L’abbaye de Saint-Jean-aux-Bois est une ancienne abbaye située dans l'actuel département français de l'Oise, en forêt de Compiègne, sur le territoire de la commune de Saint-Jean-aux-Bois. Elle est fondée en 1152 par la reine Adélaïde de Savoie afin d'y établir une communauté de sœurs bénédictines vivant sous la règle de Cluny. La veuve du roi de France Louis VI achète à cet effet des terres et l'ancienne maison royale de Cuise que son époux et Philippe avaient données au prieuré de Béthisy-Saint-Pierre. La construction du couvent commence sans doute peu après la fondation, mais le chantier de l'église se déroule au cours des années 1220 seulement.

En 1634, l'isolement du site au milieu de la forêt motive les moniales à échanger leur monastère avec les chanoines réguliers de saint Augustin contre l'abbaye de Royallieu à Compiègne. Les chanoines deviennent les victimes d'un pillage commis par un détachement de troupes du maréchal de Turenne en 1652, et ne parviennent jamais à se relever des dommages subis. Le prieuré est finalement supprimé le en raison des difficultés économiques et du trop faible effectif. L'église abbatiale est transformée en église paroissiale à ce moment. Les autres bâtiments sont vendus à des particuliers, et des bâtiments conventuels proprement dits, ne subsiste que la salle capitulaire. Reste également la porte fortifiée, une partie de l'enceinte, le porche de la ferme de l'abbaye et quelques autres vestiges. Presque rien n'est connu de la vie de l'abbaye, dont les archives ont été détruites à la Révolution.

Le souvenir des deux communautés religieuses qui y ont vécu est maintenu vivant grâce à l'église abbatiale, qui est un monument de style gothique primitif de grand intérêt, austère et élégant à la fois, et conservé en parfait état. Elle a été classée monument historique assez tôt par liste de 1862. La salle capitulaire, qui se visite par ailleurs, et la porte fortifiée ont à leur tour été classées par liste en 1889.

Localisation thumb|left|Entrée de l'abbaye, rue des Plaideurs.

L'abbaye de Saint-Jean-aux-Bois est située en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, au milieu de la forêt de Compiègne, au centre de la commune de Saint-Jean-aux-Bois.

L'ancien enclos de l'abbaye est toujours matérialisé par les vestiges de l'enceinte et la porte fortifiée au nord, rue des Plaideurs, et par différents murs. La rue du Couvent traverse l'ancien enclos du nord au sud en passant devant la façade occidentale de l'église. Son accès principal se trouve au sud, à côté de la porte de la salle capitulaire. Deux principales ailes formaient l'abbaye, l'une partant du croisillon sud et l'autre de la façade occidentale, délimitant ainsi le cloître de deux côtés.

Le terrain est aujourd'hui en grande partie propriété municipale et aménagé comme jardin public au nord de l'église, où se trouve la mairie, et au sud-ouest, où une aire de loisirs et de détente vient d'être créée. Le cimetière communal se situe devant le chevet de l'église et permet d'apercevoir son chevet. Quelques propriétés privées sont également disséminées dans le vaste enclos, et le porche de l'ancienne ferme de l'abbaye, à l'ouest, en fait partie. La rue des Abbesses avec son enfilade de maisonnettes historiques était autrefois destinée à loger le personnel laïque de l'abbaye. S'il est difficile aujourd'hui d'imaginer l'ensemble de l'abbaye du temps de sa splendeur, ce qui en reste est très bien mis en valeur et profite d'un cadre paysager agréable..

Histoire Les origines thumb|upright|Statue de sainte Euphrosyne. thumb|upright|Église, vue depuis le nord-est.

