thumb L'accord commercial germano-soviétique de 1940 (aussi connu comme l’accord économique du , entre le Reich allemand et l'Union des Républiques socialistes soviétiques) fut un arrangement économique entre l'Union soviétique et l'Allemagne nazie signé le . Il stipulait que l'Union soviétique acceptait pour la période allant du au , en plus des livraisons prévues par l’accord commercial germano-soviétique, signé le , de livrer du pétrole, des matières premières et des céréales pour une valeur de 420 à de reichsmarks. Dans la période du au , il sera livré à l'Allemagne, également, en plus des livraisons prévues dans l’accord de 1939, des produits pour une valeur de 220 à de reichsmarks. En paiement pour les livraisons soviétiques, l'Allemagne fournissait ses propres produits (matériel de guerre, des machines et des technologies, et des matières premières).
Des amendements secrets à l'accord suggéraient des négociations entre les parties pour l'achat par l'Union soviétique de métaux et d'autres biens dans des pays tiers et la revente de ces métaux et de ces biens à l'Allemagne. Plus tard, fut négociée une politique du transit à travers le territoire soviétique de produits achetés par l'Allemagne en provenance de pays tiers.
Les deux pays respectèrent l’accord et résolurent d'autres questions avec l'accord germano-soviétique relatif au commerce et aux frontières du .
En , l'Allemagne envahit l'Union soviétique, en violation du pacte Molotov-Ribbentrop, et tous les accords économiques entre les deux pays prirent alors fin.
Entre et le début de l'invasion allemande, les exportations soviétiques vers l’Allemagne étaient estimées à , alors que les livraisons allemandes ne représentaient que Schwendemann H. Die wirtschaftliche Zusamenarbeit zwischen dem Deutschen Reich und der Sowjetunion von 1938 bis 1941. Berlin, 1993..
Les accords dans le cadre des relations économiques germano-soviétiques permirent la livraison de grandes quantités de matières premières à l’Allemagne, dont plus de de pétrole, de tonnes de céréales et de minerai de manganèse.
L'Union soviétique reçut le croiseur-amiral inachevé Lützow de la classe Hipper, les plans du cuirassé Bismarck, des informations sur les essais en mer allemands, une « machinerie complète pour un grand destroyer », des canons de marine lourds et d’autres matériel de marine, et des échantillons des trente derniers avions de guerre de l'Allemagne, dont les chasseurs Bf 109 et Bf 110, les bombardiers Ju 88 et Do 215... En outre, l'Union soviétique reçut en provenance d'Allemagne des équipements pétroliers et électriques, des locomotives, des turbines, des générateurs, des moteurs diesel, des navires, des machines-outils et des échantillons de pièces d’artillerie, de chars, d’explosifs, de matériels de guerre chimique.
L'effort de guerre allemand contre l'Union soviétique fut partiellement alimenté par les matières premières que l'Allemagne avait obtenues des Soviétiques grâce à l'accord commercial de 1940. En particulier, les stocks allemands de caoutchouc et de céréales auraient été insuffisants pour soutenir l'invasion initiale de l'URSS si les Soviétiques n'avaient pas exporté ces produits vers l'Allemagne plus tôt.
Contexte Avant 1939
L'Accord économique germano-soviétique du constitua la base contractuelle des relations commerciales avec l'Union soviétique. En plus de l’échange normal des marchandises, les exportations allemandes vers l'Union soviétique, dès le début, utilisèrent un système négocié par la mission commerciale soviétique à Berlin par laquelle l'Union soviétique accordait des crédits pour le financement des commandes supplémentaires en Allemagne, dont la Mission commerciale avait dû négocier des lettres de change payables en reichsmarks.
Le commerce avec l'Union soviétique, promu par les premières opérations de crédit conduisit à un échange rapide des marchandises, qui atteignit son point culminant en 1931. Au début des années 1930, toutefois, les importations soviétiques diminuèrent alors que le régime stalinien isolationniste affirmait son pouvoir et l'application moins stricte des exigences en matière de désarmement du traité de Versailles diminua, en Allemagne, la dépendance vis-à-vis des importations soviétiques.. En outre, l'arrivée au pouvoir du parti nazi accru les tensions entre l'Allemagne et l'Union soviétique.
