vignette|Conquistadors espagnols marquant au fer les Amérindiens réduits en esclavage. L'esclavage des Amérindiens a pris des formes très variées, certaines existant chez des indigènes précolombiens en Mésoamérique. Après la prise de pouvoir des Européens, l'esclavage a été étendu, sous des formes variées (comme l'encomienda dans l'Empire espagnol) proches du servage et de la définition de l'esclavage contemporain, à un nombre beaucoup plus important d'Amérindiens.

L'historien Brett Rushforth a essayé d'établir le bilan total de l'esclavage des populations amérindiennes, et estime qu'entre 2 et 4 millions d'autochtones ont été réduits en esclavage en Amérique du Nord et du Sud pendant toute la période où la pratique avait cours, estimation très supérieure aux précédentes"L'esclavage des Amérindiens, l'autre péché originel de l'Amérique", par Rebecca Onion, dans Slate le 23 octobre 2016 . L'historien Andrés Reséndez, professeur à l’université de Californie à Davis, évoque lui aussi plusieurs millions de victimes, mais préfère ne pas livrer de chiffre précis, compte tenu de l'impossibilité de le faire, car la plupart des victimes étaient sous l'empire espagnol qui interdisait leur mise en esclavage, clandestine, mais sans pouvoir l'empêcher.

L'historien Andrés Reséndez a publié en 2016 une enquête approfondieAndrés Reséndez, "The Other Slavery : The Uncovered Story of Indian Enslavement in America", Boston, Houghton Mifflin Harcourt, 2016, fondée sur de nombreuses archives, qui remet en cause l'historiographie classique attribuant la mort massive des Amérindiens aux maladies importées d'Europe, car selon lui leur mise en esclavage par les Européens, qui s’est généralisée à partir du dans certaines régions, a très fortement accru leur mortalité et facilité la progression des épidémies, plus spécifiquement du Mexique et aux États-Unis. Andrés Reséndez estime qu'entre et Amérindiens ont été réduits en esclavage en Amérique du Nord, à l'exclusion du Mexique.

Bien que l'esclavage soit devenu illégal à travers l'Amérique, aujourd'hui encore des centaines de milliers d'autochtones subissent des traitements caractéristiques de l'esclavagisme contemporain, notamment de la part de réseaux de commerce sexuel en Amérique latine et dans les Caraïbes Francis T. Maki, Grace Park, Trafficking in Women and Children: The U.S. and International Response, Congressional Research Service Report 98-649C, 10 mai 2000. (tel que commenté par le site Libertad Latina.org dans Sexual Slavery Within Latin America et Trafficking in Persons: USAID's Reponse)..

Époque précolombienne En Mésoamérique, les formes les plus courantes de l'esclavage étaient celles des prisonniers de guerre et des débiteurs. Ceux qui étaient incapables de rembourser une dette pouvaient être condamnés à travailler comme esclave pour la personne envers laquelle ils étaient redevables.

Ses caractéristiques étaient distinctes d'autres formes d'esclavage : L'esclavage n'était pas héréditaire ; les enfants des esclaves naissaient libres. Les esclaves n'étaient pas cessibles et il n'y avait pas de marché pour leur revente. Ils n'étaient pas déportés.

La plupart des victimes de sacrifices humains étaient des prisonniers de guerre ou des esclaves"Human sacrifice", Britannica Concise Encyclopedia.

Parmi les nombreuses Premières Nations du Canada, certaines capturaient régulièrement des esclaves des tribus voisines. Les tribus esclavagistes étaient les Creeks de la Géorgie, les Pawnees de la partie Est des Grandes Plaines, les Iroquois, les Klamath de la Dominique, les Tupinamba au Brésil, et certaines sociétés de pêche, comme les Yurok, qui vivaient le long de la côte de ce qui est maintenant l'Alaska à la Californie.

Les nouveaux esclaves étaient généralement des prisonniers de guerre ou capturés pour les besoins du commerce et de l'État. Parmi certaines tribus du Nord-Ouest du Pacifique, environ un quart de la population étaient des esclavesCooper, Afua. The Untold Story of Canadian Slavery and the Burning of Old Montreal,(Toronto:HarperPerennial, 2006)Digital History African American VoicesHaida Warfare.

