La Symphonie en ré mineur, WAB 100, d’Anton Bruckner, est une symphonie qu'il composa en 1869.

C'est en fait la troisième symphonie du compositeur, après la Symphonie en fa mineur et la Première Symphonie. L'absence de numérotation vient du fait que Bruckner l’écarta et l’ (), ce qui lui donna le surnom ().

Peu jouée, comme ses autres œuvres dites de jeunesse, elle laisse pourtant entendre les prémices des symphonies qu’il composera à partir des années 1870, et indique une maîtrise incontestable du style romantique. Elle est en quatre mouvements : Allegro Andante Scherzo : Presto – Trio : Langsamer und ruhiger Finale : Moderato – Allegro vivace

Fiche technique Titre : Symphonie en ré mineur (Sinfonie in d-moll) Surnom : Zéroïème Symphonie (Nullte Sinfonie) Catalogage : WAB 100 Durée : Quarante à quarante-cinq minutes environ Composition : Du au , Vienne, et du au de la même année, Linz Création : Les deux derniers mouvements : Klosterneuburg, , sous la direction de Franz Moißl La symphonie complète : Klosterneuburg, , sous la direction de Franz Moißl

La partition est écrite pour deux flûtes, deux hautbois, deux clarinettes, deux bassons ; quatre cors, deux trompettes, trois trombones ; timbales ; et cordes (violons I et II, altos, violoncelles et contrebasses).

Éditions Il existe deux éditions de la symphonie : Josef Wöß, 1924, publiée par Universal. Cette édition, qui comporte de larges retouches, est de fiabilité douteuse. Leopold Nowak, 1968, publiée par l’Internationale Brucker-Gesellschaft. C'est l'édition critique, majoritairement utilisée aujourd’hui.

Histoire Composition La symphonie a été composée du au , ce qui en fait la troisième de Bruckner après la Symphonie en fa mineur et la Symphonie en ut mineur ; le manuscrit portant le titre de Symphonie .

Bruckner, qui s’était installé à Vienne à l’automne 1868, vivait une période relativement heureuse, avec une tournée à Nancy et Paris, à l’occasion de laquelle il fait apprécier ses talents d’organiste. Après avoir poursuivi son travail jusqu’en juillet, il l’achève de la mi-août à la mi-septembre à Linz, où il est en vacancesPaul Hawshaw - The Date of Bruckner's "Nullified" Symphony in D Minor.

Désireux de faire jouer son nouvel ouvrage, il le présente au chef d’orchestre de la Cour, Otto Dessoff, qui commence à lire le premier mouvement et s’étonne : « Où est le thème principal ? » Bruckner, toujours peu sûr de lui et extrêmement sensible à la critique, est découragé et retire l’œuvre.

Selon Benjamin-Gunnar Cohrs, la symphonie aurait été révisée entre au plus tôt et au plus tard. En 1895, un an avant sa mort, alors qu’il détruisait des travaux de jeunesse, Bruckner commente en plusieurs endroits dans la partition : , , . Sur la page de garde, il note : (), raye le – depuis longtemps attribué, du reste, à une autre symphonie – et ajoute un . Note que le vieux maître parvenu à la gloire attribue à un travail de jeunesse, ou indication chronologique ? La première de ses trois symphonies en ré mineur portera en tout cas ce numéro et le surnom de , qui n’a rien fait pour améliorer sa réputation.

Création La symphonie n’est créée qu’en 1924, une soixantaine d’années après sa composition et près de trente ans après la mort du compositeur, ce qui explique qu’on lui adjoigne parfois la mention . Franz Moißl dirige le les troisième et quatrième mouvements, et le la symphonie complète.

Analyse Allegro Le premier mouvement est un Allegro, en ré mineur, à 4/4, de trois cent cinquante-trois mesures, soit une durée de treize minutes environ. Il est construit en forme de mouvement de sonate. Son premier thème est en quelque sorte une préfiguration du motif d'accompagnement du premier thème de la troisième symphonie.

Andante Le deuxième mouvement est un Andante, en si bémol majeur, à 4/4. C’est une longue et paisible méditation, dans laquelle les cordes, en un motif en forme de choral, dialoguent avec les bois.

Scherzo – Trio Le troisième mouvement est un Scherzo, noté , en ré mineur, à 2/4 ; il intègre un Trio, noté (), en sol majeur avec des allusions en sol mineur.

