L'église Saint-Martin est une église catholique paroissiale située à Cormeilles-en-Vexin, dans le parc naturel régional du Vexin français en France. Elle se compose de deux parties bien distinctes séparées par le transept qui porte en même temps le clocher central. La nef est de style roman, et ses grandes arcades retombent sur des chapiteaux très archaïques. Pour la plupart des auteurs, ils permettent une datation pour le dernier quart du , mais certains estiment le début du plus probable. En tout cas, c'est l'une des plus anciennes nefs conservées dans le département. Environ un siècle après sa construction, elle a été voûtée d'ogives. Le transept est contemporain de la nef et conserve deux voûtes en berceau et une voûte d'arêtes d'origine, ce qui est rare dans la région. Ses peintures murales du sont également intéressants. Le chœur a été entièrement reconstruit au milieu du règne de saint Louis et montre une élévation ambitieuse sur trois niveaux, avec triforium. Influencé par la basilique Saint-Denis, il est tout à fait représentatif de l'architecture parisienne de l'époque. L'étage des fenêtres hautes n'a toutefois été construit ou achevé qu'au . En raison d'arcs-boutants défectueux, les voûtes du chœur menacent de s'effondrer vers 1970 et le chœur doit être étayé pendant trente-cinq ans en attendant sa restauration. Celle-ci a été achevée en 2008 et l'ensemble de l'église se présente aujourd'hui dans un excellent état. Elle est classée monument historique depuis 1911.
Localisation
L'église est située dans le département français du Val-d'Oise, dans le parc naturel régional du Vexin français, sur la commune de Cormeilles-en-Vexin. La façade occidentale donne sur la rue Guynemer et le chevet sur la rue du Général Leclerc (RD 190), qui est l'axe principal du village. L'on peut faire le tour de l'édifice. Au nord, il ne reste qu'une étroite bande de terrain entre le mur de l'église et le mur du jardin de l'ancien presbytère. C'est ici que se situe le petit portail latéral qui est habituellement utilisé comme accès à l'église. Un petit parvis existe devant la façade occidentale, et au sud, l'on trouve une grande pelouse bordée d'arbres : c'est l'ancien cimetière déplacé vers son emplacement excentré actuel en 1865.
Historique thumb|upright|left|Façade Ouest.
Le village est cité pour la première fois dans un diplôme de Charles II le Chauve de 843, mais il est incertain si une église existe déjà à cette époque. La première preuve de son existence est un accord passé en 1071 entre Guillaume I, abbé de Saint-Denis, et Jean d'Ivry, archevêque de Rouen, qui cède au premier les revenus de l'autel. Depuis lors et sous tout l'Ancien Régime, l'abbé de Saint-Denis présente à la cure de Cormeilles-en-Vexin. Il n'existe plus de documents d'archives renseignant sur la construction de l'église et son évolution au fil des siècles. L'on peut toutefois distinguer aisément trois principales campagnes de construction. La première porte sur la nef, les bas-côtés, le transept et l'essentiel du clocher et peut être située au dernier quart du . La seconde porte sur le voûtement d'ogives de la nef et des bas-côtés à la fin du ou au premier quart du . Les murs gouttereaux des bas-côté sont rebâtis lors de la même campagne, et les bas-côtés probablement élargis. Pendant le second quart du même siècle, l'abside et les absidioles romanes sont jetées bas, et le chœur actuel est édifié. La grande baie du chevet n'est toutefois créée qu'après l'achèvement du chœur, vers 1255 environ...
À la fin du l'église se présente déjà globalement dans sa forme actuelle mais de nombreuses modifications y sont encore apportées pendant les siècles qui suivent. Lors de la construction du chœur, la stabilité du clocher qui se dresse au-dessus de la croisée du transept adjacente a été affectée. Au , l'on fait face aux désordres de structure en renforçant les deux piles orientales du clocher, et en reconstruisant les l'arcades est et ouest de la croisée ainsi que l'arcade occidentale du croisillon nord. Les murs extérieurs des croisillons sont rebâtis à la même occasion et perdent leurs pignons, ce qui fait disparaître tout signe de l'existence d'un transept à l'extérieur. À l'intérieur, les traces du remaniement sont cachées par des peintures murales en faux appareil. Plus tard, les arcades orientales sont refaites à leur tour. De plus importants travaux sont menés au dernier quart du . Les fenêtres hautes, les arcs-boutants et les voûtes du chœur sont entièrement refaits pour un motif inconnu, mais certains auteurs n'excluent pas que le chœur soit resté inachevé jusqu'à ce moment car aucune trace ne subsiste de dispositions antérieures. Le clocher est surélevé en 1580 afin de dominer au moins légèrement le toit du chœur, qui est très élevé. Les meneaux de la baie centrale du chevet sont repris en 1613. Pendant le , le mobilier est renouvelé et la chaire, le banc d'œuvre, les stalles et le meuble de sacristie datent de cette époque. La sacristie elle-même n'est pas exactement datable mais remonte en tout cas à l'époque moderne. Un porche également moderne a par ailleurs existé devant le portail occidental et a été démoli lors de la restauration de l'église...
thumb|upright|Vue générale de la nef.