En 1060, le jeune roi Philippe assiste à la dédicace de la nouvelle église du prieuré Saint-Adrien de Béthisy-Saint-Pierre, qui dépend de l'abbaye augustine Saint-Quentin de Beauvais. Philippe décide de doter le prieuré de la maison royale de Cuise, qui se trouvait dans l'actuel village de Saint-Jean-aux-Bois. C'est actuellement l'une des plus anciennes propriétés royales de la région et le premier lieu défriché de la forêt de Compiègne. Pour le chanoine Jean Coulaud, ancien curé de Saint-Jean-aux-Bois, cette donation donne lieu à la fondation d'un prieuré à Saint-Jean-aux-Bois. D'après Louis Graves toutefois, la maison tombe déjà en ruine et n'est plus qu'une métairie. En 1137 en tout cas, le roi Louis-le-Gros donne également des terres et une maison qu'il possède à Saint-Jean-aux-Bois aux chanoines du prieuré Saint-Adrien. Voulant fonder une abbaye à Saint-Jean-aux-Bois afin d'y installer la communauté de sœurs bénédictines vivant sous la règle Cluny dans le petit prieuré de Sainte-Perrine (commune de Saint-Jean-aux-Bois), la reine Adélaïde de Savoie acquiert toutes les possessions du prieuré augustin en 1152. Elle les donne à l'abbaye qu'elle fonde sans doute dans la même année. La construction des bâtiments conventuels commence peu de temps après, car la salle capitulaire peut être datée des années 1160 / 1170. Pour des raisons que l'on ignore, la construction de l'église abbatiale n'est entreprise que pendant les années 1220, mais elle est apparemment mise à bien sous un bref délai.... L'abbaye ne possède initialement pas de reliques, mais peu après la fondation, un convoi transportant la châsse de reliques de sainte Euphrosyne d'Alexandrie vers la ville de Reims passe à proximité, et les religieuses offrent l'hospitalité pour la nuit. Elles ne peuvent alors pas résister à la tentation de dérober une partie des reliques..

La vie de l'abbaye bénédictine (1152-1634)

Rosceline est abbesse de 1152 à 1190. Les deux premières bulles qui lui sont adressées par le pape Alexandre III la qualifient d' « abbesse de Saint-Jean-Baptiste dans la forêt de Cuise » et d' « abbesse de Saint-Jean-Baptiste de la maison royale de Cuise ». L'abbaye vit avec de modestes moyens, ce qui peut aussi expliquer la construction tardive de l'église. Les chartes anciennes emploient souvent les termes « femmes très pauvres » ou « la pauvre maison de Saint-Jean-de-Cuise ». Louis VII visite l'abbaye en 1155 et pris de compassion en vue de son « extrême pauvreté », lui accorde la dîme du pain et du vin de la table du roi Compiègne, Béthisy-Saint-Pierre et Verberie pour les périodes que la cour royale séjourne dans ces villes ou dans un autre lieu de la forêt de Compiègne. Grâce à une charte de Philippe Auguste signée en 1187, l'abbaye obtient le même don relatif au château de Choisy. Sous l'abbatiat de la seconde abbesse Pétronille, le même roi accorde aussi la dîme temporaire de Pierrefonds en 1194. Ces revenus sont conservés par l'abbaye sous cette même forme jusqu'en 1650. Si l'abbaye ne s'enrichit pas considérablement, elle est tout au moins protégée par les évêques de Soissons et de Noyon. Depuis 1177, l'abbaye bénéficie aussi des droits d'usage, pâturage et passage dans la forêt de Compiègne. De nombreuses femmes se présentent pour demander leur admission, si bien que le nombre de moniales doit être limité à quarante en 1175. La popularité de l'abbaye et de son abbesse Rosceline est en grande partie due aux reliques de sainte Euphrosine, qui attirent environ trois mille pèlerins chaque année. L'évêque de Soissons accorde des indulgences à tous ceux qui viennent à l'église le second dimanche suivant Pâques. Le pèlerinage est important pour l'économie de l'abbaye car les visiteurs apportent de nombreuses offrandes..

En 1173, les seigneurs de Pierrefonds Conon de Nesle et sa femme Agathe font un don considérable à l'abbaye de Saint-Jean-aux-Bois, lui accordant des droits annuels sur le moulin et la foire de Pierrefonds..

