Wilfrid Kilian, né le à Schiltigheim et mort le à Grenoble, est un géologue français, spécialiste de la géologie des Alpes.

Biographie Il commence sa scolarité au Gymnase protestant de Strasbourg, puis à partir de 1871, réfugié à Paris après l'annexion de l'Alsace, il est admis à l'École alsacienne. En 1894, il se marie à Antoinette Boissy d'Anglas (1869-1930) petite fille du député Jean-Gabriel de Boissy d'Anglas. Le couple aura deux fils, Robert et Conrad (géologue lui aussi) et deux filles, Mathilde et Magali. Il est élu correspondant de l'académie des sciences le , dans la section de minéralogie, puis membre non résidant le Académie des sciences..

Il est élu le à l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Savoie, avec pour titre académique Agrégé et ..

Thèse sur la montagne de Lure Il s'inscrivit à la Sorbonne pour passer une licence de géologie. Remarqué par Edmond Hébert, il termina ses études dans son laboratoire où il fut préparateur, puis chef de travaux pratiquesWilfrid Kilian et la première révolution des sciences de la Terre. Il suit Marcel Bertrand dans le Jura, puis en Andalousie en 1884.

C'est sous la direction d'Edmond Hébert qu'il présente sa thèse de doctorat sur la montagne de Lure, en 1888. D'emblée, sa thèse, où il s'affirmait comme stratigraphe et paléontologue, fut considérée comme magistrale puisqu'il y établissait .

De plus, l'ajout de photographies au texte de la thèse constitue une nouveauté. L'intérêt d'une telle démarche, fut souligné par Émile Haug, l'un de ses collègues géologues (et alsacien comme lui), dans un rapport de thèse en 1906. Il souligne : . Ce qui, pour lui, met fin au dilemme des dessins géologiques qui laissent à désirer et ne permettent pas de suffisamment distinguer entre la part d'observation et la part de l'hypothèse.

Fort de ce succès, il est invité par Marcel Bertrand à collaborer à l'exécution de la carte géologique de la France.

Professeur à Grenoble En 1892, il devint le successeur désigné de Charles Lory pour occuper sa chaire à l'université de Grenoble et pouvoir étudier les Alpes sur place. Sa venue à Grenoble va marquer .

thumb|Terrasse des géologues Wilfrid Kilian, Charles Lory et Pierre Termier à Grenoble. En se basant sur les travaux de Charles Lory, il entreprend l'étude des chaînes subalpines dauphinoises, entre Moûtiers et la haute Ubaye, alors qu'Émile Haug se charge des montagnes entre Gap et Digne.

Après l'étude des terrains de la chaîne subalpine, prolongement du Jura au sud du Rhône, et des hautes chaînes calcaires de la Savoie, Kilian parcourt le Queyras, l'Embrunais, le Briançonnais, la Chartreuse, le Vercors, le Diois, le Valentinois, la Bochaine et les Baronnies, massifs qui n'étaient connus qu'imparfaitement. Ses courses le conduisent aussi vers la Provence et les Alpes-Maritimes, puis il se rend entre le col de la Seigne et le col de la Madeleine, repart vers les massifs du Mont-Blanc, des Grandes Rousses, du Pelvoux et du Mercantour-Argentera.

Comme il l'avait démontré dans sa thèse sur la montagne de Lure, Wilfrid Kilian savait que .

Avec l'aide de ses élèves et de collaborateurs passionnés, il atteignit son but en deux décennies. Il résolut d'abord le problème de l'intervalle Berriasien-Aptien inférieur, puis celui de la « fosse vocontienne », notion qu'il avait créée en étudiant les associations d'ammonites. Son collègue Charles Jacob se pencha ensuite sur l'Albien, Kilian se réservant l'Aptien inférieur. Il décrivit cet étage dans une étude menée conjointement avec Joseph Révil (1849-1931), elle est restée d'un étonnant modernisme.

Pionnier de la géologie alpine Déjà de son vivant, ces confrères s'étaient plu à souligner le rôle majeur joué par Wilfrid Kilian pour une meilleure connaissance de la chaîne alpine dans sa partie française en précisant la stratigraphie des terrains secondaires dans une vaste partie de celle-ci. Il fut aussi reconnu pour ses découvertes et descriptions de nombreux sites fossilifères. De plus, entre 1890 et 1913, il se consacra à l'étude des terrains quaternaires. On lui doit, entre autres, la reconstitution de l'histoire des vallées alpines pendant le Pléistocène, la distinction des glaciations successives et l'étude des périodes fluviatiles interglaciaires. Ce travail fut effectué dans les vallées savoyardes, puis dans celle de l'Isère et enfin en haute Durance. Il est l'initiateur, à ce titre, de l'étude systématique des glaciers et de leurs oscillations.

