Les guerres romano-latines de la première moitié du sont une série de conflits opposant la République romaine à des cités de la ligue latine jusqu'en 354
L'exactitude de tous les faits rapportés par les annalistes antiques, notamment Tite-Live, est remise en question par les historiens modernes.
À la suite du sac de Rome de 390 , l’alliance de Rome avec les Latins et les Herniques se dégrade tandis que Rome doit faire face aux Volsques, Èques et aux Étrusques. Quelques années plus tard, une guerre oppose Rome à Préneste. Tusculum est annexée au territoire romain en 381 et un conflit oppose les Romains aux Latins et aux Volsques autour de Satricum en 377 À partir de 361 , Tibur est en conflit avec Rome, et ce jusqu'aux négociations de paix de 354
Entre 340 et 338 , un dernier conflit oppose Rome à la ligue latine et aux Volsques : la guerre latine. Ces derniers tentent une dernière fois de mettre à mal la suprématie romaine sur le Latium. Lors du traité de paix qui conclut cette guerre, Rome dissout la ligue latine et annexe une partie des cités latines, l'autre partie conservant une certaine autonomie mais demeurant liée à Rome par des traités particuliers. Les Romains se serviront de ce traité de paix comme un modèle à appliquer aux États qu'ils vaincront dans le futur.
Contexte
En 390 selon la chronologie traditionnelle romaine, un raid gaulois, mené par le chef sénon Brennus, vainc l'armée romaine à la bataille de l'Allia puis met à sac Rome.
La République romaine détient un territoire autour de Rome ainsi que les terres de Véies. Des tribus romaines y sont créées en 389 selon Tite-Live. La Ligue latine s'étend au sud de Rome et les Herniques sont installés dans la vallée du Tolerum. Des colonies romano-latines ont été déduites à Velitrae et à Circeii, où la population comprend aussi de nombreux natifs volsques.
Rupture du traité entre Rome et les Latins (389-385)
Le récit des auteurs antiques
En 390 , une armée gauloise défait l'armée romaine lors de la bataille de l'Allia puis saccage Rome. Selon Tite-Live, les Latins et les Herniques, après un siècle de bons rapports avec Rome, profitent de cette occasion pour rompre le fœdus Cassianum en 389, 3-4.. Dans son récit des années suivantes, Tite-Live décrit la dégradation progressive des relations diplomatiques entre Rome et les Latins. En 387, un rapport de la situation qui devient inquiétante concernant les Latins et les Herniques est lu devant le Sénat romain mais le problème est écarté à l'annonce d'une attaque imminente des Étrusques, 2-3..
En 386 , les colons romano-latins et natifs volsques d'Antium envahissent les marais pontins et on pense à Rome que les Latins ont envoyé des troupes pour les soutenir. Ces derniers nient être venus en aide aux Antiates mais concèdent qu'ils n'ont pas empêché des volontaires de se mettre à leur service, 4-5.. Une armée romaine sous le commandement de Marcus Furius Camillus et Publius Valerius Potitus Publicola rencontre les Antiates à Satricum. En plus de Volsques, les Antiates sont soutenus par un grand nombre de Latins et d'Herniques, 1.. Les Romains emportent la bataille qui s'ensuit et massacrent les Volsques. Les Latins et les Herniques fuient le champ de bataille et abandonnent Satricum qui est prise par Camille, 4-10..
