Les Hypothèses généalogiques sur les Mérovingiens regroupent les études proposées tout au long des derniers siècles autour de l'arbre généalogique des rois Mérovingiens.
Les origines Ascendance des Mérovingiens L'ascendance de Clodion, le plus ancien roi de la dynastie des Mérovingiens est un problème qui restera probablement sans solution. Elle fait l'objet d'un débat qui est loin d'être clos, comme le signale un article de Martin Heinzelmann paru en 1982.
Le premier à mentionner les prédécesseurs de Clodion est Grégoire de Tours qui raconte, en 592, que l'invasion des Francs dans l'Empire a été menée par trois ducs, Génobaud, Marcomir et Sunnon. Il parle ensuite du roi Théodomir, exécuté par les Romains vers 420, puis de Clodion le CheveluGrégoire de Tours, Histoire des Francs, livre II, IX, 592 - traduction Robert Latouche..
Puis la Chronique de Fredegaire déclare en 660 que Theodomir a eu pour successeur son fils ClodionFrédégaire, Chronique, 2-9..
Vers 727, l'auteur du Liber Historiae Francorum indique que le père de Clodion le Chevelu serait Pharamond, qui lui-même serait le fils de MarcomirLiber Historiae Francorum, Livre I - chapitre 4..
La valeur de ces différents documents a été discutée au cours du temps. Pharamond est considéré comme mythique par la critique historique moderne. Godefroid Kurth rejette sa qualité de roi des Francs et d'ancêtre des Mérovingiens, position suivie par la plus grande majorité des historiens, mais ne remet pas vraiment en cause son historicité .. La filiation entre Théodomir et Clodion est considérée comme une interpolation faite par Frédégaire à partir du texte de Grégoire de Tours.
Christian Settipani résume en exposant les deux hypothèses existantes, qui sont exclusives : Clodion est fils de Pharamond, lui-même fils de Marcomir, Clodion est fils de Théodomir, lui-même fils de Richomer.
Liaison avec les premiers roitelets francs Il n'y a pas de certitude concernant la descendance de Clodion le Chevelu et son lien avec les premiers roitelets francs. Selon Grégoire de ToursHistoire des Francs, Livre 2, chapitre 9, . Godefroid Kurth considère Mérovée comme le fils de Clodion, et est suivi par plusieurs historiens, bien que Pierre Riché et Patrick Périn soient plus circonspects et disent que Mérovée , notice « Mérovée »..
Les historiens disposent de plusieurs sources mentionnant des princes et des rois francs vivant entre l'époque de Clodion et celle de Clovis : 469 : Sidoine Apollinaire relate la visite de Sigemer, prince franc rhénan, venu à Lyon pour se marier, probablement avec une princesse burgonde. 592 : Grégoire de Tours mentionne Clodion, puis écrit que , Childéric qu'il précise plus loin comme étant le père de Clovis . entre 629 et 639 . : Une généalogie de rois francs, rédigée en Austrasie, mentionne que ... entre 612 et 629Cette liste se termine avec Clotaire II, elle a donc été rédigée avant 629. Le prédécesseur de Clotaire II en Austrasie est mort en 612. : Une généalogie de rois francs, rédigée en Neustrie, mentionne que Monumenta Germaniae Historica, Scriptores, II, p 307.. Enfin, Grégoire de Tours signale plusieurs rois francs, tous parents de Clovis et tués à l'instigation de ce dernier. Il s'agit de : Sigebert le Boiteux, roi des Francs de Cologne, et son fils Chlodéric, notice « Sigebert le Boiteux »., Ragnacaire, roi des Francs de Cambrai, et ses frères Richer et Rignomer, notice « Ragnacaire »., Cararic, roi franc.
Godefroid Kurth écrit que ces différents royaumes sont issus du partage de celui de Clodion, tout en émettant une réserve sur celui de Cologne ., ..
