est un genre fossile de grands dinosaures théropodes ayant vécu durant l’étage Aptien du Crétacé inférieur, il y a entre , dans ce qui est actuellement le Laos. L'unique espèce connue est , premièrement décrite en 2012 par Ronan Allain et son équipe sur la base d'un squelette partiel dépourvu du crâne et des membres, découvert deux ans plus tôt dans la formation des Grès supérieurs, dans le bassin de Savannakhet. Le nom générique de l'animal signifie « chasseur de poisson », en référence à son supposé mode de vie piscivore, tandis que l'épithète spécifique fait allusion au pays de sa découverte. En 2014, il est annoncé que de nouveaux fossiles provenant du site de fouilles furent mis au jour ; ceux-ci comprennent des dents, plus de vertèbres et un pubis, l’ensemble appartenant au même individu.
Le spécimen holotype est estimé avoir mesuré entre de long pour une masse corporelle pouvant atteindre . Les dents d’Ichthyovenator sont droites et coniques, tandis que son cou présente une morphologie proche de celle du genre apparenté Sigilmassasaurus. Comme chez les autres membres de la famille des spinosauridés, de hautes épines neurales forment une voile sur son dos. Cependant, chez Ichthyovenator, cette voile se distingue par sa forme sinusoïdale, se courbant vers le bas au niveau des hanches et se divisant en deux parties distinctes. La ceinture pelvienne est réduite, l'ilium (partie supérieure du bassin) étant proportionnellement plus long que le pubis et l'ischion (parties inférieure et postérieure du bassin) que chez tout autre théropode connu. Ichthyovenator fut initialement considéré comme appartenant à la sous-famille des Baryonychinae, mais des analyses ultérieures le placent comme un membre basal des Spinosaurinae.
Étant un spinosauridé, Ichthyovenator possédait probablement un long museau peu profond ainsi que des membres antérieurs robustes. Son régime alimentaire aurait été principalement constitué de proies aquatiques, d’où son nom. Les spinosauridés sont également connus pour s'être parfois nourris de petits dinosaures et ptérosaures, en plus des poissons. La voile d’Ichthyovenator pourrait avoir servi à la parade nuptiale ou à la . Des preuves fossiles suggèrent que les spinosauridés, et plus particulièrement les spinosaurinés, étaient adaptés à un mode de vie semi-aquatique. Les épines des vertèbres caudales d’Ichthyovenator sont inhabituellement longues, ce qui laisse penser que sa queue aurait pu l’aider à nager, à l’instar des crocodiliens actuels. D'après les archives fossiles, Ichthyovenator partageait son habitat avec des sauropodes, des ornithopodes, ainsi que des bivalves, des poissons et des tortues.
Découverte et dénomination gauche|vignette|upright=1.3|alt=Dessin du cou fossile, des côtes, de la colonne vertébrale, du bassin et des os de la queue superposés à la silhouette d'un dinosaure, avec une silhouette humaine à gauche.|Croquis du squelette holotype, les parties fossiles décrites étant représentées en blanc, tandis que celles encore non décrites apparaissent en rouge.
Les premiers fossiles connus d’Ichthyovenator sont découverts en 2010 à Ban Kalum, dans la formation des Grès supérieurs du bassin de Savannakhet, au sein de la province éponyme du Laos. Ces os fossilisés sont découverts dans une couche de grès rouge à l'intérieur d'une surface mesurant moins de . Le spécimen, depuis catalogué MDS BK10-01 à 15, consiste en un squelette partiel bien conservé et encore articulé (les os étant dans leurs positions d'origine), comprenant la troisième à la dernière vertèbre dorsale, l'épine neurale de la dernière vertèbre dorsale, les deux premières vertèbres caudales, cinq vertèbres sacrées incomplètes découvertes en articulation, deux ilions, un pubis droit, deux ischions et une côte dorsale postérieure. Le crâne et les quatre membres sont néanmoins manquants. La douzième épine dorsale est pliée sur le côté lorsqu'elle est regardée d'avant en arrière à cause de la distorsion taphonomique. Les corps vertébraux (ou centra) des vertèbres sacrées sont largement incomplets dû à l'érosion, mais toutes les épines les accompagnant sont préservées avec le bord supérieur intact. Au moment de la description d’Ichthyovenator, les fouilles sur le site étaient encore en cours.
vignette|droite|upright=1.2|alt=Moulage d'une colonne vertébrale fossile disposée à l'intérieur d'une vitrine en verre dans un musée.|Moulage des vertèbres de l'holotype au Muséum national d'histoire naturelle de Paris.
