Le Ghetto de Lida (été 1941 — ) est un quartier où ont été forcés de se rassembler les Juifs de Lida et des villages environnants, suivant le processus de l'Holocauste en Biélorussie en vue de les persécuter et de les exterminer, à l'époque de l'occupation du territoire de l'URSS par les troupes du Troisième Reich, durant la Seconde Guerre mondiale.

Occupation de Lida et création du ghetto

Durant la première moitié du les Juifs représentaient 38 % de l'ensemble de la population de la ville de LidaА. Ф. Кулеш. Так убивали людей. Juste avant la guerre, Juifs vivaient à LidaГетто Белоруссии — примеры геноцида (из книги Л. Смиловицкого «Катастрофа евреев в Белоруссии, 1941—1944 гг.». La ville fut envahie par des unités de la Wehrmacht le et l'occupation se poursuivit pendant 3 ans -jusqu'au Периоды оккупации населенных пунктов Беларуси.

Dès les premiers mois d'occupation, les forces allemandes créèrent un ghetto dans la ville. Ce ghetto devint très important mais plus petit toutefois que le ghetto de Vilnius, le ghetto de Grodno, ou le ghetto de Minsk, pour ne parler que des plus proches géogrаphiquementИстория и особенности Холокоста на территории СССР. Les Ghettos de Biélorussie pendant la Seconde Guerre mondiale sont au nombre de 288. Entre et Juifs y furent exécutés. À Lida, les Juifs chassés et conduits au ghetto venaient de la ville de Lida même et du Raïon de Lida mais aussi des villages des environs : Biarozawka, Biélitsa, Seliets et encore de différents hameaux. La ville avait subi un bombardement au début de l'offensive allemande et le centre était en ruine, si bien que les ghettos furent organisés à trois emplacements périphériquesJoseph Kuszelewicz (préface de Claire Le Foll) « un Juif de Biélorussie de Lida à Karaganda ». Paris. 2002. Éditions L'Harmattan.. Le ghetto le plus important est installé dans les deux rues Pastowska et Chlodna, incluant le cimetière juif près de la rivière Lideïka. Il était commode d'y jeter les cadavres des suppliciés. Le deuxième ghetto, plus petit, était constitué par la rue Kocharowa jusqu'à la petite forêt Borowka. C'est là que seront tués Juifs (hommes, femmes et enfants) le . Le troisième ghetto dénommé « Piaski » a été créé à un endroit où vivaient des populations chrétiennes. Il se situait par delà la ligne de chemin de fer.

Conditions de vie dans le ghetto La vie dans le ghetto de Lida ne se différencia pas de la vie dans les autres ghettos créés pas les nazis en Biélorussie pendant la seconde guerre. Port de l'étoile de David obligatoire pour les Juifs entre 16 et 60 ans Création d'un Judenrat pour faire administrer les ghettos par les Juifs eux-mêmes Mesures vexatoires Absence de soins médicaux suffisants absence de ravitaillement Obligation d'échanger les biens pour avoir de la nourriture.

Il existe toutefois sur la vie du ghetto de Lida un témoignage vécu émouvant : celui de Joseph Kuszelewicz qui est né en 1925 et a connu le ghetto à 16 ansL' histoire de sa vie n'est pas banale puisque après avoir vécu dans le ghetto de Lida il a participé aux activités des partisans Bielski, un groupe de résistants juifs qui ont sauvé beaucoup de civils juifs et qui ont mené la vie dure aux forces d'occupations. Par la suite après la libération par les forces de l'Armée rouge, Josep Kuszelewicz fut envoyé par les Russes à Karaganda au Kazakhstan dans le camp de travail pénitentiaire soviétique Karlag pour purger une peine de 5 ans de travaux forcés pour motif de contrebande. Après cette période, il partit en Israël en 1957. Après un an, en 1958, il vint se fixer à Paris, en France, où il mourut en janvier 2001. Voir Joseph Kuszelewicz (préface de Claire Le Foll), un Juif de Biélorussie de Lida à Karaganda, Paris, 2002, Éditions L'Harmattan à ).

