Le Pou du saumon (Lepeophtheirus salmonis) est une espèce de crustacés copépodes parasites de la famille des Caligidae, au corps mou et protégé par une carapace aplatie et chitineuse. La femelle adulte mesure ( en incluant les rubans d’œufs). Le mâle adulte mesure .
C'est l'une des espèces dites « pou du poisson », une dénomination qui rassemble des espèces de copépodes parasites vivant dans toutes les mers du monde. Il est parfois aussi nommé pou de mer.
Son cycle de vie comprend trois stades libres et planctoniques (non parasitaires) ; puis au stade pré-adulte et adulte, il devient un parasite externe fixé (ectoparasite). Comme son nom l'indique, Lepeophtheirus salmonis affecte surtout le saumon dont il consomme le mucus et parfois la peau et le sang (pour la femelle adulte)C. Tröße, H. Kongshaug, L. A. Hamre and F. Nilsen (2012). Characterisation of iron regulatory protein 1 and 2 in the salmon louse (Lepeophtheirus salmonis Krøyer 1837). Exposé fait pour la internationale sur les poux des poissons , 21 au 23 mai 2012, à Bergen (Norvège), voir /74.. Au stade adulte ou pré-adulte, il peut causer des plaies ulcérées, entretenues ou élargies par des infections bactériennes et fongiques opportunistes. Il se fixe parfois aussi sur les nageoires où il se nourrit également de mucus. Plus rarement on le trouve sur les branchies.
Lepeophtheirus salmonis est une espèce économiquement et écologiquement préoccupante au Canada ou en Norvège puis Écosse et Irlande ; elle semble y avoir profité du rapide développement de l'élevage du saumon (depuis le début des années 1990) pour pulluler en devenant de plus en plus résistantes aux pesticides antiparasitaires. Elle cause d'importantes pertes financières.
Dans le même temps on a montré qu'au Canada, et en Europe, le nombre des saumons sauvages juvéniles parasités et mourant en mer augmentait. Par exemple pour l'Europe du Nord : (jeune saumon qui redescend vers la mer) marqués ont été relâchés en eau douce en 1997 et 2009 dans des cours d'eau norvégiens et dans des fjords de 2007 à 2009 (avec 1 à 6 opérations par an)Ove T. Skilbrei, Bengt Finstad, Harald Sægrov, Kurt Urdal, Gunnar Bakke, Frode Kroglund and Rita Strand (2012). Impact of early infestation with the sea louse (Lepeophtheirus salmonis) and variability in survival and marine growth of sea ranched Atlantic salmon (Salmo salar) smolts 1997 – 2009. Exposé fait pour la internationale sur les poux des poissons, 21 au 23 mai 2012, à Bergen (Norvège), voir /74. ; le taux de recapture de ces smolts (tant relâchés en rivière qu'en fjords) a été faible et en diminution : il était de 0,8–1,7 % de 1997-2002 et a ensuite régulièrement décliné pour tomber à 0 à 0,2 % en 2007/2008. Ce phénomène était accompagné d'une moindre croissance des saumons et d'un retard de l'âge de maturité sexuelle tant chez le saumon sauvage que d'élevage. Le taux de survie et de recapture a légèrement augmenté quand les saumons ont été relâchés de manière plus dispersée, ou quand les smolts avaient été traités contre les poux du saumon avant d'être relâchés (mais pas de manière significative par rapport à la variabilité naturelle de la mortalité en mer). Ceci indique une dégradation générale des conditions de vie du saumon atlantique en mer de Norvège, au moins en partie due à l'augmentation du parasitisme par les poux.
Après plus de 10 ans de débats, il y a depuis 2010 un consensus sur le fait que les élevages sont devenus une source de parasites pour le saumon sauvage juvénile se rendant en pleine mer et que la densité d'une zone en parcs d'élevage est un facteur critique pour le risque de parasitose par les poux de merPål Arne Bjørn, Ingrid Askeland Johnsen, Rune Nilsen, Rosa Maria Serra Llinnares, Peter Andreas Heuch, Bengt Finstad, Karin Boxaspen & Lars Asplin (2012), The effects of fallowing zones on the distribution and risks of salmon lice infection in wild salmonids in an intensively farmed Norwegian fjord system. Exposé fait pour la internationale sur les poux des poissons, 21 au 23 mai 2012, à Bergen (Norvège), voir /74., mais certains experts estiment que ces parasitoses des juvéniles n'expliquent pas à elles seules (au Canada) le recul ni les variations démographiques des saumons sauvagesG. D. Marty, S. M. Saksida, T. J. Quinn (2010). Relationship of farm salmon, sea lice, and wild salmon populations. Dans Proceedings of the National Academy of Sciences ; DOI: 10.1073/pnas.1009573108, et synthèse Wild salmon decline was not caused by sea lice from farm salmon, new research suggests. Dans sciencedaily (2010)..
