ces deux productions sont intrinsèquement liées, par les techniques, les artistes, les motifsPorter, Venetia. Islamic tiles. Londres : The British Museum Press, 1995, .. thumb|Coupe aux chasseurs, Iran du Nord-Ouest, , musée du Louvre Plusieurs sources sont utilisées pour l'étude de la céramique islamique : les études scientifiques des matériaux ; les analyses en laboratoire destinées à recréer des pièces ; les textes et les traités sont rarissimesCette quasi-absence de traité se justifie probablement par la volonté des potiers de conserver des secrets d'ateliers. cf. Porter, Y. « Les sources écrites sur les techniques de la céramique dans le monde musulman », in Mouliérac, Jeanne. Céramiques islamiques du monde musulman. Paris : Institut du monde arabe, 1999. ; dans la plupart des cas, les renseignements sont épars, anecdotiques, inclus dans des ouvrages traitant d'autres domaines, mais dans quelques cas, le sujet est plus largement abordé, notamment dans : le traité de minéralogie d'al-Biruni, achevé en 1035, mentionne des recettes d'émail, mais sans préciser si elles sont utilisées dans la céramique, le livre des joyaux, anonyme, qui a été rédigé en 1196 dans le Khorassan, décrit la technique du lustre métallique, le traité rédigé en 1301 par un potier iranien du nom d'Abul Qasim al-Kashanî, qui donne de nombreuses recettesCe traité a été publié avec un appareil critique par James W. Allan : Allan, J. W., « Abu’l-Qasim’s Treatise on Ceramics ». Iran, 11, 1973. - 120., enfin, le traité bien plus tardif du potier qajar 'Ali Muhammad Isfhani (1888)Mohamed, Ustad Ali. On the manufacture of moderne Kāshi earthenware tiles and vases in imitation of the ancient. Trad. anglaise John Fargues. Edinburgh : Museum of science and art, 1888..
Le statut de la céramique dans les mentalités du monde islamique est assez difficile à établir, d'autant que les pièces sont de qualité très variable, depuis la vaisselle commune jusqu'aux objets réservés à une élite. Les productions les plus coûteuses et les plus délicates ont évidemment un rôle de luxe, destiné à la cour, et ne sont pas forcément utilitaires.
La céramique est un art d'atelier, les noms de potiers restent le plus souvent inconnus, les pièces ne recevant pas de signatures. En revanche, un certain nombre de marques d'ateliers. Les lieux de production restent également souvent assez flous, d'autant que les céramiques sont fréquemment exportées, parfois sur de grandes distances, comme produits de valeurs ou comme contenants. être sûr d'un lieu de production que grâce à des sources écrites fiables ou (surtout) à l'archéologie, lorsque sont découverts des fours, des ratés de cuisson, des éléments de fabrication, etc.
Fabrication Matériaux Pâte thumb|Un cavalier et une cavalière, Carreau de revêtement, 19e siècle, Téhéran, musée des Beaux-Arts de Lyon Il existe deux grands types de pâtesSur la technique, en général, voir outre La céramique islamique de Jean Soustiel, Jeanne Moulierac, Céramiques du monde musulman, Paris : Institut du monde arabe, 1999, . : la pâte argileuse et la pâte siliceuse.
La pâte argileuse est constituée en majeure partie d'argile avec un dégraissant (sable, chaux, chamotte - argile cuite pilée -, voire paille pour les céramiques très communes) dont le rôle est d'éviter que l'argile colle aux doigts et contrarie le modelage.. La pâte argileuse est une pâte souvent facile à travailler, dont la couleur et la finesse varie beaucoup. Elle est la seule pâte utilisée pour les céramiques jusqu'aux - , et reste largement utilisée ensuite pour les céramiques communes ou pour les gargoulettes. La pâte argileuse peut être blanche et fine, comme dans le cas des céramiques "egg-shell" du site de SuseSophie Makariou (dir.), Suse, terres cuites islamiques, Snoeck, 2005., en Iran.