Époque moderne thumb|Campement de Bandeirantes, anonyme, s.

Empire espagnol d'Amérique L'Encomienda contesté lors de la Controverse de Valladolid Les premiers Européens à étendre leur emprise sur des peuples amérindiens furent les Espagnols. En 1503, la couronne espagnole étendit le système de l'encomienda, instaurée dès 1499 par Christophe Colomb sur l'île d'Hispaniola sous le nom de repartimientoLynne Guitar, « Encomienda system », p.250-252 de The Historical Encyclopedia of World Slavery, ABC-CLIO, 1997., à l'ensemble des populations indigènes, hormis quelques élites.

Cependant l'encomienda différait de l'esclavage, de manière théorique, sous certains aspects. Dans la pratique, il était proche de l'esclavage, surtout au sens contemporain du terme Mark G. Jaede, « Enriquillo », p.184 de The Historical Encyclopedia of World Slavery, ABC-CLIO, 1997 : « In practice, […] the distinction between encomienda and slavery could be minimal »..

Le livre de l'historien Andrés Reséndez a reçu en 2017 un prix important aux États-Unis pour les historiens, le « Bancroft Prize in American History and Diplomacy»Andrés Reséndez, "The Other Slavery : The Uncovered Story of Indian Enslavement in America", fiche de lecture par Yves Laberge dans la revue Amerika en 2017 . Son enquête établit que ce sont les mines d’or et surtout d’argent qui ont , pas seulement au , et que sans lui elles n'auraient pû avoir autant d'importance. Le pape Paul III condamne l’esclavage des Indiens, en 1537, par la bulle Sublimis deus puis par la lettre Veritas ipsa. Isabelle la Catholique, reine d’Espagne et l’empereur Charles Quint le condamnent aussi.

La monarchie espagnole interdit cette pratique en 1542 en édictant les célèbres "Lois nouvelles", appelées aussi "code juridique pour les Amériques, qui mais ne , même s'il a rendu possible des recours juridiques spécifiques, devant les tribunaux pour obtenir un affranchissement.

Faux au contestations de cette jurisprudence, Charles Quint et les papes Paul III (1534-1549) puis Jules III (1550-1555) instituent la controverse de Valladolid, conférence réunissant une quinzaine de théologiens durant une année, d’ à , pour savoir si les Indiens sont ou non des êtres inférieurs aux Européens. Le pape y envoie un légat, le cardinal Roncieri, présider le débat qui oppose le dominicain Bartolomé de las Casas, ex-évêque de Chiapas au Mexique, auteur de la "La Très Brève Relation de la destruction des Inde" au jésuite à Jan Gimenès de Sepúlveda, grand théologien, chroniqueur et confesseur de Charles Quint"La controverse de Valladolid ou la problématique de l'altérité", par Michel Fabre, dans la revue Le Télémaque en 2006 , qu' s'est fait avocat des conquistadores dans « Démocrates Alter » : « des justes causes de la guerre ». Cette conférence permit à Las Casas de publier l'année suivante un des rares récits des dégâts de l'esclavage non censurés à l'époque, "Brevísima relación de la destrucción de las Indias".

Un demi-siècle plus tard, "Descripción de las Indias", publié en 1601 par Antonio de Herrera y Tordesillas, tente de légitimier la traite des Noirs, en estimant que les Espagnols, empêchés d'employer les Indiens n'ont eu d'autre choix que recourir aux négriers et que Las Casas y aurait été favorable. Mais à l'aube du , l'abbé Grégoire démontrera que cette interprétation est calomnieuse et infondée, dans un livre s'inquiétant du risque de rétablissement de l'esclavage en France., en soulignant que Las Casas n'était pas soucieux de la seule situation aux Amériques. La publication posthume de l'Historia de las Indias, en 1875 donnera raison à l'abbé Grégoire. Dans le tome III, Las Casas juge l'esclavage des noirs aussi injuste et inhumain que celui des Indiens et regrette de l'avoir négligé dans ses jeunes années, au prétexte qu'il aurait allégé le travail des Indiens.