Pétronille, qui est abbesse de 1190 jusqu'en 1223, rétablit l'ancien prieuré de Sainte-Perrine qui avait hébergé la communauté avant 1152. Ce lieu est destiné plus particulièrement à accueillir les candidates refusées à Saint-Jean. La chapelle Sainte-Perrine, qui subsiste toujours, semble contemporaine de l'église abbatiale. Une quarantaine d'années après l'achèvement de l'abbatiale, en 1273, la cinquième abbesse Odette d'Offémont fait construire le beffroi du clocher. (dont il ne reste plus trace). Quatre rois émettent des chartes en faveur de l'abbaye de Saint-Jean-aux-Bois : saint Louis en 1260 quand il séjourne à Crépy-en-Valois ; Philippe le Bel en 1285 depuis son château de Choisy, faisant payer des frais de réparation par le fisc ; Louis le Hutin en 1315 ; et Philippe de Valois en 1334 depuis l'abbaye d'Ourscamp. Tous ces rois font également des visites à l'abbaye, généralement pendant la saison des chasses. Un important bienfaiteur de l'abbaye est Jean II de Melun, comte de Tancarville, par son testament de 1382. Deux maisons à Compiègne sont données à l'abbaye, l'une rue du Pont et l'autre près de l'hôtel de ville, mais elles sont démolies en 1430. Ensuite, l'abbaye souffre du délaissement des châteaux royaux de la région en faveur des châteaux de la Loire, notamment à partir du règne de François . La fin des visites royales entraîne en effet l'absence de nouveaux dons, et les droits d'usage, de pâturage et de passage dans la forêt de Cuise subissent des restrictions que l'abbaye conteste le plus souvent sans succès, mais qui sont apparemment motivées par des abus de sa part. À partir de 1546, des querelles incessantes avec l'administration des Eaux et Forêts marquent le quotidien de l'abbaye, mais se calment temporairement quand Henri III en 1584 et Louis XIII en 1612 confirment les privilèges de l'abbaye. En 1614, l'abbesse Diane de Clausse et son frère Hubert sont parrains de la petite-fille du grand-maître des Eaux-et-Forêts, M. de Fleury, ce qui peut être interprété comme signe d'apaisement.. thumb|Ancien prieuré Sainte-Perrine.

Les abbesses sont souvent issues de vieilles familles picardes, telles que Marie de Marle en 1425, Marie de Billy en 1449 et Renée de Mailly en 1551. Trente-cinq abbesses se succèdent jusqu'à Gabrielle de L'Aubespine, fille de Guillaume de L'Aubespine, qui est installée en 1629. Quatre années auparavant, les religieuses de Sainte-Perrine ont déjà abandonnée leur retraite au milieu de la forêt pour s'installer à Compiègne. Les moniales de Saint-Jean déposent une requête auprès de l'évêque de Soissons, exposant leur souhait de quitter également leur domicile dans la forêt de Cuise. Le motif est un sentiment d'insécurité du fait de l'éloignement des villes, de sorte que personne ne peut venir au secours des sœurs en cas de besoin. L'on ignore si des événements particuliers justifient ce sentiment. En septembre 1631, l'évêque donne son accord sous réserve du consentement du roi et du gouvernement de Compiègne. Ce dernier donne son aval seulement trois jours plus tard, et dès lors, l'abbesse peut s'adresser directement au roi Louis XIII. Le souverain donne l'approbation du projet de déménagement en mars 1634. Les moniales avaient demandé qu'on leur construise un nouveau monastère à Compiègne, mais la solution trouvée est beaucoup plus simple. Le prieur commendataire du prieuré de Royallieu près de Compiègne, René Le Clerc, évêque de Glandèves, propose un échange des domiciles avec les moines Augustins de Royallieu. Il signe un contrat devant notaire à Paris en date du , et Gabrielle de L'Aubespine signe ce même acte devant notaire à Compiègne le . Les actes notariés se sont malheureusement perdus, mais il semble que l'échange ne porte que sur les monastères et les terres qui les entourent immédiatement, chaque partie conservant ses autres possessions et revenus. Les reliques de sainte Euphrosine partent quant à elles à Royallieu, car étant considérées comme propriété de la communauté. Les moniales installées à Royallieu sont désignées désormais comme « les religieuses de Saint-Jean-aux-Bois transférées à Royallieu »..

La vie du prieuré augustin (1634-1761) thumb|Vue cavalière vers 1640. thumb|Salle capitulaire.