Destruction du ghetto

La Commission extraordinaire de l'État (en abrégé : TchGK - en russe : ЧГК) d'URSS n'a pas pu établir en 1944 le chiffre exact des victimes tuées à Lida et dans le raïon de Lida. À propos de ces chiffres, elle n'a pu que conclure : « chaque victime tombée dans les mains des fascistes parcourait un long chemin d'épines avant d'arriver jusqu'à sa tombe ». Le les Allemands sont entrés dans Lida et durant les jours qui ont suivi, ils ont exécuté 92 représentants de l'intelligentsia locale juive : des enseignants, des avocats, des médecins, des ingénieurs. Après les avoir rassemblés dans l'enceinte de l'église Piarov, les Allemands les ont conduits à quelques kilomètres de la ville, dans d'anciennes casernes, dont les caves étaient encore remplies d'armes et de munitions russes. Ils y ont été exécutés à la mitraillette. Les paysans des villages voisins ont été réquisitionnés pour creuser des fosses puis transporter et enterrer les suppliciés dans celles-ciJoseph Kuszelewicz, un Juif de Biélorussie de Lida à Karaganda, Paris 2002 L'Harmattan. Книга:Справочник о местах принудительного содержания гражданского населения на оккупированной территории Беларуси 1941-1944. Le 3 et le juifs, également membres de l'intelligentsia, furent encore fusillés. Au début de l'occupation les allemands prenaient encore la précaution d'éviter la présence de témoins pour ne pas affoler la population.

Un des premiers massacres de masse fut organisé le . Selon des témoins visuels : … Il y avait cinq mille juifs. On leur ordonna de creuser une tranchée. Pour les femmes, les tranchées étaient plus profondes de telle manière que les fascistes puissent jeter au-dessus d'elles leurs petits enfants. Les mères se défendaient, mordaient quand on leur enlevait leur enfant. Les Allemands essayaient de jeter leur enfant directement après elles dans la fosse. Mais les Allemands n'envoyaient pas là que des mères. À nos “amis policiers” ils ordonnaient de couvrir ces enfants de grenades… Ils obligeaient les adultes à se déshabiller complètement, à déposer leurs vêtements, et puis nos gars (policiers) les fusillaient. Ceux qui étaient morts ou blessés étaient jetés dans la fosse et on comblait celle-ci de chaux. Les Allemands allaient alors vers les policiers qui avaient fusillé, leur posaient la main sur le cœur, celui de ceux-ci qui était calme ils le félicitaient, et celui dont le cœur battait fort, qui était ému — il recevait une balle dans le front. Ainsi ils tirèrent jusqu'au soir, puis ils recouvrirent les tranchées de terre…

Le , après avoir été torturés, les membres brisés, 9 Juifs furent fusillés dans le cimetière de Lida. thumb|left|300 px| Tombes jumelles (dites aussi «tombe des enfants») à un des emplacements des meurtres de masse des Juifs de Lida, le 8 mai 1942 Pendant une semaine entière, le , fut organisé à Lida un massacre de juifs de grande ampleur, ce que les nazis appelaient une «action» suivant un de leurs euphémismes.

Selon des témoins visuels, le soir du , les membres des forces de police de la collaboration biélorusse et les gendarmes auxiliaires encerclèrent le ghetto, et le matin du ils conduisirent les prisonniers sur la place de la caserne. Le commissaire et son adjoint organisèrent une sélection, séparant provisoirement d'une part parmi les condamnés à mort les femmes, les vieux, les malades et les enfants des autres c'est-à-dire des artisans et des spécialistes. Ceux des vieux et des malades qui ne pouvaient se déplacer par eux-mêmes, furent tués immédiatement — dans les maisons et les rues du ghetto. Sur le chemin vers le bois, à l'endroit du massacre ils exterminèrent les Juifs et fusillèrent les autres.

