Pierre Schaeffer, né le à Nancy et mort le aux Milles, près d'Aix-en-Provence, est un ingénieur, chercheur, théoricien, compositeur et écrivain français. Il a également été homme de radio, fondateur et directeur de nombreux services. Il est considéré comme le père de la musique concrète, de la musique acousmatique et de la musique électroacoustique.
Biographie et travaux Radio Élève au lycée Saint-Sigisbert Saint-Léopold de Nancy, à l'École polytechnique (promotion X1929), puis à l'École supérieure d'électricité (Supélec, promotion 1931), Pierre Schaeffer s'implique fortement dans le scoutisme catholique ; il est notamment le fondateur du clan routier scout des Rois Mages à Polytechnique. Il a été très actif au patronage du lycée Saint Sigisbert : La Foucotte.
Il amorce une carrière d'ingénieur à Strasbourg, avant d'intégrer la direction de la Radio à Paris, en 1936. Tout en tenant une chronique sur la radiodiffusion dans La Revue musicale, il anime Radio Jeunesse, avant de prendre la tête de Jeune France sous l’égide du ministère de la Jeunesse du gouvernement de Vichy. Grâce à des statuts lui garantissant une certaine indépendance, et avec l’appui d’Emmanuel Mounier, il recrute des membres ayant des convictions pluralistes, voire des gaullistes notoires comme Roger Leenhardt.. , en écartant les candidats venus de la jeune droite.
Après que le Secrétariat général à la jeunesse lui a demandé l’éviction de Mounier en , il est lui-même renvoyé en décembre et l'association dissoute en 1942Pierre Schaeffer (1910-1995), croire aux ondes, France culture, Radio France, 23 novembre 2025.
Il produit des émissions, dont La coquille à planètes, et crée en 1943 le Studio d'essai de la RTF, avec Jacques Copeau, voué à l'expérimentation radiophonique et qu'il met au service de la Résistance en 1944 : enregistrant les poètes de celle-ci, diffusant des messages interdits et enregistrant la vie des rues de Paris pendant les combats de la Libération..
Il poursuit après guerre sa longue carrière d’inventeur : musique concrète, perfectionnement et étude des « machines à communiquer ». Dans un rapport présenté au congrès d’Esprit de , il développe une autocritique, personnelle et collective, sur la régression infantile de nombreux Français qui ont cru en 1940-1941 en refusant le principe de réalité.
En 1951, il crée le Groupe de musique concrète qui devient en 1958 le Groupe de recherches musicales. En 1953, chargé de mission au ministère de la France d'outre-mer, Schaeffer crée la société de radiodiffusion de la France d'outre-mer (Sorafom). De retour à Paris en 1961, il fonde cette fois, au sein de la Radiodiffusion-télévision française (RTF) qui devient l'ORTF en 1964, le Service de la recherche de la RTF, qu'il administre jusqu'en 1975, le Service de la recherche s'intègre alors à l'Institut national de l'audiovisuel.
C'est, entre autres, grâce aux travaux de Schaeffer en son sein qu'on sait aujourd'hui que la reconnaissance d'un instrument par son timbre dépend en grande partie de son attaque, et non seulement de la répartition spectrale de sa résonance, comme on le pensait suivant la théorie de Helmholtz répercutée dans l'enseignement musical par Danhauser.
Musique Fils du violoniste et professeur de musique Henri Schaeffer (1881-1963) et de la cantatrice et professeure de musique Sidonie-Lucie Labriet (1884-1979)Karine Le Bail et Martin Kaltenecker, Jalons - Pierre Schaeffer : Les constructions impatientes, p. 1, adopté par le CNRS en 2019 ., Schaeffer s'est toujours interrogé sur le phénomène musical. Profitant des installations à sa disposition au studio d’essai, et notamment de l'arrivée du magnétophone, il commence, en 1948, à effectuer des expérimentations au moyen de sons ou de séquences enregistrés sur des disques de vinyle. Il devient ainsi le pionnier de l'introduction de la technologie dans la composition et donne ainsi naissance à ce qu’il appelle « musique concrète ».
