Pierre Courcelle, né le à Orléans (Loiret) et mort le à ParisÉtat civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970, est un historien français de la philosophie antique et un spécialiste de patristique latine, et plus spécialement de saint Augustin.

Biographie Famille Pierre Courcelle est né en 1912 à Orléans, fils du commerçant Paul Courcelle et de son épouse Madeleine Giroux et dernier d'une fratrie de trois garçons. Il fut élevé par sa mèrePaul Alcide Ludovic Courcelle et Madeleine Marie Agathe Giroux avaient divorcé dès avant sa naissance, par jugement du 20 décembre 1911., qui veilla de près à son instructionIl a dédié à sa mère son Histoire littéraire des grandes invasions germaniques.. Ses origines étaient orléanaises aussi bien du côté maternel que du côté paternelAlors qu'il était encore au lycée, il avait, selon son propre témoignage, fait des recherches pour « récolter tous [ses] ancêtres dans toutes les branches, aussi loin que possible dans le temps jusqu'au », ne trouvant « aucun homme illustre, rien que des laboureurs »..

En 1937, il épousa Jeanne Ladmirant (1909-1999), docteur en histoire et en archéologie de l'université de Liège, qu'il avait connue alors qu'il était à l'École française de Rome et elle à l'Académie de Belgique à RomeJacques Fontaine, Nécrologie, Annuaire de l'association des anciens élèves de l'École normale supérieure, 1981, p. 89.. Elle fut sa collaboratrice de tous les instants, et plus directement dans la préparation et la rédaction de plusieurs ouvrages où les recherches iconographiques tiennent une grande place. Ils ont eu huit enfants : Jérôme, Jean-Pierre, Marie, Étienne, Vincent, Anne, Benoît et Pascal.

Carrière Pierre Courcelle fait ses études primaires et secondaires au lycée d'Orléans. En 1927, il est lauréat du Concours général en thème latin. Il prépare au lycée Louis-le-Grand le concours de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, où il entre en 1930 à 18 ans. La même année, il réussit le concours de l'École des chartes où il est premier. Fait exceptionnel, il va suivre les deux cursus en parallèle et obtenir une double formation de philologue et d'historien de la littérature d'une part, d'archiviste et d'historien de l'autre. En 1934, il est à la fois agrégé des lettres et archiviste-paléographe et devient membre de l'École française de Rome, où il reste jusqu'en 1936.

Après son année de service militaire, il devient directeur adjoint de l'Institut français de Naples (1937-1939). Mobilisé en 1939 comme lieutenant d'infanterie, il reçoit deux citations et la croix de guerre. En 1940-1941, il est professeur au lycée d'Orléans. Mais dès 1941, il est nommé maître de conférences à la faculté des lettres de Bordeaux. En 1943, il soutient sa thèse de doctorat d'État sur Les Lettres grecques en Occident de Macrobe à Cassiodore. L'année suivante, à 32 ans, il devient à la fois professeur à la Sorbonne, où il succède à Pierre de Labriolle, et directeur d'études à l'École pratique des hautes études (IV section)De 1946 à 1962, il est également chargé de cours à l'École normale supérieure de jeunes filles (Sèvres)..

En 1952, âgé d'à peine 40 ans, il franchit la dernière marche dans la carrière universitaire en succédant à Alfred Ernout comme professeur au Collège de France. Il occupe la chaire de littérature latine, tout en restant directeur d'études cumulant à l'École des hautes étudesIl prononce sa leçon inaugurale le 3 décembre 1952. Leçon inaugurale faite le mercredi 3 décembre 1952, Collège de France, Chaire de littérature latine, 1953, 37 p.. Il exerce ces deux fonctions jusqu'à sa mort en 1980. De 1978 à sa mort, il est aussi directeur de la Fondation Thiers.