Le Sénat romain en vient à considérer le manque de coopération des Latins et des Herniques durant l'invasion gauloise et réclame des explications. Ces derniers se justifient en expliquant que la menace d'incursions volsques ne leur a pas permis de se séparer d'une partie de leurs troupes mais cette explication est jugée insatisfaisante à Rome. La guerre n'est pourtant pas déclarée, 6-9.. En 385, le Sénat romain nomme Aulus Cornelius Cossus dictateur afin de gérer la guerre contre les Volsques, 9.. Le dictateur Cossus mène son armée vers les territoires pontins à la rencontre des Volsques qui l'ont envahi, 1.. Ceux-ci sont une nouvelle fois soutenus par les Latins et les Herniques avec des contingents provenant des colonies romano-latines de Circeii et de Velitrae. Les Romains remportent la bataille. La plupart des captifs sont herniques ou latins dont certains de haut rang, preuve pour les Romains qu'ils se sont officiellement alliés aux Volsques, 6-11 et 13, 1-8., raison suffisante pour leur déclarer la guerre mais les Romains en sont empêchés par le soulèvement de Marcus Manlius Capitolinus, 1.. Les Latins, les Herniques et les colons de Circeii et Velitrae réclament bientôt la libération de leurs hommes mais Rome refuse d'accéder à leur demande, 7-8.. La même année, Satricum devient une colonie romaine où citoyens romains sont envoyés, recevant chacun deux jugères et demi de terres, 2..
L'avis des historiens modernes
Quelques historiens modernes ont remis en question le récit de Tite-Live. Tim J. Cornell apporte des nuances sur la défection des Latins qui n'a probablement pas pris la forme d'une rébellion armée mais plutôt d'une dégradation progressive de l'alliance. Durant les décennies précédentes, le pouvoir de Rome a considérablement augmenté, surtout après la conquête de Véies. Les Romains préfèrent dorénavant privilégier leur liberté d'action plutôt que de respecter les accords conclus avec leurs alliés. Néanmoins, certaines cités latines sont demeurées loyales envers Rome comme Tusculum, Lanuvium, Aricie, Lavinium et Ardée. Les colonies de Circeii et de Velitrae semblent avoir été en grande partie peuplée de Volsques, ce qui peut expliquer leurs rébellions. Mais ces deux cités ont pu également se sentir menacées par la politique expansionniste de Rome qui se focalise à l'époque sur les territoires pontins.
La division apparue au sein des cités latines et les bons rapports conservés par Rome avec les cités d'Ardée, Aricie, Gabies, Labicum, Lanuvium et Lavinium expliqueraient selon Stephan P. Oakley que l'armée romaine ait pu opérer dans la région pontine. Dans leurs écrits concernant la jeune République romaine, Tite-Live et Denys d'Halicarnasse font souvent mention d'hommes de peuples pourtant officiellement en paix avec Rome mais qui s'engagent dans les armées ennemies. Bien que cela puisse refléter les pratiques guerrières en Italie à cette époque, il paraît plus probable que ces auteurs utilisent ces détails afin d'offrir une continuité dans leurs récits des événements des années 380.
Guerre entre Rome et Préneste (383-379)
Vers la fin du , Préneste prend la tête des cités latines opposées à Rome. L'étendue de son territoire en fait la troisième plus grande ville du Latium. Pourtant, de 499 à 383, Préneste est très peu mentionnée dans les sources antiques et la plus grande partie de la lutte de Rome et de la ligue latine contre les Èques semble s'être déroulée au sud de son territoire. Les historiens modernes ont proposé à ce propos que Préneste ait pu être submergée par les Èques ou serait parvenu à conclure une sorte d'accord avec eux. Si c'est le cas, Préneste n'a pas pu appartenir à la ligue latine durant une bonne partie du Une fois la menace que représentait les Èques écartée vers le début du , Préneste peut se permettre d'agir contre Rome.
Les causes
Le récit des auteurs antiques
À Rome, sur les conseils du Sénat, les tribus se montrent favorables, à l'unanimité, à une guerre contre Velitrae après avoir nommé cinq émissaires pour partager les territoires pontins et trois autres pour installer une colonie à Nepete en terres falisques. Néanmoins, à cause de la peste qui sévit à Rome cette année-là, aucune campagne militaire n'est lancée. Tite-Live rapporte qu'en 383, Lanuvium, qui s'est montrée jusqu'à présent fidèle à Rome mais se sentant à présent menacée, se rebelle.
