Le Raton crabier (Procyon cancrivorus), également connu sous le nom de « chien crabier », est une espèce de mammifères carnivores de la famille des Procyonidés, originaire des zones humides, des mangroves et des forêts tropicales d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud. Proche parent du raton laveur, il se distingue morphologiquement par des membres plus fins et allongés ainsi qu'une adaptation prononcée à la vie arboricole et aux milieux aquatiques. Décrit pour la première fois à la fin du , cet omnivore opportuniste se nourrit principalement de fruits, de crustacés, d'amphibiens et de divers petits invertébrés ou vertébrés. Bien qu'il fasse localement face à des pressions anthropiques telles que la dégradation de son habitat et la pollution des cours d'eau, l'espèce dispose d'une vaste aire de répartition et est classée par l'UICN comme de « préoccupation mineure ».

Dénominations Nom scientifique valide : Procyon cancrivorus (Cuvier, 1798) selon . Nom vulgaire typique et recommandé en français : Raton crabier ; Noms vernaculaires : Crabier, Chien crabier . Dénominations locales Le raton crabier possède de nombreuses dénominations locales autochtones ou créoles empruntées au français ou à l’anglais.

LangueDénominationCréole guyanais Chyen crabierKaliñaWana’u, Pelo akuludanonPalikúrPeru-kawewutnePortugais / Brésilien Pés-chato, Mão-pelada, Guaxinim Saramaka Kaabu daguSranan TongoKrabdaguTupi-guaraniaguará, agoará popé.

Taxinomie et évolution vignette|gauche|Le Crabier par Jacques de Sève dans l’œuvre Complête de l’Histoire naturelle de Buffon, 1773. Le raton crabier a été décrit pour la toute première fois en 1792 par le naturaliste français Brognart sous le nom de Viverra cancrivora, partageant son genre Viverra avec les Coatis décrits dans ce même document. Son épithète spécifique retenu par la commission internationale de nomenclature zoologique revient à Georges Cuvier qui l’a décrit en 1798 sous le nom Ursus cancrivorus, comme la plupart des Procyonidés actuels comme les Coatis. Dans ces deux documents, Cayenne en Guyane française en est la localité-type, tout comme le nom vernaculaire local de « Chien crabier » dont « Raton crabier » tient directement.

Par la suite, il a été reclassé dans la famille des procyonidés (Procyonidae), à laquelle appartiennent également les coatis (Nasua). D’après des études génétiques, la lignée du raton laveur et du raton crabier auraient divergé il y a environ 4,2 millions d’annéesKoepfli, K.-P. et al. (2007). « Phylogeny of the Procyonidae (Mammalia: Carnivora): Molecules, morphology and the Great American Interchange ». Zootaxa, 1472, p. 1–34. DOI:10.3897/zookeys.1.2747.

Phylogénie

Plusieurs études moléculaires récentes ont permis d'établir les relations phylogénétiques entre les procyonidés et la position exacte du genre et des espèces de ratons, illustrées dans le cladogramme ci-dessous :

Sous-espèces On reconnaît actuellement quatre sous-espèces de raton crabier :

P. cancrivorus cancrivorus G. Cuvier, 1798 ; P. cancrivorus aequatorialis J. A. Allen, 1915 ; P. cancrivorus nigripes Mivart, 1886 ; P. cancrivorus panamensis Goldman, 1913.

Description vignette|gauche|Le raton crabier se distingue par ses membres élancés, bien adaptés à la grimpe et à la manipulation d'aliments. vignette|gauche|Crâne d’un raton crabier issu de la collection d’ossement du Museum Wiesbaden, en Allemagne.