« L'éclat du savant ne doit pas effacer l'attrait profond de la personne. Cependant il restera dans la mémoire des hommes le plus illustre des savants du Jacques Fontaine, Nécrologie, Annuaire de l'association des anciens élèves de l'École normale supérieure, 1981, p. 87.. »

Œuvre scientifique Sa double formation d'antiquisant et de chartiste« L'École des chartes a décidé de l'orientation ultérieure de mes recherches, à mi-chemin entre l'Antiquité et le Moyen Âge. » (Discours prononcé le 4 juin 1966, pour la remise de son épée d'académicien). l'amena à s'intéresser à une période encore négligée des études latines, l'Antiquité tardive, avec une attention particulière aux continuités depuis la philosophie et la littérature grecques jusqu'aux auteurs du Moyen Âge et même au-delà. En témoignent les titres de plusieurs de ses ouvrages. Dans ce vaste territoire intellectuel, auquel il a consacré – à côté d'ouvrages qui ont fait date – plusieurs centaines d'articles et de comptes rendus critiques, la personne et l'œuvre d'Augustin d'Hippone occupent une place centrale.

Il fut, avec son ami Henri-Irénée MarrouSur l'amitié entre Courcelle et Marrou, son aîné de quelques années, voir Pierre Riché, Henri Irénée Marrou, historien engagé, Paris, Éd. du Cerf, 2003, p. 106. (En ligne.) , l'un de ceux qui apportèrent une caution universitaire à la fondation de l'Institut d'études augustiniennes, en 1956, à partir de la Bibliothèque augustinienne et du Centre des études augustiniennes créés par les Augustins de l'Assomption. Il a d'ailleurs publié dans ce cadre une part importante de ses ouvragesSa bibliothèque et ses archives ont été déposées à l'Institut d'études augustiniennes..

Une particularité de l'œuvre de Pierre Courcelle est la place faite aux traditions iconographiques, grâce à la collaboration avec son épouse Jeanne Courcelle : iconographie de saint Augustin, de saint Ambroise, mais aussi de VirgileDès l'époque où il était à l'École française de Rome, il avait étudié les miniatures d'un manuscrit bénéventin de Virgile datant du conservé à Naples (voir : , ).. Ces recherches montrent que les manuscrits transmettent non seulement les textes mais aussi les illustrations : on retrouve dans des manuscrits tardifs, et avec peu de déformations, des illustrations présentes dans les manuscrits les plus anciens.

Pierre Courcelle était à l'aise aussi bien dans les recherches minutieuses sur les textes les plus obscurs que dans les vastes synthèses que lui permettait une érudition reposant sur des lectures immensesLouis Carolus-Barré, Bibliothèque de l'École des Chartes, 139-2, 1981, p. 349..

Vers la fin de sa vieEn fait, déjà dans les années 1949-1956, il avait publié des Fragments non identifiés de Fleury-sur-Loire., il montra qu'il n'avait pas oublié sa formation d'archiviste en publiant avec commentaire des documents d'archives inédits des s venus de sa région natale, plus précisément de Sully-sur-Loire.