L'église est classée monument historique par arrêté du . Eugène Lefèvre-Pontalis explique ce classement tardif par .. L'édifice se trouve alors dans un état très critique. Jules Formigé préconise sa restauration en 1915 et propose de refaire la toiture de la nef et des bas-côtés de sorte à déboucher les fenêtres hautes de la nef ; de reconstituer le transept dans sa disposition initiale ; de démolir le porche ; de supprimer les tirants en bois dans la nef ; de consolider les arcs-boutants du chœur ; de réparer le clocher ; et de ramener le sol du chœur à son niveau plus bas d'origine afin de dégager les bases des piliers.. Pour anticiper, seules la démolition du porche, la consolidation des arcs-boutants et la réparation du clocher sont finalement réalisées. En raison de la Première Guerre mondiale et l'effort de reconstruction qui se concentre sur les régions dévastées, la restauration ne commence pas avant 1927. La direction est confiée à Jules Formigé qui a déjà étudié l'édifice dans tous ses détails. Il fait remettre en état les toitures ; réparer les fenêtres hautes du chœur ; restaurer la corniche et les culées des arcs-boutants. Les élévations latérales de l'église sont restaurées en 1936 et 1937. La consolidation des arcs-boutants doit attendre jusqu'en 1943. Bien que Jules Formigé attire dès 1915 l'attention sur la très mauvaise qualité des arcs-boutants et leur forme inadaptée pour faire face à la poussée des voûtes, il sous-estime malheureusement l'ampleur des désordres. L'architecte en chef des monuments historiques Sylvain Stym-Popper est ainsi obligé de reprendre ces mêmes arcs-boutants dès 1955. Mais lui non plus ne parvient pas à bout du problème, et l'ensemble du chœur doit être étayé en 1970.. Il est ultérieurement fermé d'accès pour des raisons de sécurité, et la restauration définitive est finalement entreprise par la commune entre 2006 et 2008.. En attendant, la façade occidentale est restituée dans son état d'origine en 1987, avec suppression du porche et démolition de la travée moderne à l'angle entre le porche et le bas-côté sud.. Cette annexe et la première travée du bas-côté sud formaient un local servant de dépôt..
L'église est dédiée à saint Martin de Tours. Sous tout l'Ancien régime, la paroisse de Cormeilles-en-Vexin appartient à l'archidiaconé du Vexin français sis à Pontoise et à l'archidiocèse de Rouen. La seigneurie est partagée entre l'abbaye Saint-Denis et un seigneur laïc jusqu'à la fin du . L'abbaye et l'église possèdent environ 26 % des terres et la noblesse 17 %. En 1692, Louis XIV donne les biens de l'abbaye Saint-Denis à la Maison royale de Saint-Louis, qui rachète quant à elle la part de la famille La Fontaine, criblée de dettes. Ainsi 43 % des terres ainsi que la dîme appartiennent à la Maison royale de Saint-Louis et à l'église ; p. 42.. Après la Révolution française, la paroisse est rattachée au nouveau diocèse de Versailles puis est intégrée dans le diocèse de Pontoise en 1966, dans le contexte de la création du nouveau département du Val-d'Oise. Il n'y a depuis longtemps plus de curé à Cormeilles-en-Vexin, et l'église n'accueille de célébrations eucharistiques qu'irrégulièrement. Elle fait aujourd'hui partie de la paroisse de Marines, qui totalise trente-trois villages.
thumb|upright|Plan de l'église jusqu'en 1987.
Description Aperçu général
Orientée légèrement vers le sud-ouest du côté de la façade, l'église occupe une surface rectangulaire au sol et se compose de deux parties bien distinctes de part et d'autre du clocher central. À l'ouest, la nef aveugle de cinq travées barlongues s'accompagne de deux bas-côtés, l'ensemble étant voûté d'ogives et recouvert ensemble par une toiture unique à deux rampants. Au milieu, le clocher en bâtière domine nettement la toiture mais dépasse à peine celle du chœur, à l'est. Les deux travées au nord et au sud du chœur sont les anciens croisillons du transept et semblent homogènes avec les collatéraux du chœur. En réalité, ils appartiennent à la même période de construction que la nef mais leurs murs extérieurs ont été refaits, avec suppression des pignons et alignement des toits en appentis sur l'axe du vaisseau central. La croisée du transept est voûtée d'arêtes, et les anciens croisillons sont voûtés en berceau perpendiculairement à l'axe de la nef. Le chœur au chevet plat se compose de trois travées et s'accompagne de deux collatéraux de longueur identique. Les collatéraux semblent presque atteindre la hauteur de la nef que l'on sous-estime toutefois du fait de la faible élévation des murs gouttereaux des bas-côtés. Le vaisseau central du chœur est doté de fenêtres hautes et arrive presque au même niveau que l'étage de beffroi roman du clocher, qui a donc été surélevé pour des raisons esthétiques. L'ensemble du chœur est également voûté sur croisées d'ogives. Les collatéraux sont recouverts par des toits en appentis dans la continuité de ceux des anciens croisillons, et le vaisseau central par un toit à deux rampants. L'église possède ainsi des pignons à l'ouest et à l'est. Les accès sont actuellement au nombre de deux : le portail occidental et la petite porte de la seconde travée du bas-côté nord de la nef. Des portes bouchées existent en face, dans la seconde travée du bas-côté sud, ainsi que dans la première travée du collatéral sud du chœur. L'orientation liturgique de l'église en lien avec son implantation dans le village conduit à la situation curieuse que le côté qui donne sur la rue principale du bourg est dépourvu de porte, et qu'il faut passer par la venelle au nord de l'église ou une petite rue secondaire pour accéder à l'église.... Le porche devant la façade occidentale et la travée contigüe qui prolongeait le bas-côté sud vers l'ouest ont été supprimés en 1987. La première travée du bas-côté sud demeure toutefois séparée du reste de l'église par des murs et contient l'escalier de la tribune occidentale bâtie dans la première travée de la nef.
Extérieur Façade occidentale thumb|Façade Ouest. thumb|Vue depuis le nord-ouest. thumb|Nef, façade Sud. thumb|Façade Sud : transept et chœur.