La synagogue de Saint-Avold est un lieu de culte juif situé à l'angle de la rue des Américains et de la rue de la Mertzelle, près de la place Paul-Collin à Saint-Avold en Moselle. Elle succède à une synagogue plus ancienne disparue construite à proximité.
Contexte La place des Juifs à Saint-Avold On ne possède aucun document permettant de dater avec précision l'implantation de la communauté juive de Saint-Avold. L'implantation de Juifs dans la région est ancienne et leur présence est signalée dès la fin du . L'abbaye de Saint-Nabor devint très rapidement, grâce à des privilèges et donations, un gros propriétaire foncier et eut besoin de faire du commerce pour valoriser les produits de ses terres. On peut penser que les abbés attirèrent des Juifs à Saint-Avold pour servir d'intermédiaires de commerce dès le début du Moyen Âge. Les Juifs ont d'ailleurs toujours résidé à l'intérieur de l'enceinte fortifiée de la cité, les abbés tenant certainement à protéger, mais aussi à contrôler les Juifs qui faisaient le commerce pour leur compte.
La première preuve formelle de la présence juive à Saint-Avold est une lettre de protection de l'évêque Conrad II Bayer de Boppard, seigneur de Saint-Avold, datée du et qui autorise Sara, veuve de Gumprecht, et ses domestiques à résider et à circuler librement dans la ville. Au , plusieurs familles juives vivent à Saint-Avold dont celle du célèbre chirurgien Abraham et celle de Samuel Eliakim, ancêtre judéo-lorrain de la mère de Marcel Proust.
Cette situation de relative tolérance devait se terminer en 1625, date à laquelle les Juifs de Saint-Avold furent expulsés à la demande de la bourgeoisie de la ville, à la suite du rattachement au duché de Lorraine qui leur était peu favorable. Leur retour fut permis à la suite des misères induites par la guerre de Trente Ans pour la période de 1633 à 1660 et les Juifs participèrent activement à la reconstruction de la ville. La princesse de Phalsbourg, Lixheim et Saint-Avold Henriette de Lorraine leur était particulièrement favorable. Une ordonnance épiscopale de 1660 renouvelant une ordonnance de l’évêché de Metz de 1631, autorise les sages-femmes chrétiennes de l'archiprêtré de Saint-Avold à porter assistance aux parturientes Juives mais ne leur permet pas de porter les enfants à la circoncision.
L'arrivée au pouvoir du duc de Lorraine Léopold en 1697 modifia à nouveau la situation des Juifs de Saint-Avold et de nombreuses familles partirent s'établir à Metz sous la protection des Trois-Évêchés. Durant le , les Juifs participaient activement au grand marché de bestiaux de la ville sous la protection des autorités, face à un antisémitisme latent. En 1786, le bénédictin Dom Chais de l'abbaye de Saint-Nabor de Saint-Avold rédige un mémoire répondant à la question « … est-il des moyens de rendre les Juifs plus utiles et plus heureux en France ? » destiné à l'Académie royale de Metz qui est une œuvre de haine et de préjugésRichard Ayoun, Les juifs de France : de l’émancipation à l’intégration (1787-1812), éditions L’Harmattan, 1997.. La Révolution française leur accorda en 1791 finalement l'égalité des droits.
La plaquette des Journées européennes de la culture juive du dimanche nous apprend que :
« […] Le décret de Napoléon, pris à Bayonne le , obligea les citoyens de confession israélite à se doter définitivement d'un patronyme et à le déclarer à l'état civil de leur lieu de résidence. Ainsi, 53 Israélites sont enregistrés à la mairie de Saint-Avold, au cours de l'année 1808. Outre un médecin, un chirurgien et un fonctionnaire, la plupart d'entre eux étaient actifs dans le commerce. La population juive naborienne croît dès lors sensiblement, notamment à partir de 1871 avec l'arrivée d'Allemands, à la suite de l'intégration de la Moselle dans l'Empire germanique. Elle s'élève à 159 personnes en 1900. […] Dès l'entrée des nazis en France en , les Juifs sont l'objet des persécutions que l'on sait. La communauté naborienne paya un lourd tribut à cette barbarie avec 44 de ses membres morts en déportation. À la Libération, les survivants de la communauté reprirent progressivement leurs activités et contribuèrent au redressement de l'économie locale. En 2008, la communauté juive de Saint-Avold compte environ 120 membres dont les trois quarts résident dans l'agglomération. ».
La communauté juive de Saint-Avold entretenait d'excellentes relations avec les synagogues voisines dont la Synagogue de Merlebach (1961-2000), aujourd'hui désaffectée par suite de la désagrégation de la communauté juive de Freyming-Merlebach. Le bâtiment a été vendu par le Consistoire à la municipalité de cette ville et transformé en habitation.
Claude Rosenfeld a été rabbin et ministre du culte de la communauté israélite de Saint-Avold de 1964 à 2018.
Le rôle de la synagogue Les synagogues sont des lieux de culte juif. Ces édifices possèdent habituellement un sanctuaire, c'est-à-dire un grand hall de prière et de célébration, avec une armoire où sont rangés les Livres de la Torah Synagogues et lieux de culte juifs sur Jewishencyclopedia.com (consulté le 22 septembre 2011).. Ils peuvent aussi comporter une salle pour les événements communautaires et disposent également de petites pièces réservées à l'étude, voire un Beit midrash (« maison d'étude »). La synagogue est donc devenue également au cours de l'histoire juive, le lieu du Talmud Torah, c'est-à-dire l'enseignement de la tradition juive et de la langue hébraïque.