Publications Les Lettres grecques en Occident de Macrobe à Cassiodore, Paris, de Boccard, 1943 ; éd., 1948 (thèse). Histoire littéraire des grandes invasions germaniques, Paris, Hachette, 1948, 264 p. ; éd., Paris, Études augustiniennes, 1964, 436 p., ill. Recherches sur les Confessions de saint Augustin, Paris, E. de Boccard, 1950 ; nouv. éd. augm. et ill., Paris, E. de Boccard, 1968, 615 p., ill. L'Entretien de Pascal et Sacy : ses sources et ses énigmes (Coll. « Bibliothèque des textes philosophiques »), Paris, J. Vrin, 1960, 83 p. (réédité en 1981). Les Confessions de saint Augustin dans la tradition littéraire : antécédents et postérité, Paris, Études augustiniennes, 1963, 746 p., ill. Vita Sancti Augustini imaginibus adornata. Manuscrit de Boston, Public Library, n° 1483, S. XV, inédit (en collaboration avec Jeanne Courcelle), Paris, Études augustiniennes, 1963, 257 p., ill. Iconographie de saint Augustin (en collaboration avec Jeanne Courcelle), 5 vol., ill., Paris, Études augustiniennes (vol. 1 : Les Cycles du , 1965, 253 p. ; vol. 2 : Les Cycles du , 1969, 369 p. ; vol. 3 : Les Cycles des , 1972, 372 p. ; vol. 4 : Les Cycles du . 1.– L'Allemagne, 1980, 217 p. ; vol. 5 : Les Cycles du XVII () et XVIII siècle, 1991, 206 p.). La Consolation de philosophie dans la tradition littéraire : antécédents et postérité de Boèce, Paris, 1967 (développement de sa thèse de l'École des chartesLa thèse s'intitulait Étude critique des commentaires sur la Consolatio Philosophiae de Boèce (IX-XV siècle), 1939.). Recherches sur saint Ambroise : « Vies » anciennes, culture, iconographie, Paris, Études augustiniennes, 1973, 369 p., ill. en noir et en coul. Huit rôles des tailles inédits de Sully-sur-Loire : 1440-1484 (« Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres », 45), Paris, Imprimerie nationale - C. Klincksieck, 1973, 61 p. « Connais-toi toi-même » de Socrate à saint Bernard, 3 vol., Paris, Études augustiniennes, 1974-1975. Nouveaux documents inédits de Sully-sur-Loire : 1364-1500 (« Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres », nouvelle série, 3), Paris, Imprimerie nationale - C. Klincksieck, 1978, 85 p. Opuscula selecta. Bibliographie et recueil d’articles publiés entre 1938 et 1980, 1984. Saint Ortaire : sa vie, son culte, son iconographie (en collab. avec Jean Fournée), Société parisienne d'histoire et d'archéologie normandes, 1989, 52 p. Lecteurs païens et lecteurs chrétiens de l’Énéide (coll. « Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres », nouvelle série, 4), Paris, Gauthier-Villars - diffusion De Boccard, 1984, 2 vol. (vol. 1 : Les Témoignages littéraires, 759 p. ; vol. 2 : Les Manuscrits illustrés de l’Énéide du (avec la collab. de Jeanne Courcelle), 265 p. et 169 p. de pl. en noir et en coul.). Ouvrage posthume.

Hommages Le , il est élu à l'Académie des inscriptions et belles-lettres au fauteuil laissé vacant par la mort de Jules MarouzeauSon épée d'académicien lui est remise le 4 juin 1966. Cf. Remise de l'épée d'académicien à M. Pierre Courcelle, membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, le 4 juin 1966 au Collège de France, 1967, 42 p.. En 1973, il assure la présidence de l'académie et celle de l'Institut de France. Pierre Courcelle appartenait aussi à plusieurs académies étrangères : Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, British Academy, Académie royale de lettres, histoire et antiquités de Suède.

Il était docteur honoris causa des universités de , Fribourg-en-Brisgau et Salzbourg.

Décorations

50x50px|Commendatore OMRI BAR Commandeur l’ordre du Mérite de la République italienne

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Pierre Demargne, « Éloge funèbre de M. Pierre Courcelle », Comptes rendus de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 1980, p. 508-511. Georges Folliet, « Pierre Courcelle, 1912-1980 », Revue des études augustiniennes, 26 (1980), p. 204-206. Jean Doignon, « L'œuvre de Pierre Courcelle », Orpheus, nouv. sér., 2 (1981), p. 1-5. Louis Carolus-Barré, « Pierre Courcelle (1912-1980) », Bibliothèque de l'École des chartes, 139-2, juillet-, p. 346-349. Jacques Fontaine, Nécrologie, Annuaire de l'association des anciens élèves de l'École normale supérieure, 1981, p. 86-90. Hervé Savon, « Pierre Courcelle 1912-1980 », Universalia 1981, Encyclopaedia Universalis, p. 542-543. Antoine Guillaumont, « Pierre Courcelle (-) », Annuaire du Collège de France 1980-1981, 1981, p. 59-60. « In memoriam : Pierre Courcelle (1912-1980) », Augustinus, 27, 1982, p. 123-125. Béatrice et Michel Wattel, Qui était qui, : dictionnaire biographique des Français disparus ayant marqué le , Levallois-Perret, J. Lafitte, 2005.

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