Jamphel Yeshe Gyaltsen (1911-1947), habituellement appelé Gyaltsap (Gyetsap) Rinpoché, est le Réting Rinpoché, abbé du monastère de Réting, qui lui donne le titre de Reting Hutuktu Thubden Jampal Yeshe Tenpai Gyaltsen (), au nord de Lhassa, dans le Tibet central. Il fut régent de 1934 à 1941, cédant provisoirement la place à Taktra Rinpoché, avant le terme de sa régence. Lorsqu'il voulut revenir au pouvoir en 1947, il fut accusé de complot contre Taktra, jeté en prison et mourut brusquement (tué, dit-on, par le gouvernement tibétain). Sa résidence fut démolie, ses biens vendus à l'encan, ses partisans au monastère de Séra emprisonnés ou tués, et le monastère de Réting détruit.
Pendant son inter-règne, il fit bâtir le gros-œuvre du stupa du dalaï-lama. Il fut aussi à l'origine de la découverte et du choix du dalaï-lama, dont il fut le premier précepteur. Il permit l'établissement à Lhassa d'un bureau de la commission des affaires mongoles et tibétaines du Kuomintang. Il possédait la société commerciale tibétaine Retingsang qui s'occupait du commerce du thé entre le Sichuan et le Tibet.
Si la situation économique favorable valut au régent d'être très apprécié des Tibétains, par contre il n'était pas armé pour affronter la rouerie politique de ses ennemis.
Jeunes années vignette|Le monastère de Réting en 2009. Jamphel Yeshe Gyaltsen, de son nom de naissance Gonpo Tseten, est né en 1911 à Dagpo, dans l'Ü-Tsang (dans ce qui est aujourd'hui la région autonome du Tibet), de parents de condition modeste. Il montre des signes de sagesse dès son plus jeune âge et est identifié comme étant la de Réting Rinpoché The Fifth Reting Hutuktu Thubden Jampal Yeshe Tenpai Gyaltsen (1912-1947), sur le site HH RETING HUTUKTU : à la suite d'indications données au monastère de Réting par le dalaï-lama en 1915 Sir Charles Bell, Portrait of a Dalai Lama. The Life and Times of the Great Thirteenth, First Published in 1946, Wisdom Publications, : . Son nom de réincarnation est Réting Thubden Jamphel Yeshe Tenpai Gyaltsen (rwa-sgreng thub-bstan ‘jam-dpal ye-shes bstan-pa’i rgyal-mtshan).
Études Il étudie au collège monastique de Séra Jé, dont il obtient le diplôme de guéshé (docteur)The Fifth Reting Hutuktu Thubden Jampal Yeshe Tenpai Gyaltsen (1912-1947), : .
Son monastère Le monastère de Réting (ou Radreng) (, ) est situé dans la vallée de Réting Tsampo, dans le district de Chengguan, dans le xian de Lhünzhub, à une centaine de kilomètres au nord de Lhassa (région autonome du Tibet).
Son portrait vignette|Réting Rinpoché Une description du Réting Rinpoché nous a été laissée par Freddie Spencer Chapman, le secrétaire particulier de Basil Gould lors de la mission de ce dernier au Tibet de à . Le régent n'a guère de présence. C'est un moine chétif, de petite taille, aux traits presque émaciés, âgé de 23 ans environ, et aux oreilles décollées. Il a le menton fuyant et, au-dessus de l'arête du nez, de curieux plis qui, lorsqu'il fronce les sourcils, font penser à des cornes. Il porte les cheveux coupés à ras Frederick Spencer Chapman, Lhasa the Holy City. With and Introduction by Sir Charles Bell, Chatto & Windus, Londres, 1940 : . Il est toujours flanqué d'un garde du corps, un moine gigantesque baptisé du nom de Simple Simon par les membres de la mission GouldFrederick Spencer Chapman, , ..
Sa régence (1934-1941) La mort d'un dalaï-lama entraîne normalement la nomination d'un régent qui doit veiller au choix d'un successeur et régner pendant la minorité de ce dernier. Depuis la fin du , ce rôle est dévolu à un lama réincarné ou tulku Melvyn C. Goldstein, A History of Modern Tibet, vol. 2, The Calm Before the Storm: 1951-1955, University of California Press, 2009, : .