Au milieu des années 1930, l'Union soviétique fit des efforts répétés pour rétablir des liens plus étroits avec l'Allemagne.. Les Soviétiques cherchaient principalement à rembourser leurs dettes commerciales en avance avec des matières premières, tandis que l'Allemagne cherchait à se réarmer, les pays signèrent une convention de crédit en 1935.. La « quatrième opération de crédit, et de transaction spéciale de 1935 » fut conclue le . Il mettait à la disposition de l'Union soviétique jusqu'au , 200 millions de reichsmarks de crédits devant être remboursés au cours de la période 1940-1943. L'Union soviétique utilisa 183 millions de reichsmarks de ce crédit. Les opérations de crédit précédentes furent liquidées, à l'exception de 5 millions de reichsmarks, qui devaient être remboursés en 1938.
Les tensions entre les deux pays augmentèrent en raison de l'appui de l'Allemagne aux nationalistes espagnols fascistes lors de la guerre civile espagnole, alors que l'Union soviétique appuyait l’opposition socialiste dirigeant la république espagnole.
Le rapprochement économique fut entravé encore davantage par les tensions politiques après l’Anschluss, à la mi-1938 et l'hésitation croissante d’Hitler à traiter avec l'Union soviétique.. Les exportations soviétiques vers l'Allemagne chutèrent à 47,4 millions de reichsmarks en 1937 (environ un cinquième du total de 1934) et à 52,8 millions de reichsmarks en 1938. En résumé, l’importante relation commerciale entre les pays qui existait dans les années 1920 s’effondra essentiellement avec la montée d'Hitler au pouvoir..
Tout au long de ces années, la majeure partie des importations en provenance d'Union soviétique se composait de matières premières. Par exemple, en 1937, 95 pour cent des importations de l'Union soviétique étaient des matières premières. L'Allemagne manquait de matières premières naturelles clés, nécessaires aux opérations économiques et militaires. En 1938, les deux tiers de l'approvisionnement en pétrole de l’Allemagne provenaient des États-Unis et d’Amérique latine, tandis que 52 pour cent de l'acier allemand utilisait du minerai de fer importé en provenance de Suède. Les importations de l'Allemagne par pays (en millions de reichsmarks) étaient les suivantes :
URSSPologne&Danzig Finlande Estonie Lettonie Lituanie États-Unis Royaume-Uni Pays d'Amérique du Sud193693,2 74,0 46,1 13,8 33,2 9,1232,2N/A536,5193765,1 80,7 70,1 23,7 45,7 17,2281,9308,6850,3193847,4 109,4 88,6 24,0 43,5 27,6404,6282,7809,7
Besoins en ressources En raison du manque de ressources naturelles en Allemagne, les planificateurs allemands, en , craignaient que l’arrêt du commerce suédois réduise leur principale source de minerai de fer. En outre, si les approvisionnements russes étaient coupés, les planificateurs allemands estimaient qu'ils auraient besoin de trouver d’autres sources pour environ tonnes de manganèse et près de 2 millions de tonnes de pétrole par an.. L'Allemagne était déjà confrontée à une grave pénurie de caoutchouc en raison des refus britannique et néerlandais de commercer avec l'Allemagne. Le , les autorités allemandes produisirent de nouvelles prévisions estimant que l'Allemagne possédait des stocks de pétrole pour seulement 3,1 mois d’utilisation.
