La Bible de saint Louis, ou Bible « riche » de Tolède (), est une bible moralisée en trois volumes qui aurait été réalisée entre 1226 et 1234 pour le roi Louis IX de France, à la demande de sa mère Blanche de Castille.
Il s’agit d’un manuscrit enluminé qui contient une sélection de textes provenant de la Bible. Chaque fragment de texte est illustré au moyen de deux miniatures. La première propose une représentation du fragment de texte en tant que tel, la seconde montre une représentation théologique ou allégorique « moralisant » le fragment de texte à la lumière des enseignements de l'Église. Les miniatures sont accompagnées du texte biblique et d’un bref commentaire sur la relation typologique existant entre les deux images. Le livre ne contient pas le texte intégral de la Bible et n’est pas, en fait, en dépit de son nom, une véritable Bible. L’ouvrage aurait servi à la formation du jeune roi. Il est conservé depuis maintenant huit siècles dans la cathédrale Sainte-Marie de Tolède. Un fragment (huit folios) de l'œuvre originale se trouve à la Pierpont Morgan Library de New York sous la cote M. 240.
Historique Il est généralement admis que la première référence à la bible de Tolède se trouve dans le codicille, ou ce qu’on appelle couramment le « second testament », d'Alphonse le Sage, établi le . Ce testament mentionne une . Le testament est rédigé en espagnol. L'original a été perdu, mais une copie ancienne permet de lire ce qui suit : Memorial Histórico-Español. Colección de documentos, Opúsculos y Antigüedades que publica la Real Academia de la Historia, Vol. II, Madrid 1851, .. Peu de temps après la mort d'Alphonse, ses dernières volontés furent traduites en latin, et les traductions originales restent accessibles.
En théorie, le « Louis de France » mentionné dans le testament pourrait renvoyer à Louis VIII de France, mais, étant donné qu’Alphonse n'avait que cinq ans à la mort de Louis VIII, il est bien peu probable que le roi Louis auquel ledit testament se réfère était Louis VIII, de sorte que le document renvoie plutôt à Louis IX. Ferdinand III, le père d'Alphonse, était un cousin de Louis IX, et il existait des liens étroits entre les royautés française et castillane.
Pour ce qui est de savoir si la bible historiée en trois volumes, mentionnée dans le testament, se trouvait à Séville ou à Tolède, au moment où ce dernier fut rédigé, nous ne pouvons que faire des suppositions. Selon une note figurant dans l’Histoire ecclésiastique de Tolède, due à J. Roman de la HigueraMadrid, Bibl. Nac., Ms. 1289, f°. 139v, Alphonse X avait aussi laissé les biens qui se trouvaient à Tolède à cette époque à son successeur légitime, dans un document distinct du testament rédigé à Séville. Tolède était occupé en 1284 par Sanche, le fils rebelle d’Alphonse.
Le fait que la Bible historiée en trois volumes soit mentionnée séparément dans le testament rédigé à Séville pourrait signifier qu'elle était en possession d'Alphonse à ce moment-là. Alphonse semble s’être réconcilié avec Sanche avant de mourirP. O'Callaghan, The Learned King, Londres, 1993, p. 267. Sanche devenait alors son successeur légitime, et la Bible était donc probablement en sa possession. On pourrait en conclure que la Bible est arrivée finalement à la Cathédrale de Tolède seulement après la mort d'Alphonse, survenue en 1284, peut-être comme une donation de la part de Sanche Philippe Büttner, Bilder zum betreten der Zeit: Bible Moralisée und Kapetingishes Königtum, Allschwill, 2002, Gissler Druck AG, p. 50.
Si la Bible mentionnée dans le testament est vraiment la Bible de Tolède, reste à savoir à quel moment elle est arrivée en Espagne. Comme Alphonse a été couronné roi pendant que Louis IX participait à la septième croisade, on peut penser que le manuscrit n’est arrivé en Espagne qu’après 1254. Ce fut en effet une période assez remplie pour ce qui est des relations dynastiques entre l'Espagne et la France.