Après avoir été préparée en 2011, le squelette est désignée comme holotype pour le nouveau genre et espèce Ichthyovenator laosensis en 2012 par les paléontologues Ronan Allain, Tiengkham Xeisanavong, Philippe Richir et Bounsou Khentavong. Le nom générique dérive du mot en grec ancien , « poisson », et du mot en latin , « chasseur », le tout voulant littéralement dire « chasseur de poisson », en référence à son mode de vie probablement piscivore. L'épithète spécifique fait référence à sa provenance du Laos. Ichthyovenator est le troisième dinosaure de la famille des spinosauridés à avoir été identifié en Asie après le genre thaïlandais Siamosaurus en 1986 et l'espèce chinoise Sinopliosaurus fusuiensis en 2009, bien que ce dernier taxon puisse représenter le même animal que le premier. En 2014, Ronan Allain publie un document de conférence sur Ichthyovenator montrant que des restes supplémentaires de l’individu d’origine furent découverts lors de la poursuite des fouilles en 2012. Ces restes comprennent trois dents, le pubis gauche et plusieurs vertèbres, dont un cou presque complet, la première vertèbre dorsale et sept vertèbres caudales supplémentaires. L'année suivante, certaines de ces vertèbres supplémentaires sont comparées à celles d'autres spinosauridés dans un article rédigée par Serjoscha Evers et ses collègues, dans lequel ils notent des similarités avec les vertèbres du représentant nord-africain Sigilmassasaurus.
Description vignette|gauche|redresse=1.5|alt=Silhouettes de six dinosaures spinosauridés comparées à celle d'un humain.|Taille des différents spinosauridés (Ichthyovenator étant montré en turquoise) comparés à un humain.
En 2016, Gregory S. Paul estime qu’Ichthyovenator aurait mesuré approximativement de long pour une masse corporelle de . La même année, Rubén Molina-Pérez et Asier Larramendi donnent une estimation de de long, dont de haut aux niveaux des hanches, pour un poids de .
Les dents d’Ichthyovenator sont coniques, droites et dépourvues de dentelures. Les bords antérieurs des dents des maxillaires et des dentaires sont visibles à la base même de la couronne. Les surfaces articulaires antérieures des vertèbres cervicales postérieures et des vertèbres dorsales antérieures d’Ichthyovenator sont environ une fois et demie plus larges que hautes, et plus larges que la longueur de leurs corps vertébraux. Elles présentent également de robustes tubercules antérieurs (points d’insertion musculaire) et sont dépourvues de lames interzygapophysaires, ce qui rend les fosses spino-prézygapophysaires et spino-postzygapophysaires ouvertes dans leur partie inférieure. La première vertèbre dorsale possède de grands processus transverses (excroissances latérales articulées avec les côtes), ainsi que de profondes cavités antérieures et postérieures à sa base, probablement occupées par des sacs aériens lors du vivant de l'animal. Les parapophyses (processus articulaires pour la tête des côtes) augmentent progressivement de taille entre les vertèbres cervicales postérieures et la première dorsale, tout en restant en contact avec la partie antérieure du bord inférieur du corps vertébral. Cette disposition diffère de celle observée chez la majorité des théropodes, où les parapophyses se déplacent vers le haut de la vertèbre lors de cette transition. Ces caractéristiques sont également présentes chez Sigilmassasaurus. Les vertèbres cervicales médianes d’Ichthyovenator présentent des corps allongés, légèrement plus larges que hauts, qui deviennent progressivement plus courts vers l’arrière du cou, ainsi que des crêtes ventrales bien développées. Ces traits sont également partagés avec les spinosauridés Baryonyx, Suchomimus, Sigilmassasaurus et Vallibonavenatrix. Les épines neurales cervicales d’Ichthyovenator sont proportionnellement plus hautes que celles observées chez Sigilmassasaurus et Baryonyx, tout en présentant, au niveau des vertèbres cervicales médianes, une morphologie en forme de lame similaire à celle de ces deux taxons. La côte dorsale de l’holotype, découverte à proximité de la douzième vertèbre dorsale, présente une tête typique de celles observées chez les théropodes de taille moyenne à grande. Son corps décrit un arc en demi-cercle, tandis que son extrémité inférieure s’élargit légèrement vers l’avant, l’arrière et latéralement. Cette particularité, qui contraste avec la pointe effilée des côtes chez d’autres théropodes, suggère que les dernières côtes dorsales s’articulaient avec le sternum.
