Joseph Serrant, né le à Saint-Pierre de la Martinique et mort le à Clermont-Ferrand, dans le Puy-de-Dôme, est un général français de la Révolution et de l’Empire.
Période révolutionnaire
Joseph Serrant est le fils d'Antoine Serrant, planteur, et d'une mulâtresse nommée Élisabeth. Il est donc, juridiquement, un libre de couleur. Le statut de libre de couleur dont il hérite par sa mère est loin d’être anodin. Dans la Martinique de la fin du XVIIIe siècle, un homme libre de couleur n’est ni esclave ni vraiment l’égal des Blancs. Il peut posséder des biens, parfois même des esclaves, mais la loi et les usages lui imposent des humiliations constantes : interdiction de certaines professions, tenues vestimentaires réglementées, service obligatoire dans les milices. Cette position bâtarde marque forcément un jeune homme. Pour Raymond Chabaud, qui a consacré un livre à Serrant, c’est précisément pour échapper à ce carcan qu’il s’engage dans l’armée à seize ans, comme d’autres libres de couleur y voyant un moyen de se faire une place https://www.liberation.fr/debats/2018/08/25/libres-de-couleur-en-martinique-xviiie-xixe-siecle_1816723/. Il s'engage comme volontaire dans le régiment de Bouillé le , et participe comme caporal à la campagne de la Dominique en 1783. Libéré après cinq ans, il s'établit comme cordonnier à Saint-Pierre.
Au début des troubles révolutionnaires, il reprend du service dans la Garde nationale et fréquente le Club des Dominicains où il se lie avec Louis Delgrès.
Au Club des Dominicains, véritable bouillonnement d’idées à Saint-Pierre, Serrant côtoie des révolutionnaires convaincus et notamment Louis Delgrès, dont il devient proche. Tous deux militent pour l’égalité des droits et finissent par rédiger une pétition adressée à l’Assemblée nationale. Leur texte réclame l’application pleine et entière des droits de l’homme pour les libres de couleur, dans l’esprit du décret du 15 mai 1791 qui n’avait accordé qu’une égalité partielle. Dans une colonie dominée par les grands planteurs, une telle initiative est perçue comme une provocation. Menacés, Serrant et Delgrès sont poussés à l’exil en 1792 https://www.nofi.media/2025/06/joseph-serrant/95939.
Les deux hommes suscitent une pétition sur le statut des libres de couleur et sont forcés de s'exiler à la Dominique. Ils embarquent à bord de la frégate La Félicité commandée par le commandant Lacrosse qui les emmène à Sainte-Lucie où ils sont élus lieutenant pour Louis Delgrès et sous-lieutenant pour Joseph Serrant. La frégate gagne ensuite Pointe-à-Pitre où elle arrive le . Lacrosse annonce la République et la mise en œuvre des droits de l'homme ainsi que l'abolition de l'esclavage. Toutefois, cette proclamation ne sera pas suivie d'effets.
Joseph Serrant intègre ensuite le régiment d'infanterie sous les ordres de Rochambeau et gagne ses galons de capitaine. Il est fait prisonnier lors des combats de la Martinique contre les Anglais le et envoyé à Plymouth. Il est échangé en et affecté à la demi-brigade d'infanterie de bataille. On l'envoie alors à Ouilly-le-Basset avec mission d'y ramener la paix en éradiquant la rébellion des Chouans. En , il rejoint la demi-brigade d'infanterie de ligne avant d'être muté dans l'armée d'Helvétie à la demi-brigade de ligne. Aux ordres du colonel Armand Philippon, il fait les campagnes des Grisons et du Valais, puis rejoint le Piémont. Il est blessé lors de la bataille de Murazzo le . Jusqu'en 1804, il se bat en Suisse et en Italie du Nord avant d'être nommé commandant de la place d'Orbetello.
Empire
En 1804, Serrant rejoint le régiment d'infanterie de ligne, participe à la campagne de Vénétie avant que son régiment ne soit envoyé occuper la Dalmatie. Il dirige la prise de Curzola puis est chargé de défendre le Vieux-Raguse par le général Lauriston. Il y gagne ses galons de chef de bataillon le , et la croix de chevalier de la Légion d'honneur.
