Louvrage du Simserhof est un ouvrage fortifié de la ligne Maginot, situé dans la commune de Siersthal (dans l'écart du Légeret, rue André-Maginot), dans le département de la Moselle. C'est un gros ouvrage d'artillerie, comptant dix blocs. Construit de 1929 à 1936, l'ouvrage a été épargné par les combats de juin 1940, mais pas par ceux de novembre 1944.
L'ouvrage est désormais un site touristique, l'un des plus visités de la ligne Maginot.
Position sur la ligne Faisant partie du sous-secteur du Légeret, dans le secteur fortifié de Rohrbach, l'ouvrage du Simserhof, portant l'indicatif , est intégré à la « ligne principale de résistance » entre les casemates CORF d'intervalle de Holbach à l'ouest et du Légeret à l'est, à portée de tir des canons du gros ouvrage du Schiesseck () à l'est.
Le gros ouvrage d'artillerie du Simserhof est la pièce maîtresse du secteur fortifié, entre la Sarre et les Vosges du Nord. Situé à à l'ouest de Bitche, l'ouvrage doit son nom à l'ancienne ferme du Simserhof qui se trouvait à proximité de l'ouvrage. Seize mois d'étude (du au ) et trois réunions plénières de la CORF sont nécessaires pour mettre en place les plans de construction de cet ouvrage.
Description L'ouvrage est composé en surface de huit blocs de combat (regroupés en deux demi-ouvrages : blocs 1, 2 et 5 à l'ouest, blocs 7 et 8 au milieu, blocs 3, 4 et 6 à l'est) et de deux blocs d'entrée, avec en souterrain une caserne, une cuisine, des latrines, un poste de secours, des PC, des stocks d'eau, de gazole et de nourriture, des magasins à munitions (un M 1 et plusieurs M 2) et une usine électrique, le tout relié par des galeries profondément enterrées. L'énergie est fournie par quatre groupes électrogènes, composés chacun d'un moteur Diesel Sulzer 6 DD 22 (à six cylindres de de cylindrée chacun, fournissant à )Les gros Diesel ont été construits par la CCM, la Compagnie de constructions mécaniques, à Saint-Denis, sous licence avec Sulzer. couplé à un alternateur, complétés par un petit groupe auxiliaire (un moteur 1 PJ 65, de à )Le nom du petit moteur Diesel CLM 1 PJ 65 correspond au fabricant (la Compagnie lilloise de moteurs, installée à Fives-Lille), au nombre de cylindres (un seul fonctionnant en deux temps, mais avec deux pistons en opposition), au modèle (PJ pour « type Peugeot fabriqué sous licence Junkers ») et à son alésage ( de diamètre, soit de cylindrée). servant à l'éclairage d'urgence de l'usine et au démarrage pneumatique des gros Diesel. Le refroidissement des moteurs se fait par circulation d'eau.
Le bloc 1 est une casemate mixte d'artillerie et d'infanterie flanquant vers l'ouest, avec un créneau pour lance-bombe de , un créneau mixte pour JM/AC 47 (jumelage de mitrailleuses et canon antichar de ), un autre créneau pour JM, une tourelle de mitrailleuses et une cloche GFM (guetteur fusil-mitrailleur).
Le bloc 2 est un bloc mixte d'artillerie et d'infanterie servant aussi d'observatoire, avec un créneau mixte pour JM/AC 47, un autre créneau pour JM, une tourelle de , une cloche VDP (vue directe et périscopique, indicatif O 2) et une cloche GFM.
Le bloc 3 est un bloc mixte d'artillerie et d'infanterie, avec un créneau mixte pour JM/AC 47, un autre créneau pour JM, une tourelle de et deux cloches GFM.
Le bloc 4 est une casemate mixte d'artillerie et d'infanterie, avec un créneau pour lance-bombe de , un créneau mixte pour JM/AC 47, un autre créneau pour JM, une tourelle de mitrailleuses et une cloche GFM.
Le bloc 5 est une casemate d'artillerie flanquant vers l'ouest, avec trois créneaux pour canon de modèle 1932, une cloche VDP (indicatif O 3), deux cloches GFM et une cloche LG (lance-grenades).