Les synagogues de Saint-Avold vignette|La synagogue de 1956 L'ordonnance épiscopale de 1660 mentionne déjà l'existence d'une synagogue à Saint-AvoldLucien Henrion, Si les rues de Saint-Nabor m’étaient contées, page 95, imprimerie Léon Louis, Boulay-Moselle, juin 2001.
Une ancienne synagogue avait été mise en service bien avant 1817, le local était loué à un propriétaire qui décida de vendre la maison.
Un immeuble incendié situé rue des Anges fut alors acquis par trois membres de la communauté juive de Saint-Avold (David Elli, Salomon Nathan et Salomon Friburg) et restauré par leurs soins. Un des niveaux de l'immeuble était alors mis à disposition de la communauté pour servir de synagogue en .
Une nouvelle synagogue fut construite à l'emplacement de cet immeuble dès 1825 sur autorisation préfectorale. Menaçant ruine, elle fut reconstruite de 1858 à 1860 avec l'aide d’une subvention de la ville souhaitée par le maire Charles Joseph Spinga. L'architecte Jeannin en conçu la façade. En 1871, le siège rabbinique de Saint-Avold est réorganisé par l'autorité impériale allemande et divisé en deux rabbinats : Boulay et Saint-Avold. Le ministre-officiant est rémunéré et touche une indemnité de logement versée par l'administration. Après 1918 et le retour de l'Alsace-Moselle à la France, la communauté perd certains membres d'origine allemande. La synagogue est rénovée de 1922 à 1923. La synagogue rénovée fut inaugurée par le grand rabbin de Metz Nathan Netter le . Saccagée et profanée par les nazis en 1940, elle fut transformée en remise des pompiers sous le nom de Spritzenhaus avant d’être détruite.
On procéda alors à la construction (à quelques mètres de l'ancien emplacement) d'une nouvelle synagogue achevée en 1956. Conçue par l'architecte messin Roger Zonca et le bureau d'études Constructa, elle est située à l'angle de la rue des Américains et de la rue de la Mertzelle, près de la place Paul Collin. La synagogue est ouverte au culte. Dans le cadre des Journées européennes de la culture juive, la synagogue de Saint-Avold accueille ponctuellement des concerts. La nouvelle synagogue de Saint-Avold a été incendiée et vandalisée la nuit du Pierre Birnbaum, Destins juifs : De la Révolution française à Carpentras, éditions Calmann-Lévy, 1995. et a été soigneusement restaurée.
Description de la nouvelle synagogue vignette|Synagogue de Saint-Avold, Arche sainte (ארון קודש (Aron kodesh). D'un style résolument moderne, elle est de forme cubique. Ses deux façades vitrées sont recouvertes d'un treillis en béton sous forme d'un réseau d'étoiles de David. Deux étoiles de David se retrouvent sur la porte d'entrée faite de métal ajouré. L'intérieur très lumineux est également éclairé d'une coupole circulaire ornée d’une étoile de David. Cette coupole, actuellement de couleur blanche, était peinte à l'origine en couleur bleu céleste.
La disposition intérieure présente une galerie réservée aux femmes. Les bancs réservés aux hommes sont orientés en direction de Jérusalem et font face à l'estrade et au tabernacle appelée en hébreu , c'est-à-dire l’Arche sainte. On y conserve les rouleaux de la Torah. Face à l'Arche sainte se trouve un pupitre de bois appelé bimah (hébreu בימה) qui permet la lecture de la Torah durant les officesSol Steinmetz, Dictionary of Jewish Usage. A Guide To The Use Of Jewish Terms, Rowman & Littlefield Publishers, New York, 2005, p. 162.. L'Arche sainte est surmontée d'une lampe allumée en permanence (signe de la présence divine). À ses côtés se trouve un chandelier à sept branches de facture moderne. L'Arche sainte est fermée d'un rideau brodé qui représente les tables de la Loi surmontées d'une couronne et encadrées par deux chandeliers à sept branches portés par deux colonnes.
Cimetières Dans le cadre de la religion juive, l'inhumation des membres de la communauté suit les préceptes de la Halaka. Un mort doit pouvoir reposer à tout jamais dans le sol où il est enterré. L'intégrité de sa tombe doit être respectée et le cimetière est un lieu sacré.
Un cimetière israélite a été ouvert en 1902 pour remplacer celui d’Hellering. On y trouve un monument aux morts érigé en souvenir des 44 déportés de la communauté juive de Saint-Avold.. Ce monument, œuvre de Robert Sounillac, marbrier sculpteur à Fontaines-sur-Saône, a été inauguré par Robert Schuman le .
Deux cents tombes juives portant l'étoile de David se trouvent au sein du cimetière américain. Un mémorial multiconfessionnel accorde une possibilité de recueillement aux personnes juives de passage. On y trouve une plaque en mosaïque posée en mémoire des soldats juifs inhumés dans le cimetière.
Les déportés Juifs originaires de Saint-Avold et de sa communauté vignette|Monument aux morts du cimetière israélite dédié aux 44 victimes naboriennes de la Shoah. 44 noms de déportés de la communauté juive naborienne sont inscrits sur le monument commémoratif du cimetière israélite de Saint-Avold.
D'autres personnes ayant fait partie de la communauté juive de Saint-Avold ont été déportées et exterminées à Auschwitz et dans les camps de la mort :