Entre autres techniques, il utilise le « sillon fermé », où l'aiguille retombe indéfiniment dans le même sillon du disque. Des « objets sonores » en boucle sont ainsi créés, objets qu'il manipule par montage, par variations de vitesse et par diffusion à l'enversLe « sillon fermé » n'est pas la conséquence d'un accroc : il est techniquement obtenu en ne gravant pas le sillon en spirale, mais en cercles concentriques : le burin est relevé juste à l'endroit de la boucle. Il n'y a donc pas de bruit de raccord de boucle comme dans le cas d'un disque « rayé », ce qui est essentiel. Par ailleurs, la lecture à l'envers (en faisant tourner le disque dans le sens inverse des aiguilles d'une montre) n'était pratiquement pas réalisable sur les disques Pyral de manière mécanique (même en débrayant l'entraînement du plateau, la pointe de lecture était inclinée et se serait opposée à la rotation). En revanche, dès l'arrivée de la bande magnétique, il a suffi de retourner la bande.. De ces expérimentations naissent notamment lÉtude aux chemins de fer et la Symphonie pour un homme seul, pièces qui suscitent à la fois l’attention du milieu musical et les railleries des compositeurs de musique sérielle, avec qui Schaeffer sera souvent en conflit.
La notion de musique concrète a souvent été mal interprétée. Ce genre désigne non pas un style ou un type de matériau, mais plutôt une démarche :
Il s'agit donc pour le compositeur de manipuler directement la matière sonore au lieu de confier cette tâche à des instrumentistes. Ce faisant, et par conséquent, tous les sons, quels qu'ils soient, sont susceptibles d’être organisés en un discours musical, dont Schaeffer s'ingénie à cerner les contours.
Assisté de Pierre Henry, devenu un des grands compositeurs du genre, Schaeffer dévoile ainsi un univers sonore qui abolit les limites de la musique instrumentale. Leur opéra Orphée 53, présenté au festival de Donaueschingen en 1953, fait d’ailleurs scandale.
Schaeffer continue d'explorer ce nouveau genre musical, se concentrant sur des études d'objets sonores. Il cesse de composer en 1960, pour donner davantage de place à ses activités de chercheur. Il assure toutefois, à partir de 1968, et jusqu'en 1980, un séminaire sur la musique expérimentale au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, conjointement avec le GRM et Guy Reibel. Il ne revient à la composition, cette fois avec des sons électroniques, qu'en 1975 avec Le Triède fertile composé avec Bernard Durr, et, en 1979, avec Bilude.
Souvent invité comme conférencier, où sa verve polémique suscite souvent les débats, il reçoit plusieurs distinctions honorifiques, dont le grand prix des compositeurs de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SACEM) en 1976.
Pierre Schaeffer s'est volontairement éloigné du monde musical au début des années 1980 après avoir critiqué l'avant-garde des années 1950, qui cherchait à rompre avec la tradition. À l'opposé de cette vision, Schaeffer est revenu à la musique en reconnaissant le virtuose Otavio Henrique Soares Brandão comme son plus fidèle disciple, qui a donné sous sa direction une lecture de son œuvre Traité des objets musicaux. Cette lecture visait à créer un piano instrumental et une technique musicale innovants, sans rupture avec la tradition. Pierre Schaeffer a écrit des textes fondamentaux sur cette reconnaissance : sur la transcription pour piano par Otavio Brandão de Étude aux objets de Pierre Schaeffer, au programme du concert de Soares Brandão à la Maison de l'Amérique Latine (Paris, ); « Réponse à Otávio », dans le texte du programme du concert donné par Soares Brandão à la Salle Pleyel en l'honneur du anniversaire de Pierre Schaeffer ().
Recherche
L’avènement de la musique concrète conduit Pierre Schaeffer à une réflexion poussée sur le phénomène de la perception musicale. L'essentiel de ses travaux consiste à saisir la nature et la richesse de l'élément sonore, sa substance et sa matérialité, qu'il analyse en utilisant le terme d'« objet sonore ». Ce terme est inspiré de la phénoménologie et désigne une entité sonore détachée de son contexte. L’objet est ainsi apprécié dans ses qualités intrinsèques, sans égard à sa signification ou à son contexte culturel.