Le bloc 6 est une casemate d'artillerie flanquant vers l'est, avec trois créneaux pour canons de modèle 1932, une cloche VDP (indicatif O 1), deux cloches GFM et une cloche LG.
Le bloc 7 est un bloc d'artillerie, avec une tourelle de et deux cloches GFM.
Le bloc 8 est un bloc d'artillerie, avec une tourelle de modèle 1933 et deux cloches GFM.
L'entrée des hommes est en puits, armée avec deux créneaux mixtes pour JM/AC 47, deux cloches GFM et une cloche LG.
L'entrée des munitions est de type A de plain-pied, armée avec un créneau mixte pour AC/AC 47 et deux cloches GFM.
La vie dans l'ouvrage
Le Simserhof était occupé par un équipage composé de , issus du du d'infanterie de forteresse (RIF), du du régiment d'artillerie de position (RAP) et des éléments des , et régiments du génie. On comptait , et . Le commandement de l'ouvrage est confié au lieutenant-colonel Aumoitte, du au , puis c'est le lieutenant-colonel Mauvin qui prend en main l'ouvrage, avant de laisser sa place au lieutenant-colonel Bonlarron, à partir du .
En temps de paix, les troupes d'active, affectées au Simserhof, étaient stationnées dans le casernement du Légeret, fraîchement sorti de terre et qui offrait des bâtiments neufs et confortables. L'état-major du régiment résidait à la caserne Jouart, à Bitche.
Une étroite cohabitation s'est instaurée entre les troupes de forteresse et les habitants de la région. Le , la ville de Bitche remet ses fanions au d'infanterie de forteresse et le , c'est au tour des commerçants et du syndicat d'initiative de remettre leurs fanions aux batteries d'ouvrage.
La vie à l'intérieur de l'ouvrage était calquée sur celle des navires de guerre. Un service par quart rythmait la vie l'occupation des locaux : le quart de veille (durée de quatre heures) : le personnel devait assurer la permanence au téléphone, se tenir à proximité des pièces d'artillerie et armes automatiques en prévision d'une intervention immédiate ; le quart de piquet (durée de quatre heures) : le personnel était au repos dans le bloc (la nuit seulement) ou en corvée également dans le bloc. Éventuellement des travaux extérieurs pouvaient être réalisés ; le quart de renfort ou de repos (durée de ) : repos effectif dans les chambrées ; le quart disponible : personnel logé pendant dans la caserne de l'ouvrage et mis à la disposition du major d'ouvrage.
Les troupes enfermées dans le fort n'avaient plus la notion du temps. La vie n'était pas réglée en fonction du jour et de la nuit mais par rapport aux heures de quart. Pendant la « drôle de guerre », le secteur était calme. Quotidiennement, des séances d'éducation physique avaient lieu. Les éléments non affectés à leur poste s'affairent dans les blocs à l'entraînement quotidien et à l'entretien.
Fin septembre, le commandement de l'ouvrage autorise l'équipage à prendre l'air devant la grille de l'entrée des munitions. Certains frontaliers, munis d'un sauf-conduit, peuvent même aller à Bitche afin de vérifier l'état de leur maison. Des mises au vert dans des villages proches étaient organisées et des exercices de tir rompaient l'attente quotidienne. À partir de fin novembre, des permissions de étaient accordées par roulement.
Il n'y avait pas de rassemblement de tout l'équipage, excepté pendant la messe du dimanche, célébrée par le sergent Thiéry dans la gare du magasin à munitions M 1. Il était interdit de circuler dans les galeries. Des efforts furent déployés pour améliorer le quotidien des soldats. Au Simserhof, des fresques ornent les murs de la forteresse. Le soldat Romain Simon (1916-2007), décorateur de théâtre à l'Opéra de Paris, devenu un excellent illustrateur animalier, orna le foyer-bar, dans le casernement, de fresques représentant Blanche-Neige et les Sept Nains. Malgré ces efforts, la vie sous terre entraîne une sensation indéfinissable que les équipages vont appeler la « bétonite ». L'absence de lumière solaire, de différence entre le jour et la nuit, l'exigüité des locaux affectent le moral de ces soldats.