L'endroit du massacre se trouvait dans les champs et les bois à trois kilomètres de la ville. Les nazis et les membres de la collaboration biélorusse fusillèrent les juifs de Lida à la mitrailleuse ou à l'automatique à l'emplacement de trois fossés, obligeant au préalable les victimes à se déshabiller. Ils tuèrent d'abord les enfants (en effet, si les mères étaient tuées les premières, les enfants ne pouvaient plus être maitrisés) en les enlevant à leur mère, les jetaient dans la fosse et puis jetaient des grenades (en effet, obliger les soldats à tuer les enfants au fusil entrainait des troubles psychiques chez certains tireurs). Les occupants et leurs complices lançaient aussi les enfants en l'air puis les attrapaient à la baïonnette. Mais pour les exécuteurs, ce qui comptait le plus c'était de procéder à leur « action » de manière militaire, c'est-à-dire sans désordre et sans devoir prendre de décision personnelle. Le modus operandi pouvait varier par l'expérience antérieure pour le même type d'action ou en fonction de la personnalité de chaque exécuteur. Mais l'important, pour les nazis, était le maintien du cadre référentiel militaire. Otto Ohlendorf qui était à la tête de l'Einsatzgruppe « D » restait par exemple très attaché à cette idée pour ces raisons expliquées au procès de Nuremberg : « parce que c'était infiniment lourd à supporter psychiquement tant pour les victimes que pour ceux qui avaient ordre de les exécuter ». « Il s'agissait d'arriver à ce que les chefs et les hommes pussent procéder à l'exécution de façon militaire et n'eussent donc pas à prendre de décision personnelle » Le choix du mode d'exécution n'était pas régi -constate Harald Welzer- par le fait qu'il soit lourd à supporter psychiquement ou non, mais servait de prétexte au choix d'une exécution de type militaireHarald Welzer, Les exécuteurs, des hommes normaux aux meurtriers de masse, NRF essais, Gallimard 2007.. Otto Ohlendorf, a expliqué qu'il avait, pour sa part, toujours veillé à un « mode de liquidation militaire » par fusillade de face et non pas « un à un, une balle dans la nuque »Harald Welzer, Les exécuteurs, des hommes normaux aux meurtriers de masse, NRF essais, Gallimard 2007..

Harald Welzer, auteur de l'essai Les Exécuteurs cite ce témoignage insoutenable d'un exécuteur allemand - un certain Karl Milze - qui a participé à plusieurs massacres : « Je me trouvais moi-même dans la situation réellement heureuse de n'avoir au moins pas à tuer de nourrisson avec sa mère. Les enfants que j'ai dû tuer étaient déjà suffisamment grands pour que leurs mères les tiennent par la main »Harald Welzer : Les exécuteurs, des hommes normaux aux meurtriers de masse, NRF essais, Gallimard 2007..

Les enfouissements des corps se faisaient dans d'anciennes tranchées, à l'endroit d'un ancien camp militaire soviétique, dans un immense trou provenant d'une explosion d'un arsenal de poudre, le tout sur une surface de 6 hectares. thumb|300 px|Monument rappelant un des lieux du meurtre des Juifs par les nazis à Lida En tout, le , prisonniers du ghetto périrent fusillés à Lida.

Le 1942 dans les caves de l'arsenal, 155 Juifs furent encore tués.

À l'automne 1942, les survivants du ghetto furent envoyés au camp de concentration de Maïdanek en Pologne. Après la fusillade racontée plus haut, 800 Juifs avaient été amenés de Voranova (Oblast de Grodno) et d'autres villages. Tous ces Juifs et les survivants de Lida furent cantonnés dans 121 maisons dans le ghetto, pour être tués peu de temps après.

Les ghettos de Lida furent liquidés en et une partie de leurs prisonniers furent envoyés dans le camp de concentration de Sobibor.

Résistance dans le ghetto

Dès 1941, les partisans Bielski pénètrent dans le ghetto de Lida, appelant les prisonniers à s'enfuir pour lutter contre les fascistes. Ils s'approvisionnaient aussi dans ces camps en demandant des armes à tout prix aux habitants du ghetto (armes détenues, fabriquées ou volées).