Effectivement, après la migration des Francs saliens vers la Belgique sous la conduite de Clodion, les Francs rhénans se sont trouvés coupés de ces derniers, et il est peu probable que Clodion ait eu la possibilité de gouverner les deux branches de la ligue franque. Les Francs rhénans se sont trouvés coupés de leurs frères Saliens et isolés face à leurs ennemis alamans et n'ont eu d'autre solution que de se regrouper en un royaume, à une date indéterminée entre 431 et 469. Peut-être ont-ils demandé à Clodion d'envoyer un de ses fils pour qu'il devienne leur roi.
En effet Karl Ferdinand Werner constate et parle de la ou de .
D'après le généalogiste Christian Settipani, ce qui milite en faveur de cette hypothèse de royaume des Francs Rhénans confié à un fils de Clodion du nom de Chlodebaud, ce sont deux généalogies composées au début du et mentionnant ce Clodebaud comme un fils de Clodion. Certes ces généalogies ne sont pas à prendre au pied de la lettre, mais elles sont trop dissemblables pour que l'une soit une variante de l'autre. Toujours selon Settipani, la généalogie neustrienne est à prendre comme une interpolation d'une liste de rois rhénans puis austrasiensliste d'ailleurs incomplète, puisqu'il y manque au moins Sigebert le Boiteux., où les filiations auraient été ajoutées par la suite. La généalogie austrasienne serait à corriger de la manière suivante « Clodion engendre Clodebaud et Mérovée. Mérovée engendre Childéric, Genniod et Childéric. Childéric engendre Clovis ». Godefroid Kurth a contesté l'historicité de Clodebaud ., mais Erich Zöllner constate que son nom est proche de celui de Clodion et se retrouve ensuite chez les Mérovingiens en la personne de Clodoald..
Settipani ajoute à la descendance de Clodion les princes suivants : Mundéric, qui prétend au trône d'Austrasie en 534 et "qui se prétendait parent du roi" Thierry . Une partie du peuple le suit et Thierry se dit prêt à partager le royaume avec lui, même s'il ne s'agit que d'une ruse pour vaincre son rival. Au , la Vita Gundulfi mentionne . Sigivald, duc d'Auvergne, qualifié de "parent" du roi Thibert,
Enfin, il propose cette reconstitution généalogique :
Cependant, cette généalogie n'est pas exempte de critique : Il n'est pas certain que Sigivald, conseiller du roi Thierry en 532 soit frère de Mundéric, révolté contre ce même Thierry durant la même année. La localisation du royaume de Cambrai, en pays des francs saliens, voudrait que Ragnacaire et ses frères soient des rois saliens donc issus de Genniod ou de Childebrict plutôt que de Clodebaud. Il est difficile de savoir à quel titre Clodobaud est devenu roi des Francs rhénans. Ce ne peut pas être par héritage, la situation respective des Francs saliens et des Francs rhénans après l'occupation de la Belgique romaine rend improbable que Clodion fût roi des Francs rhénans.
Les filiations des derniers rois
Childebert l'Adopté
L'auteur anonyme du Liber Historiae Francorum raconte que Childebert était fils de Grimoald, maire du palais d'Austrasie au nom du jeune roi Sigebert III. Ce dernier avait épousé Chimnechilde vers 647, mais aucun enfant n'était né au bout de cinq ans et Sigebert, âgé de vingt et un ans, décide en 652 d'adopter Childebert, le fils de son maire du palais. Peu après, Chimnechilde donne naissance à un fils, Dagobert II, puis à une fille, Bilichilde. Quand Sigebert meurt, en 656, Grimoald écarte Dagobert, qu'il fait tonsurer, le confie à Didon, évêque de Poitiers lequel l'envoie en Angleterre, et place Childebert sur le trône. Clovis II, roi de Neustrie et demi-frère de Sigebert III voulant réunir l'Austrasie à son royaume de Neustrie, aurait laissé faire l'exil de son neveu, mais voit ses ambitions contrariées par celles de Grimoald. Au bout de six ans, Ébroïn, maire du palais au nom de Clotaire III, fils aîné de Clovis II attire Grimoald et Childebert en Neustrie, les fait tuer et place sur le trône d'Austrasie le fils cadet de Clovis II, Childéric II, qui épouse Bilichilde.