La Bible de Tolède est pour la première fois mentionnée dans un inventaire des trésors de la cathédrale de Tolède, réalisé en 1539, à l’occasion de la visite de l'archevêque TaveraComte A. de Laborde, Étude sur la Bible Illustrée, Paris, 1911-1927. Volume 5, p. 45. Cependant, la Bible Riche (Biblia Rica) a déjà été décrite en 1466 par Gabriel Tetzel, un aristocrate de NurembergMezquita Mesa, M. T, La Biblia moralizada de la Catedral de Toledo, in Goya 20, 1984, pp 17-20. Un autre témoignage de son existence est la Bible d’Osuna, aujourd'hui conservée à MadridMadrid, Biblioteca Nacional de España, Ms. 10232. La Bible d’Osuna est basée sur la Bible de Tolède, l'espace pour illustrer la Bible a été prévu, mais les miniatures n'ont jamais été réalisées., qui fut copiée à partir de la Bible de saint Louis, à la fin du , ou du début du XVe. Le texte de cette Bible d’Osuna se termine avec l'Apocalypse de Jean, XIX, 15-16, tout comme le volume 3 de la Bible de Tolède. Cela signifie que, à cette époque, le « fragment Morgan » avait déjà été ôté de la Bible de Tolède.
Ce qu’on nomme le fragment Morgan, qui contient la miniature nous renseignant sur le commanditaire et le dédicataire de l’ouvrage, a été détenu par François de la Majorie, seigneur des Granges et de la Majorie, autour de 1593. Son blason a été peint sur le folio 1. Le blason en question a été utilisé à compter de 1593, après son mariage avec Anne de Turenne. Le manuscrit est resté dans la famille et, en 1838, s’est retrouvé en possession d’Aloïs de Chièvres (1828-1904), qui l’a laissé à son gendre, le vicomte Georges-Marie-Louis de Hillerin (1842-1892). Il est passé ensuite entre les mains d’Otto Weiner. John Pierpont Morgan l’a acheté à Louis Badin, un libraire parisien, en 1906Pierpont Morgan Library, M 240
Le chapitre de la cathédrale de Tolède conserve l'ouvrage, et son étude par les historiens de l'art était jusqu’alors quasiment impossible. Pour répondre à la demande de nombreux chercheurs, le Chapitre a décidé de publier un fac-similé, et le projet a été confié à la maison d'édition M. Moleiro à Barcelone. Francisco Álvarez Martínez, cardinal archevêque de Tolède, « La Bible de Saint Louis » in L'Officiel du Manuscrit, 76, décembre 2005-janvier 2006. Aujourd'hui, donc, une copie dite « quasi-originale » est disponible, permettant l'étude de l’ouvrage.
Commanditaire
Il n'y a ni colophon écrit, ni aucune autre indication dans l’ouvrage sur le commanditaire et les auteurs de cette Bible, mais un colophon visuel vient nous fournir de précieux indices. Sur la dernière page du fragment Morgan, nous trouvons une miniature qui nous renseigne sur la fabrication de cette Bible. La page est divisée horizontalement en deux scènes. La moitié supérieure représente une reine et un jeune roi imberbe. Il n'y a pas d'attributs qui permettent d’identifier clairement le couple, mais la reine pourrait être Blanche de Castille. Elle est assise sur un trône, vêtue de son manteau royal, et porte un voile blanc. Elle s’adresse au jeune roi, son fils Louis IX, qui écoute respectueusement, tandis qu’il tient la bulle d’or au niveau de sa poitrine. Selon John LowdenJohn Lowden, « The Holkham Bible picture and the Bible Moralisée » in The Medieval Book Glosses from Friends & Colleagues of Christopher de Hamel, édité par James H. Marrow, Richard A. Linenthal, & William Noel, Hes & De Graaf éditeurs, , la scène représentée suggère que le jeune roi se voit offrir la Bible par sa mère. Si cela est avéré, c’est Blanche qui serait la commanditaire de l'œuvre.