La pâte siliceuse au contraire contient au moins 80 % de silice, les 20 % restant se composant d'argile et de dégraissants. Cette pâte très blanche, fine et dure, est extrêmement difficile à travailler. Elle a permis parfois d'imiter la porcelaine chinoise.
Aux , également produit des objets en pâte argilo-siliceuse, lors d'essais pour obtenir de la pâte siliceuse. Quelques porcelaines sont attestées en Iran et en Turquie à partir du Behrens-Abouseif, Doris et Vernoit, Stephen (eds.). Islamic Art in the Nineteenth Century : tradition, innovation and eccelctism. Leyde : Brill, 2006...
Les engobes L'engobe est une argile diluée, mélangée éventuellement à un oxyde colorant, de différentes couleurs (blanc, noir, rouge, vert, jaune). Il permet de masquer les imperfections du corps de l'objet ou la couleur de la pâte ou de réaliser des décors (par exemple, dans les céramiques à décor d'engobe sous glaçure, en Iran de l'est, au ). En général, les engobes constituent une couche intermédiaire entre la pâte et la glaçure.
L'engobe, généralement argileuse, peut parfois être siliceuse (cas des productions ottomanes d'Iznik)..
La glaçure thumb|Plat à marli chantourné à décor de grosse fleur composite, Iznik, Turquie ottomane, vers 1550-1560, musée des Beaux-Arts de LyonLa glaçure est une couche brillante posée avant cuisson sur la pâte ou l'engobe, qui imperméabilise l'objet et peut participer à sa décoration. Elle peut être posée au pinceau, ou appliquée par coulure ou immersion.
Sa composition est proche du verre ; deux grands types de glaçures selon le fondant utilisé : la glaçure plombifère (fondant : Oxyde de plomb) et la glaçure alcaline (fondant : soude). Pour l'opacifier, on ajoute le plus souvent de l'oxyde d'étain (couleur blanche), ou parfois de l'oxyde d'antimoine (jaune). Des oxydes métalliques peuvent être utilisés comme colorants : le cobalt pour le bleu ; le manganèse pour le noir et le brun ; le fer pour le rouge ; le plomb pour le blanc ; le cuivre pour le vert et le turquoise ; l'antimoine pour le jaune.
Réalisation Mise en forme La mise en forme d'une pièce peut se faire de trois manières : par modelage, au tour de potier, ou au moule.
La combinaison de ces techniques est fréquente : ainsi, les objets sont souvent moulés en plusieurs parties, auxquelles on ajoute des éléments tournés (pieds, par exemple) et modelés (anses, etc.). L'assemblage de ces éléments se fait grâce à de la barbotine, de l'argile si diluée qu'elle en devient liquide.
Techniques de décor Il existe de nombreuses techniques de décor, qui jouent : soit sur les reliefs (estampage, moulage, champlevé, éléments rapportés), soit sur la couleur (engobes et glaçures colorés, oxydes métalliques, mosaïque de céramique…). Les arts d'Islam ont en effet développé une palette très riche de techniques de couleur, les motifs pouvant être réalisés par des glaçures colorées, ou être peints au-dessus (faïence, haft rang) ou au-dessous de la glaçure.
Jeux sur les reliefs thumb|right|« Cooking-pot », Syrie, , céramique non glaçurée, décor champlevé, Paris, musée du Louvre MAO 279 La céramique non-glacée est la plus présente sur les sites archéologiques, toutes périodes confondues. Son décor est souvent fruste (lignes incisées, application du pouce ou d'une cordelette), mais peut parfois se révéler très sophistiqué. Il est alors obtenu par moulage, par estampage (répétition d'un même motif), par excisionC'est notamment le cas des filtres de gargoulettes, cf. Olmer, P., Les filtres de gargoulette, Le Caire, 1932. (catalogue du musée arabe du Caire). ou par l'application de motifs en barbotinePour la céramique non-glacée, voir Bernus-Taylor, Marthe. « En Islam », in La céramique non glacée, site Qantara ..