Il participe ensuite à la bataille de Debilibriche, est blessé et fait prisonnier lors de la bataille de Gospich. Il est échangé et nommé colonel du régiment de chasseurs croates (« Régiment d'Ogulin »). Il prend en 1811 le commandement du régiment d'infanterie légère affecté au corps d'armée du prince Eugène de Beauharnais pour la campagne de Russie. Lors de la bataille d'Ostrovno, les 25 et , il est blessé alors qu'il protège la cavalerie de Murat, et il est élevé au grade d'officier de la Légion d'honneur le suivant. Promu général de brigade le , il est blessé à la bataille de Maloyaroslavets le , puis conduit son régiment lors de la retraite avant d'être fait prisonnier à Vilnius le . Fait prisonnier à Vilnius le 9 décembre 1812 en pleine retraite de Russie, Serrant ne reste pas captif longtemps. Il s’évade et se lance dans un périple épuisant de plusieurs centaines de kilomètres, seul, sans ressources, en plein hiver polonais et allemand. Contre toute attente, il parvient à rejoindre le prince Eugène de Beauharnais à Magdebourg. L’exploit force l’admiration. Ses supérieurs saluent une résilience hors du commun, et ce voyage au péril de sa vie contribue à forger l’image d’un officier d’exception.
De retour en France, il est mis en congé de convalescence le . Employé dans la division militaire le , il sert sous Dessaix en Savoie. Il s'empare d'Annecy le , puis des Gorges des Usses le , sert au combat de Saint-Julien le , et de nouveau vainqueur à Annecy le . Il est mis en non activité le , et il est fait chevalier de Saint-Louis le suivant.
Restauration
Le , il est employé auprès du général Puthod à Lyon, et il est mis en non activité le . Compris comme disponible dans le cadre de l'état-major général le , il est admis à la retraite le . Il meurt le , à Clermont-Ferrand.
Contrairement à ce qu'affirment certains auteurs, Joseph Serrant n'a pas été baron de l'Empire, les lettres-patentes du titre n'ayant jamais été délivrées. Selon le dossier du service historique de l'Armée de Terre, il a adressé une supplique à Louis XVIII pour faire confirmer ce titre, suscitant une enquête de police sur ses origines métisses et un refus du roi.
Postérité et mémoire Malgré un parcours qui l’a mené du rang de simple soldat à celui de général, Joseph Serrant disparaît assez vite des mémoires après sa mort. Cet oubli est révélateur. Sous la Restauration, quand il demande la confirmation de son titre de baron, Louis XVIII ordonne une enquête en Martinique. On découvre alors les origines métisses de sa mère, et la réponse est sans appel : sa demande est rejetée pour ce motif.
Il faut attendre le début du XXIe siècle pour que son nom refasse surface. L’historien Raymond Chabaud est le premier à lui consacrer une biographie complète en 2015, Le nègre de Napoléon : Joseph Serrant, seul général noir de l’Empire. Ce livre, relayé par plusieurs articles dans la presse, tire Serrant de l’anonymat et le replace dans le récit plus vaste de la diversité des soldats de la Révolution et de l’Empire. On le présente parfois comme l’un des rares, voire le seul général noir de l’armée napoléonienne. La comparaison revient souvent avec le général Dumas, mais le parcours de Serrant a ceci de particulier : il fut constamment rattrapé par ses origines. Aujourd’hui, sa redécouverte en fait une figure symbolique pour qui veut comprendre les questions de race, d’intégration et de citoyenneté à cette époque.
Bibliographie
Le dossier personnel de Joseph Serrant se trouve au S.H.A.T. à Vincennes.
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Notes et références
Catégorie:Général du Premier Empire promu en 1812 Catégorie:Naissance en janvier 1767 Catégorie:Naissance à Saint-Pierre (Martinique) Catégorie:Chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis Catégorie:Officier de la Légion d'honneur promu en 1812 Catégorie:Décès en novembre 1827 Catégorie:Décès à 60 ans Catégorie:Décès à Clermont-Ferrand