La partie inférieure de la miniature montre deux personnages, plus petits de taille (donc d’un rang inférieur). Le personnage de gauche est un clerc, comme on peut le voir par sa tonsure. L'homme de droite est un scribe et il travaille sur une bible moralisée, comme on peut le voir par la mise en page. À l’évidence, le religieux est en train de donner des instructions au scribe et supervise le travail effectué sur la bible. L'apparence du clerc suggère qu’il est membre d'un ordre religieux.
Si l’on se base sur cette miniature, le livre peut être daté d’entre 1226 et 1234. Louis IX accède au trône en 1226 et épouse Marguerite de Provence en 1234. Puisque la miniature représente un roi jeune et célibataire, l’œuvre doit être datée d’une année comprise entre celle de son couronnement et celle de son mariage J. Lowden, The Making of the Bibles moralisées, II: The Book of Ruth, University Park, Pennsylvania, 2000, J. Lowden, The Making of the Bibles Moralisées, I: The Manuscripts, University Park, Pennsylvania, 2000, .
Description La Bible de Saint Louis est aujourd'hui constituée de trois volumes conservés dans le trésor de la Cathédrale de Tolède, et d’un fragment de 8 folios (un cahier) conservé à la Morgan Library & Museum de New York.
Volume 1 Taille : 422 x ; espace d'écriture : env. 295 x . Il contient 192 folios ou feuillets de parchemin numérotés. On compte deux pages de garde en parchemin au début et à la fin du volume, avec une page de garde en papier supplémentaire à l'arrière. Le premier volume s'ouvre sur une enluminure à pleine page montrant Dieu le Père présenté comme le Créateur du monde. Le reste de l'ouvrage contient des textes et des miniatures, comme décrits dans la section « Iconographie ». Ce premier volume contient miniatures avec des textes extraits des livres suivants : la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome, le livre de Josué, le livre des Juges, le livre de Ruth, le premier livre de Samuel (Liber Regum I), le deuxième livre de Samuel [Liber Regum II), premier livre des Rois (Liber Regum III), (Rois 1), deuxième livre des Rois (Liber Regum IV), Livre d'Esdras (Esdrae I), Livre de Néhémie (Esdrae II), les livres de Tobie, Judith, Esther et JobComte de Laborde, 1911-1927. Volume 5, .
Volume 2 Taille : 422 x ; espace d'écriture: env. 300 x . Ce volume contient 224 folios de parchemin numérotés et six pages de garde en parchemin, dont trois à l'avant et trois à l'arrière. Les miniatures illustrent des extraits des livres suivants : le livre de Job, les Psaumes, les Proverbes, l'Ecclésiaste, le Cantique des Cantiques, le livre de la Sagesse, l'Ecclésiastique, les Prophètes Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, Daniel, Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Aggée, Zacharie et Malachie.
Volume 3 Taille : 430 x ; espace d'écriture : env. 293 x . Il se compose de 190 folios de parchemin numérotés. Au début et à la fin, trois pages de garde en parchemin. Le volume est illustré de 1520 miniatures et est consacré au Nouveau Testament, contenant les textes des quatre Évangiles, les Actes des Apôtres, les Épîtres de Paul, Jacques, Pierre I, Pierre II et Jean, l’Epistola catholica judae (L’Épître de saint Jude) et l'Apocalypse de Saint Jean, jusqu'au chapitre XIX, 15-16.
Volume 4 (Morgan M240) Taille : 375 x ; espace d'écriture : env. 285 x . Il est composé de 8 folios de parchemin, avec une page de garde supplémentaire, à l'avant et à l'arrière, également en parchemin. Le fragment contient 57 miniatures, 56 médaillons et une enluminure à pleine page, la dénommée miniature de dédicace. Les huit folios ne sont pas reliés dans le bon ordre, tel qu’il apparaît dans l'Apocalypse. Ce fragment contient les derniers chapitres de l'Apocalypse de Saint Jean, à partir de XIX, 17.
L'origine des textes