Entre-temps, la controverse de Valladolid de 1551 a causé un ralentissement des conquêtes des Espagnols, selon les historiens, mais surtout dû au fait que les zones minières découverte en 1645 qui les intéressaient en priorité (Mexique et Pérou) étaient déjà acquises. C'est seulement trente ans plus tard que le Potosí péruvien, plus importante mine d'argent du Monde, connait un nouveau cycle de production massif, réparti sur la période 1580-1620, qui coïncide avec naissance de l'Union ibérique, quand à la mort de Sébastien de Portugal, Philippe II d'Espagne reçoit le soutien d'une partie de la Cour pour évincer Antoine de Portugal en 1581Geoffrey Parker, The army of Flanders and the Spanish road, London, 1972 , p. 35.. Dès 1585, l'extraction d'argent au Potosí péruvien a décuplé par rapport 1570. Cet afflux d'argent-métal espagnolMesuré par l’étude menée grâce au cyclotron a porté sur 16 monnaies du Pérou de 1556 à 1784, 12 monnaies du Mexique de 1516 à 1598, 29 monnaies espagnoles de 1512 à 1686 et 65 monnaies françaises de 1531 à 1652 provenant des collections du Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Nationale (Paris), du musée Puig (Perpignan) et de la collection Bourgey (Paris). sert aux sucreries portugaises du Brésil à acheter des esclaves noirs raflés le long des fleuves africains"Potosi, l'argent du Pérou inonde le monde" par Tristan Gaston Lebreton dans Les Echos, le 6 août 2019 , avec en 1575 et 1585, un doublement du nombre de petites sucreries à Pernambouc et Bahia. Il fait aussi augmenter la frappe monétaire en Europe dans les années 1610, les mines du Mexique prenant le relais"L’argent du Potosi (Pérou) et les émissions monétaires françaises" parBruno Collin, dans la revue Histoire et mesure en 2002 , dopant la demande de tabac et de sucre.

Reprise de l'esclavage amérindien en 1604 au Chili, Mexique et dans les régions mayas Au début du XVIIe siècle en particulier, cette pratique reprend à grande échelle dans l'Empire espagnol. Le livre d'Andrés Reséndez décrit la mise en place du système esclavagiste autour de 1604 au Chili, dans les régions mayas et dans la « Nouvelle-Espagne». Par la suite, au cours du même siècle, les Rois d’Espagne sont selon Andrés Reséndez à nouveau à , ce qui favorise une seconde « croisade anti-esclavage », au cours du en Espagne"« L’Autre Esclavage », d’Andrés Reséndez : les Amérindiens, esclaves oubliés" par Claire Judde de Larivière, Historienne et collaboratrice du Monde des livres, le 17 juin 2021 .

thumb|left|Récente photo d'un Pueblo à Taos qui participa à la révolte et servit de base à Popé. Le livre de Andrés Reséndez évoque la révolte des Pueblos de 1680, appelée aussi rébellion de Popé, du nom du shaman qui la dirige, au cours de laquelle plusieurs peuples de Nouvelle-Espagne, le futur Mexique, , mais aussi plus de 500 autochtones massacrés par les Espagnols, et de très nombreux autres réduits en esclavage. Le , des Pueblos assassinèrent des Fransiscains en pleine messe, avant de s'emparer du bétail et des chevaux du village, créant la surprise dans la colonie. rès d'un millier d'Espagnols furent tués, dont 401 colons et 21 Fransiscains le premier jour de révolte. Le , les Amérindiens assiégèrent la ville de Santa Fe, forçant les Espagnols à se retirer le après une résistance inutile de quelques jours, ce qui mit et les obligea à fuir la région pendant une douzaine d'années.

Empire portugais Lors de la colonisation par les Portugais et d'autres Nations du Brésil, des Indiens d'Amérique ont commencé à échanger contre des biens leurs prisonniers, au lieu de les sacrifier. Cependant, c'est surtout dans le cas des colonies portugaises que ce fut rapporté.

Les Bandeirantes brésiliens, à partir de leur base de São Paulo, mènent des expéditions de traque d'esclaves jusqu'en Amazonie.