Plusieurs ouvrages viendront étayer cette démarche. Dans À la recherche d’une musique concrète, paru en 1952, il raconte la genèse de ce nouveau genre musical dont il tente d’apprivoiser l'immensité du domaine ainsi défriché. Un chapitre, écrit par Abraham Moles, dresse d’ailleurs les prémices d’un solfège de l'objet sonore.
Ce solfège, contribution clé de Schaeffer et de ses collaborateurs à la recherche musicale, est décrit en détail dans son ouvrage maître, le Traité des objets musicaux, vaste somme philosophique, acoustique et musicologique sur les musiques expérimentales. L'objet sonore y est décrit sous toutes ses facettes avec un vocabulaire adapté à ses attributs typologiques et morphologiques. Schaeffer édicte également dans cet ouvrage un axiome qu'il reprendra souvent () : La formule deviendra son cheval de bataille face à l’abstraction de plus en plus poussée des démarches compositionnelles, souvent détachées de tout souci sonore ou musical au profit d’une construction purement intellectuelle.
Schaeffer approfondit ses réflexions dans plusieurs essais et articles, notamment dans La Revue musicale et lors des séminaires du Conservatoire de musique de Paris ou des multiples conférences auxquels il est convié.
Les recherches de Schaeffer ne se cantonnent toutefois pas uniquement au domaine musical. À la demande du directeur de la Radio, il entreprend également une recherche fondamentale sur l'image d'une télévision encore à ses premiers pas. Ainsi naît le Service de la Recherche. Dans ce service où règne l'imagination la plus florissante, est conçue, en 1968, la série télévisée Les Shadoks dont les graphismes simples conviennent parfaitement à l'une des machines inventées : l'Animographe de Jean Dejoux, vers 1966.
Une synthèse de ses réflexions sur l’audiovisuel sera publiée dans les deux tomes de Machines à communiquer en 1970 et 1972.
Écrits Son œuvre littéraire, au travers de romans, d'essais ou de nouvelles, retrace des passages de sa vie, mais révèle également ses doutes sur la nature humaine et les institutions qu'elle crée. Pierre Schaeffer y consacre la majeure partie de son temps à partir de 1978. Mentionnons Excusez-moi, je meurs et autres fabulations et Prélude, choral et fugue.
Vie personnelle Pierre Schaeffer épouse Elisabeth Schmitt dont il a une fille Marie-Claire, qui deviendra en 1960 réalisatrice pour la télévision. Elle est mariée au réalisateur Gérard Patris. En 1962, il épouse la psychanalyste Jacqueline De Lisle.
Pierre Schaeffer est le cousin du peintre orientaliste Jacques Majorelle et l'arrière-petit-fils du décorateur Auguste Majorelle.
Il est inhumé au cimetière de Delincourt, dans l'OiseCimetières de France et d'ailleurs.
Œuvre Livres
Œuvres musicales
Enregistrements publiés édités par INA-GRM en 2023
Réalisations radiophonique
Films
Postérité Prix vignette|Déroulement de Pierre Schaeffer par Michel Haumant en 1986 à son domicile parisien.|alt=Un ruban de pellicule de film déroulé. Un prix est remis de 2006 à 2015, en mémoire de l'inventeur de la musique concrète, le Qwartz Pierre Schaeffer : Bernard Parmegiani, Otavio Henrique Soares Brandao, Henri Pousseur, Jean-Claude Risset, Beatriz Ferreyra, Åke Parmerud, Roger Cochini, François Bayle et Éliane Radigue l'ont reçu depuis sa création des mains de Madame Jacqueline Schaeffer. Un prix Pierre-Schaeffer « découverte » a également été institué en 2009 au sein du concours Phonurgia Nova pour stimuler la création radiophonique. Il est décerné chaque année à Arles à des jeunes auteurs qui explorent le langage des sons. Il a déjà récompensé Elise Andrieu, Caroline Bastin, Sébastien Peter, Ric Carvalho et Théo Boulenger.
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