Histoire
Construction de l'ouvrage Premier projet () Ce projet du colonel Frossard prévoit la construction d'un fort concentré de distants de en moyenne l'un de l'autre. L'ouvrage doit être entouré d'un fossé antichar avec des coffres de défense. L'entrée doit être édifiée dans un ravin arrière, avec une voie ferrée étroite (voie de 60).
Ce projet est examiné le par les généraux de la Commission d'organisation des régions fortifiées et de nombreuses objections sont formulées : ce projet nécessite de grands déboisements et la structure dispose d'un champ de tir insuffisant (les pentes trop fortes vers les vallées profondes de Schorbach et de la Horn sont mal battues par les canons de ; la défense rapprochée manque de champ de tir vers la droite (est) et en avant (nord) ce qui provoque des angles morts exploitables par l'assaillant). Ce projet est rejeté et le , une reconnaissance est effectuée sur le terrain pour trouver une solution à la construction de cette forteresse.
Second projet () Ce nouveau projet prévoit la construction de deux ouvrages distincts à l'un de l'autre et se flanquant mutuellement. Ce projet engendre l'augmentation des estimations mais est tout de même adopté par la CORF puis par le maréchal Pétain le .
Le plan d'étude d'implantation est discuté de mars à . Quelques modifications sont adoptées au projet du , ce qui engendre une nouvelle hausse des coûts. Le prix de la construction était estimé à de francs de l'époque alors que les crédits étaient de de francs.
Il est décidé de construire huit blocs bétonnés et l'entrée est dédoublée (une entrée des hommes et une entrée des munitions). La construction du Simserhof s'étale sur près de neuf ans, de 1929 à 1938. Le gros œuvre est réalisé de 1930 à 1933. sont engagées sur ces chantiers de jour comme de nuit. L'année 1933 marque la fin du gros œuvre. Une partie de l'équipement est mise en place (tourelles : blocs 3, 4 et 8).
En 1934, l'usine électrique, les monte-charges et les réseaux de câbles sont mis en place, ainsi que le réseau ferroviaire. En 1937, le champ de rails antichar continu est implanté et, à partir de 1938, l'ouvrage est prêt à fonctionner. Il aura coûté au total de francs ( d'euros). centré|vignette|Champ de rails antichar.
Les combats du Simserhof Le fort de Simserhof est commandé du au par le lieutenant-colonel Gaston AumoitteDossier pédagogique de l'académie de Poitiers, vue 10/13, en lien.. Occupé en , dans des conditions d'habitabilité relativement mauvaises, le Simserhof est à nouveau investi par les troupes de forteresse en (Munich) et en . La prochaine occupation sera la bonne. Le , la mesure est décrétée (occupation des ouvrages). Vers , l'active est à son poste et l'ouvrage est opérationnel. Le , les réservistes frontaliers ont un délai de pour rejoindre les ouvrages. Ils arrivent à l'ouvrage du Simserhof où ils sont habillés et équipés.
Le , c'est la mobilisation générale et le 3, l'état de guerre est proclamé. Le Simserhof doit intervenir une première fois le : une tourelle de 75 intervient au profit des avant-postes installés à une dizaine de kilomètres en avant de la ligne fortifiée.
Juin 1940 Le , Hitler lance la à l'ouest, mais devant la ligne Maginot le front reste calme. Le , les avancées sont violemment bombardées et le Simserhof riposte pour appuyer les troupes françaises. Le , les troupes d'intervalles se replient vers le Sud de la France. Le Simserhof doit d'abord protéger ces troupes, puis l'équipage devait quitter l'ouvrage en le sabotant. À partir du , le Simserhof effectue des tirs de protection et le , le lieutenant-colonel Bonlarron comprend que le mouvement de retraite est quasi impossible. Il décide de ne plus saborder l'ouvrage et prend des dispositions pour soutenir un siège. Les Allemands approchent. À partir du , l'artillerie du Simserhof est en action. Il faut éviter que l'ennemi se présente trop près de l'ouvrage du Welschhof. Le , le Simserhof assiste, impuissant, au drame du Haut-Poirier, qui doit se rendre avec cinq casemates et le , un armistice est signé entre le maréchal Pétain et une délégation allemande.