Parmi les colons rebelles, un parti favorable à la paix souhaite demander le pardon de Rome mais le parti favorable à la guerre, qui bénéficie du soutien de la population, lance un raid dans le territoire romain qui met fin à toute négociation de paix. Selon une rumeur, Préneste se serait révoltée également et les populations de Tusculum, Gabies et Labicum se plaindraient de ce que leurs terres aient été envahies mais le Sénat refuse de prendre en compte ces nouvelles, 2-9..
En 382 , les tribuns consulaires Spurius Papirius Crassus et Lucius Papirius Mugillanus marchent contre Velitrae, leurs quatre collègues ayant été laissés à Rome pour la défendre. Les Romains défont l'armée ennemie qui comporte un grand nombre d'auxiliaires venant de Préneste. Malgré leur avantage, les Romains ne s'emparent pas de Velitrae, doutant qu'elle puisse être prise d'assaut et ne souhaitant pas endommager la colonie. D'après le rapport des tribuns concernant l'engagement des Prénestins aux côtés de Velitrae, le Sénat décide de déclarer la guerre à Préneste, 1-3..
Tite-Live et Plutarque fournissent deux récits indépendants pour l'année 381. Ils rapportent que les Volsques et les Prénestins joignent leurs forces cette année-là et s'emparent de la colonie romaine de Satricum. Les Romains réagissent en élisant Marcus Furius Camillus tribun militaire à pouvoir consulaire pour la sixième fois. Le Sénat lui donne le commandement dans la guerre contre les Volsques au travers d'un décret sénatorial spécial. Le tribun consulaire Lucius Furius Medullinus Fussus est choisi pour être son collègue, 3-4.Plutarque, Vies parallèles, Camille, 37, 2.. Il y a quelques différences entre les récits de Tite-Live et de Plutarque en ce qui concerne la campagne militaire qui a suivi.
Selon le premier, les tribuns quittent Rome par la Porte Esquiline en direction de Satricum à la tête d'une armée de quatre légions, chacune comprenant hommes. Arrivés devant Satricum, les Romains font face à une armée beaucoup plus nombreuse et prête au combat. Camille refuse d'engager la bataille et cherche à traiter avec l'ennemi. Exaspéré par cette stratégie, son collègue Lucius Furius prépare ses troupes au combat, clamant que Camille est devenu trop vieux et trop lent, il remporterait la victoire seul. Camille réunit de solides troupes et attend la conclusion de la bataille. Les Volsques commencent d'abord par se retirer devant la progression des troupes de Furius Medullinus et comme ils l'avaient prévu, les Romains se lancent à leur poursuite sur un terrain en pente qui s'élève jusqu'au camp des Volsques. À cet instant, les ennemis qui fuyaient sont rejoints par plusieurs cohortes qui avaient été placées en avant du camp. Les Romains, désavantagés par le terrain en pente et affrontant un ennemi supérieur en nombre, commencent à fuir. Camille intervient alors avec les troupes qu'il s'était constituées et rallie les fuyards qui reprennent leurs positions. L'infanterie romaine tenant le choc, la cavalerie, menée par Lucius Furius, met pied à terre et charge l'ennemi. Les Volsques finissent par céder et fuient dans la panique, abandonnant leur camp. Un grand nombre est tué ou capturé, 7-24..
Selon Plutarque, Camille est en fait retenu au camp par la maladie alors que son collègue engage la bataille. Quand il apprend que les Romains ont été mis en fuite, il quitte sa tente, rallie les fuyards et stoppe l'ennemi dans sa lancée. Ensuite, le jour suivant, Camille prend la tête des troupes, défait les Volsques et s'empare de leur camp. Il apprend alors que Sutrium a été prise par les Étrusques qui ont massacré tous les colons romains. Il renvoie une grande partie de ses troupes à Rome tandis qu'il prend la tête des soldats les plus jeunes et surprend les Étrusques, les chassant de SutriumPlutarque, Vies parallèles, Camille, 37, 3-5..
L'avis des historiens modernes