L'immigration polonaise dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais s'est effectuée avant et surtout après la Première Guerre mondiale. Elle eut lieu principalement dans la seconde partie des , quand les mines, noyées en octobre et par les Allemands, à la fin de la guerre, furent de nouveau utilisables. La moitié des immigrés polonais étaient d'abord passés par l'Allemagne avec le statut de mineurs westphaliens.
Plusieurs milliers furent renvoyés chez eux dans les cinq années qui ont suivi le krach de 1929, parfois pour fait de grève. Un certain nombre d'entre eux fut tué dans les Brigades Internationales, au cours de la Guerre d'Espagne puis dans la Résistance, en particulier au moment de la Grève patriotique des cent mille mineurs du Nord-Pas-de-Calais en mai-juin 1941.
Par la suite, entre 1945 et 1949, au moment de la problématique de la bataille du charbon pour combattre les pénuries d'électricité dans plusieurs pays, environ de France sont revenus en Pologne via une « reemigracja » d'abord spontanée puis organisée, parmi lesquels du Nord-Pas-de-Calais, dont de nombreux communistes qui souhaitaient reconstruire leur pays, malgré ou à cause, de l'arrivée au pouvoir du gouvernement socialiste mis en place par l'Union soviétique, dès .
Avant la Première Guerre mondiale vignette|upright=0.8|La catastrophe de Courrières illustrée par Le Petit Journal.
Les conséquences de la catastrophe de Courrières Entre 1900 et 1913, les mines de Lorraine sont allemandes depuis 1871 et l'annexion de la région par l'Empire allemand et seuls un tiers des mineurs français sont encore logés dans les corons car la main d’œuvre vient de Belgique pour le département du Nord, des villages voisins pour le Pas-de-Calais.
La production française de charbon a progressé d'un quart au cours de la première décennie du siècle passant de 33 à de tonnes. La productivité est encore faible : seulement une tonne par homme et par jour en 1913, mais l'expansion de l'énergie électrique créé une forte demande, que les compagnies sont anxieuses de rentabiliser. En 1906, la terrible catastrophe de Courrières tue près de de la de Courrières, la première compagnie française. Elle recrute d'abord en Kabylie puis les premiers Polonais en 1909 et 1910.
L'apprentissage du marteau-piqueur en Allemagne Les Polonais arrivés tout d'abord à la de Courrières sont appelés mineurs westphaliens, car ils sont arrivés de la Ruhr allemande, où ils ont appris à manier le marteau-piqueur. Parmi eux, se trouve le leader syndical Thomas Olszanski. Sur recommandation du prince polonais Witold Czartoryski, actionnaire de la Compagnie des mines d'Anzin, celle-ci recrute aussi . Des mineurs westphaliens, qui donnent satisfaction, sont recrutés aussi à Barlin, Lallaing, Guesnain et Wallers par la de Nœux, et la d'Aniche. Au début de l'année 1913, des familles polonaises s'installent à Méricourt, dans les vieilles cités appelées « Méricourt-Coron », selon le témoignage d'un mineur polonais de l'époque.
Première Guerre mondiale En , au début de la Première Guerre mondiale, les compagnies décident la dissémination d'une partie des « Westphaliens » vers le Massif central, à Cransac en Aveyron, Roche-la-Molière et Saint-Étienne, dans la Loire, Alais dans le Gard"Les mineurs polonais dans l’histoire de la France du : jalons, originalités, figures" par Diana Cooper-Richet, Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines, de l' Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, revue Synergies Pologne n° spécial - 2011 [dex2.php?url=http%3A%2F%2Fressources-cla.univ-fcomte.fr%2Fgerflint%2FPologne_SP2011%2Fdiana.pdf. Dans un contexte de patriotisme exacerbé, il s’agit de se prémunir contre la méfiance suscitée par leur long séjour en Allemagne, où plusieurs sont même nés. Environ 80 d’entre eux arrivent ainsi à Cransac dans l'Aveyron, parmi lesquels Thomas Olszanski, de la de Courrières.