Nomination À la mort du dalaï-lama, de vifs débats agitent les membres du Kashag à propos de l'élection du régent. Après l'élimination de Thupten Kunphel-la, l'ancien conseiller du , sous le prétexte qu'il ne s'est pas préoccupé assez tôt de l'état de santé défaillant du Pontife, les ministres tombent d'accord sur le choix de l'abbé de Réting pour lequel le s'était pris d'intérêt lors de son séjour de 1933 à son monastère (il lui avait donné son manuscrit et ses dés de divination en lui disant, à ce qu'on rapporte, ) Melvyn C. Goldstein, A History of Modern Tibet, Vol. 1, The Demise of the Lamaist State: 1913-1951, University of California Press, 1989, : . Le jeune abbé, toutefois, exige un tirage au sort entre trois tulkus pour prévenir d'éventuelles critiques sur sa désignation. Il en sort vainqueur Xiong Ji, Radreng the regent, in Tibet Studies 199001, China Tibet Information Centre, 2005-07-04..
En 1934, un an après la mort du , Jamphel Yeshe Gyaltsen, à peine âgé de 23 ans, est donc nommé régent et se retrouve chargé du gouvernement du Tibet pour les années à venirThe Fifth Reting Hutuktu Thubden Jampal Yeshe Tenpai Gyaltsen (1912-1947) : . Il doit toutefois partager le pouvoir avec un civil, le neveu du , le noble Langdun, qui est depuis 1926 premier ministre (Kalon Tripa) du gouvernement.
L’affaire Lungshar
En 1934, après l'éviction de Thupten Kunphel-la, Lungshar, ancien commandant en chef de l'armée et ancien responsable du ministère des finances sous le dalaï-lama, est accusé de conspirer pour renverser le Kashag et prendre le pouvoir Reting Rinpoche, The Tibet Album, Pitt Rivers Museum : . Informé par Rimshi Kashopa, le ministre Trimön Norbu Wanggyel, auquel Lungshar a reproché d'être partial dans la conduite des affaires publiques, fait arrêter et emprisonner son détracteurXiong Ji, Radreng the regent, .. Selon Claude Arpi, c'est Réting Rinpoché qui, mis au courant, ordonne l'arrestationClaude Arpi, Tibet : le pays sacrifié (Livre numérique Google), Bouquineo, : . L'ancien dignitaire est condamné à l'énucléation et à la prison à vie. Ses domaines sont confisqués et sa progéniture interdite de tout poste gouvernementalXiong Ji, Radreng the regent, : .
Rapports avec le gouvernement chinois
Que ce soit dans la recherche de la réincarnation du dalaï-lama, son transport à Lhassa, sa sélection par tirage au sort dans l'urne d'or, sa tonsure et son installation, Réting Rinpoché en rend compte au gouvernement central selon la coutumeXiong Ji, Radreng the Retring, : .
En , une mission chinoise, conduite par Huang Musong, est autorisée à se rendre à Lhassa pour présenter ses condoléances Robert Barnett, Lhasa: Streets with Memories, Columbia University Press, 2006, , .. Les discussions entre les deux parties se soldent par la décision d'établir à Lhassa un bureau de la commission des affaires mongoles et tibétaines Xiong Ji, Radreng the Retring, : . Réting Rinpoché autorise les responsables chinois à installer une station de radio permanenteThomas Laird, avec le Dalaï-Lama, Christophe Mercier, Une histoire du Tibet : Conversations avec le Dalaï Lama, Plon, 2007, , . tandis que la mission aide le nouveau bureau à mettre sur pied une station météo, une école primaire et une clinique Xiong Ji, Radreng the Retring, : .
Recherche de la réincarnation du dalaï-lama vignette| Réting Rinpoché sur son trône en 1939 La plus urgente des tâches qui incombaient au Réting Rinpoché était la quête de la réincarnation du dalaï-lamaKhemey Sonam Wangdu, Discovery of the Dalai Lama, in Khemey Sonam Wangdu, Sir Basil J. Gould and Hugh E. Richardson, Discovery, Recognition and Enthronement of the Dalai Lama, Library of Tibetan Works and Archives, Dharamsala, 2000, , en part. : . En 1935, il se rend en compagnie de différents dignitaires sur les rives du lac sacré de Lhamo-Latso, le lac des visions, non loin du monastère Chokhorgyal, à la recherche des signes de la réincarnationThe Tibet Album, : . Il voit à la surface de l’eau trois syllabes : Ah, Ka et Ma. Il voit aussi apparaître un monastère aux toits de tuiles dorées et vertes ainsi qu’une petite ferme aux ardoises bleu turquoise. Il note ces informations par écrit et en garde le secretKhemey Sonam Wangdu, : .