Malgré une inexactitude chronologique (Grimoald est exécuté en 657, et Childebert meurt seulement en 662, soit cinq ans plus tardGrimoald sur le site de la Fondation pour la généalogie médiévale), cette histoire est encore acceptée de nos jours. Cependant, elle a récemment été remise en cause.
En effet, Richard Gerberding considère que le récit du Liber Historiae Francorum contient une invraisemblance de taille : il est difficile d'admettre que Sigebert III ait pu craindre à l'âge de 21 ans de ne pouvoir avoir de fils, crainte d'autant plus surprenante qu'il lui en naît un peu après..
L'historien Matthias Becher, après avoir étudié les textes mérovingiens contemporains et les diplômes de Childebert, remarque qu'aucun d'entre eux ne le mentionne comme un roi non mérovingien. En dehors du Liber Historiae Francorum, rédigé vers 720-730, soit un demi-siècle après, la mention d'adoptif n'apparaît que sous le règne de Charlemagne, à la fin du et sous la forme Childebertus adoptivus filius Grimoald(i) ou Childebertus i(d est) adoptivus Grimoaldus, formulation qui a plutôt tendance à signifier « Childebert fils adoptif de Grimoald » ou « Childebert c'est-à-dire l'adoptif de Grimoald »..
Christian Settipani conclut en considérant que Childebert était en fait un fils de Sigebert, légitime ou naturel, qui fut confié en tutelle à Grimoald au moment de sa mort. L'auteur du Liber Historiae Francorum, un moine neustrien, aurait alors rédigé un récit erroné mais conforme aux intérêts neustriens.
Clotaire IV
Aucun document d'époque ne mentionne la filiation de Clotaire IV, qui fut roi d'Austrasie de à , à l'exception d'un diplôme de Childebert III de 710 dans lequel ce dernier se dit frère d'un Clotaire. Le problème est que ce Clotaire est supposé avoir déjà régné, alors que Clotaire IV n'est monté sur le trône qu'en 717. Léon Levillain a supposé qu'il a été associé au trône du vivant de son père, puis détrôné avant de remonter sur le trône, hypothèse critiquée par Louis Dupraz et , lequel a démontré que le nom de Chlotharius dans le diplôme est une erreur et qu'il faut y voir Chlodoveus..
Karl August Eckhardt a ensuite analysé plusieurs témoignages tardifs qui proposent une filiation pour Clotaire IV : au début du , la Chronicon Vedastinum précise que Clotaire IV était fils et successeur de Dagobert III, qu'il fut emmené à l'âge de sept mois au monastère de Chelles. L'information est reprise au par la Genealogia comitum Buloniensium et par le Genealogie ducum Brabantiae. au , l’Historia Regum Francorum le dit fils de Thierry IV et le dernier de la dynastie mérovingienne. au , Albéric de Trois-Fontaines le dit successeur et oncle paternel de Dagobert III, c'est-à-dire fils de Thierry III. au , Adémar de Chabannes le dit fils de Clovis (III), petit-fils de Clovis II et cousin de Charles Martel.
Pour Karl August Eckhardt, la proposition de la Chronicon Vedastinum résulte d'une confusion avec Thierry IV, le vrai successeur de Dagobert III, qui fut effectivement élevé à Chelles. L’Historia Regum Francorum, quant à lui, est victime d'une autre confusion avec Childéric III. Clotaire IV ne pouvait pas être le fils d'un de ses successeurs. La filiation attribuée par Adémar de Chabannes correspond à celle de Clotaire III et non à celle de Clotaire IV.
En conclusion Karl August Eckhardt estime possible le témoignage d'Albéric de Trois-Fontaines, affirmant Clotaire IV comme fils de Thierry III. Le rédacteur de l’Historia Regum Francorum se serait en fait trompé de Thierry. Un argument renforçant la filiation en faveur de Thierry III est la mention d'Adémar de Chabannes qui indique Clotaire IV comme cousin de Charles Martel : Thierry III a épousé Clotilde Doda, dont le second prénom montre une parenté possible avec Sainte Dode, épouse de Saint Arnoul et arrière grand-mère de Charles Martel.
Childéric III