Sur la page de couverture du mouvement – fol. 38 du manuscrit A-LIlmMusHS517 – se trouve une ébauche d'un trio inutilisé. Daté : Vienne, . Le , Ricardo Alejandro Luna a dirigé le Bolton Symphony Orchestra lors de la création mondiale de ce premier trio en la majeur, que Luna avait au préalable transcrit, harmonisé, complété et orchestréBRUCKNER - SINFONIE in D-MOLL WAB 100 (1869) - RICARDO LUNA.

Ce scherzo rappelle l’école de Mannheim, mais annonce aussi Chostakovitch par son chromatisme. Il se développe de façon dansante et vigoureuse. Le trio évoque un Ländler doux et raffiné. Après une reprise da capo du scherzo, le mouvement est conclu par une coda séparée, en ré majeur.

Finale Le Finale est noté . Précédé par une introduction lente, le premier thème est un motif fugué qui préfigure en quelque sorte celui du finale de la cinquième symphonie. Cette introduction lente réapparaît en renversement au début du développement.

Discographie Le premier enregistrement est celui du seul Scherzo, dans l'édition Wöß, par la Preußische Staatskapelle Berlin dirigée par Fritz Zaun en 1933. Le premier enregistrement intégral est celui d’Henk Spruit avec l'Orchestre philharmonique des Pays-Bas en 1951 (édition Wöß).

Édition Wöß (1924) Henk Spruit, Orchestre philharmonique des Pays-Bas, Concert Hall Society LP, 1952 ; réédition sur CD par Klassic Haus. Cet enregistrement historique peut être téléchargé librement du site de John BerkyTéléchargement libre de l’enregistrement historique de Henk Spruit. Ferdinand Leitner, Sinfonieorchester der Bayerischen Rundfunk en public, 1960 ; réédition sur CD par Orfeo d’Or, 1992 Bernard Haitink, Concertgebouworkest d’Amsterdam. Philips, 1966

Édition critique de Nowak (1968) Hortense von Gelmini avec les Nürnberger Symphoniker, 1975, LP Colosseum SM 558 / CD Klassic Haus KHCD 2012-007 (avec la Windhaager Messe par Wolfgang Riedelbauch)Une numérisation de cet enregistrement est par ailleurs disponible sur le site de John Berky. Daniel Barenboim, Chicago Symphony Orchestra. Deutsche Grammophon, 1979 Eliahu Inbal, Orchestre symphonique de la Radio de Francfort. Teldec 1990 Georg Tintner, Orchestre symphonique national d'Irlande. Naxos, 1996 Stanisław Skrowaczewski, Rundfunk-Sinfonieorchester Saarbrücken. Arte Nova et Oehms Classics, 1999 Gerd Schaller avec la Philharmonie Festiva, 2015 - Profil PH 15035 Jordi Savall, Le Concert des nations (, Alia Vox AVSA 9963)

L'édition Nowak est incluse dans les des symphonies de Daniel Barenboim, Riccardo Chailly, Eliahu Inbal, Guennadi Rojdestvenski, Georg Solti et Georg Tintner, et plus récemment de notamment Simone Young, Gerd Schaller et Paavo Järvi.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Anton Bruckner: Sämtliche Werke: Band XI: Symphonie d-Moll (“Nullte”) 1869, Musikwissenschaftlicher Verlag der Internationalen Bruckner-Gesellschaft, Leopold Nowak (Éditeur), Vienne, 1968/1994 Jean Gallois, Bruckner, Le Seuil (collection Solfège), Paris, 1971, Paul-Gilbert Langevin, Anton Bruckner, apogée de la symphonie, L’Âge d’homme, Lausanne, 1977, Philip Bradford, Les Symphonies de Bruckner (1978), traduction de l’anglais et dossier documentaire de Laurent Slaars, Actes Sud, Arles, 1992 , William Carragan, Anton Bruckner - Eleven Symphonies, Bruckner Society of America, Windsor, 2020 -

Liens externes

Discographie complète de la Symphonie en ré mineur sur le site The Bruckner Discography Commentaires des différentes éditions par José Oscar Marques Les versions des symphonies par David Griegel Symphony in d minor - Timing analysis par William Carragan sur abruckner.com

Catégorie:Symphonie d'Anton Bruckner Bruckner|00 Catégorie:Œuvre musicale composée en 1869