Morphologie et dimensions Bien qu’il paraisse plus élancé que le raton laveur, le raton crabier présente des dimensions similaires. La longueur tête-corps varie entre 41 et 80 cm, à laquelle s’ajoute une queue de 20 à 56 cm. Il mesure environ 23 cm au garrot. Le poids moyen oscille entre 5 et 7 kg, avec des extrêmes allant de 2 à 12 kgCheida C. C., Rodrigues F. H. G., Mourão G. M. (2012). Ecologia espaço-temporal de guaxinins Procyon cancrivorus (Carnivora, Procyonidae) no Pantanal central. Cuiabá : Universidade de Minas Gerais (UFMG), [PDF en ligne https://ainfo.cnptia.embrapa.br/digital/bitstream/item/61675/1/OS-28-2-6-CAR-ECO.pdf]. C'est un animal nocturne, omnivore et frugivore. Son poids varie plus précisément de 3 à 7 kg pour une longueur totale allant de 54 à 65 cm, dont 25 à 38 cm pour la queue. Les mâles ont tendance à être plus grands que les femelles.

Signes distinctifs Le raton crabier se distingue du raton laveur par plusieurs adaptations morphologiques liées à un mode de vie plus arboricole et frugivore. Ses membres, longs et fins, ainsi que ses griffes acérées, facilitent l’escalade des troncs d’arbre. Ses dents jugales, plus grandes, sont dotées de cuspides arrondies, optimisant la mastication de fruits à coqueZeveloff, S. (2002). Raccoons: a natural history. Smithsonian Books. .

Il est plus petit que le raton laveur, ce qui aide à distinguer les deux espèces. Le poil du cou du raton crabier est orienté vers l'avant en direction de la tête. Ces animaux paraissent plus minces que le raton laveur en raison de l'absence de sous-poil, une adaptation aux climats plus chauds qu'ils occupent. Le masque noir du raton crabier s'estompe derrière les yeux, contrairement à l'espèce nord-américaine dont le masque s'étend presque jusqu'aux oreilles. Le pelage dorsal est d'un brun assez uniforme, ce qui le distingue facilement de l'aspect plus grisonnant du raton laveur. Ses pattes et ses pieds sont brun foncé et d'apparence mince par rapport aux membres antérieurs blancs et aux membres postérieurs d'un brun blanchâtre visibles chez le raton laveur. La queue représente environ 60 % de la longueur du corps chez le raton laveur, mais seulement 50 % chez le raton crabier.

Son pelage court varie du brun roussâtre au gris-brun, et son masque facial noir, épais, s’étend des yeux jusqu’à la mâchoire. Sa queue, annelée de cinq à dix bandes sombres, est moins touffue que celle du raton laveur. Sa tête est fine, au museau allongé, et les oreilles, noires bordées de blanc, sont semi-arrondies. Les membres antérieurs, plus courts que les postérieurs, sont terminés par des mains glabres, plates et très mobiles, bien adaptées à la préhension d’objets.

Anatomie dentaire et physiologie

Le raton crabier possède une formule dentaire totale de 40 dents.

Peu de données sont disponibles concernant le taux métabolique basal (TMB) du raton crabier, bien que des informations adéquates existent pour l'espèce nord-américaine, dont le taux de masse est supérieur à celui des autres procyonidés, expliquant sa plus grande répartition géographique. Leurs taux métaboliques ne varient pas selon les saisons, bien que les individus des deux sexes puissent perdre ou prendre du poids au cours de l'année, prenant de la masse en hiver et en perdant en été. Sur le plan biologique, il est endotherme, homéotherme et présente une symétrie bilatérale, avec un taux métabolique basal moyen estimé à 2,588 W. Écologie et comportement

Répartition géographique et habitat La répartition géographique du raton crabier s’étend depuis l’Amérique centrale, au Costa Rica et au Panama, jusqu’à une grande partie de l’Amérique du Sud orientale, à l’est de la cordillère des Andes. Il est notamment présent en Argentine, au Brésil, en Bolivie, en Colombie, dans les Guayanes : Guyana, Suriname, Guyane française, à Trinité-et-Tobago et au Venezuela.

Au Brésil, il est signalé dans l’ensemble des biomes nationaux, y compris dans de nombreuses aires protégées.