En août, alors que l'Allemagne envisageait d’envahir la Pologne et se préparait à une éventuelle guerre avec la France, les planificateurs de guerre allemands estimèrent, qu’avec le blocus naval britannique qui était prévisible, si l'Union soviétique devenait hostile, l'Allemagne serait en deçà de ses besoins de 9,9 millions tonnes de pétrole et tonnes de manganèse.. À ce moment-là, l'Allemagne ne possédait que deux à trois mois de stocks de caoutchouc et de trois à six mois de stocks de pétrole. En raison du blocus naval attendu, l'Union soviétique allait devenir le seul fournisseur potentiel pour de nombreux produits.
Événements qui ont conditionné les négociations
Au cours de l'été 1939, l'Union soviétique discuta d'un pacte politique et militaire avec des contingents représentant la France et la Grande-Bretagne, tout en discutant d'un éventuel accord avec l'Allemagne..
Au début août, l'Allemagne et l'Union soviétique finalisèrent les termes d'un accord économique, mais les Soviétiques retardèrent son exécution jusqu'à ce que les termes de l'accord politique avec l'Allemagne fussent finalisés.. Le , l'Allemagne et l'Union soviétique signèrent un accord commercial prévoyant le commerce de certains équipements militaires et civils allemands en échange de matières premières soviétiques. L'accord stipulait que l'Allemagne accepterait 200 millions de reichsmarks de nouvelles commandes sur 7 ans avec un taux d'intérêt effectif de 4,5 % et elle exportait 60 millions de reichsmarks d’« articles courants » (commerce couverts par des conventions antérieures), 180 millions de reichsmarks de «nouvelle commande » et 200 à 300 millions de reichsmarks de remboursement pour d’anciens et de nouveaux crédits.. La ligne de crédit fut utilisée au cours des deux années suivantes pour l'achat de biens d'équipement (équipement d’usine, installations, machines et machines-outils, navires, véhicules et autres moyens de transport) en Allemagne et devait être payée par des exportations soviétiques à partir de 1946..
right|thumb|Molotov signe le pacte, flanqué par Ribbentrop et Staline.
Quatre jours plus tard, l'Union soviétique et l'Allemagne signèrent le pacte Molotov-Ribbentrop, un accord de non-agression mutuelle entre les deux partiesText of the Nazi-Soviet Non-Aggression Pact, executed August 23, 1939.. Le pacte Molotov-Ribbentrop contenait des protocoles secrets prévoyant une répartition des États de l'Europe du Nord dans des «sphères d'influence» allemande et soviétique. À l'époque, Staline considérait l'accord commercial comme plus important que le pacte de non-agression.. Une semaine après la signature du pacte Molotov-Ribbentrop, le partage de la Pologne commença avec l'invasion allemande de la Pologne occidentale..
Le , l'Armée rouge envahit la Pologne orientale et occupa le territoire de la Pologne qui assurait jusqu'à 70 pour cent de la production de pétrole avant-guerre.. En , trois partenaires commerciaux allemands, les États baltes, Estonie, Lettonie et Lituanie, n'eurent d'autre choix que de signer un pacte soi-disant de « défense et d'assistance mutuelle » qui permit à l'Union soviétique de stationner des troupes sur leur territoire.
Négociations Les plans et les attentes des Allemands Hitler pressait pour une invasion allemande de la Pologne en 1939, et mit une pression énorme sur la machine de guerre allemande, qui avait été préparée progressivement, après les restrictions du traité de Versailles, pour une guerre totale en 1942 ou 1943.. La marine allemande manquait cruellement de bâtiments et n'atteignit la mobilisation complète qu'en 1942.. Même la rapide victoire de l'Allemagne en Pologne avait mis sous tension ses ressources militaires de 1939, l'Allemagne ne disposait alors que de six semaines de munitions et d'une réserve de main-d'œuvre faible.. Le manque de matières premières de l'Allemagne impliquait qu'elle devait chercher des approvisionnements de plus en plus grands à l'étranger. Cependant, le blocus britannique rendait l’approvisionnement de l'Allemagne de plus en plus critique pour les matériaux. Le seul état capable de fournir Allemagne en pétrole, caoutchouc, manganèse, céréales, graisses alimentaires et platine dont elle avait besoin, était l'Union soviétique.