vignette|upright=1.4|alt=Moulages blancs de colonne vertébrale fossile avec une voile en forme de vague exposée dans un musée.|Moulage de la colonne vertébrale connu au musée national de la nature et des sciences de Tokyo, au Japon. La treizième épine dorsale et la partie inférieure du sacrum sont partiellement reconstituées.
Comme chez de nombreux autres spinosauridés, Ichthyovenator possède une voile sur le dos et les hanches, formée par l’allongement des épines neurales de ses vertèbres. Toutefois, particularité unique au sein de la famille, sa voile se divise en deux au-dessus des hanches et présente une courbure sinusoïdale (en forme de vague). Cela contraste avec les genres apparentés Spinosaurus et Suchomimus, qui possèdent une voile continue s’élevant en un pic avant de redescendre, ainsi qu’avec Baryonyx, dont la voile est moins développée, avec des épines dorsales nettement plus basses. Chez Ichthyovenator, la colonne vertébrale dorsale et sacrée préservée, longue de plus d’un mètre, révèle une douzième vertèbre dorsale surmontée d’une épine neurale très haute, formant une crête qui s’élève vers l’arrière, tandis qu’une voile arrondie plus basse se déploie depuis les vertèbres sacrées des hanches, son sommet se situant au niveau des troisième et quatrième sacraux. L’épine neurale de cette douzième vertèbre, haute de , s’élargit vers le sommet, adoptant une forme trapézoïdale — caractéristique également observée chez Vallibonavenatrix —, alors que celles des autres spinosauridés connus présentent une forme plutôt rectangulaire. Il manque également l’inclinaison vers l’avant ou l’arrière observée sur les épines neurales de Spinosaurus. Le coin antérieur forme un processus étroit de , orienté vers le haut. L’épine neurale de la treizième vertèbre dorsale n’est préservée qu’en partie, ses extrémités s’étant détachées lors de la taphonomie, mais sa forme suggère une longueur comparable à celle de la précédente. Ainsi, le bord postérieur de la première voile devait former un coin rectangulaire, l’épine neurale de la première vertèbre sacrée étant nettement plus basse (), créant une rupture marquée dans le profil. L’épine de la seconde vertèbre sacrée se redresse brusquement, rejoignant les épines neurales en éventail des troisième et quatrième sacraux, hautes de . Celle de la cinquième vertèbre, mesurant 40 cm, descend progressivement. Contrairement aux voiles de la plupart des autres théropodes, dont celle de Suchomimus, les épines neurales sacrées ne sont pas fusionnées et n’entrent pas en contact étroit. Les corps des deuxième et troisième vertèbres sacrées sont fusionnés, mais la suture reste visible. Seules les deux dernières vertèbres dorsales étant préservées, l’étendue antérieure de la voile le long du dos demeure inconnue.
gauche|vignette|redresse=1.4|alt=Six vertèbres caudales et chevrons d'accompagnement de la queue d'un spinosauridé sur fond noir.|Plusieurs vertèbres caudales et arcs hémaux de l'holotype.