Le raton crabier fait preuve d’une grande capacité d’adaptation à divers types d’habitats, qu’ils soient aquatiques, terrestres ou perturbés par l’activité humaine. Il présente néanmoins une certaine dépendance aux milieux humides, et se rencontre le plus souvent à proximité de cours d’eau, lacs ou zones marécageuses. Il peut aussi être observé dans des territoires plus secs à certaines périodes de l’année. L'espèce est généralement observée à basse altitude, même si des mentions récentes ont élargi son aire de répartition jusqu'à 2 350 mètres au dessus du niveau de la mer.

Il fréquente une grande diversité de milieux : forêts ombrophiles denses, forêts semi-décidues ou décidues, forêts mixtes, caatinga, cerrado, mangroves, restingas, ainsi que le Pantanal. Il colonise également des paysages anthropisés, comme les mosaïques de plantations d’eucalyptus et de végétation native, les champs de canne à sucre, les pâturages ou les fragments forestiers.

Au Panama et au Costa Rica, où il est sympatrique du raton laveur, il occupe principalement les rivières et ruisseaux dans les terres, tandis que le raton laveur se trouve plutôt le long des cours d’eau et dans les mangroves.

Activités Le raton crabier est un animal solitaire et nocturne. S'il est principalement terrestre, il passe aussi une part importante de son temps dans les arbres. Il utilise divers abris naturels pour se reposer ou élever ses petits : des cavités dans les troncs d’arbre, des terriers, des nids abandonnés par d’autres animaux, des fourrés ou des buissons.

Doté d'un odorat et d'une vision nocturne excellents malgré son daltonisme, il possède un sens du toucher extrêmement développé, notamment au niveau du museau et des pattes antérieures qu'il utilise comme des mains pour manipuler sa nourriture.

Des études menées au Brésil ont révélé que la taille de son domaine vital pouvait varier entre 4 et près de , sans véritable comportement territorial : les aires d’individus différents se chevauchent fréquemmentPereira, K. F. (2012). Procyon cancrivorus (mão-pelada) : aspectos morfológicos das glândulas salivares e distribuição do nervo isquiático. Thèse de doctorat, Universidade Federal de Goiás, p. 5 . Les interactions entre individus sont rares en dehors des périodes de reproduction ou des zones de concentration de nourriture.

Alimentation vignette|gauche|Le raton crabier utilise ses pattes préhensiles pour saisir les aliments. Omnivore opportuniste, le raton crabier consomme une grande variété de ressources alimentaires, avec une préférence marquée pour les zones humides où il peut facilement capturer des proies aquatiques« Mão-pelada - (Procyon cancrivorus) », G1, janvier 2015 . Son régime comprend notamment des fruits, qui constituent une part essentielle de son alimentation (comme les fruits de Cécrôpe (Cecropia spp.), du Palmier jerivá (Syagrus romanzoffiana), du Palmier-jussara (Euterpe edulis), de l’Araticum (Annona coriacea ou Annona crassiflora), et du Palmier guariroba Syagrus oleracea)Instituto Rã-bugio para Conservação da Biodiversidade, « Mão-pelada - Procyon cancrivorus » . Il consomme également des vertébrés, comme des amphibiens, des poissons, des reptiles, de petits mammifères et des oiseaux, ainsi que des invertébrés tels que des mollusques, des insectes et des crustacés comme des crabes ou des écrevisses. Dans les zones influencées par l’activité humaine, il se nourrit aussi de déchets alimentaires et fréquente les zones urbaines isolées comme les terrains vagues ou les déchargesSilveira L. et al., in Cheida C. C. et al. (2011). Carnívoros do Brasil : biologia, ecologia e conservação. São Paulo : Sociedade de Zoológicos do Brasil..

Reproduction et cycle de vie La reproduction est saisonnière et a lieu une fois par an, généralement entre juillet et septembre. Le système d'magement est polygynes, les mâles s'accouplant successivement avec plusieurs femelles. Après une gestation d’environ 60 à 73 jours, la femelle met bas dans un abri protégé, comme des cavité dans des troncs d’arbre, des fente rocheuse ou encore des terrier abandonné par d’autres espèces. Elle donne naissance à une portée de 2 à 7 petits, pour une moyenne de 3 à 4. Si les jeunes meurent précocement, la femelle peut entamer un second cycle reproducteur au cours de la même saison.