Au Canada, en Norvège, en Irlande et Écosse, les infestations de plus en plus importantes et conjointes de saumons sauvages et d'élevage sont jugées très préoccupantes, même si des divergences existent sur le degré de menace pour les populations sauvages de salmonidés migrateurs. En Irlande, après 9 ans d'études, Jackson & al. concluaient en 2012 que si ces poux peuvent effectivement tuer de nombreux smolts sauvages lors de leurs premiers mois en mer, ils ne sont ensuite qu'une cause mineure de mortalité des saumoneaux en merDavid Jackson, Deirdre Cotter, Pauline O’Donohoe, Sarah McEvoy, Frank Kane, Tom McDermott, Jonathan White, Suzanne Kelly & Alan Drumm (2012). Lepeophtheirus salmonis infestations of migrating Atlantic salmon smolts at eight locations in Ireland with an analysis of se a lice induced marine mortality. Exposé fait pour la internationale sur les poux des poissons , 21 au 23 mai 2012, à Bergen (Norvège), voir résumé /74. Néanmoins malgré des variations annuelles et intrapopulationnelles importantes, des preuves d'infestations massives et récentes par L. salmonis existent chez les saumons remontant à l'ouest de l'Irlande, où une prévalence élevée (jusqu'à 100 % des saumons adultes marins remontant vers la terre) et une intensité élevée de parasitage (abondance moyenne maximale de 25,8 poux par saumon enregistrées en 2004) posent questionD. Jackson, F. Kane, P. O'Donohoe, T. McDermott, A. Drumm et S. Kelly (2012). Sea lice levels on Atlantic salmon returning to the West Coast of Ireland. Poster présenté à la internationale sur les poux des poissons, 21 au 23 mai 2012, à Bergen (Norvège), voir rp 22/74..
Liste des sous-espèces Selon : Lepeophtheirus salmonis oncorhynchi Skern-Mauritzen, Torrissen & Glover, 2014 Lepeophtheirus salmonis salmonis Krøyer, 1837
Histoire Les poux de poissons sont connus depuis longtemps, mais ils étaient rares et n'étaient pas détectés sur les smolts. Les tout premiers problèmes sont nés avec l'apparition des premiers élevages dans les années 1970P. M. Hayes and G. A. Boxshall (2012), Introducing Sealice Explorer – a diagnostic e-taxonomy system for sealice ; internationale sur les poux des poissons, 21 au 23 mai 2012, à Bergen (Norvège), voir résumé p 59/74., d'abord en Europe du Nord, et peu après (tout début des années 2000) en Amérique du Nord où le problème a vite été pris très au sérieux.
En effet, un an après l'apparition de poux du poisson (nouvelle espèce ou variant génétique pour le Canada apparemment) sur les alevins du saumon rose en 2001 (alors que les populations d'alevins étaient exceptionnellement importantes), en 2002 les remontées migratoires avaient chuté de façon spectaculaire, à la suite d'une mortalité très importante de saumons en mer ; . Cette chute démographique est brutale, mais peut être expliquée par d'autres facteurs ou co-facteurs que le seul parasitisme par le pou des poissons. En effet, de tels effondrement de population avaient déjà été observés sans que ce parasite puisse être mis en cause. De 2005 à 2010, la prévalence du poux du poisson a chuté tant chez le poisson d'élevage et chez le saumon sauvage, sans doute au moins en partie à la suite des mesures prises par les salmoniculteurs. Mais les populations sauvages de salmonidés semblent toujours en mauvais étatWilliam Pennell (océanographe, directeur (par intérim) de l'Institut pour la recherche côtière, Université Vancouver Island) ayant auparavant enseigné la salmoniculture durant 30 ans à Alert Bay et également à Nanaimo, à l'Université Vancouver Island., audité le 3 mai 2010 par le Comité permanent des pêches et des océans du Canada..