Après la Première Guerre mondiale vignette|La fosse 4 des mines de Lens en 1918. Vaincus à Vimy, les Allemands ont causé des dommages dans la plupart des compagnies minières. Sur l'ensemble du territoire, environ deux-tiers des Polonais recrutés comme ouvriers agricoles gagnèrent l'industrie dès qu'ils le purent, car la demande de main-d’œuvre y était très forte, en raison d'une croissance française qui s'accélère à partir de 1924.
Insurrection de Silésie et mineurs qualifiés Sous pression des Alliés, l'Allemagne avait donné à partir de 1919 aux Westphaliens d’origine polonaise la possibilité d'opter pour la nationalité polonaise, ce qui leur permet de revenir en Pologne. La tendance au était de « germaniser », atténuée de la part de l'Empire allemand à partir de 1887. Les « Westphaliens » qui retournent au pays, dont le nombre est mal connu, découvrent un chômage très élevé et l'écrasement de l'insurrection de Silésie par de la Reichswehr à l’été 1919.
Confrontés aussi aux prémices de la Guerre soviéto-polonaise, ils préfèrent souvent repartir, mais vers la France, qui a entrepris de les séduire, via Myslowice puis Toul, où Paris a été créé un bureau d’immigration, plutôt que de revenir en Allemagne, où la situation sociale est très tendue et qui va déboucher en sur le Soulèvement de la Ruhr.
Dès la fin 1919, le ministère français du Travail avait ouvert une « Mission française de la Main d'œuvre » à Varsovie, qui organise le le premier convoi venu de Pologne vers la France. Elle doit rapidement déménager à Czestochowa, sur fond de Guerre soviéto-polonaise, qui débute en par un premier conflit près de Biaroza, en Biélorussie.
Les employeurs tentent d'éviter ceux qui viennent du bassin minier de Dąbrowa Górnicza, en Voïvodie de Silésie, où de nombreuses grèves avaient accompagné la tentative de révolution russe de 1905. Mais la pénurie de main d'œuvre obligera à embaucher quand même beaucoup à partir de 1923, d'autant qu'ils ont des références professionnelles. Des critères de compétence sont institués. À Myslowice, dans la banlieue de Katowice, en Silésie, les candidats ne sont retenus que s’ils ont deux ans d’expérience du fond, dont huit mois d’abattage du charbon.
Soulèvements spartakistes en Allemagne Les compagnies minières françaises accentuent leurs efforts pour recruter plutôt en Allemagne, pays vaincu par le conflit mondial, où l’activité minière est de toute façon rendue difficile par les affrontements dans la Ruhr, qui causent , en plus de politiques. En réaction, à partir du , la France occupe temporairement Francfort et Darmstadt. En , c’est Duisbourg et Dusseldorf qui sont occupées, en vertu d’une décision des Alliés. En , le comité des houillères ouvre un bureau à Duisbourg, dans la Ruhr et c'est à l'été 1922 que le plus grand nombre de mineurs polonais arrivent dans le Pas-de-Calais.
Le débute l'Occupation de la Ruhr dans son entier, qui est très mal accueillie par les Allemands. Elle déclenche des manifestations et même le blocage de trains transportant les mineurs polonais en France, ce qui oblige à entreprendre de longs voyages vers Boulogne-sur-Mer et Dunkerque, en bateau, par la mer Baltique et la mer du Nord. Les recruteurs ouvrent alors un bureau à Wejherowo, sur la Baltique, près de Gdynia pour des liaisons vers Dunkerque et Le Havre. Les tensions sociales contre le départ des Polonais amènent le gouvernement allemand à s'élever contre les transferts de main-d’œuvre puis à obtenir le la fin de l’Occupation de la Ruhr. Dès 1924, les Français ont préféré temporiser et se tourner à nouveau directement vers la Pologne.