Ces jeux de relief (incision, moulage, champlevé, excision) existent aussi dans des céramiques couverte d'une glaçure, monochrome ou polychrome (splashware)Mouliérac, op.cit., ..
Peint sur glaçure La faïence en terre d'Islam n'est pas l'équivalent de la faïence européenne. Inventée au , en Irak abbasside, il s'agit une céramique à pâte argileuse, couverte d'une glaçure opacifiée (le plus souvent à l'oxyde d'étain), dont le décor est peint avec des oxydes métalliques sur la glaçure. La première couleur utilisée est le bleu de cobalt, mais d'autres couleurs existent comme le vert de cuivre, le brun de manganèse ou le jaune d'antimoine.
Le décor de haft rang post-saljukide et le lajvardina mongol, également sur glaçure, introduisent une nouveauté: la multiplication des cuissons (au moins deux), toutes oxydantes, mais à des températures de plus en plus basses (technique dite de petit feu), permettant de cuire des couleurs moins stables, et d'obtenir ainsi une palette plus vaste (rouge, blanc, noir, or, vert, brun, bleu, violet).
thumb|left|Coupe en lustre métallique, Iran (Suse), , Louvre thumb|left|Coupe à l'aigle signée Muslim ibn Dahhan. Céramique argilo-siliceuse, décor lustré sur glaçure opacifiée. Égypte, fin du , début du . Metropolitan Museum of Art (MET 63.178.1)
Le lustre métallique« La céramique lustrée » sur le site Qantara. est l'une des techniques spécifiques à la céramique islamique, qui ne sera adoptée en Europe qu'au . Inventée probablement en Irak au , cette faïence particulière est réalisée en deux cuissons, l'une oxydante (900–), l'autre, moins chaude (600-700°) et réductriceJeanne Mouliérac parle de 600° (Céramiques du monde musulman, ), l'article du site Qantara, de 600-700°. On trouve parfois des estimations allant jusqu'à 750°. ; les oxydes métalliques déposés (argent et/ou cuivreLes analyses menées lors de l'exposition Reflet d'or ont montré que l'oxyde de cuivre peut être employé seul (production ayyubide, production safavide), mais qu'il est le plus souvent couplé à l'oxyde d'argent. Reflets d'or. D'Orient en Occident, la céramique lustrée, . [cat. exp. Paris, Musée national du Moyen Âge-thermes de Cluny, 9 avril - septembre 2008], Paris : RMN, 2008, .) permettent de créer des motifs aux reflets métalliques, qui donnent leur nom à la techniqueSur cette technique, pour l'Espagne, voir aussi Le calife le prince et le potier. [cat. exp. Lyon, musée des beaux-arts, 2 mars - 22 mai 2002]. Lyon/Paris : Musée des beaux-arts/RMN, 2002..
Peint sous glaçure Les techniques de peint sous glaçure existent avant le pour la couleur noire, mais elles se développent surtout au et ensuite, grâce à l'amélioration des techniques de cuisson (grand feu), qui permettent l'utilisation de nouvelles couleurs (bleu de cobalt, rouge de fer).. Les potiers d'Iznik portent, au , cette technique à son apogéeMouliérac, op cit., ..
Décors de glaçures colorées thumb|Carreaux de revêtement mural avec décor de cuerda seca. La juxtaposition de plusieurs glaçures colorées, séparées par un trait noir de manganèse, s'appelle la cuerda seca ; c'est une technique introduite par le califat de Cordoue (Xe siècle), très utilisée en Espagne et en Iran à partir de la période safavidePorter, Venetia. Islamic tiles. Londres : British Museum Press, .. Plusieurs glaçures colorées sont aussi utilisées dans les décors de coulures de glaçures, ou lorsqu'elles sont délimitées par des incisions (Coupe au lièvre OA 7478 du musée du Louvre, groupe de céramique dit lakabi)Bernus-Taylor, Marthe. Les arts de l'islam. Guide du visiteur. Paris : RMN, 2001, ..
Cuisson