Le ghetto de Vitebsk ( — ) fut l'emplacement de déportation des Juifs de la ville de Vitebsk (Biélorussie) et des environs sous la contrainte, suivant le processus de la Shoah, à l'époque de l'occupation du territoire de l'URSS par les forces armées du troisième Reich, durant la Seconde Guerre mondiale. C'est un des 300 ghettos dénombrés en Biélorussie durant la seconde guerre mondiale. Les Allemands occupèrent Vitebsk pendant près de trois années, jusqu'au . Le nombre des victimes juives durant cette période s'éleva à environ .

La communauté juive de Vitebsk thumb|left|L'horloger par Iouri Pen, un maître de Marc Chagall thumb|left|Marc Chagall par Iouri Pen (1915) left|thumb|Witebsk wielka synagoga/Synagogue de Vitebsk

La communauté juive de Vitebsk remonte au moins à la fin du . En effet, en 1597, dans une charte octroyée aux habitants de Vitebsk, le roi Sigismond III de Pologne interdit aux Juifs de résider dans cette ville, alors qu'il apparaît qu'avec la protection de la noblesse locale, certains résidaient depuis longtemps à Vitebsk. En 1627, la construction d'une synagogue est autorisée.

Lors de la guerre russo-polonaise, les Juifs combattent pour la défense de la ville et leurs propriétés sont saisies par les Russes. Ce n'est qu'après la paix, en 1667, qu'ils récupèrent difficilement leurs biens qui entretemps avaient été occupés par leurs voisins. En 1679, le roi de Pologne Jean III Sobieski octroie une charte aux Juifs leur donnant la liberté de religion et des droits commerciaux. Cette charte fut renouvelée en 1729 et en 1759. Mais entretemps, en 1708, un incendie avait détruit le quartier juif et les habitants de Vitebsk en avait profité pour construire une église en lieu et place de la synagogue. La cour suprême lituanienne leur ordonna de restituer le terrain à la communauté et à lui payer des dommages se montant à d'or.

En 1772, Vitebsk est annexée par la Russie, alors que la communauté juive se monte à soit le quart de la population de la ville. Un siècle plus tard, la population juive atteint soit plus de la moitié de la population de Vitebsk.

La communauté juive de Vitebsk est alors un bastion du judaïsme orthodoxe, avec des influences lituaniennes et hassidiques. La communauté possède une yechiva et plus de 72 % des enfants fréquentent le heder ou le Talmud Torah. À la fin du , les mouvements sionistes et socialistes, particulièrement le Bund, se développent. Avec l'arrivée de nombreux Juifs expulsés de Moscou, la Haskalah gagne en influence et plusieurs lycées fréquentés par les Juifs ouvrent. L'essor culturel est remarquable avec la création de l'école artistique de Vitebsk dont le fondateur est Iouri Pen et le plus illustre représentant Marc Chagall ; celui-ci représente à maintes reprises des scènes de la vie de la communauté juive de sa ville. L'écrivain Shalom Anski, l'auteur du chef-d'œuvre du théâtre yiddish, le Dibbouk est aussi né à Vitebsk.

Vitebsk devient soviétique après la Première Guerre mondiale. Chagall devient même un temps « Commissaire aux Beaux-arts » de la ville. La section juive du Parti communiste soviétique, la Yevsektsiya, y établit un de ses centres, mais plusieurs synagogues sont confisquées. Une yechiva loubavitch se maintient jusqu'à 1930. Selon les recensements, la population juive de Vitebsk se monte à en 1923 (43,7 % de la population) et décroît à en 1926 (37,5 %).

Occupation de Vitebsk

Selon le recensement de 1939 la ville comptait Juifs, soit 22,17 % de la population de la ville Distribution of the Jewish population of the USSR 1939 / edit. Mordechai Altshuler. — Jérusalem, 1993. — .. Vitebsk fut soumise aux bombardements de l'aviation allemande du , mais jusqu'au la désorganisation des structures de l'état ne permit pas l'organisation d'une évacuation. Surtout du fait que, pour éviter une évacuation spontanée, il fut édicté que l'abandon non autorisé de poste de travail était considéré comme une désertionG. R. Vinnitsa, Холокост на оккупированной территории Восточной Беларуси в 1941—1945 годах (Holocauste dans les territoires occupés de Biélorussie de 1941 à 1945), Minsk, 2011, , . Encore aujourd'hui il est difficile d'établir avec précision quelle partie de la population juive de Vitebsk put être évacuée, étant donné la rapidité avec laquelle la Wehrmacht avait envahi le territoire soviétique sur le territoire de l'actuelle Biélorussie depuis fin juin 1941 (en 17 jours environ). Le nombre de juifs qui s'engagèrent dans les rangs de l'Armée rouge n'est pas connu non plus.

La partie de Vitebsk située sur la rive droite de la Dvina fut prise le (11Périodes d'occupation en Biélorussie-Периоды оккупации населенных пунктов Беларуси) ; et, dans les jours qui suivirent, les forces allemandes occupèrent également le territoire situé sur la rive gauche de la DvinaHoth, H. Panzer-Operationen. — Heidelberg, Kurt Vowinckel Verlag, 1956. — S. 33. .