Lors de l'hommage qu'il lui rendit après sa mort, Pierre Termier rappela que pour tout ce qui avait trait aux terrains secondaires, et surtout pour le Jurassique supérieur et le Crétacé inférieur. Il fit une synthèse sur ses connaissances du Crétacé inférieur en publiant, dès 1907, sa célèbre Lethaea Geognostica. Cette somme, fondée sur une observation minutieuse des coupes et un raisonnement rigoureux, est toujours actuelle. .

Première révolution des sciences de la Terre Mais cette époque ne fut pas seulement marquée par la mise au point de la stratigraphie alpine par Wilfrid Kilian. Elle est également celle des théories ou découvertes nouvelles sur le comportement de l'écorce terrestre. Dès leur apparition, elles dynamisèrent la recherche géologique. Si les Alpes n'ont généralement pas été leur point de départ, c'est essentiellement sur ce massif que ces hypothèses ont été testées et vérifiées.

Trois se succédèrent en deux décennies : la découverte des nappes de charriage, la notion de géosynclinal et la révélation du mobilisme continental. Avec la mise au point de la stratigraphie, elles apportèrent un tel renouveau qu'on les rassemble sous le nom de , la seconde étant celle de la tectonique des plaques, qui fut développée cinquante ans plus tard.

Wilfrid Kilian mourut en 1925 à Grenoble, des suites d'une maladie infectieuse.

Œuvres Description géologique de la montagne de Lure, (1888)Wilfrid Kilian, Description géologique de la montagne de Lure. Sur quelques fossiles du Crétacé inférieur de la Provence, (1888) Neige et glaciers, (1891)Wilfrid Kilian, Neige et glaciers. Sur la structure du massif de la Varbuche (1891)Wilfrid Kilian, Sur la structure du massif de la Varbuche. Description géologique de la vallée de Valloire, Savoie, et de quelques massifs adjacents, en collaboration avec Joseph Revil, (1899)Wilfrid Kilian, Description géologique de la vallée de Valloire, Savoie, et de quelques massifs adjacents. Contributions à la connaissance de la zone du Briançonnais, le Jurassique supérieur (1903)Wilfrid Kilian, Contributions à la connaissance de la zone du Briançonnais, le jurassique supérieur Essai d'une monographie hydrologique des environs de Garéoult (1906)Wilfrid Kilian, Essai d'une monographie hydrologique des environs de Garéoult. Lethaea Geognostica, (1907)Wilfrid Kilian, Lethaea Geognostica. Les formations fluvio-glaciaires du bas-Dauphiné (1911)Wilfrid Kilian, Les formations fluvio-glaciaires du bas-Dauphiné. Ce que la géologie et la paléontologie nous apprennent sur l'origine de la vie (1912)Wilfrid Kilian, Ce que la géologie et la paléontologie nous apprennent sur l'origine de la vie. Ministère des Travaux Publics : Mémoires pour servir à l'explication de la carte géologique détaillée (1918)Wilfrid Kilian, Ministère des Travaux Publics : Mémoires pour servir à l'explication de la carte géologique détaillée.

Hommage Au fort de la Bastille à Grenoble, la terrasse accueillant les visiteurs du téléphérique porte le nom de terrasse des géologues, en hommage aux trois géologues Wilfrid Kilian, Charles Lory et Pierre TermierLa terrasse des géologues à Grenoble. Il existe une rue Wilfrid et Conrad Kilian à GrenobleRue Wilfrid Kilian à Grenoble et un amphithéâtre Wilfrid-Kilian au domaine universitaire de Grenoble, au sein d'un bâtiment d'architecture, construit et inauguré en 2017 pour l'Institut des sciences de la Terre.

L'aven Kilian ou Pierascas est situé sur la commune de Lioux. Il a été dénommé en l'honneur du géologue, le jour de sa découverte, le . Son puits d'entrée () se situe à côté d'anciennes charbonnières, il a une dizaine de mètres de profondeur et aboutit sur un éboulis dont la base est de sur Aven de Pierascas ou Kilian.

Le Kilian est un volcan trachytique au pied sud-ouest du Puy-de-Dôme. Autrefois nommée Cros Manal ou Cros Manau, c’est-à-dire le creux Manau, cette dépression a été renommée en 1913 : le « Cratère Kilian » par le volcanologue Philippe Glangeaud, élève de Wilfrid Kilian.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Jean Vogt, « Charles Constant Wilfrid Kilian », in Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 21,

Articles connexes Géologie des Alpes

Liens externes

Biographie de Wilfrid Kilian, par Charles Jacob, dans la Revue de géologie alpine Nécrologie de Wilfrid Kilian sur le site www.persee.fr

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