Deux ans plus tard, lorsqu'une mission est envoyée dans le nord-est de la province du Qinghai (l'Amdo) pour trouver la réincarnation, elle emporte le récit de la vision du régent ainsi que des lettres de recommandation au panchen-lama, au gouverneur Ma Bufang, à l'abbé de Kumbum et aux administrateurs des monastères et aux responsables civils de la régionKhemey Sonam Wangdu, , : . Kwetsang Rinpoché, un lama du monastère de Séra, identifie deux bâtiments comme correspondant à la vision du régent : le monastère de Kumbum avec ses toitures dorées et vertes, puis un peu plus loin, dans un hameau du nom de Taktser en tibétain et de Hongya en chinois, une ferme de style chinois couverte de tuiles turquoiseGyalo Thondup, Anne F. Thurston, The Noodle Maker of Kalimpong: The Untold Story of the Dalai Lama and the Secret Struggle for Tibet, , : ..
À l'hiver de 1939, le Kashag notifie le gouvernement du Kuomintang de la découverte de la réincarnation du , à la suite de quoi le gouvernement central envoie au Tibet, en , une délégation conduite par Wu Zhongxin, président de la Commission des affaires mongoles et tibétaines de la République de Chine, ayant pour mission de superviser les formalités de la confirmation du dalaï-lama et d'organiser la cérémonie de remise d'un titre honorifique à Réting Rinpoché, en plus de distribuer des présentsXiong Ji, Radreng the regent, : .
Velléités de démission (1936) En 1936, Réting Rinpoché exprime par deux fois le désir de démissionner de sa fonction de régent. On le persuade de rester en fonctions, en l’assurant qu’on ne discuterait pas ses ordresThe Tibet Album, : .
La même année, alors que le panchen-lama, escorté par une troupe chinoise, fait route vers le Tibet, Réting Rinpoché se rend à Samyé, à au sud-est de Lhassa, pour y présider une cérémonie de consécration à la réouverture du monastère qui vient de subir des réparations importantesThe Tibet Album, : . Pendant son absence, qui dure six semaines, aucune décision politique importante n'est possible, d'autant plus qu'il a emmené avec lui deux des quatre shap-pé (ministres)Spencer F. Chapman, Lhasa the Holy City, With and Introduction by Sir Charles Bell, Chatto & Windus, Londres, 1940, : . À son retour de Samyé, où il a pu se donner de l'exercice, il est un autre homme. D'après le témoignage de Chapman, il n'a plus l'air souffrant ni émacié, il n'est plus tendu ni indécis, il semble requinqué physiquement et mentalementSpencer F. Chapman, , : .
Rapports avec la mission Gould (juillet 1936 - février 1937) En , les Britanniques envoient sir Basil Gould en mission à Lhassa, accompagné de Hugh Richardson et de Freddie Spencer Chapman, son secrétaire particulier, sous escorte de soldats et de deux officiers du Royal Corps of Signals. Ces derniers sont chargés d'établir une station radio sans fil, en réponse à l'établissement d'une station similaire à la mission chinoise Christopher Hale, Himmler's crusade: the Nazi expedition to find the origins of the Aryan, John Wiley & Sons, 2003 : . Hugh Richardson devait devenir, à partir de 1936, le chef de la première mission britannique établie à Lhassa Alex McKay, The Establishment of the British Trade Agencies in Tibet: A Survey, in Journal of the Royal Asiatic Society (1992), Third Series, 2, : . Heather Spence, British Policy and the 'development' of Tibet 1912-1933, Doctor of Philosophy thesis, Department of History and Politics, Faculty of Arts, University of Wollingong [Australia], 1993, x + 362 p. : .
Démission de Langdun (1939)