Entretemps, la situation s’est stabilisée en Pologne où la Guerre soviéto-polonaise s’est terminée par un armistice, entré en vigueur le . Pour éviter de renouer avec la faible efficacité des opérations de recrutement de 1920, Henri de Peyerimhoff de Fontenelle crée cette fois la Société générale d’immigration, en 1924. Il l’héberge à Paris dans les locaux du comité des houillères. C’est une société par action, au capital partagé entre les compagnies, sur le modèle de « Société civile de dénoyage des houillères » de 1919. Pour chaque recrutement, l'employeur lui verse une commission. Depuis, les mines de charbon du nord de la France se sont progressivement vidées de l'eau qui avait noyé la plupart des galeries pendant la guerre, puis ont été remises en fonctionnement. Les contraintes de productivité ne sont plus aussi fortes qu’en 1919, le besoin de mineurs très compétents moins aigu. Le recrutement se diversifie, les compagnies faisant appel à autant de Français que de Polonais.
Une implantation dessinée par les destructions de guerre Bruay-en-Artois fut appelée « capitale polonaise » ou « Czestochowa » et les Polonais devinrent majoritaires, atteignant parfois jusqu'à 70 % de la population"La participation des polonais à la Résistance dans le Pas-de-Calais et le Nord (1940-1944)" par J. Zamojski dans la Revue du Nord en 1975 dans les localités de la partie ouest du Bassin minier: Sallaumines, Aniche, Ostricourt, Libercourt.
Seule l'extrémité occidentale du bassin minier nordiste avait en effet échappé aux destructions occasionnées par l'occupation allemande. Pendant la guerre, les Allemands avaient noyé les puits de 80 % des compagnies.
Les 20 % restant, à l'extrémité ouest du bassin minier régional, furent donc en première ligne pour l’effort de guerre, puis pour la reconstruction, car pomper l’eau dans les galeries inondées des autres mines prenait du temps et consommait de l'énergie, d'où la création dès 1919 d'une « Société civile de dénoyage des houillères », à laquelle l'État prête de francs.
La pénurie de charbon est vive, il faut reconstruire la France, les effectifs des charbonnages sont tombés à en 1918 contre en 1913 et les mines elles-mêmes manquent d'énergie, qu'elles utilisent parcimonieusement, d'où la recherche de personnels très qualifiés.
La de Bruay est la seule opérationnelle immédiatement. Elle avait extrait de tonnes en 1917 contre deux millions en 1914, et affronte de nouveau une très forte contrainte de productivité. Elle parvient à recruter dès des mineurs westphaliens habitués à l'usage du marteau-piqueur dans la Ruhr allemande : dans un premier temps, 80 viennent à Marles-les-Mines, et 14 à Bruay, les compagnies espérant qu'ils vont ensuite rapidement convaincre leurs compatriotes de la Ruhr de les suivre.
Après la conférence gouvernementale franco-polonaise du , la Compagnie de Bruay bâtit pour eux en trois ans. Venus en famille, exigeants sur la qualité de l'habitat, ils créent une quarantaine d'associations à Bruay. À Marles-les-mines, ont été bâties par la Compagnie des mines de Marles pour accueillir des « Westphaliens ». À Lapugnoy, commune voisine, d'autres polonais sont arrivés de Pologne, sans famille ni mobilier, en bateau puis en train, par la gare de Chocques, pour être installés cette fois dans des baraquements. Certains sont repartis en raison de ces mauvaises conditions d'accueil, d'autres après une période d'essai d'un an.
Des arrivées surtout au milieu des années 1920 Environ sont arrivés en France, le par un premier convoi. Puis en , c'est . Mais c'est seulement vers 1923-1924 que les arrivées ont lieu, car la reconstruction des mines, après la guerre 1914-1918 a pris cinq ans.
En 1931, environ polonaises, soit vivent dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. Dans le département du Nord 60,4 % des immigrés polonais sont dans les mines, 90 % dans celui du Pas-de-Calais.
Le milieu des années 1920 a par ailleurs vu la généralisation des machines d'abattage minier lourdes (marteaux-piqueurs puis haveuses), sans rechercher la neutralisation des poussières générant une plus grande fréquence de la maladie de la silicose.
Les compagnies françaises ont globalement du mal à recruter en Pologne, même si en des Polonais seront rassemblés à Poznań pour aller à Sallaumines, où ils formeront 40 % de la population.