Ailleurs dans le monde, partout où des piscicultures intensives en parcs marins s'installent (y compris avec des parasites qui maintenant vivent très bien en eaux saumâtres, non loin d'élevages de Tilapias en Asie du Sud-Est par exemple, des phénomènes émergents similaires existent avec d'autres poux de mer proches ou de la même famille. Par exemple Caligus rogercresseyi pullule depuis le début des années 2000 dans les élevages piscicoles chiliens de saumons et de truite de merM. Nuñez, S. Bravo et M. T. Silva (2012). Behaviour of Caligus rogercresseyi infecting Atlantic salmon (Salmo salar) in a farm located in a new fish farming location in Chile. Poster scientifique fait pour la internationale sur les poux des poissons, 21 au 23 mai 2012, à Bergen (Norvège), voir /74.J.W. Treasurer et S. Bravo (2010). The spatial distribution patterns of Caligus rogercresseyi and C. elongatus on Atlantic salmon hosts (Salmo salar). Dans Aquaculture, Vol. 320, –4, 01 novembre 2011, Pp. 154–158. Sea Lice 2010, Proceedings of the 8th International Sea Lice Conference, Victoria, BC, Canada, 9-12 mai 2010 (résumé)., corrélativement à des épidémies bactériennesT. Steinum, K. Sjåstad, K. Falk, A. Kvellestad, D.J. Colquhoun (2009). An RT PCR-DGGE survey of gill-associated bacteria in Norwegian seawater-reared Atlantic salmon suffering proliferative gill inflammation. Dans Aquaculture, Volume 293, Issues 3–4, 2009-08-16, Pages 172–179 (résumé). et/ou virales (virus de l'anémie du saumon) qui semblent associés dans un phénomène de co-infection, le parasite étant sans doute vecteur du virus et le virus favorisant peut-être le parasiteP. Valdes-Donoso, F.O. Mardones, M. Jarpa, M. Ulloa, T.E. Carpenter, A.M. Perez (2012). Co-infection patterns of two high-risk diseases affecting farmed Atlantic salmon in southern Chile (2007- 2009). Poster scientifique fait pour la internationale sur les poux des poissons, 21 au 23 mai 2012, à Bergen (Norvège), voir /74.. En Corée, c'est le sébaste d'élevage (Sebastes schlegelii) qui est élevé comme les saumons en cages et en mer, qui est infesté de parasites de la même famille (Caligidae) ; Lepeophtheirus elegansB. A. Venmathi Maran, Seong Yong Moon, Sung-Yong Oh, and Jung-Goo Myoung (2012), Sebastes schlegelii Gusev, 1951 (Copepoda: Caligidae), a pest on the ranched Korean rockfish Sebastes schlegelii in Korea. Exposé fait pour la internationale sur les poux des poissons, 21 au 23 mai 2012, à Bergen (Norvège), voir sur 74.. Dans le passé, ce pou n'avait jamais été cité comme parasite de ce sébaste, mais en 2012 jusqu'à 98 % des poissons d'élevage sont parasités par ce pou de mer, dans des dizaines d'élevages différents, avec jusqu'à 29 poux par individu.
Ces caractéristiques évoquent des potentialités sur le plan de l'invasivité.
Confusions possibles
D'autres espèces de poux de mer existent et lui ressemblent. En particulier Caligus clemensi est au autre parasite, également parfois dénommé pou du saumon, mais il semble moins dépendant des fermes salmonicoles, en tous cas ses larves en sont trouvées à plus grande distance et plus disperséesPêches et Océans Canada (Gouvernement du Canada). Pou Du Poisson. Dans R et D en aquaculture au Canada de 2011, consulté le 31 octobre 2013.. Caligus longirostris a été trouvé récemment sur des saumons d'élevage en Australie (Tasmanie)B.F. Nowak, C.J. Hayward, L. González, N.J. Bott, R.J.G. Lester (2011). Sea lice infections of salmonids farmed in Australia. Dans Aquaculture, Volume 320, Issues 3–4, 1 nov.2011, Pages 171-177 (résumé)..
Le consommateur risque peu de les voir car ils se décrochent des poissons après la pêche, quand ils sont manipulésPêches et Océans Canada.Information sur le pou du poisson, page d'archive, 11 octobre 2005..
Habitat et répartition