Avant la constitution du ghetto thumb|left|Emplacement du ghetto en 1941 — le quartier du club des métallos (à droite) et le territoire actuel des rues Naberejnaïa, Ilinsk, Kirov, Komsomolskaïa et Engels

Après la prise de Vitebsk, la ville est détruite par un incendie déclenché par l'Armée rouge en retraite. Pour le travail avec la population de la ville (parmi laquelle les Juifs), les occupants créèrent le une structure administrative de collaboration — le conseil municipal, avec comme bourgmestre Rodko. Pour les Juifs, les occupants créèrent un organe indépendant séparé (le Judenrat) et un service d'ordre. Les forces hitlériennes considéraient que pour la création du Judenrat ne devaient participer que des natifs de la ville. Les nazis créèrent un organe de direction juif, après l'accord de L. G. Brandtom (qui faisait fonction de bourgmestre de la ville) sur sa candidature comme futur membre.

Cinq personnalités entrèrent dans le comité juif : Weizerman (institutrice), D. С. Blen (directeur de la maison des beaux-arts), D. X. Gainsbourg (né en 1888), I. О. Glézerman (né en 1871), Kaghan (institutrice), Leithman (comptable), Е. Ch. Tsodikman (né en 1884). La direction du Judenrat devait être assurée par KatsenelsonArchives d’État de l'oblast de Vitebsk-Государственный архив Витебской области. — Фонд 2073. -Оп. 1. -Д. 85. -Л. 47.. Les membres du Judenrat avaient l'autorisation de sortir du ghetto : « Dans la municipalité de Vitebsk sur proposition de la police allemande nous demandons de donner aux membres du comité Soliman Evzei Shmouylovitch, né en 1884, le droit de circuler dans l'enceinte du ghetto pour les affaires concernant l'administration. Le comité des Juifs. Signature »Государственный архив Витебской области. — Фонд 2073. -Оп. 1.-Д. 85.-Л. 35..

En ce qui concerne l'action du comité, peu de choses sont connues. Une seule chose est claire, c'est que l'organe indépendant fut obligé de remplir diverses fonctions du pouvoir administratif (inscription des juifs, envoi au travail, etc.). Les fonctions principales de service d'ordre consistaient à patrouiller à l'intérieur du ghetto.

Pour les occupants, il s'agissait de recueillir des informations complètes sur les Juifs de Vitebsk pour la réalisation de leur politique de génocide. Dès le , apparut l'obligation pour la population de s'inscrire dans un registre particulier. Les occupants planifièrent la durée de ces inscriptions sur trois jours c'est-à-dire jusqu'au . Dans le rapport de la police des Einsatzgruppen « B » sur la situation à Vitebsk le , il est indiqué : « Le conseil de signalisation des Juifs a déjà enregistré Juifs »Affaire Otto Olendorf et autres-Дело Отто Олендорфа и других // Procès de Nurenberg-Нюрнбергский процесс. Т. 4 / под общ. ред. Р. А. Руденко. — М.: Éditions juridiques de l'état -Государственное издательство юридической литературы, 1959. — С. 623—645.. Pour l'enregistrement, ce sont les données inscrites sur les passeports soviétiques qui étaient utilisées. Finalement ce sont Juifs qui furent enregistrés dans la ville (y compris les mariages mixtes, les métissés et les juifs de troisième génération)Д. Романовский, А. Зельцер.(D.Romanovsky, A Zeltser ; Extermination des juifs de Vitebsk en 1941- Уничтожение евреев в Витебске в 1941 году. Вестник Еврейского университета в Москве. (Université juive de Moscou) — 1993. — . — С. 200..

Il semble évident que tous ne furent pas enregistrés. Beaucoup de Juifs, qui tentaient d'évacuer plus loin, se trouvaient dans les faubourgs de la ville. Il faut y ajouter ceux qui vivaient près de la ville. En outre, à Vitebsk, se trouvaient un grand nombre de Juifs provenant des régions ouest de la Biélorussie envahies depuis 1939 par les troupes hitlériennes. Une partie des Juifs se cachaient aux occupants. Il y avait aussi ceux qui avaient été tués dès les premiers jours d'occupation. La liste des Juifs établie par le Judenrat et transmises à l'occupant n'a jamais été retrouvée.

Une des premières mesures discriminatoires prises à l'encontre des Juifs de Vitebsk, fut le port de l'étoile de David dans le dos et sur la poitrine pour les personnes âgées de 10 à 55 ans.

Création du ghetto

Les Allemands ne trouvèrent pas de suite un endroit pour isoler les juifs. Au début les occupants chassèrent les juifs vers d'anciens hangars à légumesВспоминает С. И. Гольдина / Аркадий Шульман (Arkadi Shulman)-Yad Vashem - «Яд Вашем — вечный памятник», газета «Выбар», 17.06.1992.. Probablement du fait de l'impossibilité d'y placer tout le monde (), les nazis prirent d'autres décisions. Les organisateurs des forces d'occupations décidèrent de transférer les Juifs sur la rive droite de la Dvina, dans un bâtiment appelé « Club des métallos », à partir du . Les Juifs ne pouvaient prendre qu'un bagage à main. Ils devaient entrer dans la zone d'isolement pour le au plus tard. Cet emplacement avait été conseillé aux Allemands par L. G. Brandt. thumb|left| Territoire de l'ancien ghetto de Vitebsk en 1941. Sur la photo : le coin de la rue Komsomolskaïa et Engels (), le ghetto occupait la partie droite.